jeudi 28 avril 2011

Mais où est l'Atlantide?

L’Atlantide est un nom qui fait rêver. Le mystère qui tourne autour de sa civilisation et de son hypothétique emplacement fait les gros titres chaque année de la presse en quête de sensationnel. Hypothèse la plus récente : l’Atlantide se trouverait maintenant en Espagne. Rappelons qu’un nombre impressionnant de lieux ont été proposés pour recevoir les fondations de la merveilleuse civilisation des Atlantes. Ile au milieu de l’Atlantique, du triangle des Bermudes, îles Canaries, île scandinave, Malte et même l’Égypte ont reçu les honneurs d’archéologues et d’historiens pour avoir été jadis l’Atlantide.

Passons la thèse espagnole récente, dénuée d’intérêt, pour nous plonger vers ce qui semblerait être la véritable Atlantide. Ce mythe raconté par Platon pose bien des problèmes. Nous contant une civilisation bien supérieure aux grecs ou aux égyptiens, le philosophe décrit une île merveilleuse, au système politique parfait et à la politique sociale et économique idéale. Platon fait également fouler cette terre par des animaux fantastiques pour l’époque tels que des éléphants. Cependant, nous conte Platon, « Dans l'espace d'un seul jour et d'une nuit terrible (…) l'île Atlantide s'abîma dans la mer et disparut ». Ce mythe nous est décrit dans le Timée, par les paroles de Critias mis en scène par Platon dont il est un parent. Critias détiendrait cette histoire de son arrière-grand-père Dropidès qui, lors d’un séjour en Égypte dans le temple de Saïs, se serait vu confier l’histoire de l’Atlantide par les confidences du grand prêtre.

Mythe ou réalité ? Sans doute un peu les deux. Il ne faut pas prendre l’Atlantide pour un fait réel mais bien comme un fantasme de l’âge d’or que la Grèce recherchait éperdument au IVe siècle, après un siècle de guerres et de destructions tant fratricides, entre grecs, que contre l’éternelle ennemie « la Perse ». Les grecs existaient d’ailleurs dans cette histoire de l’Atlantide puisqu’Athènes y était vaincue par les Atlantes. Ravagée par la fureur de Poséidon, l’île disparaissait, et la Grèce n’avait alors plus d’ennemis. Pourtant, les grecs pouvaient se lamenter d’avoir perdu un exemple de contemplation et d’émerveillement.

Les deux thèses les plus vraisemblables sont l’existence de sociétés avancées et riches sur les îles de Santorin et de Crète. La première a révélé plusieurs similitudes avec l’Atlantide : Santorin était une étape commerciale importante ce qui avait rendu l’île très prospère. Les maisons étaient richement décorées, les vaisselles et autres objets découverts par l’archéologie ont révélé un haut degré de sophistication et de raffinement. Le fait le plus rapprochant reste néanmoins l’explosion de son volcan vers 1600 av. notre ère qui anéantit la moitié de l’île et créa un raz de marée faisant des ravages jusqu’en Égypte.

La seconde hypothèse a également un rapport avec Santorin. A la même époque, la Crète abritait une civilisation particulièrement avancée, les Minoens. La civilisation minoenne était tournée vers la mer et le commerce. Très riche, elle importa dans la mer Égée des stations portuaires qui commerçaient autant avec la Grèce mycénienne, que l’Anatolie ou bien encore l’Égypte. La Crète était donc la plaque tournante du commerce et de la culture dans cette partie de la Méditerranée. Santorin était alors une cité portuaire apparentée aux minoens. Témoignent de cette richesse, les somptueux palais ornés de peintures aux couleurs et aux thèmes si merveilleux qu’il est impossible de ne pas songer à l’Atlantide en les voyant. Malheureusement la civilisation minoenne connut des moments tragiques qui précipitèrent sa chute. Les fouilles archéologiques sur l’île prouvent que la Crète a subi avec fracas la catastrophe du volcan de Santorin. La vague, qui forma un immense raz de marée, pénétra loin dans les terres et anéanti les ports, les villes et les campagnes. Enfin, plus tard, les mycéniens débarquèrent et anéantirent une fois pour toutes les bases de cette remarquable civilisation.

