jeudi 30 juin 2011

Mathew Brady : photographe de guerre





En 1861, année où les hostilités débutent entre le Nord et le Sud, un new yorkais nommé Mathew Brady s’écrie : « Mon petit doigt me dit que je dois aussi partir à la guerre. J’y vais ! ». Néanmoins, son arme diffère des autres belligérants, puisqu’il s’agit d’un appareil photo.


Patron d’un magasin de coffret à bijoux, Brady passe son temps libre à assimiler les techniques de photographie, un appareil importé d’Europe par Samuel Morse. En 1844, Brady monte son propre studio et se spécialise dans les portraits des personnages célèbres. Son travail est vite reconnu tant en Amérique qu’en Europe. Il compte parmi ses portraits en outre le Prince de Galles (futur Édouard VI d’Angleterre), Victor Hugo, Lamartine et Abraham Lincoln posant la main sur un livre. Ce dernier dira : « ce sont la photographie de Monsieur Brady et mon discours de Cooper Union qui m’ont fait président ». En 1858, Brady s’associe à Alexandre Gardner, pour faire face au développement de ses studios et à la baisse de sa vue.

Malgré les mises en garde de ses amis contre les dangers de la guerre, il décide de se rendre sur les fronts, afin d’immortaliser le conflit et surtout de les présenter tels qu’ils se déroulent dans la réalité. Il investit plus de 100.000 dollars, dans l’achat de matériel et dans l’embauche de nombreux assistants, tels que Timothy O’Sullivan ou George Barnard, pour couvrir toutes les opérations militaires. Il espère revendre ses clichés pour se rembourser. Pour ce faire, il impose son nom sur toutes les photographies arrivant dans ses studios. Sur ce sujet, il entre en conflit avec Gardner, qui considère que chaque photographe possède le droit de voir mentionner son nom sous sa photo.

Le matériel utilisé est encombrant. Les photographes se déplacent en chariot. Les militaires s’habituent à voir sur les champs de bataille ces laboratoires mobiles sous une bâche noire. La prise de photographie nécessite un temps de pose important et ne supporte pas le mouvement.

Les clichés de Brady choquent le public se pressant dans les galeries. Pour la première fois, les visiteurs sont confrontés à la réalité de la guerre : des ruines, des cadavres, des paysages dévastés et des conditions de vie précaires. Jusque ici, les illustrateurs ramenaient des champs de bataille des images idéalisées, des scènes glorieuses où le soldat apparait en héros. En 1862, le New York Times écrit : « les photos de Monsieur Brady apportent au pays la preuve épouvantable de la réalité de cette guerre ».

Après la guerre, Brady espère pouvoir vendre ses milliers de photos, mais ses concitoyens désirent rapidement oublier cet horrible évènement. Bien que le Congrès achète ses œuvres, il ne peut rembourser ses frais engagés en 1861 et fait faillite. Il meurt dans la misère en 1896. Un album intitulé Histoire photographique de la guerre civile, rassemblant 3.500 de ses photos est publié en 1911.


Quelques années auparavant, lors de la Guerre de Crimée, le britannique Fenton avaient pris des clichés de l’horreur des combats. Cette fois, la diffusion des documents est plus large. Bien avant le cinéma et la télévision, les photographes de la guerre de Sécession sont les premiers à apporter au public une vision révélatrice de la guerre moderne.









Photo : Mathew Brady et son laboratoire accompagnant l'armée de l'Union en 1862
(Mathew Brady Collection, Bibliothèque du Congrès)

mardi 28 juin 2011

Assaut sur Louise de la Vallière !


