samedi 26 février 2011

Le mystère de l'armée perse de Cambyse II

Un mystère surnaturel pour les uns, une découverte archéologique exceptionnelle pour les autres. L’armée perse du Grand Roi Cambyse II (529-522), envoyée vers le sanctuaire de l’oracle d’Amon à Siwah (Egypte) avait très étrangement disparu lors de son périple. Elle avait reçu pour mission de détruire le temple, situé en plein désert à l’ouest du Nil car l’oracle avait refusé de légitimer sa prétention au trône millénaire de pharaon. Irrité, le roi perse rassembla une vaste armée de 50 000 hommes et l’envoya vers Siwah en 525 av. notre ère.


Puis, elle disparut. Les Egyptiens crurent alors au miracle. Amon avait puni l’audace de Cambyse en faisant disparaître son armée pendant son trajet. L’oracle du dieu et son temple avaient donc été préservés puisque deux siècles plus tard ce fut Alexandre le Grand qui se fera reconnaître comme fils du dieu et maître de l’Egypte dans ce même temple. Plus pragmatique, Hérodote, avait eu une autre explication imputant la disparition de l’armée perse aux caprices meurtriers du désert et à une catastrophe climatique.


« Un vent se leva du Sud, puissant et meurtrier, apportant avec lui des colonnes immenses de sable tourbillonnant, qui couvrirent entièrement les troupes et les firent entièrement disparaître.»


Malgré cette explication, le mystère resta ancré. Alexandre avait dû être prévenu du danger et de cette disparition lorsqu’il quitta les plaines verdoyantes du Nil pour s’engouffrer dans le désert pour rencontrer l’oracle. Plus de 2500 ans après la tragédie, l’archéologie a pu résoudre le mystère. Des chercheurs italiens, partis à la recherche de pierres météoritiques dans le désert, découvrirent par hasard des restes humains ensablés. Parmi les os, sont apparus des armes et des bijoux de manufacture perse. Aujourd’hui, l’énigme semble enfin résolue.


Pourtant, la question est posée. Malgré le cataclysme, comment se fait-il que l’armée n’a pu être retrouvée alors que le chemin vers Siwah était connu ? L’hypothèse que l’armée ait prise une autre route plus à l’ouest semble la plus probante. Cet itinéraire a l'avantage de prendre l'ennemi de court. En outre, l'armée pouvait avancer tranquillement, au contraire de l’autre chemin dont les oasis étaient contrôlés par les Egyptiens. L'armée aurait dû se battre à chacun de ces points de passage.


Toute l’armée n’a pas été retrouvée. Les restes trouvés proviennent sans doute de pilleurs et de revendeurs d’antiquités. L'armée perdue est enterrée quelque part autour de la zone découverte.

jeudi 24 février 2011

Qui sont les premiers américains ?



En 1492, Christophe Colomb débarquant dans les Caraïbes, découvre que ces îles sont habitées par des tribus indigènes. En 992, Leifr quitte le Groenland pour rejoindre les côtes canadiennes. Le chef viking est lui aussi confronté à des Amérindiens.
Le continent américain est le dernier à avoir été occupé par l’homme. Des populations d’Asie profitant des glaces, auraient traversé le détroit de Béring séparant la Sibérie et l’Alaska. Ces migrations se situeraient aux environs de 12.000 av JC.


Néanmoins, la découverte de pointes de lance en Virginie remet en cause cette explication traditionnelle. En effet, leur datation les situe 5.000 ans plus tôt. Les matériaux employés et les techniques de taille sont similaires à ceux utilisés par des clans européens. Ces derniers sont nommés solutréens, en référence au site de la Roche de Solutré en Saône et Loire. La période solutréenne se situe durant le Paléolithique Supérieur entre -22.000 et -17.000. Elle se caractérise par une période extrêmement froide et sèche, qui bouleverse considérablement les faunes et flores. En effet, les animaux migrent et diminuent, ce qui pose des problèmes pour l’alimentation. Des conflits apparaissent entre et à l’intérieur des clans. La glace recouvre une partie importante des océans de l’hémisphère nord. Les glaces peuvent parfois descendre jusqu’aux côtes portugaises et s’étendre au Canada. Les populations se déplacent vers le Sud, notamment dans le Golfe de Gascogne. Les grottes du Sud de la France et du Nord de l’Espagne contiennent des peintures de phoque, ce qui tend à prouver que les hommes habitaient bien les littoraux et qu’il y faisait très froid. Cet animal constitue une source alimentaire très appréciable. Des chasseurs rejoignent les banquises sur des embarcations de peau et de graisse animale. La zone de chasse peut s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres.

Comment des chasseurs européens se sont ils retrouvés au Canada ? L’hypothèse avancée est la suivante. Des chasseurs auraient été surpris par la fonde des glaces au retour de la belle saison. Les blocs de glace dérivent au gré du courant et rendent la navigation d’autant plus dangereuse. Ces hommes auraient dérivés dans le sens du courant du Golf Stream, ayant une direction Est-Ouest.
Après avoir dérivé plusieurs jours, ces hommes atteignent une terre, qui n’existe plus aujourd’hui. En effet, la fin de l’ère glaciaire a entrainé la fonde des glaces et une hausse du niveau de mer. Ainsi, on estime aujourd’hui que le littoral canadien aurait reculé de 160km. Le nouveau monde a moins subi les effets de la glaciation. Les mammouths sont encore présents en grand nombre. Seulement, il manque aux chasseurs les pierres nécessaires à la confection des lances. En descendant vers le Sud, ils découvrent d’autres animaux comme des bisons, des ours et les tigres aux dents de sable. D’autres personnes ont pu traverser cet immense pont de glace, jusqu’à sa disparition définitive à la fin de l’ère glaciaire.