Et l’Atlantide dans tout ça ? Les mycéniens, ancêtres des grecs du temps de Platon, ont conservé une partie de la mémoire minoenne vieille alors de plus de mille ans, gardant d’elle une image si fabuleuse qu’elle put se transformer en mythe. Enfin, la vague immense qui submergea une partie de l’île a été interprété à l'implacable colère de Poséidon.

Le mythe de l’Atlantide garde tout son mystère même s'il y a une dernière hypothèse que tout passionné refuse de cautionner, mais qui peut pourtant être la plus plausible : et si Platon avait tout inventé ???











Fresque: Minoens avec jarres

Dessin: Jules Verne, Atlantide dans Vingt mille lieux sous les mers

mercredi 20 avril 2011

Quand Jésus succède à Odin : la christianisation des Vikings




Les rites cultuels des Vikings sont encore mal connus de nos jours. La religion est orale et il n’y pas de bâtiment. On sait qu’ils versent des offrandes et pratiquent les sacrifices animaliers et humains. Les Viking entretiennent de fortes relations avec leurs dieux, n’hésitant pas à leur demander assistance, à les féliciter ou à les disputer. En effet malgré leur puissance, ces derniers ont donné leur comportement et leur caractère à leurs créatures.
Les dieux nordiques vivent dans la forteresse d’Asgard quelque part dans les cieux. Celle-ci est reliée au monde des vivants par l’arc en ciel Bifröst, qui s’estompera un jour. Alors, les forces du monde souterrain pourront s’abattre sur Midgard, lors du Ragnarök, littéralement « le crépuscule des dieux ». Les Walkyries descendront avec leurs guerriers pour défendre Midgard, mais en vain. Odin sera dévoré par le loup Fenris et Thor succombera au venin du serpent Jörmungand. Après la destruction des dieux, le feu ravagera les trois mondes, jusqu’à l’apparition de nouveaux dieux.


A la fin du VIIIe siècle, les Vikings en pleine expansion démographique, se lancent sur les mers. En 796, ils rencontrent pour la première fois des chrétiens en Angleterre, puis en Irlande et en France. Les contacts sont placés sous le signe de la violence, par le pillage de monastères durant les étés.
Au siècle suivant, des missionnaires chrétiens sillonnent la Scandinavie. En 830, Hans Kern débarque en Suède. Le roi Bjorn autorise la construction d’une chapelle. Il espère ainsi obtenir des accords commerciaux avec Louis II le Pieux. Peu à peu les rois scandinaves se convertissent à la nouvelle religion.
En 960, le roi Harold du Danemark autorise l’évêque Popo à évangéliser son royaume. Selon la légende, le clerc a prouvé au roi que Jésus était plus puissant qu’Odin, en enfilant un gant métallique chauffé à blanc. Les raisons de la conversion sont politiques. Harold craint qu’Otton Ier annexe le Jutland à l’empire germanique. La conversion au christianisme semble porter ses fruits, puisque que l’empereur scelle une alliance avec le Danemark. Otton Ier s’appuie sur Harold pour protéger les frontières nord de son territoire contre les raids des autres Vikings. Il envoie de l’argent pour financer une partie de l’armée danoise. Harold s’en servira pour ses conquêtes en Suède.
En 994, le roi norvégien Olaf reçoit le baptême. Il veut être le chef suprême, face aux autres grands seigneurs. La religion chrétienne lui sert à légitimer sa suprématie. En effet, selon la Bible, le pouvoir royal est d’origine divine et ne peut être contesté. Face à la conversion forcée du peuple, de nombreux Norvégiens quittent le pays pour se réfugier en Islande.
En 999, une guerre civile éclate entre les chrétiens et les païens. Une assemblée extraordinaire se réunit, en vue de conclure une paix. Après trois jours de pourparlers, il est conclu que seul un dieu unique peut créer l’unité. Le christianisme devient la religion publique. Les anciens rites sont toujours autorisés, mais uniquement dans un cadre privé.