Louise de la Vallière est une de ces nombreuses fillettes tombées sous le charme royal du grand et tout aussi beau Louis XIV. Elle a de remarquable cette Louise qu'elle reste une des rares maîtresses du roi à ne pas avoir intrigué pour rentrer dans le cœur du roi. Au contraire, leur rencontre est un concours improbable de circonstances, Louise devant dorénavant supporter avec vigueur les assauts de son royal amant. Et des plus étranges même ! Racontons :

Le roi fréquente alors Henriette d'Angleterre, femme du très coquet frère du roi, Monsieur, né Philippe d'Orléans. Délaissée par son mari en proie au " vice italien", Henriette, charmante fille à l'esprit futé et vagabond, tombe dans les bras du beau Louis, son beau-frère. Les deux amants partagent de chaudes de nuits en carrosse, dans les jardins du Louvre ou de Versailles en construction. Mais, bien qu'il soit roi, Louis XIV ne peut éviter les ragots et les commérages. Aussi, les deux amoureux mettent en place un plan, un stratagème visant à détourner les regards de leur libertinage. Le roi devra tourner ses regards vers une autre femme afin de faire diversion. Une fillette de préférence qu'Henriette pourra facilement dominer. Elle en choisit une parmi ses demoiselles d'honneur : ce sera une certaine Louise de la Vallière. Elle est petite et fine, réservée et candide, et boite légèrement suite à une cheville écrasée par un âne dans son enfance. Henriette est excitée par le challenge... la pauvre!

Au début, l'entreprise fonctionne. Toute la cour oublie Henriette ne voyant plus que la petite Louise supportant avec moulte difficulté les regards brûlant du roi. Passer de l'ombre à la lumière ne lui est pas facile. Mais voilà que la stratégie royale s'inverse. La machine se grippe. Le roi est victime de troubles. C'est à présent cette charmante Louise qui occupe son cœur et son esprit. Henriette est reléguée. La pauvre subit même les assauts improbables de son mari - pour se venger de son frère - qui finissent par la faire enfanter.

C'est là que commence notre histoire ! Louise devient la nouvelle maîtresse du roi, non sans avoir résisté… en vain ! Henriette redevient Madame, la femme de Monsieur et aura de moins en moins l'illustre privilège de recevoir encore le roi au lit. Prise d'une jalousie féroce pour sa demoiselle d'honneur, Henriette n'aura de repos que lorsqu'elle parviendra à se venger. Tous les coups sont bons pour éloigner Louise du roi. Ainsi, prétextant un malaise, Madame part en repos dans son château de Saint-Cloud accompagnée de sa troupe et donc de Louise. Henriette savoure sa victoire d'avoir séparé les deux amants mais elle sous-estime l'amour du roi. Montant à cheval depuis Paris, le roi galope vers sa bien aimée. Malgré son manque de tendresse, comme un « drogué de l'amour », il prend le temps de s'arrêter et d'inspecter l'avancée des travaux versaillais, puis, satisfait, reprend la route. Par forte chaleur, les trente-sept lieux qu'il traverse tel un tourbillon, laissent des traces. Il ne veut pas paraître pour autant répugnant ce roi ! Aussi, il se prélasse, avec délectation, quelques instants dans une rivière afin d'apparaître le plus présentable. Il a beaucoup de finesse Louis ! Et c'est ainsi, dégoulinant de sueur et sentant la vase, que le roi se jette sur Louise sans prendre le temps d'apporter ses amabilités à son frère et à sa chère belle-sœur. Ils s'échangent baisers et autres tendresses … il fallait vraiment qu'elle l’aimât !


vendredi 24 juin 2011

La bataille de Castillon et la fin de la Guerre de Cent ans

Nous ne connaissons de la guerre de Cent ans que les défaites ! Calais, Azincourt, Crécy ... Pourtant les Français n'ont pas toujours perdu. Au contraire, nombreux furent les retournements, les victoires et les miracles. Parlons par exemple du célèbre connétable Bertrand Du Guesclin ou de l'illuminée Jeanne d'Arc. La France connaît six rois dans cette période trouble, commençant en 1337 et finissant officiellement en 1475 avec le traité de Picquigny. Trois vainqueurs et trois vaincus. Philippe VI de Valois et Jean II le Bon perdent la moitié du royaume avant que Charles V ne rétablissent les frontières. Son successeur, Charles VI eut un début de règne calme et prospère jusqu'à ses premières crises de folies. Le royaume sombre alors et les Anglais réinvestissent massivement le territoire français. Enfin, Charles VII dit le Victorieux profite de la renommée mythique de Jeanne d'Arc pour « bouter » les Anglais hors du royaume, son fils Louis XI mettant fin au conflit en signant le traité de Picquigny.