Des pointes de lance en pierre solutréennes sont retrouvées dans le Sud Est des Etats-Unis. Celles-ci se caractérisent par une taille plus fine, un poids plus léger et un bord plus tranchant. Les archéologues les ont retrouvées dans des caches. Elles sont d’une taille trop importante pour être fixer au bout d’un morceau de bois. Il s’agit probablement d’offrandes, avant de partir à la chasse. Des caches identiques existent en France et en Espagne.
Les populations amérindiennes seraient par conséquent le résultat du mélange des populations européennes ayant traversé l’Atlantique et asiatiques ayant traversé le détroit de Béring. Les recherches actuelles en génétique pourraient en partie infirmer ou confirmer cette hypothèse.

mardi 22 février 2011

Clovis: « Toi le dieu de Clotilde ». La légende


La Légende.

C’est en ces termes que Clovis (481 -511), chef franc, s’est adressé au Dieu que vénère son épouse Clotilde. Ce « Dieu » n’appartient pas qu’à sa femme bien-aimée. Ses églises et ses représentants sont implantés partout où l’ancien Empire Romain avait établi ses frontières. Il fut également maintes fois prié et adoré avant ce jour fatidique de 496. Au milieu de ses guerriers, Clovis pense à tous ses hommes inspirés par la même foi et en un être supérieur qui a toujours donné sa préférence à ceux qui croyaient ardemment en Lui. Sur cette terre helvétique de Zülpich, autrefois nommée Tolbiac, les armées franques sont mises à mal par de redoutables guerriers germaniques - eux aussi - les Alamans.


Clovis doute. Les dieux de ses ancêtres les auraient-ils abandonné ? Une dernière percée ennemi et la bataille est définitivement perdue. Que faire quand la faveur des dieux a changé de camps ? Le chef franc prend alors une terrible décision. Une décision qui va changer à jamais la force, les coutumes, les croyances et le mode de vie de son peuple, les Francs « hommes libres ». Il tente le tout pour le tout ! Les anciens dieux sont devenus inutiles. Il faut se tourner vers une nouvelle croyance plus forte. Pendant ce temps, les Alamans reviennent à la charge. Bientôt les francs auront tout perdu. L’issu de cette bataille verra un des deux royaumes disparaître. Clovis lève alors les yeux au ciel :

« O Jésus-Christ, que Clotilde affirme du Dieu Vivant, toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger, et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, je sollicite avec dévotion la gloire et ton assistance »

Puis Clovis promet de se faire baptiser si Dieu lui accorde la victoire. Portant de nouveau son regard sur le champ de bataille, il aperçoit le chef Alaman. Celui-ci, sentant la victoire, harangue ses hommes à déferler comme une vague impitoyable sur les Francs apeurés. Divinement inspiré, Clovis fixe son ennemi comme pour mieux le définir comme cible. Soudain, une flèche apparait de nulle part et, sifflant dans les airs, se plante mortellement dans la poitrine du roi alaman. Effrayés par un tel revirement de situation, les Alamans se mettent en fuite poursuivit par des Francs soudainement imprégnés d’un sentiment d’invincibilité. D’où est venue cette flèche ? Est-ce Dieu ?

Quoi qu’il en soit, le petit royaume alaman, situé entre Elbe et Main (Suisse et Alsace) s’écroule définitivement après cette défaite et est rattaché au royaume franc alors en expansion. Clovis n’oublia pas sa promesse et se fait baptiser à Reims en 499 par l’évêque Remi en compagnie de 3000 de ses guerriers. La christianisation des Francs a commencé.

dimanche 20 février 2011

Aux origines de la galette bretonne

Chandeleur oblige, les crêpes sont de la partie ; et en Bretagne, qui dit crêpe, dit galette. L’histoire de la galette est étroitement associée à celle du blé noir, son principal ingrédient. C’est le parcours historique de cette céréale que nous allons retracer ici.


Suivons à présent pas à pas la recette.


Afin de réussir une bonne galette bretonne, accompagnons les croisés en Asie, au XIIe siècle. Après plusieurs milliers de kilomètres parcourus, des champs de fleurs roses s’étendent à perte de vue. Ce n’est pas un mirage, ni de simples fleurs d’ornement : les croisés découvrent le blé noir. Ils en prennent quelques plants, puis regagnent l’Europe avec des mules chargées de la précieuse semence.


Mais le retour au Vieux Continent rime avec désillusion pour ces « chevaliers agricoles ». La culture de ce blé est exigeante et sa production reste faible. Néanmoins un espoir renaît du côté des exploitations d’une des régions françaises. Cet endroit est connu pour sa pluie : il s’agit bien entendu de la Bretagne. En effet, le climat breton à la fois humide et doux ainsi que les terres acides sont faites sur mesure pour le sarrasin (autre nom connoté, donné au blé noir pour sa couleur basanée rappelant la couleur de peau des peuples musulmans appelés Sarrasins). Dans les mêmes conditions, des exploitations de ce blé asiatique émergent ailleurs en France (Normandie, Limousin, Auvergne et Pyrénées).


Mais, la galette de blé noir ne peut être réussie sans l’intervention du « chef cuisinier » qui n’est autre que la Duchesse Anne de Bretagne, au début du XVIe siècle. Persuadée des atouts de la « plante des cents jours » (le sarrasin pousse rapidement), elle sème les graines de cette céréale à tout vent, aux quatre coins de son duché. C’est depuis ce temps-là que la galette de blé noir devient une spécialité bretonne.


Nous n’avons plus qu’à rajouter des œufs, du sel, de l’eau et du lait. La pâte à galette est prête. Vous pouvez l’agrémenter de ce que vous souhaitez (œuf, jambon, …). Régalez-vous !

samedi 19 février 2011

Stonehenge : un hôpital international ?