L’évangélisation des masses est moins facile. Pour convertir le peuple, les prêtres promettent aux pauvres une chemise en lin, s’ils viennent à l’église. Au moment de leur remettre le vêtement, les prêtres les aspergent d’eau pour les baptiser. Officiellement chrétiens, les nouveaux convertis ne comprennent pas ce qui se passe et continuent de pratiquer leurs rites.
Les marchands présents aux frontières se convertissent pour sympathiser avec les acheteurs francs et germains. Lorsqu’ils rentrent chez eux, ils vénèrent les dieux nordiques. Ils n’ont aucun problème à posséder une double religion. Issus d’une culture polythéiste, Jésus Christ n’est qu’un dieu parmi d’autres à leurs yeux.


La christianisation s’est opérée par les élites en vue d’accord avec les royaumes occidentaux ou de renforcement de leur pouvoir. La conversion des masses s’est opérée sur de multiples générations. Le christianisme a modifié considérablement les rites vikings. Tout d’abord, il n’est plus possible de s’adresser directement à Dieu, mais il faut passer par un intermédiaire en la personne du prêtre. Ensuite, les églises constituent désormais des lieux de rassemblement dans un édifice dur et couvert chose quasiment inconnue chez les Vikings.
Enfin, ne serait-il pas possible de voir dans la période de christianisation de la Scandinavie, le Ragnarök, après lequel Jésus Christ est venu remplacer les dieux des anciens temps ? Quoiqu’il en soit, certaines croyances nordiques au toujours cours aujourd’hui dans les pays nordiques, preuve que la conversion n’a jamais été entièrement réalisée.

vendredi 15 avril 2011

Les Nancy Hart : Amazones de la guerre de Sécession

Le 17 avril 1865, le colonel nordiste Oscar Lagrange, approche d’une ville de Géorgie qui coïncidence amusante s’appelle Lagrange. Soudain, l’avant-garde aperçoit un groupe de quarante femmes armées et prêtes à se battre. L’une d’elle leur intime l’ordre de s’arrêter. Intrigué par le rapport de ses hommes, Lagrange se rend sur les lieux. Ne souhaitant pas ouvrir le feu sur des femmes, il préfère négocier.


Une des femmes s’avance vers le colonel. Il s’agit de Nancy Morgan, le capitaine des Nancy Hart, une milice militaire constituée en 1863. Tous les hommes valides ayant rejoint l’armée confédérée, il ne reste à Lagrange que les femmes, les enfants et les personnes âgées. Craignant pour leur sécurité et leurs biens, les citoyennes décident de former une milice armée. Cette initiative apparaît d’autant plus cruciale, qu’en 1865 l’armée confédérée est en pleine déroute. Les troupes de l’Union parcourent les Etats du Sud, afin de mettre un terme à la guérilla sudiste, n’hésitant à piller tout sur leur passage. Le groupe prend pour nom les Nancy Hart en hommage à une figure féminine de la révolution américaine. Au XVIIIe siècle, les Américains luttent pour leur indépendance. Un jour, Nancy Hart voit arriver dans sa ferme de Géorgie, un petit groupe de soldats britanniques cherchant de la nourriture. Elle envoie discrètement sa fille chercher son père et sert un repas aux Britanniques. Lorsque l’attention des soldats se fait moindre, elle s’empare de leurs armes, abat deux hommes et tient en respect les autres jusqu’à l’arrivée des renforts. Les Nancy Hart sont dirigées par Nancy Morgan, qui s’octroie le grade de capitaine. Elle est secondée par ses trois lieutenants Mary Heard, Alie Smith et Andelia Bull. Les quatre femmes font régner une discipline stricte et organise leur milice comme une troupe militaire. Elles peuvent compter sur le soutien du docteur Ware, un médecin militaire, qui en raison d'un handicap physique, a été incapable de faire le service sur le terrain. Ce dernier leur apprend à se servir de fusils et les entraine au combat.