C'est sous Charles VII que les Français remportent la bataille décisive qui assoit la domination du roi sur toute la France. Toute ? Non ! Calais restera anglaise jusqu'en 1558 et sa reconquête par le duc de Guise. Étrangement, cette victoire est très peu connut car elle intervient la même année où l'Empire Byzantin s'effondre en Orient en 1453. De nos jours, à l'école, l'éducation nationale privilégie la commémoration de l’événement – majeure rappelons-le – de la chute de Constantinople, prise par les Ottomans, par rapport à la très peu médiatisée bataille de Castillon qui, le 17 juillet de cette même année, met en pièce l'armée anglaise.

Les faits. Charles VII est un roi puissant. Son armée, revigorée après les aventures de Jeanne la pucelle devant Orléans, reconquiert ville par ville. Seule l'Aquitaine, qui prospère grâce à l'Angleterre depuis 300 ans, résiste et repousse les assauts français. Depuis que Louis VIII a répudié Aliénor d'Aquitaine, la région est revenue par épousailles à la couronne d'Angleterre entraînant une concurrence commerciale mais, surtout, qui ampute le territoire géographique français d'une large et riche partie. Aussi, l'armée française campe devant Castillon. Quelques jours auparavant la ville de Gensac est prise mais le but est de reprendre Bordeaux. Le roi anglais Henri VI charge le comte John Talbot de repousser l'attaque.

La veille de la bataille est pourtant morose pour les Français. Talbot a attaqué la petite garnison française du prieuré Saint-Laurent, les met en fuite et, poursuivant les traînards, les fait mettre à mort. Les survivants, eux, fuient vers le camp retranché où se trouve l'ensemble des forces françaises. Talbot pendant ce temps veut assister à la messe et fait désaltérer ses soldats qui se noient dans l’excellent vin de la région. Rentrant dans l’Église pour l'office, un mystérieux message lui parvient : une colonne de poussière s'élève à l'est, les Français s'enfuient ! Sans plus attendre, se fiant à la fiabilité de ses sources, Talbot part à leur poursuite. Rien de plus avantageux que d'abattre des fuyards. Grand mal lui a pris de ne pas assister à la messe. Se précipitant, il tombe finalement nez à nez avec l'artillerie française commandée par Jean Bureau. Trois cent pièces de canons tirent en même temps. L'effet est immédiat, les premières colonnes anglaises sont anéanties. Talbot prend la fuite à son tour mais est rattrapé puis tué d'un coup de hache dans la tête.

Les Anglais ne s'en relèveront pas. Bordeaux se rend et c'est toute la région qui capitule. Il n'y aura plus de conflit armé jusqu'en 1575. Aujourd'hui on célèbre encore, chaque été, cette bataille décisive de Castillon et une chapelle a même été montée pour commémorer le courage du comte Talbot. Et... la colonne de poussière ? Plusieurs hypothèses : la première serait un faux message. Mais Talbot, en homme expérimenté, a dû vérifier de visu l'information. La seconde, la plus plausible, la colonne de poussière aurait été formée par les bagages et les gens accompagnant la garnison française. Mouvement volontaire ? Si on en croit les sources, les Anglais sont tombés sur une artillerie française déjà armée. La logique voudrait que le mouvement des bagages était donc voulu.

Pour l'anecdote : on a souvent mis en parallèle les défaites françaises avec l'utilisation des arcs par les archers anglais. A Castillon une revanche a été prise !

jeudi 23 juin 2011

La basilique d'Avioth (Meuse)





A quelques kilomètres de la frontière belge, au nord du département de la Meuse, une immense église se dresse dans le paysage. La petite commune d’Avioth est connue pour cette célèbre église gothique édifiée durant le Moyen Age et inscrit aux monuments historiques depuis 1840. En 1993, le pape Jean-Paul II élève l'église au rang de basilique. L’Eglise reconnait ainsi un pèlerinage remontant au XIIe siècle.