Les mégalithes de Stonehenge demeurent un mystère. Quelle était exactement leur fonction ? Certains y voient un grand temple à ciel ouvert, où se réunissaient les druides. La disposition du site est orientée en fonction du solstice d’hiver. Le 21 décembre, les rayons du soleil passent au milieu. Outre une symbolique religieuse, il convient de voir en Stonehenge un calendrier. Celui ci sert à marquer le temps, les saisons et le début du calendrier agricole. Stonehenge peut être lu comme le symbole du nouveau système économique se mettant en place durant le néolithique.


A partir de fouilles réalisées en 2008, deux archéologues britanniques Thimothy Darvill et Geoff Wainwright proposent une autre lecture du monument. A partir de l’étude des dolérites, ces pierres bleues présentes en grand nombre, ils proposent de voir dans Stonehenge un centre médical. Ces pierres viennent du site de Carmen Hill au Pays de Galles, soit à 250 km de Stonehenge. Elles ont été acheminées par radeau en suivant les cours d’eau et en remontant le canal de Bristol. Ceci constitue un exploit au vue des conditions de navigation et du trait de côte accidenté. Des sources coulent au pied de certaines roches. Elles sont considérées comme sacrées et possédant des propriétés curatives. Boire de cette eau soigne les maux de tête, les verrues et les troubles respiratoires.
Les pierres bleues occupent une place centrale dans la structure. Le site en dénombre plus de 80. La construction en pierre de Stonehenge date de -2300. Les pierres bleues sont disposées en cercle et entourés de monolithique de grès sarsen. Elles sont donc les premières à avoir été érigées. Deux cents ans plus tard, un deuxième cercle de pierre bleue est ajouté et entouré de nouveau par des blocs de sarsen.
Les pierres bleues ont été amenées délibérément du Pays du Galles jusqu’à Stonehenge, selon un programme de construction. Seules leurs propriétés curatives peuvent expliquer leur présence aussi loin de leur lieu d’origine.


Par ailleurs, le sol contient un nombre innombrable de petits morceaux de ces pierres bleues. Les chercheurs supposent que les voyageurs se rendant à Stonehenge grattaient les pierres pour en récupérer des morceaux, dans le but de se confectionner une amulette protectrice. La découverte un corps enfoui dans une fosse à quelques centaines de mètres de Stonehenge, semble confirmer cette hypothèse. Il s’agit d’un jeune homme portant sur lui des morceaux de pierre bleue. Il a probablement été tué par quatre flèches provenant des hommes gardant le site. L’attaque aurait eu lieu au moment où il s’échappait, après avoir gratté les pierres bleues. L’analyse des dents a démontré qu’il habitait la région.
En 2002, une tombe vieille de 4500 ans a été mise au jour, lors des travaux de fondation de la nouvelle école de la commune d’Amesbury. L’homme a été enterré avec ses bijoux en or et des pointes de flèches en silex, ce qui lui a valu le surnom de « l’archer d’Amesbury ». Cet homme n’est pas originaire de Grande Bretagne. Son squelette révèle une infection dentaire et une grave blessure au genou, suite à une chute de cheval. Tout ceci le faisait atrocement souffrir. L’archer est mort vers -2300, c'est-à-dire à la même époque que la construction du monument. Il est possible de supposer qu’il se rendait à Stonehenge pour se soigner. Néanmoins, il y a-t-il été de son plein gré, ce qui prouverait la renommée internationale de Stonehenge, ou a-t-il été invité afin de vanter les vertus curatives du monument ?


Les dernières fouilles réalisées font de Stonehenge un centre médical international, où les visiteurs venaient consulter les druides, les guérisseurs et les magiciens, dans le but de se soigner.

dimanche 13 février 2011

Savonarole : réformateur ou fanatique ?


En 1488, le moine Jérôme Savonarole prêche dans les rues de Florence. Il dénonce sans retenue la décadence de ses concitoyens, qui sombrent dans le pêché. La famille régnante, les Médicis, sont l’image de cette dégénérescence morale de la ville. Arrivés au pouvoir par l’argent du commerce et des banques, les Médicis se livrent dans leur palais à des orgies. L’Eglise non plus, n’est pas exempte de tous reproches. Le pape Innocent VIII accorde la rémission des péchés contre de l’argent (vente des indulgences). Son successeur Alexandre VI est accusé d’avoir acheté son élection. Il a des enfants. D’ailleurs, il fait son fils César Borgia cardinal et mène des guerres pour lui procurer des territoires.
Savonarole fervent croyant ne supporte pas de voir les Hommes se damner de la sorte. Dans ses sermons, il les met en garde contre le courroux de Dieu. En 1492, ses prédictions semblent se réaliser lorsque la foudre incendie le toit de la cathédrale. Quelques jours plus tard, Laurent le Magnifique meurt.
En 1494, les armées françaises sont aux portes de Florence. Les habitants sont terrorisés par l’approche de ces soldats, à qui nul ne peut résister et qui pillent tout sur leur passage. Savonarole explique que les Français ont été envoyés par Dieu, afin de punir les Florentins. Les habitants chasse les Médicis du pouvoir et charge le moine de négocier avec le roi de France. Les deux hommes se rencontrent. Savonarole convainc Charles VIII de ne pas piller la ville et d’attaquer Rome et le Pape.

