mardi 26 octobre 2010

Memnon de Rhodes, celui qui défia Alexandre le Grand. Troisième partie


Lorsqu’Alexandre débarque sur la plage d’Abydos en 334 – il a alors 22 ans – il est confronté à bien des problèmes. Sa jeunesse, ainsi que sa témérité, ne le met pas à l’abri d’un ennemi rusé et qui de surcroît le connaît très bien ! En effet, Darius III, le Grand Roi, a décidé de nommer Memnon comme généralissime de ses armées qui doivent écraser l’envahisseur macédonien. Memnon de Rhodes était finalement rentré au pays car son frère aîné Mentor, s’étant mis au service du Grand Roi, avait négocié le retour de sa famille. Mentor est mort depuis, et Memnon a épousé Barsine, sa veuve.


Prudent et conscient de l’immense potentiel des phalanges et de la cavalerie macédonienne, le rhodien signe pour une tactique de « la terre brûlée » qui consiste à fuir et brûler toutes les ressources alimentaires du pays devant l’ennemi. Bien informé, Memnon sait que l’impatient Alexandre a tout laissé derrière lui et qu’il n’a qu’une marge de manœuvre assez limitée : il compte s’enrichir et s’alimenter sur ses conquêtes !


- Quelle impudence ! entend-on du côté des satrapes perses ; Il sera vaincu par les armes !


Memnon, devant une « fronde » - il est bien loin du Grand Roi - doit s’avouer vaincu et se résout à combattre. Stratège, il fait occuper la rive est d’un fleuve, le Granique. Là, il attendra Alexandre et son armée ! Là, il doit vaincre son ancien ami pour le compte des perses. Au diable les sentiments, il est un mercenaire ! Il est payé pour se battre, non pas pour faire du sentiment !

Alexandre est informé de la position perse. Il n’est que plus motivé par la présence de Memnon à la tête de ses ennemis. De la rancœur ? Il en a sûrement et l’avenir nous le prouvera.


- Ainsi voilà Memnon, un grand homme ! dit-il ironiquement. C’est lui-même qui est venu chez mon père se réfugier des perses. Et à présent ? Par Zeus ! il est à la tête de ses anciens oppresseurs et le mari de la veuve de son frère qui lui avait permis de rentrer chez lui!


Le Granique est une terrible défaite Perse puisqu’elle ouvre à Alexandre les portes de l’Asie Mineure. Memnon, lui, parvient à s’enfuir et fomente avec les brides de son armée une contre-attaque. N’amassant pas assez d’hommes, il recule et fini acculé à Halicarnasse, puis dans la forteresse de la cité quand celle-ci termine entre les mains de l’invincible macédonien.

lundi 18 octobre 2010

Histoire à la carte



Cette année, l’Institut Géographique National fête ses 70 ans. Parmi un très grand nombre de travaux, l’IGN conçoit et fabrique des cartes, un outil commun qui possède une longue histoire.


La première carte du monde serait la pierre de Dashka découverte en 1999. Mesurant un 1m48 de hauteur sur 1m06 de large, elle cartographie la Sibérie il y a 120 millions d’années, bien que cette datation soit encore discutée. Elle présente la particularité d’être en relief. Outre cet objet singulier, c’est en Mésopotamie que les cartes les plus anciennes ont été trouvées. La cité de Nuzi situé au Nord de l’Irak a livré des tablettes datant de 2.200 avant notre ère. On peut y voir la cité au bord du Tigre et les montagnes environnantes.
Les Grecs tels Hérodote et Ptolémée, s’intéressent à la terre habitée. La compréhension du globe passe par l’analyse du ciel. Ainsi, Eratosthène positionne les étoiles selon une latitude et une longitude et propose la première mesure de la Terre.
Par rapport à leur homologue grec, les Romains sont à première vue de bien piètres cartographes. La table de Peutinger établie au début de l’Empire, retrace toutes les routes commerciales de l’empire romain et les poursuit jusqu’en Chine. Quelque 555 villes et 3500 autres particularités géographiques sont indiquées, comme les phares et les sanctuaires importants. Le format ne permet pas une représentation réaliste des paysages. Elle n’offre pas une représentation fidèle de la réalité. Par contre, c'est une carte très exacte des distances, qui sont exprimées la plupart du temps en milles romains, ou dans d'autres unités si elles étaient en cours dans une région. Cela permettait d'avoir une idée assez exacte de la distance et du temps pour se rendre de n'importe quel point à un autre, même si parfois quelques liaisons ne sont pas indiquées. Les parcours sont assez réalistes. Chaque station porte la longueur de l'étape, tandis que des vignettes signalent les villes principales, les villes thermales…