A cette époque, une statue de la Vierge est découverte sur le site de la future église. Cette dernière semble posséder des vertus miraculeuses, puisqu’elle aurait permis la résurrection temporaire d’enfants mort-nés, afin de leur permettre de recevoir le baptême. Très vite des pèlerins se rendent sur les lieux. De nos jours, ce pèlerinage existe encore. Tous les ans, le 16 juillet, de nombreux Lorrains, Belges et Luxembourgeois se rendent à Avioth pour prier et participer à la procession.

L’instauration du pèlerinage, ainsi que l’autorisation accordée par le comte de Chiny pour l’organisation de foires, amènent des personnes et des revenus à Avioth. Une église doit être construite.
Selon la légende, le bailli reçut l’ordre du comte de construire un édifice digne de la Vierge Marie. Il parcourut la région à la recherche d’un tailleur de pierre. Aucun d’entre eux ne voulait accepter un tel chantier. Le bailli ne savait plus à qui s’adresser. Un soir, un homme étrange lui proposa de construire son église avant le chant du coq en échange de son âme. Le bailli ne prenant pas au sérieux cet homme, accepta. Il se rendit sur le chantier. L’homme dirigeait une armée de démons qui bâtissaient l’édifice. Le bailli comprit qu’il avait passé un marché avec le diable. Il courut en sa demeure et pétrifié, raconta son histoire à sa femme. Le chantier avançait à grande vitesse. Satan allait poser lui-même la dernière pierre, lorsque le coq se mit à chanter. C’était la femme du bailli qui était allé le réveiller, et l’avait fait chanter avant l’heure. Furieux, le diable jeta la pierre dans la Thonne et transforma tous les démons en gargouilles de pierre. Le bailli garda son âme et avait fait construire son église. La pierre manquante fut enfin ajoutée en 1993.

Les recherches archéologiques ont démontré que la construction de la basilique d'Avioth s'étend sur trois phases. Les étages inférieurs des tours et les bas-côtés datent du XIIIe siècle. Le chœur et la sacristie sont bâtis au siècle suivant. Enfin, la dernière période de travaux se déroule de 1375 à 1400. Elle est marquée par la fusion entre la partie occidentale et la partie orientale de l'édifice.

Sa pièce maitresse demeure sans conteste la petite chapelle accolée au cimetière jouxtant le monument. Dressée sur une plate-forme de quelques marches, haute de quatorze mètres, elle mesure quatre mètres de diamètre. Elle est hexagonale, portée par des colonnes rondes et par une niche, qui contenait une reproduction de la Vierge miraculeuse. Au-dessus des colonnes, un linteau sculpté porte des ouvertures, couronnées d’un arc et d’un pinacle. L’édifice est voûté d’ogives. Au sommet, une balustrade ajourée entoure une flèche de pierre ornée d’un fleuron. A cet endroit, le curé exhortait les fidèles à prier pour les morts et donnait des bénédictions. A partir du XVIIe siècle, elle prend son nom actuel de Recevresse, indiquant le lieu où sont déposées des offrandes.
Le portail est orné de 70 figures et d'une représentation du Jugement dernier. La façade occidentale est flanquée de deux tours. Au sommet de cette façade se tient un magnifique médaillon circulaire groupant huit têtes. Les sept figures grimaçantes représentent très probablement les sept péchés capitaux. Elle désigne ainsi l'âme élue qui a su résister aux tentations, placé au centre de ce cercle.
La basilique recèle plusieurs trésors, parmi lesquels une sculpture en bois de Notre-Dame d'Avioth posée sur un trône de pierre, qui domine quatorze autres statues polychromes, ainsi qu'une chaire décorée Renaissance de 1538. Cette dernière, dont la pierre est finement sculptée, porte encore les traces de couleurs.

vendredi 17 juin 2011

L'abbaye d'Orval (Belgique)

Vers 1070, Mathilde comtesse de Toscane et épouse de Godefroi le Bossu duc de Basse Lorraine en voyage dans la vallée de Gaume en Wallonie, s’arrête pour se rafraichir à un étang. Par mégarde, elle laisse tomber son anneau nuptial dans l’eau. Elle se met à supplier Dieu. Aussitôt une truite apparaît à la surface, portant en sa gueule le précieux anneau. Mathilde s'écrie alors : « Voici l'anneau d'or que je cherchais ! Heureuse vallée qui me l'a rendue ! Désormais et pour toujours, je voudrais qu'on l'appelle Val d'or ». En remerciement, elle fonda à Orval un monastère.