Les Médicis sont chassés du pouvoir. Une République, s’inspirant du modèle vénitien, est instaurée. Le pouvoir est désormais détenu par deux conseils. Les aristocrates siègent au Grand conseil, tandis que les marchands et les financiers siègent au Sénat. Soutenu par une large partie de la population, Savonarole souhaite que Florence se dote d’une République chrétienne et religieuse. Ils purifient les mœurs, les pratiques sexuelles, abolit la torture. Il interdit les jeux d’argent, les bijoux, les vêtements de luxe et le maquillage. Les femmes doivent sortir voilée. Ils forment les enfants, son armée des anges, sont chargés de transmettre la bonne parole et de récolter les aumônes. Celles-ci deviennent rapidement obligatoires. En effet, ceux refusant de payer sont dénoncés par les enfants à des miliciens aux ordres de Savonarole. Les aumônes et les réformes fiscales tendent à une redistribution radicale des richesses.
Le 7 février 1497, des grands bûchers sont organisés par Savonarole pour y brûler des objets d’art, des livres, des tapisseries, des miroirs… Ces bûchers de vanité doivent purifier la ville.

Alexandre VI ne peut tolérer qu’un moine critique ouvertement l’Eglise et que ce dernier opère une réforme hors de celle-ci. De plus, il a dû acheter la paix avec les Français envoyés par le moine. Dans un premier temps, le Pape envoie son fils négocier avec Savonarole. César Borgia lui propose le chapeau de cardinal, afin de pouvoir opérer sa réforme au sein de l’Eglise. Savonarole refuse connaissant les risques d’assassinat qu’il encourt à la curie. Devant ce refus, le pape l’excommunie le 23 mai 1497. Il est accusé d’hérésie et de sédition. Alexandre VI menace de jeter l’Interdit sur Florence.
Les citoyens commencent à être lassés des méthodes brutales de Savonarole. L’Interdit aurait des conséquences spirituelles en refusant l’accès au paradis. De plus, les autres Etats n’accepteraient plus d’emprunter et de commercer avec une cité hérétique.
Savonarole doit prouver aux Florentins, qu’il est bien messager de la parole divine. Pour ce faire, il organise une dispute et une ordalie. Afin de prouver qu’il est soutenu par Dieu, il doit traverser un bûcher. Savonarole discute pendant de longues heures avec ses détracteurs et les magistrats de la cité, jusqu’à ce que la pluie vienne éteindre les flammes.
Les Florentins hurlent au scandale. Savonarole est arrêté et torturé pendant plusieurs jours. Il est accusé d’hérésie et de trahison envers la patrie. Sous la douleur, il avoue tous les chefs d’accusation. Il est pendu. Son corps est brûlé. Ses cendres sont jetées dans l’Arno.


Savonarole désirait sincèrement purifier les mœurs de ses concitoyens et faire en sorte qu’ils accèdent au paradis. Il critiquait l’Eglise, qui ne montrait plus l’exemple. Il souhaitait retourner à un catholicisme traditionnel, purifié, en revenant aux fondamentaux que sont les Saintes Ecritures. En ce sens, il peut être vu comme un précurseur de Luther, qui reprendra les même critiques et les idéaux de réforme. Réformateur religieux, Savonarole était aussi un réformateur social, luttant pour une plus grande égalité économique.
Néanmoins, ses méthodes pour réformer la société florentine sont violentes et brutales. Aucune contestation ne peut être tolérée et les détracteurs doivent être sévèrement châtiés. Savonarole peut être également vu comme un précurseur des Etats totalitaires du XXe siècle. Son pouvoir repose sur son charisme et sa force de persuasion. Il se considère comme le seul guide pour son peuple. La population est étroitement surveillée et contrôlée dans tous les aspects de la vie quotidienne par des miliciens. Enfin, Savonarole avait compris l’importance de la jeunesse dans l’évolution des sociétés. Son armée des anges est, par certains points, quelque peu similaire aux jeunesses fascistes et hitlériennes.

Sources

Savonarole : le prophète maudit, documentaire réalisé par Jan Peter et Yuri Winterberg, 2006, 52min.

HUGEDE Norbert, Savonarole et les Florentins, France-Empire, Paris, 1998, 245p.

SIRONNEAU Jean Pierre, « Florence du mythe messianique à la politique moderne » dans La Renaissance ou l’invention d’un espace, sous la direction de Jean Jacques Wunenburger, Editions Universitaires de Dijon, Dijon, 2000, pp125-140.

MILZA Pierre, Histoire de l’Italie, Fayard, Paris, pp415-420.

jeudi 10 février 2011

Et le Sphinx fit Thoutmôsis IV pharaon.

Grand nombre d'hommes et de femmes doivent leur renommé à des songes, des apparitions ou des voix mystérieuses. Jacob voit dans un rêve l'échelle qui relie la terre au ciel, Mahomet voit l'ange Gabriel et Jeanne d'Arc entend des voix divines... L'homme devenu puissant cherche souvent à faire coïncider sa réussite à une intervention extérieure. Tel est le cas du pharaon Thoutmôsis IV qui, selon ses propres propos, doit son trône à la volonté du grand sphinx de Gizeh.

L'histoire se déroule il y a près de 3400 ans vers 1400 av. notre ère. La chaleur écrase les dunes inondées de soleil. Gizeh est un lieu sacré où s'élève l'ancienne nécropole royale de la IV dynastie: les pyramides. Elles sont d'ailleurs toujours là - Khéops, Khéphren et Mykérinos - et sont toujours aussi imposantes bien que détériorées par le temps, l'érosion du sable et l'homme. En effet, véritable carrière de pierre à ciel ouvert, les hommes viennent depuis des siècles se servir en pierre et en calcaire. Heureusement, le gigantisme de ces œuvres ont vaincu le temps et l'homme. Ne dit-on pas en Égypte que « le monde craint le temps, mais le temps ne craint que les pyramides ». Les bases de celles-ci sont recouvertes par le sable sans cesse rapporté par le vent du désert. Le gardien de cette zone funéraire est un lion avec une tête d'homme aux traits énigmatiques: le sphinx. Qu'il représente Khéops ou Khéphren, les égyptiens ont depuis longtemps oublié qui est figuré dessus, tout comme peu se doute de l'énormité du corps du sphinx, piégé lui aussi dans le sable. Pour eux, il n'est autre qu' Harmakhis, le dieu du soleil à l'aube et au crépuscule, la personnification même du roi divin.

