jeudi 31 mars 2011

Napoléon et la marche vers les Cent Jours

Napoléon est vaincu. L’Europe coalisée a eu raison de ses rêves de voir la France et sa culture dominer le monde : il est obligé d’abdiquer. Louis XVIII, frère du guillotiné Louis XVI, est aux Tuileries. Le 30 mai 1814, le traité de paix entre la France et les monarchies européennes coalisées est signé sans indemnités, ni forces d’occupation. Les alliés se réunissent à Vienne le 1er novembre 1814 pour remodeler l’Europe. Le 3 janvier 1815, Talleyrand, représentant la France vaincue, écrit à son roi que la coalition est dissoute et que la France est de nouveau acceptée en Europe. Tout semble fini pour l’Empire qui est réduit à un îlot en Méditerranée : l’île d’Elbe.


Mais…


Pendant que le congrès de Vienne négocie la recomposition de l’Europe, l’aigle a décidé de s’envoler à nouveau. Le 1er Mars 1815, l’Europe va connaître une période trouble de cent jours: Napoléon s’est évadé. Il débarque à golfe Juan avec 15000 hommes restés fidèles, qui prennent avec lui la route de Paris. Il s’adresse à la foule et aux soldats :


« Soldats ! Foulez aux pieds la cocarde blanche. Elle est le signe de la honte. Venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef. La victoire marchera au pas de charge. L’aigle volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame ! »


Le général Bonaparte est de retour et l’aventure recommence. La marche vers Paris est ponctuée d’acclamations : Grenoble, Lyon, Autun. Même le maréchal Ney, pourtant envoyé par Louis XVIII pour stopper l'avancée de l’empereur, le rejoint. Devant son ancienne armée venue l’arrêter, Napoléon se met seul devant et montrant sa poitrine met au défi quiconque de tirer sur lui. Tout le monde, Ney le premier, lui tombe dans les bras. Ce sont maintenant cavaliers, régiments d’infanteries et d’artilleries qui marchent avec l’empereur vers Paris. Les appels du roi à la résistance sont ignorés et il est obligé de s’enfuir vers la Belgique. Napoléon arrive finalement à Paris et c’est l’ovation de la capitale toute entière. Nous sommes le 20 mars 1815 et l’Europe prépare déjà sa prochaine guerre contre la France.

dimanche 27 mars 2011

François Ier et Henri VIII, lutte au camp du drap d'or.

François Ier est passé à la postérité pour avoir été le vainqueur de Marignan en 1515 (date si aisée à retenir !) et le promulgateur de l’édit de Villers-Cotterêts qui en 1539 impose l’utilisation du français comme langue officielle du royaume*. En outre, il a été un des principaux acteurs de la Renaissance française en faisant construire de magnifiques châteaux et en faisant venir bon nombre d’artistes (ah ! Léonard !). Pourtant, en ce temps là, la France est loin d’être un royaume qui peut se permettre d’être à la fête. Voilà que celui-ci est entouré d’ennemis. Au nord, l’éternel adversaire anglais avec à sa tête le légendaire Henri VIII, et au sud, ainsi qu’à l’est, l’immense empire d’un tout jeune empereur : Charles V où si vous préférez Charles Quint.


1519, l’Empire Romain Germanique se cherche un empereur. Maximilien Ier de Habsbourg laisse un territoire immense et puissant à qui saura se faire élire. François Ier, roi de France depuis 1515, est candidat. Pour cela, il s’endette et la France avec ! L’échec est cuisant. Malgré les présents et les fortes sommes « offertes », François Ier est renvoyé dans son royaume, humilié, triste et surtout ruiné. C’est un tout jeune homme, déjà roi des Pays-Bas et d’Espagne, Charles, qui succède finalement à Maximilien Ier. Pour l’anecdote, Charles est le petit-fils de Maximilien, ce qui, et c’est une évidence, a grandement influencé son élection.


La France se retrouve entourée et la rancœur est grande dans le cœur du roi. Afin de peser d’un poids plus grand face à son nouvel ennemi, François Ier invite son homologue anglais pour discuter d’une alliance. Celui-ci accepte. L’entrevue doit avoir lieu près de Calais, qui appartient à l’Angleterre. Remettons dans le contexte : nous sommes en juin 1520, François Ier a 25 ans et Henri VIII, 28 ans. Ils sont tous les deux reconnus pour leur beauté, leur physique athlétique et leur érudition. Chacun d’eux veut épater l’autre en apparaissant plus riche et plus fort. « C’est un combat de coq » dirons-nous vulgairement. Le roi Français s'est offert une tente de drap d'or doublée de velours bleu et l’entrevue restera alors pour les mémoires comme la rencontre du camp du drap d’or. Ne goutant pas à cette fanfaronnade, Henri VIII montrera lui aussi toute l’aisance et toute la richesse qu’il peut étaler.


La rencontre débute le 7 juin et s’étale sur tout le mois, mais aucun compromis n’est trouvé. L’épilogue va pourtant trouver une issue négative un jour où les deux puissants vont en venir aux mains. Encore sportif, malgré une obésité apparente, Henri VIII lance un défi à François Ier pour une lutte à mains nues. Celui-ci accepte. Grand, massif et puissant, François Ier ne laisse pas durer le suspens et met à terre le roi d’Angleterre avec une facilité déconcertante devant un parterre de diplomates qui priaient pour que l’issue de la lutte ne trouve pas de vainqueur. Humilié, Henri VIII écourte les négociations et s’en va plutôt chercher chez Charles Quint, dans une rencontre bien plus austère, une alliance contre la France.


Analysons bien la situation. François Ier, par cette lutte inutile, a mis l’Europe entière contre lui, a ruiné un peu plus le royaume par le faste ridicule de la rencontre et pourtant… on ne peut s’empêcher de ne pas regretter son geste. Félicitations donc à celui qui fut le dernier des rois chevaliers.