Au Moyen Age, le savoir passe au sein des monastères. Les moines construisent des cartes du monde suivant le modèle biblique. Jérusalem devient le centre du monde entouré d’eau et est divisé en trois continent. Chacun est attribué à l’un des fils de Noé. Le monde formait ainsi un T encerclé dans un O, d’où leur nom de carte T en O.
Ces cartes sont des représentations bibliques et n’ont pas vraiment d’utilité concrète où de prise avec la réalité. A partir du XIIIe siècle, les navigateurs notamment italiens, construisent des portulans regroupant les ports, les courants maritimes et le trait de côte. Toutes ces informations sont le fruit d’observations et de mesures faites à la boussole.

A partir de la Renaissance, les grandes monarchies cherchent à maitriser leur territoire. Les cartes prennent un nouvel essor. Les Etats ont besoin d’information pour mener des campagnes militaires et les conquêtes en Asie et en Amérique. Bien qu’un effort soit fait dans la représentation du milieu, nombre de cartes sont encore tributaire de l’astrologie.
Au XVIIIe siècle, la famille Cassini dessine la première carte générale du royaume de France. Elle constitue une véritable avancée technologique, par le soin mis aux mesures, afin de localiser précisément les lieux, calculer les distances et répertorier les marques du paysage.

La défaite de 1870 est expliquée par la déficience de l’éducation des Français vis-à-vis de leurs voisins allemands. En effet, les Français méconnaissent leur territoire. Les cartes doivent montrer le cadre physique, dans lequel se développe la nation. Elles sont désormais réalisées par les militaires, afin de servir à planifier les campagnes militaires. La construction de ballons permet de prendre des mesures aériennes et de repérer le terrain, afin de préparer le mouvement des troupes, comme ce fut le cas lors de la Guerre de Sécession et de la Première Guerre Mondiale.
A partir des années 1950, les cartes trouvent d’autres utilités. Elles deviennent des outils de tourisme. Outre les axes de circulation, doit y figurer un certain nombre de figurés comme les lieux remarquables, les musées, les sites historiques et divers aménagements de loisirs.


De nos jours, la carte est un instrument employé par tous. Elles servent à nous repérer dans l’espace, à localiser des objets, à se déplacer, à faire la guerre, à étudier divers phénomènes, on pense ici par exemple aux cartes hydrographiques et des fonds marins, ainsi que des cartes lunaires et martiennes. Elles n’ont cessé d’être les représentations que l’Homme se fait de son cadre de vie et de bénéficier des avancées technologiques.

jeudi 14 octobre 2010

Riche comme Crésus


Nous vivons une période économique trouble. Entre les crises et « l’argent » dont on nous rabâche continuellement l’importance dans les divers médias, une question s’impose : qui a inventé cet outils à la fois formidable mais dangereux que l’homme désir tant ?

La Mésopotamie, d’où tout a commencé, n’avait pas de monnaie, au sens que nous donnons d’ordinaire à ce mot. Tout au plus les anciens mésopotamiens disposaient d’un système de paie assez archaïque mais qui a longtemps perduré. Il ne s’agissait pas, en l’occurrence de rondelles, mini-disques ou pastilles de métal précieux, or ou argent, voire cuivre, tels que nous les connaissons aujourd’hui grâce aux fouilles archéologiques. Les soi-disant « monnaies » de l’ancienne Mésopotamie n’étaient en fait que des lingots d’argent, tamponnés d’une marque distinguant son propriétaire.