Fatigué par une longue chevauchée depuis Memphis, le jeune Thoutmôsis, qui n'est pas encore pharaon, s'affale sur le sable à l'ombre de l'imposante tête, contre le cou qui émerge à quelques mètres à peine du sable. Il ne reste pas longtemps éveillé à contempler le sourire énigmatique du dieu et tombe dans un profond sommeil. Dans son songe, il se retrouve face à l’entité sous laquelle il est en train de se reposer. Mais celle-ci est différente. Elle n'est pas faite de pierre, mais bien de chair et de sang. Minuscule face aux majestueuses pattes de lion, le jeune homme ose affronter le regard du dieu. En un rien de temps, quelques secondes à peine, le sphinx peut écraser ce mortel aussi aisément qu'un insecte. Pourquoi apparaître ainsi? Le jeune homme n'est-il pas assez digne de se reposer à l'ombre de la divinité? Le sphinx va parler:

« Regarde-moi, jette les yeux sur moi, ô mon fils Thoutmôsis ; je suis ton père Harmakhis. Je te donnerai ma royauté sur terre à la tête des vivants. Tu porteras la couronne blanche et la couronne rouge sur le trône de Geb le dieu héritier. Le pays sera tien dans sa longueur et dans sa largeur ainsi que ce sur quoi brille l'œil du Maître de l’Univers. Tu recevras les aliments des Deux Terres, ainsi qu'un abondant tribut de tout pays étranger, et une durée de vie comportant un long temps d'années... Voilà que maintenant le sable du désert me tourmente, le sable au-dessus duquel j'étais autrefois ; aussi hâte-toi vers moi, afin que tu puisses accomplir tout ce que je désire. »

Ainsi la légende est née. Thoutmôsis n'oublie pas les paroles de la divinité et veillera à ressortir le corps du sphinx afin qu'il réapparaisse aussi majestueux que lors de sa conception il y a plus de 1000 ans. L'histoire est belle. Thoutmôsis devient alors pharaon dans d'obscurs circonstances – il n'était peut-être pas l'héritier au trône – et fait inscrire sur une stèle son songe avant de la placer entre les pattes du sphinx. Le cycle du désert reprenant, le sphinx et sa stèle furent recouvertes jusqu'à notre époque. Aujourd'hui la "stèle du songe" se trouve à l'endroit même où le pharaon la faite poser.

mardi 8 février 2011

Ramsès II vainqueur à Kadesh?

1274 avant notre ère en Syrie. Ramsès II a 30 ans et règne depuis seulement 4 ans. Le voilà à Kadesh! Bataille héroïque et légendaire. Elle fit du jeune pharaon un dieu vivant. Là, nous racontent les sources égyptiennes, aux portes de la ville, le grand Ramsès reçut les gages de sa puissance du dieu Amon et, s'emparant de ses armes royales, fondit seul sur son char au milieu des armées ennemies – les Hittites - et massacra grand nombre d'entre-eux. Prenant peur, les hommes du souverain Muwattali s'enfuirent, laissant le pharaon contempler le champ de bataille sur une pile de cadavres. Las et fatigué, laissant ses soldats en terminer avec les fuyards, Ramsès porte son regard bienveillant sur les murs de la cité et comprend qu'étant le vainqueur il se comportera en miséricordieux et ne salira plus du sang de ses ennemis ce lieu, théâtre de ses premiers exploits!

Voilà la légende!

De tout son long règne (66 ans), Kadesh est l'acte fondateur du mythe de Ramsès II. Le pharaon, fin politique, va s'en servir pour revenir triomphant en Égypte et asseoir sa suprématie sur ses prédécesseurs. En effet, dans tous les temples, sur les papyrus et sur sa statuaire, le roi va décréter que désormais la légende de Kadesh sera immortalisée comme sa victoire. Le pharaon cherche à influencer la mémoire des hommes. Ramsès II se décrit comme un surhomme qui, malgré le surnombre de ses ennemis et l'absence de renforts, décide à lui seul de l'issue du combat. Est-ce là la vérité?

A évènement remarquable, documentation exceptionnelle! Jamais une bataille n'a été si bien documentée. Trois sources complètes : le Poème du scribe Pentaour, le Bulletin (un recueil de souvenirs de guerre) et chose unique pour l'Antiquité, le traité de paix entre les Hittites et l’Égypte conservé par les deux royaumes sur de précieuses feuilles d'argent. Celui-ci stipule une alliance des deux puissances scellée par le mariage du pharaon avec une princesse royale.

Voici les faits. Voulant la suprématie sur la Syrie, Ramsès comprend qu'il doit faire de la citadelle de Kadesh un avant poste stratégique. Outre les routes commerciales, il s'agit de contenir le grand royaume Hittite ainsi que la jeune puissance Assyrienne. Parti en mai -1274 avec son armée, ne voyant aucun ennemi au loin, Ramsès prend beaucoup d'avance avec un petit corps expéditionnaire laissant le gros de son armée en arrière. Floué par deux bédouins à la solde du roi Muwattali qui lui avaient fait comprendre que les Hittites étaient encore loin, le pharaon comprend trop tard qu'il est en fait tombé dans un piège grossier qui révèle son caractère novice dans l'art de la guerre. L'armée hittite n'est plus très loin et s'apprête à attaquer! Pris de panique, il envoie des messagers prévenir le reste de ses troupes de hâter leur marche.