* Voir mon article:

http://www.les-experts.com/article-80460-francois-ier-et-la-langue-francaise.html

vendredi 25 mars 2011

Angleterre et Pays-Bas : qui contrôlera la mer, contrôlera le monde

La seconde moitié du XVIIe siècle, voit s’affronter l’Angleterre et les Pays Bas, appelés à l’époque les Provinces-Unies, pour la suprématie économique. Une première guerre éclate en 1652. Elle est courte et peu décisive. Les Néerlandais sont contre la guerre, car elle nuit au commerce. Leur dirigeant, Johann de Witt s’empresse de négocier avec Cromwell.




En 1658, l’Angleterre sort de la République de Cromwell et d’une période de chaos. Le nouveau roi Charles II, a à cœur de faire de nouveau prospérer son pays économiquement. Il s’appuie sur les théories mercantilistes. Ces dernières expliquent que le monde possède un nombre de richesse limité à l’échelle mondiale. N’ayant pas assez de débouchés, Il faut s’accaparer les richesses des autres. Or au XVIIe siècle, les Provinces-Unies sont dirigées par des bourgeois marchands. Elles tiennent le commerce mondial. Leurs navires sont présents sur toutes les mers du globe. Leurs comptoirs constituent un réseau planétaire. En 1664, Charles II charge le colonel Nicols de s’emparer de la colonie néerlandaise de Manhattan, afin de la confier au gouvernement de son frère Jacques duc de York. Les deux milles soldats anglais sont opposés aux 150 soldats néerlandais. Le gouverneur de la Nouvelle Amsterdam négocie la reddition. En échange de leur allégeance envers Charles II, les colons conservent leurs droits et leur liberté religieuse. Manhattan est rebaptisé New York. Dans le même temps, Robert Holmes s’empare des comptoirs néerlandais le long des côtes africaines. Ces attaques constituent une agression en temps de paix.




Johann de Witt veut les reprendre. Il lance la construction d’une vaste flotte, qu’il place sous le commandement de l’Amiral Ruyter, qui reprend une large partie des comptoirs perdus. La seconde guerre est inévitable et débute en 1665. Les Provinces-Unies n’ont pas de flotte nationale. Il s’agit d’une union de cinq amirautés, qui ne cessent de se quereller. De Witt choisit le baron Van Obdam pour commander la flotte, car Ruyter n’est pas encore rentré d’Afrique. Côté anglais, c’est le duc York en personne qui commande la flote. Les vaisseaux anglais sont massifs et offrent une bonne puissance de feu. C’est la raison pour laquelle, ils privilégient une formation linéaire. A l’inverse au vue de leurs navires, les Néerlandais optent pour l’abordage et misent sur la vitesse.




Le point culminant de la guerre est la bataille de Lowestoft en 1666. Les Anglais remportent une victoire écrasante. Van Obdam meurt dans l’explosion du vaisseau amiral. Les néerlandais comptent 5.000 morts et perdent 17 vaisseaux. Les Provinces-Unies subissent en même temps une attaque terrestre venant d’Allemagne. En effet, Charles II a convaincu l’évêque de Münster d’engager ses troupes, afin de récupérer les territoires, qu’il revendiquait. Elles font appel à la France première puissance terrestre d’Europe, ce qui leur permet de se concentrer sur les combats navals. Avec l’entrée de la France, les Anglais sont obligés de diviser leur flotte en deux : une dans la Manche contre les Français et une en Mer du Nord contre les Néerlandais. Ces derniers ont retenu les enseignements de Lowestoft et adopte la stratégie et la formation anglaise. Ainsi, ils remportent la bataille des Quatre Jours. Seulement, cette victoire est symbolique. Les Anglais ne perdent que dix vaisseaux. La flotte est vite reconstituée et grâce au système de recrutement autoritaire appelé la presse, dispose d’un nombre important de marins. Ainsi, les Anglais remportent la bataille de Saint Jack quelques mois plus tard.


Les navires anglais dominent la mer du Nord. Ils empêchent les navires marchands de pénétrer ou de sortir des Provinces-Unies. Holmes mène des raids sur la terre, brûlant et saccageant tous les ports et entrepôts. Il s’agit des feux de joie de Holmes. Les pertes s’élèvent à plusieurs millions de livres pour les Provinces Unies.




Louis XIV veut consolider la frontière nord de la France. En 1667, il envahit les Pays-Bas espagnols, que les Néerlandais souhaitaient conserver comme zone tampon. Inquiet de l’avancée des troupes françaises, de Witt entame des négociations avec Charles II. Ce dernier en position de force n’est pas pressé de signer la paix. De Witt veut lui forcer la main. La flotte de Ruyter s’engouffre de nuit dans la Tamise. Ils parviennent à traverser la chaîne de Cullingham qui en bloque l’accès et à déjouer les canons de la forteresse de Knocht. La flotte anglaise est attaquée dans ses arsenaux sans pouvoir se défendre. Charles II n’a plus les moyens de poursuivre la guerre et signe la paix. Il garde New York, mais doit rendre les comptoirs en Indonésie et en Afrique.




En 1670, la France déclare la guerre aux Provinces-Unies. Par le traité de Douvres, l’Angleterre s’allie à Louis XIV. Grâce aux crédits français, la flotte anglaise est reconstituée. Charles II souhaite placer à la tête des Provinces-Unies son neveu Guillaume III d’Orange. De Witt n’a pas le choix. Face aux Français, il doit mettre sur pied une armée terrestre et doit en confier le commandement à Guillaume d’Orange.