Il faudra attendre le VIe siècle av. notre ère pour voir apparaître la première monnaie. Le premier inventeur est un souverain du royaume de Lydie (Anatolie occidentale) nommé Alyattes (610 - 560). Ce roi inventa la monnaie, un moyen plus simple, plus détaillé et plus sécurisé pour monnayer son commerce, les salaires et les offrandes. Ce génie monétaire absolu restera pourtant oublié, éclipsé par son fils le très célèbre Crésus. Richissime, sa cour à Sardes accueillait les plus grands penseurs et artistes de son époque et Crésus rayonnait sur le monde antique d’alors. Redouté pour sa puissance, il était tout autant admiré pour son immense générosité que lui permettaient ses immenses richesses. Il fit en particulier reconstruire le temple d’Artémis à Ephèse et fit porter au sanctuaire de Delphes une quantité inimaginable d'offrandes.

C’est à Crésus que l’on doit deux célèbres expressions modernes : Riche comme Crésus (désignant son immense richesse) et Toucher le pactole (du nom Pactole, fleuve riche en or d’où les souverains de Lydie puisaient leur richesse). On pourrait ajouter l’argent ne fait pas le bonheur (mais il y contribue), en référence à l’intervention du législateur et intellectuel grec Solon, qui devant le trésor de Crésus aurait prophétisé « N'appelons personne heureux avant sa mort ».

En effet, défait par le grand Cyrus, roi des Perses, Crésus doit payer de sa personne son arrogance face au Grand Roi en mourant sur un grand bûcher. Comprenant enfin les paroles du vieux philosophe grec, Crésus se serait exclamé « Ô Solon, Solon ! ». Cette parole, remarquée par Cyrus, lui sauva la vie : dès qu'il eut expliqué au vainqueur ce qui le faisait parler ainsi, Cyrus, frappé de l'instabilité des choses humaines, lui octroya le droit de vivre. Il le garda auprès de lui comme conseillé et ami et l'honora même de sa confiance.

Ce qui me fait terminer par cette citation du célèbre Socrate : « Un trésor de belles maximes est préférable à un amas de richesses ».

jeudi 7 octobre 2010

Tolérer, c'est souffrir



Au sens courant, la tolérance est le fait de ne pas interdire ou d’exiger, alors qu’on le pourrait. C’est une attitude, qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi même. Au XVIe siècle, ce mot revêt une autre définition. Etre tolérant c’est être indulgent à l’égard d’opinion d’autrui sur les points du dogme que l’Eglise ne considère pas comme essentiel. La tolérance renvoie à la liberté de pratique religieuse.
Le problème posé par le pluralisme religieux dans les Etats européens a suscité des réactions diverses. L’existence d’une vérité religieuse, seule garante du salut éternel face aux fausses pistes menant à la damnation, favorise l’intolérance. Ainsi les différentes confessions s’érigent en forteresses distingues les unes des autres et se combattent. Cependant, il existe dès le début de la Réforme, des personnes prônant la tolérance, pour la réunion de tous les chrétiens.

L’humaniste Erasme dans une lettre datant du 22 mars 1523, adressée au Pape Adrien VI, engage le souverain pontife à user de douceur envers les protestants. Il est favorable à une idée de tolérance légale en se basant sur la charité. Dans le Nouveau Testament, Jésus Christ est un modèle de douceur, d’indulgence, de mansuétude et de pardon. Le catholicisme est une religion de paix et de concorde. En ce sens, il convient de mettre en avant les points communs et non les différences. Erasme est le parfait exemple de l’irénisme, une attitude de compréhension et de rapprochement entre personnes d’opinions différentes. Le but d’Erasme est de rassembler tous les chrétiens au sein d’un catholicisme réformé. Il n’est pas question de diviser l’Eglise.
Cette position trouve des échos chez les protestants. Le régent du collège de Genève, Sébastien Castellion dans son ouvrage Des Hérétiques (1553) dénonce l’attitude de Calvin, suite à l’exécution du médecin Michel Servet. Il ne faut pas condamner les fidèles pensant différemment. Pour convertir seule la parole compte, pas la violence.