Le combat commence. Les Hittites prennent vite l'avantage mais ne parviennent pas écraser l'avant-garde égyptienne. De plus, Muwattali, très prétentieux, n'a pas envoyé le gros de ses troupes. Cette erreur, conjuguée à la résistance héroïque des troupes de Ramsès, permet aux renforts égyptiens d'intervenir in extremis et de sauver leur souverain. Les Hittites se replient finalement dans Kadesh. Ramsès, devenu en l'espace de quelques heures plus sage, préfère ne pas éprouver davantage ses troupes contre les remparts de la ville et accepte des pourparlers en vue d'une paix commune.

La légende n'a donc rien à voir avec la réalité. Il y a en fait deux vainqueurs dans ce conflit. Les Hittites d'abord qui conservent Kadesh et ont repoussé les appétits territoriaux de l’Égypte. Enfin, Ramsès II qui sauve sa vie après une erreur stratégique qui aurait pu lui être fatale et qui se servira néanmoins de cette bataille, à grand renfort de propagande, devenant pour l'éternité Ramsès le Grand.

samedi 5 février 2011

Mais qui est le sphinx ?



Monument emblématique de l’Egypte, le sphinx mesure 73 mètres de long, sur 14 mètres de larges, pour 20 mètres de haut. Il pèse 20.000 tonnes. Il est construit dans un seul bloc. De récentes études ont estimé que la construction du monument a duré trois ans, à raison de dix heures de travail par jour pour cent ouvriers.

Mais de quand date la construction du sphinx ? Les temples présents autour apportent une réponse à ce problème. Face au sphinx, les archéologues ont découvert un temple. Il apparaît évident que ce dernier n’a jamais été achevé. A côté, se situe un second temple baptisé le temple de la vallée de Khephren. Le sol est recouvert d’albâtre. La cour est parsemée de trou destiné à accueillir des statues du pharaon Khephren. Les deux temples sont similaires. Il s’agit du même projet architectural. Ils font partie du même complexe avec la pyramide de Khephren. Par ailleurs, le temple du sphinx, l’épaule du sphinx et la pyramide de Khephren sont alignés lors des équinoxes et respectent parfaitement la course du soleil. Il ne peut s’agir d’une simple coïncidence. Ce phénomène confirme qu’il s’agit bien du même projet et du même constructeur. Les chercheurs en ont déduit que le sphinx date probablement du règne de ce pharaon, c'est-à-dire entre -2520 et -2493.

Deuxième question faisant l’objet de débat chez les archéologues repose sur l’identité du sphinx. Celui-ci possède un corps de lion. Dès lors, il est possible d’y voir la représentation de Routy, le gardien des portes du désert, celles par laquelle le Pharaon passe pour rejoindre le monde des morts. C’est l’une des plus anciennes divinités du panthéon égyptien. La présence d’une tête humaine n’infirme pas cette hypothèse. Il convient souligner que le sphinx est sans nul doute l’une des premières représentations divine possédant une tête humaine sur un corps animal.
Chez les Egyptiens, le lion est un symbole de pouvoir, synonyme de force. Sekhmet déesse à tête de lionne a été envoyée sur terre par Râ, afin de punir les hommes de leur désobéissance en les massacrant. Elle représente la violence et l’ivresse. Il s’agit du pouvoir non contrôlé, celui qui engendre le chaos. A l’inverse, un corps de lion à tête humaine représente le pouvoir maitrisé et intelligent, celui apportant la prospérité. En ce sens, il est clair que le sphinx est le symbole de la royauté égyptienne, s’incarnant dans la personne de pharaon.

Comme le sphinx date probablement du règne de Khephren, c’est probablement lui qui est représenté dans cette monumentale statue. Néanmoins, certains archéologues ont mis en avant le fait que le visage du sphinx est bien différent de celui du pharaon. Le visage carré, la bouche charnue, les yeux globuleux et l’absence de barbe font davantage penser à Khéops. Le problème réside dans le fait que la seule représentation de ce pharaon est une petite statuette de 10 cm conservé au musée du Caire. Faire des comparaisons parait difficile.
De plus d’autres archéologues pensent que le sphinx possédait une barbe, si on s’en réfère à la bosse présente sur le torse. Des fragments de la barbe ont d’ailleurs été découverts au XVIIIe siècle. Seulement, ils ne datent pas de la construction du sphinx. La manière dont ont été sculptés ces fragments, est postérieure d’au moins dix siècles à cette période.

A la fin de l’Ancien Régime (-2200), Thèbes devient la nouvelle capitale. Les pharaons délaissent Memphis et la nécropole de Gizeh. Les pyramides et le sphinx sont peu à peu recouverts par les sables. Un millénaire plus tard à l’avènement du Nouvel Empire, les pharaons réinvestissent Memphis. Ils redécouvrent le sphinx et le désensablent. Une nuit, Thoutmosis IV s’endort entre les pattes du sphinx. Ce dernier lui apparaît en songe et lui demande de l’aide. Le pharaon fait construire un mur pour le protéger du sable. Des traces de peintures de couleur, jaune, rouge et bleue datant de cette période montre également que le monument a été restauré. La tablette des songes relatant le songe de Thoutmosis IV, est un bel exemple de propagande royal. Pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte, un pharaon est venu aider et sauver un dieu. Le sphinx n’est plus la représentation du monarque et de son pouvoir. Il devient Harmakhis (Horus dans l’horizon), le gardien du passage vers l’au-delà et le gardien de la nécropole royale.