En 1672, la troisième guerre anglo-néerlandaise débute. Cette fois, c’est une guerre de conquête. Les Provinces-Unies luttent pour leur survie. De Witt ordonne d’attaquer et d’anéantir la flotte anglaise le plus rapidement possible, afin d’effrayer les Français, qui ne rencontrent que peu de résistance sur terre. Face aux défaites successives, de Witt est renversé et mis à mort. Guillaume d’Orange le remplace. Il inonde le pays en ouvrant les digues, pour enrayer l’avancée française. Sur mer, les Néerlandais s’en sortent mieux. Ils remportent la victoire de Texel en 1673, où les vaisseaux français n’ont pas soutenus leurs alliés anglais. En 1685, Charles II meurt. Son frère, Jacques II lui succède. Néanmoins son catholicisme et son autoritarisme lui vouent la haine du peuple. Il est renversé et s’enfuit en France. C’est Guillaume d’Orange, ayant épousé sa fille qui lui succède. Il allie l’Angleterre et les Provinces-Unies contre Louis XIV.






Les guerres anglo-néerlandaises ont ruiné la première puissance économique européenne. L’étroitesse de leur territoire, la faiblesse numérique de leur population et l’insuffisance de leurs institutions politiques ne permettent pas aux Provinces-Unies de retrouver leur niveau antérieur, malgré la possession de nombreux ports et comptoirs sur tout le globe. De plus, Guillaume III est davantage tourné vers l’Angleterre. Son pays d’origine se retrouve subordonné politiquement à l’Angleterre. Les Provinces-Unies ont donc perdu le conflit visant à la suprématie économique et maritime mondial au profit de l’Angleterre. Jusqu’en 1914, c’est bien l’Angleterre qui possédera la suprématie économique, renforcée par la révolution industrielle et la flotte la plus puissante, faisant d’elle la première puissance mondiale.

mardi 22 mars 2011

Callixène, la première femme au lit avec Alexandre le Grand

Contrairement à l’idée que l’on pourrait se faire d’un futur héritier au trône comme Alexandre, d’autant plus lorsque l’on sait la réussite qu’il connaîtra dans sa vie future, les premiers complots auxquels doit faire face le jeune homme ne sont ni l’assassinat ou l’empoisonnement, mais des tentatives, pour le moment infructueuses, de lui faire prendre goût au stupre et à la luxure. Ces complots sont préparés minutieusement et demandent une organisation quasi militaire et stratégique, tant ce bougre d’Alexandre est habile à éviter toute « contrainte » qui lui serait imposée. Les compagnons d’Alexandre sont déjà convertis aux orgies et sont également des grands habitués des fêtes au palais de Pella.
La mission élaborée telle une grande bataille ou plus exactement un siège, est fort simple : il faut introduire dans son lit une créature de rêve et … du sexe opposé afin de faire enfin devenir un homme cet Alexandre, du moins sexuellement. Mais la chose n’est pas si simple tant le garçon passe la majeure partie de son temps à occuper son corps et son esprit par des activités qui lui semblent plus nobles et plus vertueuses, comme le sport et la lecture. Il faut donc attendre le bon moment !
Comme lors d’une distribution, les parents et les amis d'Alexandre sélectionnent les meilleures candidates, en éliminent certaines, en font venir d’autres, puis finissent par en choisir une qui fait l’unanimité. L’heureuse élue répond au doux prénom de Callixène et est thessalienne. La belle est une prostituée de renom, à la beauté envoûtante qui aurait pu faire pâlir de jalousie Olympias dans ses jeunes et belles années. Sans doute fait-elle ce métier depuis bien longtemps et son expérience est un atout de poids lorsqu’elle se retrouvera en face du bel Alexandre. Comme toute professionnelle, elle excelle dans l’art de séduire en dansant, en chantant et en vantant les attributs physiques de son client. Afin de le piéger au mieux, Callixène devra attendre Alexandre dans sa propre chambre. Celle-ci est d’ailleurs consciencieusement rangée, décorée, encensée et parfumée afin que les sens du jeune prince soient en parfait éveil et que son corps soit irrésistiblement attiré vers la magnifique créature.
En entrant dans sa chambre, Alexandre remarque immédiatement le rangement et les senteurs douces qui parfument l’air ambiant. Levant les yeux, il la voit. La belle est là, radieuse, envoûtante… si experte. Alexandre sourit à la vue de Callixène car il devine au fond de lui que cette femme n’est pas là par hasard. Étonnamment à l’aise, le jeune macédonien se dirige vers son lit où Callixène l’y attend déjà. Callixène finit enfin par arriver à ses fins: Alexandre se laisse séduire !

Quel complot!


jeudi 17 mars 2011

Hitler et Mussolini : quand l’élève dépasse le maître

En 1922, Benito Mussolini à la tête du parti fasciste italien, marche sur Rome et s’empare du pouvoir. Il transforme la démocratie en Etat fasciste. De l’autre côté des Alpes, Adolf Hitler observe ses actions. Mussolini est un modèle à suivre. Hitler organise son parti sur le modèle italien. L’année suivante, il tente lui aussi de marcher sur Berlin, pour s’emparer du pouvoir. C’est un échec. Il doit attendre les élections de 1933, pour accéder à la fonction de chancelier.

La première entrevue entre les deux dictateurs se déroule à Rome en 1934. Le principal sujet réside dans la question autrichienne. Mussolini protège l’Autriche, qu’il considère comme une zone tampon face à l’Allemagne. Le meurtre du chancelier Dollfuss le 25 juillet 1934 par des sympathisants nazis est très mal vu par Rome. Mussolini envoie des troupes à la frontière, empêchant ainsi les nazis de prendre le pouvoir.
Le Duce impose de par sa prestance. Vêtu de son bel uniforme, il apparaît comme l’homme fort au côté d’Hitler ne portant qu’un simple costume. Lors des discours et des défilés de jeunesses fascistes, Hitler s’efface et est relégué au second plan. Mais le Führer observe attentivement et apprend de son mentor.
En septembre 1937, Mussolini est invité à Berlin. Fort des enseignements italiens, Hitler a beaucoup changé en trois ans. Il porte lui aussi un uniforme, organise les mêmes défilés des jeunesses hitlériennes et des militaires. Mussolini est admiratif de la symbiose entre le peuple et l’armée. De plus, il est épaté par le pas de l’oie allemand. Il l’introduit dans les armées italiennes. Une place Mussolini est inaugurée à Berlin. Le renversement en faveur d’Hitler commence à s’opérer.
En 1938, Hitler retourne en Italie. Il visite Florence, qui demeure pour lui la plus belle ville du monde. Il concède le Tyrol à l’Italie. En échange, Mussolini l’appuie lors de la Conférence de Munich. Ce soutien permet à Hitler de prendre possession du territoire des Sudètes. Mussolini espère contenir les ambitions guerrières de son ami.