Nancy Morgan dit au colonel Lagrange, qu’elle n’a aucune intention d’attaquer les Fédérés. Néanmoins, elle l’avertit que sa troupe est prête à se battre jusqu’à la mort, pour défendre leurs maisons. L’officier est admiratif du courage de ces femmes. Il aurait dit à son lieutenant : « Les Nancy Hart pourraient sans doute utiliser leurs yeux avec un meilleur effet que leurs armes ». Il promet que ses soldats ne pilleront pas la ville. En échange, il souhaite pouvoir la traverser sans danger. L’accord est conclu. Les Nancy Hart conduisent les troupes fédérées jusqu’à Lagrange. Pendant que les soldats prennent une pause. Nancy Morgan invite le colonel à déjeuner. Un autre pacte est passé à cette occasion. Les troupes fédérées reçoivent l’autorisation de détruire la tannerie, les entrepôts de coton et les dépôts ferroviaires, bâtiments stratégiques de la ville. En échange, le colonel autorise les prisonniers confédérés originaire de la ville à passer quelques heures avec leurs épouses. Le lendemain, l’armée nordiste quitte la ville sudiste de Lagrange. Aucune destruction, ni aucune victime n’est à dénombrer.


Bien que de nombreuses femmes aient pris les armes pour se défendre ou cacher des soldats confédérés, les Nancy Hart demeurent un exemple exceptionnel. En effet, elles forment un groupe très organisé, discipliné et bien entrainé au combat. De plus, elles sont la première compagnie féminine de la guerre de Sécession. En ce sens, elles précèdent la Women's Army Corps (WAC) de la Seconde Guerre mondiale de 80 ans.


image : Aquarelle de Ken Hamilton intitulée La Confrontation. Le commandant confédéré Parkham (en gris) présente Nancy Morgan au colonel Lagrange

mercredi 13 avril 2011

Richard Sorge et l’opération Barbarossa : un espion russe au cœur de la Seconde guerre mondiale

Richard Sorge, espion au service de l’URSS, est chargé par ses supérieurs soviétiques de monter un réseau d’espionnage au Japon à partir de 1933. Cette décision marque la prise de conscience du rôle stratégique de ce pays dans l’avenir de l’Europe, mais aussi dans celui de l’Amérique et de l’Asie. La suite des événements donnera raison à l’URSS, notamment en ce qui concerne l’opération Barbarossa (nom de code de l’attaque de l’URSS par Hitler) durant la Seconde guerre mondiale…


Nous sommes le 22 avril 1941, à Moscou. Alors que la Seconde guerre mondiale fait rage dans toute l’Europe, l’URSS se sent à l’abri grâce au pacte de non-agression que Staline a signé avec Hitler, le 23 août 1939.