Si la question de l’identité du sphinx pose encore des problèmes, celle du nez semble avoir été résolue. Il s’agirait d’un acte iconoclaste datant du XIVe siècle. Les habitants de la région continuent de considérer le sphinx comme un dieu et font des offrandes. Un prédicateur musulman issu du soufisme voyageant dans la région, ne tolère pas de tels agissements. Il réunit les habitants devant la statue et ordonne la destruction du nez. Il ridiculise la statue et démontre qu’il ne s’agit pas d’un dieu, mais bien d’une simple statue.


Le sphinx possède une personnalité multiple qui semble avoir évolué avec le temps, à la fois divinité, pharaon, symbole monarchique. Durant l’Antiquité, le sphinx devient un lieu de pèlerinage, jusqu’à ce qu’il soit de nouveau abandonné et ensablé. C’est la raison pour laquelle, Hérodote n’en parle pas dans ses récits. Au Ier siècle ap.JC, les empereurs romains le dessable. Pline l’Ancien peut alors en faire une bonne description. Avec la chute de l’empire romain, il disparaît sous les sables. Seule la tête reste hors du sable. Il n’est dégagé d’une manière définitive qu’au milieu du XXe siècle et renferme encore bien des mystères.

vendredi 4 février 2011

Le retour du prophète Zacharie

Les personnages bibliques sont mystérieux. D’Abraham à Moïse plane le doute d’existences mystiques et fausses malgré la postérité de leurs actes et de leurs paroles. Ne parlons pas d’Adam, d’Eve ou bien encore de Noé dont les existences ainsi que leurs temps passer sur terre frisent le ridicule (Noé aurait vécu 950 ans). Il en va de même pour bon nombre de prophètes hébreux jusqu’au plus célèbre d’entre eux : Jésus. L’existence du messie chrétien, prophète chez les juifs est l’un des rares consensus entre biblistes et historiens : tous reconnaissent que l’homme a bien existé. Qu’en est-il des autres ? D’Elie à Joël en passant par Ezéchiel, peu peuvent se targuer de rencontrer une légitimité historique telle qu’est en train de se construire Zacharie.


Zacharie peut remercier les pillards. C’est grâce à eux que le tombeau de celui qui annonça à plusieurs reprises la venue du Messie (juif et chrétien) a été découvert. Enquête, course poursuite et arrestation ont accompagné le grand retour de Zacharie dans les mémoires humaines. Ce contemporain du grand Darius Ier (VIe siècle av.) a-t-il été enterré puis oublié ? Non ! Répondent les archéologues israéliens. La tombe du prophète se trouve sous les ruines d’une église d’époque byzantine. L'église, dont les mosaïques au sol sont bien conservées, a été découverte à Hirbet Midras, site d'une communauté juive de l'ère romaine, dans le centre du pays.


La découverte dans son ensemble, malgré son caractère hautement sacré, est à prendre au conditionnel. Des fouilles sont en cours. Avant que la découverte soit définitivement confirmée, Zacharie peut reposer en paix encore quelques temps !

jeudi 3 février 2011

Quand Charles VI est devenu fou.

Le royaume de France, au cours de sa longue histoire, a connu bon nombre de rois remarquables. Pourtant c’est à leurs défauts que certains doivent leur postérité. Le plus célèbre des rois du Moyen-Age à qui l’on doit les actes les plus fous est sans conteste Charles VI. Comme d’autres avant et après lui, un surnom lui sera appliqué ; ou plutôt un sobriquet : il sera pour la postérité Charles VI le fou !


D’où est venu ce surnom réducteur pour un roi qui avant avait été surnommé le Bien-aimé ? Racontons. 1392, la France est en guerre contre son puissant voisin anglais : on appelle ce conflit la Guerre de Cent ans. Le royaume se porte mieux. Si Charles IV et Jean II le Bon furent vaincus – et même prisonnier pour ce dernier – Charles V a rétablit une position dominante de la couronne française sur les anciennes possessions anglaises. Charles VI lui succède en 1380 sur des bases solides et sa politique est jalonnée de succès, notamment grâce à l’appui de conseillers proches: le gouvernement des Marmousets. Malheureusement la réussite va fuir définitivement le roi le 5 aout 1392.


En campagne contre le duc de Bretagne Jean IV, Charles VI pénètre avec son armée dans la forêt du Mans. Apostrophé en chemin par un vieillard, l’impudent met en garde son souverain contre une trahison à venir. Le roi semble ressortir choqué de cette brève entrevue. Nous sommes en plein été et la chaleur est accablante. Le roi a en tête les troubles de la guerre et notamment celle qu’il va mener contre le duché de Bretagne. Il se met à redouter les paroles du vieillard. Etait-il un fou, un oiseau de mauvais augure ou un sage prophète ? L’histoire chrétienne et les légendes médiévales content bien des épisodes mystiques de ce genre. Faut-il croire la providence, le hasard… ou bien rester rationnel ?


C’est la folie qui l’emporte. Accablé par la fatigue et ses troubles mentaux, Charles VI prend peur quand un son métallique – une lance d’un page tombe maladroitement sur un casque – retentit dans un silence de plomb. Le roi se met à hurler. Le voici dégainant son épée, les orbites pleines et les dents serrées. Il continue de s’écrier :


« Au meurtre, au complot, à moi… »


Sa suite essaye, tant bien que mal, de le raisonner ; mais c’est par la force qu’il faudra le ramener à la raison. Déjà le roi, habile guerrier, éventre quatre hommes. La garde intervient finalement, bravant le lèse-majesté, en maîtrisant et attachant solidement le roi dans un chariot. Charles perd connaissance et ne se réveillera que deux jours plus tard. L’expédition est terminée et le roi ressort quelque peu discrédité. La vie du roi, ponctuée d’autres épisodes de folie, deviendra une farce et un désastre pour le royaume de France jusqu’à sa mort en 1422.