Les deux hommes s’apprécient de plus en plus. Ils ont conscience d’avoir une destinée hors du commun. Ils ont les mêmes rêves de grandeur et vouent tous les deux une haine aux régimes démocratiques. Leurs pays sont mis au ban de la SDN. Les deux Etats se lancent dans des conquêtes territoriales. L’Allemagne peut annexer l’Autriche, tandis que l’Italie conquiert l’Ethiopie. En 1939, les deux hommes signent une alliance militaire.

Néanmoins, Hitler ne dévoile jamais ses plans à son ami, le laissant devant le fait accompli. Lorsqu’il apprend l’invasion de la France, Mussolini se hâte d’envoyer des troupes. Là où les Allemands utilisent des chars, les Italiens se déplacent à dos d’âne. Les troupes allemandes s’enfoncent rapidement dans le territoire français, tandis que les troupes italiennes peinent à mettre en déroute les régiments de chasseurs alpins. Mussolini réclame la Corse, ainsi qu’une partie des Alpes et de la côte Méditerranéenne.
Mussolini veut avoir une victoire franche comme son homologue germanique. Il envahit l’Albanie, puis attaque la Grèce. Ses troupes sont tenues en échec. Hitler est furieux en apprenant cette nouvelle. Il doit envoyer des renforts, ce qui retarde le déclenchement de l’opération Barbarossa.
Une fois la Grèce battue, l’Italie appuie l’Allemagne lors de l’invasion de l’Union Soviétique. Mussolini rejoint le QG d’Hitler en Prusse Orientale. Il y reste une semaine. Rien ne semble résister aux deux hommes, jusqu’en 1942. Les troupes italiennes s’enlisent dans les sables africains, tandis que les Allemands s’enlisent dans les neiges soviétiques. La situation militaire devient complexe, surtout avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre. Les deux hommes sont fatigués. Hitler est sous anti dépresseur. Mussolini est victime d’une crise de foi.
En 1943, Mussolini apprend le projet de débarquement en Sicile. Il souhaite faire la paix avec Staline, afin de n’avoir plus qu’un front à défendre. Hitler refuse et promet de lui apporter une aide militaire, si son pays est attaqué. Mussolini cède. Le Duce ne peut que suivre les volontés de son ami.

L’année suivante Mussolini est jugé par le Grand Conseil fasciste. Il est démis de ses fonctions et emprisonné sur l’île de Ponza. Hitler est fou de rage. Il craint des trahisons dans son propre entourage. Il décide d’envahir l’Italie, mais les Alliés le devancent. Le 12 septembre 1944, des commandos allemands libèrent Mussolini, qui a été transféré dans les Alpes. Hitler souhaite remettre son ami au pouvoir et refasciser l’Italie. Mussolini installe son gouvernement à Salo. Il désire se venger de Rome et souhaite créer une immense armée italienne. Hitler se contente d’incorporer les Italiens à la Wehrmacht.
La dernière entrevue entre les deux hommes a lieu le 20 juillet 1944. A partir de novembre, Hitler s’enferme dans son bunker à Berlin. Le 28 avril 1945, Mussolini déguisé en soldat allemand, tente de fuir devant les partisans. Il est abattu par un tir de mitraillette. Son corps est amené à Milan et exhibé sur la place publique. Deux jours plus tard, Hitler ne voulant pas connaître le même sort, se suicide et ordonne de brûler son corps.


Hitler s’est régulièrement emporté contre l’inefficacité des armées italiennes. Forcé de les aider dans les Balkans et en Afrique, l’Allemagne a perdu du temps et des moyens, qui auraient été probablement plus efficaces ailleurs. Malgré cela, Hitler n’a jamais laissé tomber Mussolini. Demeurant son mentor, il croyait peut être que tout ce qui arriverait au Duce se répercuterait sur sa personne. De son côté, Mussolini a tout d’abord méprisé le Führer, mais son point de vue a radicalement changé. Bien que n’étant pas toujours en accord avec les décisions d’Hitler, il ne s’opposa jamais à lui. Peut être que le Duce était fasciné par le dirigeant allemand, réalisant ce que lui espérait, mais ne pouvait faire faute de moyen.

mardi 15 mars 2011

Olympe de Gouges et la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

De condition modeste, Olympe de Gouges fait un bon mariage avec Louis Aubry en 1765 dont nait très vite un fils. Le chemin d’épouse modèle bourgeoise semble tout tracé.

Mais, Olympe de Gouges se lasse de ce quotidien. Au fin fond de sa province montalbanaise, elle caresse le doux rêve d’une autre vie, d’une vie moins morne. Elle aspire à la célébrité. Sans doute est-ce là un moyen d’avoir la reconnaissance de son véritable père, le marquis Le Franc de Pompignan (Olympe de Gouges serait née d’une relation adultère entre ce marquis et sa mère Anne Mouisset, le père « officiel » boucher étant le mari d’Anne Mouisset). Le décès de son époux alors qu’elle n’a que 20 ans, loin de causer chez elle une profonde tristesse, lui ouvre les portes d’une nouvelle vie.


C’est ainsi, qu’en habits de deuil (morale oblige), elle « monte » à Paris à la recherche de cette chimère nommée notoriété. Et ce qui n’était jusque là qu’un songe, se réalise. Olympe de Gouges se lance dans une carrière littéraire. Aucun salon parisien ne peut être tenu sans sa présence, du moins sans que l’on ne parle d’elle. Tout ceci elle le doit, entre autres, à son affiliation avec son père naturel, dramaturge, et à sa liaison avec Jacques Biétrix de Rozières, haut fonctionnaire de la marine. Cependant, éprise de liberté, elle refuse la proposition de mariage de ce dernier.