Néanmoins, une grande effervescence règne au palais du Kremlin. Un message en provenance du Japon, de la part de l’espion russe, Richard Sorge, vient d’être décodé. L’homme qui vient de le déchiffrer est si surpris de son contenu qu’il tombe de sa chaise et se cogne le genou contre son bureau. L’homme se relève péniblement. Mais il oublie vite sa douleur et ne songe qu’à une seule chose : faire en sorte de transmettre ce message le plus rapidement possible au grand chef de l’URSS, qui n’est autre que Staline. L’information que contient cette lettre est de prime importance pour l’avenir de la nation soviétique. C’est en boitillant, mais d’un pas qui reste néanmoins assuré, que le messager parcourt les dédales du Kremlin. Il finit par atteindre le bureau où se sont réunis Staline et ses plus proches conseillers. Haletant, il tente d’expliquer à deux gardes, non sans difficulté, le pourquoi du comment de cette arrivée tonitruante. Ces derniers ne sont pas décidés à le laisser passer. Aussi a-t-il commencé à élever la voix. Le vacarme est tel qu’un officier sort du bureau fâché : « Mais quel est ce raffut ? Et vous (en s’adressant au messager), que faites-vous ici ? ». Reprenant son calme et sa respiration, le messager annonce d’un ton solennel : « J’ai un message très important de notre espion Richard Sorge à transmettre à notre vénéré camarade Staline ! ». L’officier lui arrache le papier des mains et referme brusquement la porte du bureau. Déçu de ne pas avoir pu le donner à Staline directement, le messager s’en va d’un pas très lent. Les deux gardes, qui le voient s’éloigner, murmurent. L’un demande à l’autre : « A ton avis, que peut bien contenir ce message ? Il semblait presser de le donner. De plus il a l’air de s’être blessé : tu as vu il boîte ». Et l’autre lui répond d’un air inquiet : « Je ne sais pas, mais j’espère que cela n’a rien à voir avec la guerre qui a lieu en Europe ». Ce garde ne croyait pas si bien dire…


Nous nous trouvons à présent dans le bureau, où Staline est entouré de ces officiers. « Que se passe-t-il donc ? » questionne Staline furieux d’être dérangé ainsi de manière inopportune. L’officier qui venait de lire le message ne dit mot et passe le fameux courrier à Staline. Un grand silence règne alors dans la salle, chacun se demandant quel est le contenu de ce message et quelle serait la réaction du chef de l’URSS. Décontenancé, l’homme d’acier retrouve vite ses esprits : « Ridicule ! Tout ceci est tout bonnement ridicule ! Comment peut-on croire une chose pareille ? Hitler nous attaquerait le 22 juin 1941 sous le nom de code « opération Barbarossa », rompant ainsi le pacte de non-agression ? Richard Sorge, ce stupide espion, ne sait décidément plus quoi inventer pour susciter l’intérêt ! ».


Visiblement, Staline ne porte aucun crédit aux informations de Richard Sorge. Comme de nombreux artistes peintres, Richard Sorge ne fut pas apprécié à son juste talent de son vivant (ce n’est qu’en 1964, bien après sa mort, que lui fut décerné le titre de « Héros de l’Union soviétique »). Les apparences jouent contre lui. Il n’a pas l’allure d’un espion crédible. Amateur de femmes et de boissons fortes, il écume les bistrots de Tokyo, quand il ne se trouve pas en galantes compagnies à l’hôtel Impérial, son QG. De plus, on l’a longtemps soupçonné d’être un agent double. De père allemand et de mère russe, sa « double nationalité » suscite d’autant plus la méfiance qu’il donne des informations majeures aux Allemands.


L’existence de l’opération Barbarossa est pourtant bien réelle. Staline regrettera ce mépris quelques mois plus tard quand les Allemands envahissent l’URSS le 22 juin 1941, comme il était annoncé dans le message. Ces renseignements, Richard Sorge en a eu la primeur grâce son amitié avec le général Eugene Ott, attaché militaire de l’ambassade d’Allemagne, puis ambassadeur du Reich à Tokyo. Cette amitié lui permet de bénéficier des confidences du général à propos de communications très secrètes entre Berlin et Tokyo. De plus, grâce à l’appui d’Eugene Ott, il peut rédiger le bulletin officiel de l’Allemagne. Cette fonction l’oblige à se rendre tôt le matin à l’ambassade, mais en même temps le met à l’abri des regards pour accéder aux télégrammes codés.