On l’appellera désormais Charles VI le fol.



(image: Charles VI devenant fou dans la forêt du Mans)



mercredi 2 février 2011

Hammurabi et Mari: une histoire complexe.

Hammurabi (1792 – 1750 av. notre ère). Nom célèbre d’un roi immortellement lié à celle d’une pierre haute de 2,5 mètres sur laquelle sont inscrites les codes de loi de la cité de Babylone. Premier grand roi de Babylone, il a réuni autour de sa cité un vaste empire, jusqu’à se faire nommer du titre de « roi de Sumer et d’Akkad, roi des quatre régions, roi de l’univers ». Qui peut mieux faire ? De ce roi, nous savons à la fois fort peu de choses car l’archéologie à Babylone est devenu impossible depuis une vingtaine d’années, mais certaines parties de son long règne – 42 ans – nous sont relatées avec beaucoup de précisions par les archives royales de Mari, miraculeusement conservées sous la terre et découvertes par André Parrot en 1933.


Justement : Mari ! La voilà cette cité, lumière de la recherche archéologique au Moyen-Orient aujourd’hui. La ville, fouillée par Jean Margueron et Pascal Butterlin à présent, recèle encore des trésors archéologiques et épigraphiques, admirablement conservés sous plusieurs mètres de sable qui se sont empilés sous le poids des millénaires et … de l’incendie de la ville ordonné par - vous l’aurez deviné - Hammurabi.


Le souverain de Babylone a-t-il toujours été en guerre contre son voisin Mariote ? La correspondance diplomatique de cette période nous enseigne que non. Au contraire ! Hammourabi a longtemps soutenu Zimri-Lim, roi de Mari, lorsque cette dernière était menacée par Ibal-pi-El II, roi d’Eshnunna vers 1770. Une fois la paix conclue entre Mari et Eshnunna, Hammurabi négocie avec Zimri-Lim pour le partage de la cité de Hît qui devient leur frontière commune. Mais cette « entente cordiale » ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Ils s’allient pour la première fois militairement pour anéantir Eshnunna à la demande du sukkal d’Elam Siwepalarhuhpak, avant de faire front ensemble contre ce dernier devenu un envahisseur. De leur succès – difficile – Hammurabi en tire un prestige nouveau et se fait reconnaître comme le défenseur de la Mésopotamie. Le babylonien serait-il devenu prétentieux ?


Profitant de la bienveillance de Zimri-lim – ou plutôt de sa candeur – Hammurabi embarque les régiments militaires mariotes contre le décadent royaume de Larsa, au sud, et s’empare alors de toute la Mésopotamie (1763). Zimri-lim, prévenu du nouvel appétit militaire et territorial de son allié, réclame à plusieurs reprises le retour de ses hommes et de ses généraux. Hammurabi reçoit les ambassades venues de Mari et les rassure : les troupes rentreront bientôt. Usant une nouvelle fois des troupes mariotes, Hammurabi anéantit une dernière fois Eshnunna.


S’en est trop pour Zimri-Lim : il se retourne contre son ancien allié ; ou est-ce le contraire ? Impossible de trancher pour nous car les sources s’arrêtent en cette année fatidique de 1760. Hammurabi prend Mari et la détruit dans un gigantesque incendie. Nous pouvons lui en être reconnaissant : grâce à sa cruauté, ce qui n’a pas été détruit par l’Euphrate au cours des deux millénaires après sa destruction, a été parfaitement conservé sous le sable. Pourquoi avoir détruit Mari plutôt que d’occuper cette place stratégique sur le fleuve à l’entrée de la Mésopotamie ? Le fait que le souverain babylonien est ordonné à ses scribes de trier les archives de la cité avant sa destruction prouve qu’Hammurabi a voulu subtiliser des informations à la postérité. Des renseignements que seul un ancien allié pouvait savoir ! L’aide que lui a apporté Mari pour construire toute sa gloire peut-être ?


Trouverons-nous un jour ces fameuses archives cachées un jour ? Vivement de nouvelles fouilles à Babylone !


(Image: procession à Mari, reste de peinture de la cour du palais)

mardi 1 février 2011

Maître Renard, meilleur ami de l'homme?

Le chien a-t-il toujours été le meilleur ami de l’homme ? Telle est la question après la découverte d’une sépulture en Jordanie – à Uyun-al-Hammam - datant d’environ 16 500 ans dans laquelle des chercheurs ont découvert les ossements d’un homme et d’un renard enterrés ensemble. Rappelons que les plus anciennes traces d’ossements d’un chien – c’est à dire un loup domestiqué - remonte à une datation approximativement similaire que celle de notre sépulture (1).

Le fait que le renard ait été enterré avec un homme démontrerait que ce dernier pourrait-être son propriétaire. Que peut bien représenter ce lien ? Les fouilles ont démontré que la tombe avait été rouverte plus tard et que le corps avait été déplacé ; mais, parce que le lien entre le renard et l'homme avait été significatif en ce temps là, le renard a été également déplacé, pour que la personne continue d’être accompagnée par l’animal dans l’au-delà.


L’homme semble avoir domestiqué plusieurs animaux pendant la préhistoire afin de choisir lequel serait le plus adapté à ses besoins. Le renard semble avoir été une de ces expériences. Cependant, gageons que cette expérimentation n’a pas duré puisque nos ancêtres se sont vite tournés vers le chien, bien plus obéissant et efficace que le farouche et malicieux maître renard.


(1) http://lesitedelhistoire.blogspot.com/2010/08/une-vie-de-chien-tres-lointaine.html