Femme de lettres et femme libre, elle devient véritablement célèbre lors de la Révolution française avec sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rédigée en 1791 et adressée à la Reine. Cette Déclaration des droits de l’homme et du citoyen au féminin est un manifeste pour l’émancipation de la femme. Ce texte fait d’elle une des pionnières du féminisme avec Théroigne de Méricourt et Claire Lacombe. Elle y affirme l’égalité des droits entre les deux sexes. Elle résume ironiquement son idée dans cette formule qui n’est pas sans nous en rappeler une autre :

« La femme naît libre et demeure égale en droits à l’homme »

L’indépendance dont elle a rêvée et qu’elle a réussie en partie à acquérir, elle souhaite la partager avec toutes les autres femmes. En ce qui concerne les droits civils, elle demande la reconnaissance des droits pour les femmes non mariées et les mères célibataires. Elle milite pour la création de maternités afin que les femmes accouchent dans de bonnes conditions.. Mais les résultats sont peu probants. Elle parvient tout de même à arracher aux Girondins le droit de divorcer.

A côté de l’égalité des droits civils, elle revendique celle des droits politiques par cette phrase, la plus connue de sa Déclaration :

« La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune »

La suite lui donne raison. Elle obtient que les femmes soient admises dans une cérémonie à caractère national, notamment lors de la commémoration de la prise de la Bastille le 14 juillet 1792. Mais elle obtient aussi sa mise à mort, lors de la Terreur, car elle est jugée solidaire du parti des Girondins. Elle est guillotinée le 3 novembre 1793 tout comme l’a été sa Déclaration refusée par la Convention. N’est-ce pas là ironique ?

dimanche 13 mars 2011

Abul Abbas, l'éléphant blanc de Charlemagne

Charlemagne, roi des Francs puis empereur en 800, reçut bon nombre de présents de ses diverses ambassades diplomatiques. Il a aussi accumulé beaucoup de richesses par ses nombreuses conquêtes. Installé dans son magnifique palais d’Aix la Chapelle, Charlemagne pensait avoir tout vu jusqu’au jour où une ambassade, avec à sa tête un marchand franc arabophone, Isaac, revint de la lointaine Bagdad, accompagné d’un encombrant mais grandiose cadeau.


Le 1 juillet 802, cinq ans après le départ d’une ambassade porteuse de cadeaux à Hârûn al-Rachîd, calife de Bagdad, Charlemagne apprend que cette dernière est enfin de retour. Les messagers se pressent inhabituellement pour prévenir l’Empereur. Lorsque Charlemagne les voit approcher, ils semblent apeurés.


« Majesté, le marchand juif Isaac revient de Bagdad, porteur d’un présent monstrueux ! »


Charlemagne sourit. Lui, sait quel est cet imposant et monstrueux présent. Voilà un an, Isaac débarquait du lointain orient en terre italienne et avait dû attendre sur place la fonte des neiges avant d’entreprendre le long voyage à pieds vers la capitale de l’empire carolingien. Beaucoup de choses avaient changé depuis le départ de cette ambassade en 797. En effet, entre temps, Charlemagne était devenu empereur et le calife Hârûn al-Rachîd voulu s’en faire un allié privilégié. Aussi, il n’hésita pas à couvrir Charlemagne de magnifiques présents tous les plus impressionnants que les autres. De cette manière, il put également démontrer sa richesse et le haut degré de raffinement de la toute jeune civilisation musulmane. Débarqué, Isaac écrit à Charlemagne. Imaginons ses mots:


« Parmi les fabuleux présents du calife Hârûn al-Rachîd, je vous ramène les plus belles étoffes de soie d’orient parées de mille et une couleurs ainsi qu’une clepsydre. Cet instrument saura, je vous l’assure, vous montrer tout le savoir faire fabuleux des scientifiques musulmans au service du calife. Vous serez amusé de savoir que cette horloge à eau servait autrefois à calculer le temps d’une plaidoirie chez les grecs et le temps de garde des légionnaires romains. Mais tout cela n’est rien face à l’éléphant blanc que je vous ramène. Il vient de la très lointaine Asie qu’Alexandre le Grand effleura. Ce gigantesque et mythique animal est d’un blanc pur qui marque, selon les princes indiens, une ascendance divine. Doté de pouvoirs magiques, le sultan espère qu’il apportera gloire et prospérité à l’empire. Il est prénommé Abul-Abbas, ce qui signifie en arabe « le père d’Abbas ». Abbas a été le nom de l’oncle et du petit-fils du prophète musulman Mahomet, mort il y a plus d’une cinquantaine d’années maintenant. »


L’éléphant est une créature mythique. Les guerriers carolingiens le connaissent par les récits militaires des grecs et des romains en orient et en Inde. Le peuple, lui, n’en a surement jamais entendu parlé. Sa couleur est due à une forme très rare d’albinisme. Aussi, quand l’animal rentre dans la capitale, il devient naturellement une attraction exceptionnelle. Charlemagne l’exhibe et le monte à plusieurs reprises. Plus tard, il l’envoya même combattre les troupes du roi danois Godfried.