Cependant, l’URSS, malgré cette « bévue », parvient à résister à l’attaque allemande et à l’arrêter (en particulier lors de la bataille de Stalingrad considérée comme le point tournant de la Seconde guerre mondiale), en rapatriant ses effectifs de l’est vers l’ouest de l’URSS. Cet exploit est du en partie à Richard Sorge qui informe Staline que le Japon n’attaquerait pas. Staline a-t-il tiré les leçons du message informant l’opération Barbarossa et est-il décidé à accorder toute sa confiance à l’espion russo-allemand ? Rien n’est moins sûr… En réalité, plusieurs éléments fournis par ce dernier ont déjà été portés à la connaissance de Staline, par d’autres voies.


Richard Sorge est surveillé de toute part, tant du côté russe (plusieurs de ses amis ont subi les purges de Staline) que du côté allemand (avec le chef de la Gestapo Meisinger qui se déplace en personne au Japon). Pris en étau, lui et son réseau sont arrêtés par les services secrets japonais. Ironie du sort pour quelqu’un qui a contribué au tournant de la Seconde guerre mondiale, Richard Sorge (que l’URSS n’a pas voulu sauvé en l’échangeant avec des prisonniers de guerre japonais) est pendu quelques mois avant la fin du conflit d’où Moscou sort victorieux : le 7 novembre 1944.


Les apparences ont eu raison du travail acharné de Richard Sorge qui n’avait pourtant qu’un but en tête : servir sa mère patrie, la Russie, et servir le communisme.

dimanche 10 avril 2011

Le CSS Hunley : histoire du tout premier sous marin

Lors de la Guerre de Sécession, le Nord met en place un blocus de la Confédération. Le Sud se retrouve privé de tout ravitaillement et surtout de la vente du coton vers l’Europe, qui constitue sa principale source de revenu.

Les Sudistes possèdent une flotte de médiocre qualité et un petit nombre de vaisseaux. Les ingénieurs confédérés compensent cet état par leur inventivité. Outre les mines flottantes, un cuirassé sème la terreur à l’embouchure de la James River(1). Néanmoins, les Nordistes mettent rapidement au point leur propre cuirassé. Contrairement à leurs ennemis, ils possèdent les industries pour en construire plusieurs.

En aout 1863, la ville de Charleston principale base maritime sudiste, est sous le feu ennemi. Le général Beauregard compte sur la nouvelle invention d’Horace Hunley pour renverser la situation.



Issu d’une famille d’ouvrier du Texas, Hunley poursuit des études de droit. Il devient avocat, puis responsable des douanes à la Nouvelle Orléans. Fervent patriote, il est conscient que le blocus imposé par le Nord, peut entrainer à terme la chute de la Confédération. Cherchant un moyen de forcer le blocus, il se rapproche de l’ingénieur et industriel James Mc Clintock. Passionné d’histoire, ce dernier relate à Hunley l’épisode selon lequel, Alexandre le Grand aurait exploré les fonds marins à l’intérieur d’une bulle de verre. Hunley est séduit par cette idée. Il se penche sur les dessins de Léonard de Vinci, puis sur les travaux de l’américain David Bushnell. En 1776, ce dernier a construit un submersible monoplace, qu’il baptise la tortue. Hunley entre en contact avec le lieutenant George Dixon. Blessé au combat, ce dernier est muté à la gestion du port de la Nouvelle Orléans. Il est intéressé par l’idée de Hunley et l’aide à dessiner des plans.

Fuyant l’avancée nordiste, les trois hommes se réfugient à Mobile. Rassemblant les 15.000 dollars nécessaires auprès d’un cénacle d’ingénieurs, Hunley peut enfin fabriquer son submersible à la fin du mois d’aout 1863. Le bâtiment mesure 12m de long, pour 1m30 de haut et 1m de largeur. Il pèse 8 tonnes. Sept hommes actionnent une manivelle, afin de faire tourner l’hélice. Deux citernes de ballastes permettent de plonger. Il n’existe pas de réserve d’oxygène. Une plongée ne peut durer plus de deux heures. Néanmoins, il est possible de renouveler l’air en surface, par le biais de tuyaux dépliables mesurant un mètre. Un filet tire une mine destinée à faire exploser les vaisseaux ennemis. Ce prototype coule dès sa mise à l’eau, causant la mort de cinq marins. Les écoutilles connaissent un défaut d'étanchéité.