Le principe sola fide, sola scriptura prôné par Luther donne une liberté au chrétien. Il développe l’idée du sacerdoce universel et de l’égalité des chrétiens devant Dieu. Le fait que chacun puisse développer ses propres idées, tend à favoriser l’acceptation de l’autre. Le dogme est libéré des préceptes et des commandements dictés et imposés par une autorité humaine, qui n’autorise aucun écart. Ainsi, l’autorité politique ne doit pas intervenir dans la sphère ecclésiale. L’hérésie ne doit pas être combattue par le pouvoir civil. Néanmoins suite à la guerre des paysans de 1525, Luther encourage les princes à intervenir pour favoriser la prédication et empêcher la diffusion de fausses doctrines.
Cette idée de libre choix se retrouve chez les anabaptistes. Ces derniers rejettent toute autorité et n’admettent que la révélation intérieure faite par Dieu à chaque âme. La notion d’individu est mise en avant. Chacun est différent. De plus, les anabaptistes ne valident que le baptême des adultes.

En France, les Moyenneurs tel Georges Cassander, recherchent une voie moyenne entre les deux confessions. Ils rejettent à la fois l’excès de sévérité et l’excès d’indulgence. Ils s’appuient sur le pouvoir royal pour servir d’arbitre. Lors des guerres de religion, les Politiques composés de nobles et de juristes désirent préserver le royaume à tout prix. La raison d’Etat devient supérieure à la religion.


Au XVIe siècle, la tolérance c’est accepter provisoirement la dualité religieuse issue de la Réforme faute de pouvoir la faire disparaître. Soit on ne reconnaît pas la validité des opinions religieuses, mais on sépare le croyant du sujet, soit on reconnaît la faillibilité humaine et on accepte le fait qu’il existe plusieurs chemins pour adorer Dieu.

samedi 2 octobre 2010

Memnon de Rhodes, celui qui défia Alexandre le Grand. Seconde partie


Du mercenaire à l'obligé:

Avant de devenir l’un des principaux opposants du grand Alexandre, Memnon passe son enfance dans l’ombre de son frère ainé, Mentor. Né vers 380 av., Memnon reçoit une éducation grecque - de part la culture dominante qui règne sur l’île - et militaire – de part la position stratégique et commerciale de Rhodes. Jouissant d’une autonomie de principe mais étant surveillée de près par l’administration perse, l’île « produit » des mercenaires qui vendent leurs compétences aux perses.

C’est ainsi que Memnon et son frère sont employés par Artabaze, satrape de l’Hellespont et de la Phrygie en révolte contre le grand roi Artaxerxés III. Confiant, Artabaze décide de lier sa destinée avec les deux grecs en épousant leur plus jeune sœur, tandis que Barsine, sa fille, se liera avec Mentor. Les deux frères doivent mener les troupes du satrape à la victoire mais sont rapidement dominés par un ennemi infiniment plus nombreux et puissant en 354. Malgré leurs compétences reconnues, les deux frères sont contraints à la fuite. Mentor fuit en Egypte alors que Memnon rejoint Artabaze et Barsine qui trouvent refuge à Pella en Macédoine auprès de Philippe II le père… d’Alexandre !

Ils resteront presque dix ans en Macédoine où Memnon, on l’imagine, rencontrera le petit Alexandre alors qu’il se forme auprès de ses maîtres Léonidas et surtout Aristote. On s’amuse à imaginer l’expérimenté mercenaire grec répondre aux questions du tout curieux fils de Philippe et on se plaît à s’improviser une scène émouvante, quoi que tragique, de voir Memnon et Alexandre discuter et pourquoi pas jouer quelques instants ensembles. Scène bouleversante car c’est ce même Memnon qui se retrouvera face à son ancien obligé, 10 ans plus tard, lorsque Alexandre traversera l’Hellespont pour entamer la plus grande conquête de tous les temps.