Le pauvre animal ne résiste pourtant pas au climat froid du nord de l’Europe et meurt en 810 d’une pneumonie. La légende du gigantesque animal reste pourtant durable. La cathédrale d’Aix la Chapelle abrite un oliphant, plus généralement appelé cor, dont on dit qu’il a été fabriqué dans la corne d’Abul-Abbas. Enfin, dans un jeu d’échec, si le fou prend la forme d’un éléphant, il se nomme du même nom que le légendaire animal blanc de Charlemagne, qui ne lui survécut à peine 4 ans avant de s’éteindre en 814.

samedi 12 mars 2011

L'Europe se partage l'Afrique à Berlin

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Européens découvrent les richesses insoupçonnées de l’Afrique et notamment les mines de diamant. Considéré comme une terre sans maître, les puissances colonisatrices se disputent le continent entre 1880 et 1885. Les Français sont au Maghreb, s’emparent de la Guinée et par l’intermédiaire de Pierre de Brazza s’implantent également sur les bords du fleuve Congo. L’Italie occupe l’Erythrée. Le Royaume-Uni s’est emparé de l’Egypte et du Soudan. L’Allemagne déclare avoir pris possession du Togo, du Cameroun et de la Namibie.
En 1878, la Belgique crée l’Association internationale du Congo dont les objectifs sont de développer le commerce et d’apporter la civilisation dans la région. L’explorateur Henry Stanley est chargé par Léopold II d’y établir un Etat au nom de l’association. Le Portugal qui revendique également la région en rappelant des accords passés avec l’empire Kongo, conçoit alors l’idée d’une conférence internationale pour le partage de cette région. Le projet est concrétisé par Bismarck, qui souhaite affirmer le rôle de l’Allemagne sur la scène internationale. La conférence débute le 14 novembre 1884, sans aucun représentant africain.


Suite au refus de la France et du Royaume Uni de débattre sur les vallées du Sénégal et du Niger, la conférence porte principalement sur le fleuve Congo. Chaque nation y défend ses prérogatives.
La Belgique souhaite créer une zone de libre échange placée sous l’autorité de l’Association internationale du Congo. Léopold II espère que la zone devienne à terme un Etat sous protectorat belge. La Belgique propose de construire une série de camps fortifiés le long du fleuve. Ces derniers sont destinés à accueillir et protéger les marchands et scientifiques européens. Les Etats-Unis soutiennent le projet. Bismarck y est favorable, mais doit faire face aux nationalistes souhaitant voir l’Allemagne se doter d’un vaste empire colonial.
La France est très attentive aux frontières de cette région. Elle craint que la zone empiète sur le bassin du Gabon, lui appartenant. De plus, la France souhaite conserver le territoire conquis par Brazza sur la rive droite du fleuve. Or Stanley a reçu l’ordre de Léopold II de convaincre la conférence d’élargir au maximum les limites de la zone. Pour ce faire, il met en avant les difficultés à naviguer sur le Congo. Il propose de bifurquer sur le fleuve Ogooué dans la vallée du Gabon. C’est une solution moins couteuse que de construire un chemin de fer. Stanley essuie systématiquement un refus de la part des Français. De leur côté, les Etats-Unis souhaitent l’étendre à l’Est jusqu’à l’Océan Indien, ce qui reviendrait à toucher aux possessions portugaises.
La conférence présente un ordre du jour plus important que la simple question congolaise. On y parle de la liberté de navigation et de commerce, ainsi que des modalités d’installation sur les côtes. Toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l'intérieur jusqu'à rencontrer une sphère d'influence voisine. Mais le traité exclut le principe de l'hinterland, qui permet l'annexion automatique de l'arrière-pays par un État maîtrisant son littoral.
La question du salut des populations indigènes est également abordée. Le problème de l’alcool est mis en avant. L’Africain est incapable de résister à ce fléau. La Belgique souhaite interdire le commerce de l’alcool dans la zone. L’Espagne et le Portugal abordent la question de l’esclavage. Les deux nations veulent interdire tous les instruments favorisant cette pratique tels que les chaînes ou les fouets. Si tous les Etats présents sont d’accord sur le fond, aucune décision n’est prise et la question demeure en suspens. La conférence se contentant de rappeler l’interdiction de la traite et le devoir des nations de lutter contre ce phénomène.


La conférence se termine le 23 février 1885. L’acte final définit des zones de libre-échange dans le bassin du Congo. Il proclame la liberté de navigation sur les fleuves Niger et Congo. Il arrête aussi quelques principes humanitaires contre la traite des esclaves ainsi que sur le commerce de l'alcool et des armes à feu. Le grand vainqueur de la conférence est sans nul doute la Belgique, puisque la conférence reconnaît à Léopold II la possession d'un vaste territoire au cœur de l'Afrique noire, qui deviendra l’État indépendant du Congo. La France a réussi à sauvegarder les territoires de Brazza. Le Royaume Uni garde la main sur le delta du Niger. La conférence stipule qu’il ne peut y avoir annexion que par l'occupation effective du terrain et que les traités conclus avec les populations indigènes doivent être notifiés aux autres nations colonisatrices. Cette stipulation constitue un point d’appui pour les futures conquêtes coloniales.

lundi 7 mars 2011

Amour et sexe sur le Nil. Le papyrus de Turin



Qui a dit que tout était religieux, liturgique et sans dépravation dans l’Égypte antique ? La visite des tombeaux égyptiens réserve parfois de bien curieuses surprises. Ça et là, les dieux mais également des hommes, dressent fièrement leur phallus qu’ils montrent à des femmes merveilleusement sensuelles. Les hommes sont en appétit et les femmes, exhibant leur poitrine au travers de nuisettes, semblent émerveillées !

Hormis ces scènes d’un érotisme plus qu’acceptable et imaginable, on a longtemps pensé que les égyptiens étaient plutôt prudes car ils ne représentaient jamais directement l’acte sexuel en lui-même. L’acte est représenté de manière symbolique, comme par exemple la venue d’un papillon se posant avec délicatesse sur une fleur.


Le papyrus érotique dit de Turin est une « œuvre » représentant une orgie composée d’hommes à la vieillesse et à la laideur accrue, dotés de phallus géant. Les femmes sont belles et consentantes. Découvert au XVIIIe siècle, le papyrus fut caché jusqu’en 1973, date à laquelle il est enfin publié. Champollion lui-même fut abasourdi devant ces dessins : « Et là, des débris de peinture d’une obscénité monstrueuse et qui me donnent une bien singulière idée de la gravité et de la sagesse égyptiennes… ».