Convié à Charleston avec Mc Clintock, Hunley perfectionne son invention. Il place la charge explosive au bout d’une longue perche à la proue du navire. La perche éperonne le navire et dépose les explosifs dans la coque. Cependant, Beauregard s’impatiente. Il exige que le submersible sorte sans plus tarder. Il le réquisitionne. Mc Clintock furieux de voir son invention entre les mains des militaires, quitte la ville. Hunley appelle Dixon pour le seconder.

Le 15 octobre 1863, Hunley prend le commandement du sous marin et sort du port. Le clapet de la ballaste avant est verrouillé trop tardivement. L’eau s’engouffre, noyant Hunley et tout son équipage. Le Hunley est repêché trois semaines plus tard. Horace Hunley reçoit des funérailles nationales.

Dixon poursuit le projet. Le 17 février 1864 alors qu’il fait encore nuit, le Hunley sort une nouvelle fois du port de Charleston. Il parvient à déposer sa charge sur la coque de la frégate nordiste le Housatonic et l’envoie par le fond. Néanmoins, le Hunley coule lors du trajet retour. Le 8 aout 2000, une équipe de plongeurs remontent le submersible. Les archéologues étudient la carcasse, afin de déterminer les raisons de son ultime naufrage.



Celui que les contemporains ont surnommé le cercueil de fer, n’a eu aucun impact sur le déroulement de la guerre. Néanmoins, il demeure l’un des hauts symboles de la résistance du Sud. Le Hunley premier sous marin de l’histoire, fait entrer la guerre navale dans une nouvelle ère, en élargissant les combats maritimes à la troisième dimension.



(1) voir l'article du site intitulé : "quand-les-marins-croisent-le-fer"

mardi 5 avril 2011

Fragonard, l'art du désir et de l'amour à travers Le Verrou



Simple scène de genre, dans l’esprit grivois de l’époque fin d’Ancien Régime, ou bien tableau d’histoire moralisant, Le Verrou de Jean Honoré Fragonard (1732-1806), exposé au Louvre, bouleverse intentionnellement la hiérarchie des genres. A première vue, il s’agit d’une scène galante : une femme résiste faiblement aux ardeurs amoureuses de son amant qui ferme le verrou de la chambre.


Pourtant, l’œuvre est remplie de détails intrigants, tous plus symboliques les uns que les autres. Si on s’en tient à la logique de l’instant, l’homme qui ferme la porte n’a pas atteint son but. Une question nous traverse alors l’esprit : pourquoi la chambre est-elle déjà dans le désordre ? Dans ce contexte troublant, certains objets dévoilent toute leur symbolique : l’érotisme. La chaise renversée est une allusion aux « jambes en l’air », le vase ou calice, ainsi que la rose, sont tous deux des allusions au sexe féminin. Le verrou, quant à lui, est une référence « virile » du sexe masculin. Enfin l’amour, la passion et le désir brûlant des deux amants sont implicitement mis en scène par Fragonard qui représente un lit imposant occupant la moitié gauche de la composition.

L’œuvre artistique du Verrou ne s’explique sans un « pendant ». Ce pendant est une autre œuvre de l’artiste, une Adoration des Bergers qui représente la très célèbre scène des bergers adorant le christ venant de naître. Les deux tableaux mis côte à côte semblent opposer l’amour profane (le Verrou) et l’amour sacré (Adoration des Bergers), la faute et la rédemption. Les deux jeunes femmes des deux tableaux, la maîtresse et la Vierge Marie, pourtant diamétralement opposées par leur sens, représentent en fait la même personne : Eve. Celle qui se débat avec son amant est la Eve tentée (la pomme posée sur la table prend alors tout son sens) ; la Vierge, une nouvelle Eve pure.



samedi 2 avril 2011

L’Islande : apocalypse de l’Europe ?

Le 20 mars 2010, le volcan islandais Eyjafjöll est entré en éruption, perturbant fortement les transports maritimes et aériens en Europe. Ce phénomène a marqué les esprits des Européens, bien plus que celle de 1973. Néanmoins, ce n’est pas la première fois que le continent subit les foudres des volcans islandais.



Le dimanche 8 juin 1783 vers les neuf heures du matin, le volcan Laki entre en éruption. Il s’agit d’une éruption fissurale de grande ampleur. Le magma remonte en plusieurs phases, suivant une faille. Ainsi, le Laki ne se stabilisera qu’à partir du 7 février 1784. La lave s’écoule des pentes du volcan jusqu’aux plaines. De nombreux bourgs et villages de la région sont évacués dès le début juillet.


La lave crée un gouffre de 300 mètres de large pour 27 kilomètres de long. Celui ci est encore visible de nos jours. Arrivée dans les plaines, elle recouvre une superficie égale à celle de la ville de Londres, ravageant les fermes et les champs sur son passage.


Outre la lave, le Laki a rejeté dans l’atmosphère plus de 120 millions de tonnes de dioxyde de souffre, ce qui équivaut au rejet des usines européennes sur une durée de trois ans. Le dioxyde se transforme en acide sulfurique, un composant mortel. D’habitude, les courants atmosphériques poussent les fumées volcaniques vers l’Arctique. Or, l’été 1783 a été très chaud et l’anticyclone s’est décalé vers le Nord-ouest. La pollution atmosphérique rejetée par le volcan migre vers l’Ouest. Le nuage se déverse sur l’Europe. Le 18 juin, il atteint Paris.



Dans toute l’Europe, les gazettes et les chroniqueurs parlent d’un brouillard chaud et étouffant. Il cache le soleil et donne une couleur orange aux paysages. Il est si épais que la navigation est impossible. Une odeur de souffre règne. L’acide sulfurique attaque les tissus mous des poumons, provoquant une asphyxie intérieure. L’évêque de Chartres dénombre quarante morts en moins de deux semaines. Les chercheurs estiment à 23.000 le nombre d’Anglais décédés entre juillet et septembre 1783. La majorité des victimes sont des ouvriers agricoles.

Les populations sont apeurées. Les Islandais pensent que les portes de l’enfer se sont ouvertes. Bon nombre d’Européens son convaincus que l’apocalypse est imminente.




Le nuage se dissipe à l’automne 1783, mais les conséquences de l’éruption du Laki demeurent. En effet, l’acide sulfurique présent dans la stratosphère renvoie les rayons du soleil au lieu de les laisser pénétrer sur la terre. Ainsi, les températures hivernales connaissent une baisse excessive. L’Angleterre est encore sous la neige le 22 avril 1784. Au printemps, la fonte des neiges entraine de grandes inondations.


L’éruption du Laki a eu des conséquences dramatiques pour l’Islande. La région du volcan a subi de nombreuses destructions. Les récoltes islandaises ont été anéanties. La famine a ravagé l’île. Plus de 80% des animaux d’élevage et un quart de la population meurent. Des disettes et des famines sévissent également dans toute l’Europe. La baisse de la population agricole durant l’été 1783, l’hiver rude et long, ainsi que les inondations ont fortement perturbé les récoltes des années 1783 à 1785. Certains historiens opèrent un lien entre l’éruption du Laki et la Révolution française, causée en partie par une crise frumentaire.




De nos jours, le Laki est toujours en activité. Le réveil du Eyjafjöll peut laisser présager le réveil de son voisin plus puissant. Les scientifiques sont incapables de déterminer, quand l’éruption pourrait avoir lieu. Devant un phénomène d’une telle ampleur, les Européens se trouveraient aussi démunis que leurs ancêtres de 1783.