Découvert en très mauvais état, le papyrus devait mesurer environ 320 cm. Composé en deux parties, il contient un ensemble de dessins satiriques et l’autre, érotique. La première partie met en scène des animaux au comportement humain pendant des scènes de batailles. Les petites souris qui représentent le peuple, prennent d’assaut la forteresse tenue par les chats qui eux symbolisent l’aristocratie. Les scènes érotiques sont très explicites. Les postures sont clairement exposées et les couples utilisent divers objets à caractère sexuel.


Anecdote : D’autres « objets » avaient un caractère symbolique, presque religieux. Destinés aux veuves, des phallus en cire sacrée comblaient les pannes d’affection amoureuse. Sur ceux-ci étaient écrit: « Puissé-je avec toi là-bas aussi faire l’amour »

Le site d’Ithe : de la cité gallo romaine aux fermes cisterciennes

Le site de la ferme d’Ithe présent sur le territoire de la commune de Tremblay sur Mauldre, à proximité de Jouars-Pontchartrin dans les Yvelines est un complexe agricole ayant appartenu aux moines cisterciens. Celui ci a été construit sur l’antique cité romaine de Diodurum, littéralement la cité des Dieux.


La ville se situe au carrefour de plusieurs de plusieurs grandes voies de circulation. Elle est distante de Paris de 36km et de Dreux de 53km. Le site est occupé depuis le Néolithique, mais c’est à l’époque gauloise du IIIe au Ier siècle av JC, qu’elle se développe. La cité prend un nouvel essor suite à la conquête romaine. La ville couvre une superficie de cinquante hectares pour une population comprise entre 1.000 et 1.500 habitants, ce qui en fait une agglomération importante pour l’époque.
Les archéologues ont mis à jour tous les bâtiments typiques d’une cité gallo-romaine, comme des thermes et un théâtre. Le temple d’origine celtique, est organisé selon un plan carré. La cella renferme un socle, sur lequel s’élevait la statue de la divinité. Les chercheurs ignorent toujours à qui était dédié ce temple.
La ville abrite des secteurs artisanaux. Les archéologues ont exhumés des ateliers renfermant des fours à chaux et de potiers. Les sols sont recouverts de restes de vaisselle, de cruche, de vase en céramique sigillé, cette céramique de couleur rouge spécifique aux trois Gaules. Des ateliers de métallurgiste s’y ajoutent. Les forgerons semblaient produire principalement des clés et des fibules, qui sont des broches pour vêtement. Leurs ateliers sont situés en périphérie de la ville, afin d’éviter tout risque d’incendie et de faire en sorte que les habitants ne soient gênés par les fumées, qui par ailleurs peuvent être toxiques.
Des fermes entouraient la ville. Elles comportaient des meules servant à écraser le blé, destiné à approvisionner le marché local. L’alimentation est complétée par une consommation carnée. Les dépotoirs des boucheries renferment des ossements. Comme toutes les cités romaines, les habitants consomment une grande quantité d’huile d’olive, importée des provinces du sud. Les huitres constituent une autre denrée très prisées des habitants. Des milliers de coquilles ont été retrouvées.

A la fin de l’époque romaine suite aux déplacements des centres commerciaux et artisanaux, la cité décline progressivement. Au fil des siècles, elle est recouverte d’une couche de limon, qui atteint aujourd’hui deux mètres d’épaisseur.
Durant le Haut Moyen Age, des habitations persistent. Le temple est transformé en église. Sa datation en ferait une des plus vieilles églises des Yvelines. Les nécropoles ont révélé des fibules de style germanique, preuve qu’il existait encore des ateliers de forgerons à l’époque franque. A ceux ci s’ajoutent des fours à chaux. Cette matière est fabriquée à partir des blocs de pierre des constructions romaines.
Au XIe siècle, le seigneur de Neauphle donne ces terres aux cisterciens de l’abbaye des Vaux de Cernay. Il ne s’en trouve pas lésé, car les terres sont impropres à l’agriculture. La forte présence des pierres explique cette situation. L’architecture des bâtiments agricoles du domaine est typique des cisterciens. Ils se présentent sous la forme d’une église soutenue par des contreforts. La façade est ornée de colonne de pierre.
Les moines délaissent le site au XVIIIe siècle. Il est racheté par le seigneur de Pontchartrin. Le domaine conserve sa vocation agricole jusqu’au XXe siècle, avant d’être abandonné.
Fouillé depuis 1994, le site comprend un centre archéologique, un espace muséographique et un centre d’animation pédagogique patrimonial et archéologique. Outre les fouilles archéologiques destinées à mieux connaître l’histoire du site, une restauration complète des bâtiments cisterciens est prévue, ainsi qu'un aménagement paysager autour de la grange et de la mare.

jeudi 3 mars 2011

Un mystérieux tombeau pour une grande dame







En 1926, une équipe d’archéologues allemands découvre dans la rue des héros à Ephèse en Turquie, un tombeau de forme octogonale. A l’époque romaine, les cimetières se trouvaient en périphérie. Seules quelques rares exceptions masculines sont autorisées à être inhumées dans la ville même.

Qui est cette personne ayant reçu l’honneur d’être enterrée dans un mausolée dans la ville ? En 2007, une équipe de légistes et d’anthropologues autrichiens étudie le squelette de cette personnalité. A leur grande surprise, la forme et la taille des os indiquent qu’il s’agit d’une femme plutôt svelte et non d’un homme. La datation au carbone 14 prouve qu’elle a vécu entre -200 et -20. Elle est probablement décédée à l’âge de 16 ans d’une mort brutale. Le crâne ayant disparu à Berlin pendant la seconde guerre mondiale, les chercheurs l’ont reconstitué à partir de notes et de croquis réalisés dans les années 1930. La forme du crâne confirme qu’il s’agit d’une jeune femme, ayant probablement des origines africaines.

Rien dans le squelette ne permet d’identifier cette personnalité. Les chercheurs se sont donc tournés vers l’architecture du mausolée. Aucune inscription n’apporte de nom. Des petites colonnes présentes à l’intérieur, représentent des bottes de papyrus. Le mausolée mesurait 15mètres de haut pour 4mètres de large. Il possédait une basse carrée supportant un bâtiment octogonal et un toit pyramidal. Cette forme particulière ne se retrouve qu’à un seul endroit dans le monde méditerranéen. Elle est clairement la copie de l’architecture du grand phare d’Alexandrie. Tous ces indices tendent à prouver que la jeune femme était égyptienne.

Des chercheurs supposent que le squelette retrouvé à Ephèse est celui de la sœur de Cléopâtre, Arsinoé IV.
En -51, Cléopâtre gouverne avec son frère Ptolémée XIII. Elle est favorable à un rapprochement avec Rome, afin de sauvegarder son pouvoir et l’indépendance de son royaume. Cependant, son frère et sa sœur ne sont pas d’accord. Cléopâtre essaye de renverser son frère, mais échoue. Elle est exilée en Syrie. Elle revient clandestinement à Alexandrie en -48 pour convaincre Jules César de la remettre sur le trône. Une guerre civile éclate. Ptolémée XIII meurt dans une bataille, afin d’empêcher les Romains de recevoir les renforts. Arsinoé IV monte sur le trône et poursuit la lutte. Son armée chasse les Romains d’Alexandrie, mais ces derniers recevant les renforts reprennent la ville. Arsinoé IV est capturée. Cléopâtre monte sur le trône avec son petit frère Ptolémée XIV. Ce dernier meurt empoisonné en -44.
En -46, Arsinoé IV est emmenée à Rome pour le triomphe de Jules César. Contrairement à la coutume, il ne la tue pas. En effet, il ne souhaite pas s’attirer la colère du peuple, qui ne peut voir dans cette jeune adolescente une ennemie de Rome. Il préfère la bannir au temple d’Artémis à Ephèse.
En -43, elle est assassinée par des hommes de Marc Antoine, le nouvel allié de Cléopâtre. Il est très probable que cet assassinat ait été commandité par la pharaonne. Cet acte choque les habitants de la ville, car le meurtre a été commis dans un lieu sacré servant de refuge.


Une question demeure en suspens. Pourquoi Arsinoé a-t-elle reçu un tel honneur ? S’il s’agit bien de son squelette, son étude permettrait d’en apprendre davantage sur Cléopâtre et sur la dynastie des Ptolémée.






Image
Temple dédié à l'empereur Hadrien à Ephèse
http://antikforever.com/Egypte/Dyn/ptolemees_c.htm

mercredi 2 mars 2011

Attila devant Paris et la légende de Sainte Geneviève

Le légendaire Attila. Roi des Huns, peuple turco-mongol, a égrainé sa réputation de chef sanguinaire à travers tout le Ve siècle. Appelé « le fléau de Dieu », on dit de lui que là où son cheval passe, l’herbe ne repousse pas ! Sanguinaire, brutal ? Il est vrai qu’Attila vit surtout de ses conquêtes et « se paye » sur le pillage des régions qu’il envahit. Laissant, ça et là, les rumeurs et la propagande à son encontre se propager, le roi des Huns, impose un tribut aux divers royaumes et empires d’alors, notamment les empires romains d’orient et d’occident. Cependant, voilà qu’en ces années 450-451, Constantinople refuse de lui verser son tribut et, pour une fois, est prêt à se battre. Difficile décision à prendre. Attila est un guerrier qui joue sur la peur pour vaincre ses ennemies. Aussi, prudent, il décide de ne pas chercher querelle plus longtemps aux romains d’orient et part avec ses troupes trouver fortune vers l’ouest : vers l’autre empire romain et plus particulièrement l’ancienne Gaule, la future France. Cette terre riche en agriculture appartient à l’empire romain depuis le Ier siècle av. notre ère, après la conquête de Jules César, la fameuse « Guerre des Gaules ».


451, Attila franchit le Rhin et pille déjà Metz, Reims et Troyes. Progressant rapidement vers l’ouest, le voilà aux portes de l’ancienne Lutèce : Paris. Là, commence la légende de sainte Geneviève. Pauvre petite bergère, elle décuple le courage des parisiens lorsqu’elle exhorte, en arpentant les rues, la population à ne pas fuir et au contraire de résister. Galvanisés par les dires de cette pauvresse, les parisiens ne fuient pas et sont prêts au siège. Pendant ce temps, Attila approche. Ses éclaireurs lui rapportent la nouvelle : la population parisienne ne fuit pas et veut combattre. Les mêmes doutes qui avaient envahi Attila devant Constantinople le reprennent. Va-t-il encore une fois faire volteface ? Il prend la décision de ne pas attaquer et prend la direction de la ville d’Orléans, qui elle, il en est certain, est transie de peur !


L’histoire reprend le pas sur la légende. Paris ne figurait pas dans les plans de conquêtes d’Attila. Simple petite bourgade, elle n’offrait aucun attrait prestigieux ou économique. Orléans, plus vaste et plus riche, l’intéressait plus. Sous l’impulsion de son évêque, Saint Aignan, les différents peuples barbares de Gaule – Francs, Burgondes, Wisigoths et Alains – s’allient sous le commandement du général romain Aetius et défont les Huns le 20 juin 451 au Campus Mauriacus (champs Catalauniques). Attila fuit finalement avec son armée en lambeau vers le Danube à l’est.


La légende de l’héroïcité des habitants de Paris a été construite postérieurement pour donner à la capitale de la France une légitimité historique. En provoquant le doute chez les Huns, Sainte Geneviève et les parisiens sont les fondements de la chute d’Attila en Gaule.


Et Sainte Geneviève ? Elle a bien existé. Mais elle n’était pas bergère mais une nonne amassant des vivres pour soutenir le siège. Malgré tout, l’histoire est belle !