Les premiers moines arrivent du sud de l'Italie. Le comte Arnould de Chiny, les accueille et leur donne des terres. L'église et les bâtiments conventuels sont aussitôt mis en chantier. Mais au début du XIIe siècle, les moines quittent la région. Une communauté de chanoines s’installe et achève les constructions. En 1124, Henri de Winton, évêque de Verdun consacre l’église. Le 9 mars 1132, sept moines cisterciens arrivent à Orval. Moines et chanoines s'unissent en une seule communauté, et s'emploient aussitôt à adapter les bâtiments aux usages cisterciens. Ils créent un domaine agricole et forestier, dont l'exploitation leur permet de vivre selon leurs observances. Les terres qui entourent le monastère sont pauvres et ne conviennent pas à la culture. Pour pallier à ce problème, les religieux reçoivent un petit domaine à proximité de la ville de Carignan.
Dans le contexte difficile du XVIe siècle, l'empereur Charles Quint témoigne de sa bienveillance en autorisant l'établissement à se doter d'une forge sur le territoire même de l'abbaye. Il finance en partie la reconstruction de la nef de l'église qui menace de s’effondrer.
Au XVIIe siècle, deux abbés acquièrent un renom dans l'Ordre des cisterciens. L’abbé Bernard de Montgaillard rétablit l'économie du monastère, restaure les bâtiments et réforme le monastère ce qui provoque un regain de ferveur. Ainsi, en 1619, la communauté compte 43 membres. L’un des ses successeurs l’abbé Charles de Bentzeradt, établit la "Stricte Observance" dans son monastère et diffuse le modèle à d’autres communautés. En 1723, la communauté répartis sur plusieurs monastères compte 130 membres. Elle était la plus nombreuse de tout l'Empire. La prospérité matérielle allant de pair avec la ferveur : le domaine agricole et industriel ne cesse de s'accroître. Les forges d'Orval sont à la tête de l'industrie sidérurgique occidentale.
En 1789, Orval se trouve privé de tous ses biens situés en France. Le 23 juin 1793, les troupes révolutionnaires du général Loison ravagent l’abbaye. Les moines se dispersent.
En 1926, la famille de Harenne offre les ruines d'Orval et les terres avoisinantes à l'Ordre de Cîteaux, pour que la vie monastique y soit restaurée. Dom Jean-Baptiste Chautard, abbé du monastère de Sept-Fons (dans l'Allier), accepte la responsabilité de la fondation, et envoie à Orval un groupe de moines. Très vite, un nouveau monastère est construit et la nouvelle église est consacrée en 1948.


Le monastère ne vit pas isolé et replié sur lui-même. L'hôtellerie accueille toutes les personnes désireuses de se recueillir. La brasserie a été reconstruite et est exploitée actuellement par une main d’œuvre laïque. Les revenus de l'utilisation de la marque sont consacrés à des œuvres sociales, à l'entraide entre communauté monastique et à l'entretien des bâtiments. Les moines originaires de Sept Fons ont introduit la fabrication du fromage, dont la pâte pressée, non cuite, à croûte naturelle lavée se distingue par son onctuosité.

jeudi 16 juin 2011

Qui a inventé la bière?

Savoir ce que faisaient les hommes avant nous a toujours été une préoccupation pour l'historien ou l'archéologue. Ainsi on se plaît, par des cours, par des livres, par des conférences ou des émissions télévisées à raconter les hauts faits héroïques, les batailles, les grandes réformes et les somptueuses constructions de nos lointains ancêtres, quelque soit leurs civilisations. Découvrir des batailles ou des personnages nouveaux, dans la longue histoire du monde, devient de nos jours difficile. Aussi, raconter la vie quotidienne des hommes « d'avant », leurs loisirs ou encore leurs manières de consommer devient tout à fait à la mode. Les fouilles archéologiques – faute de textes – permettent d'en découvrir toujours plus sur la vie « d'avant ». En France, en 2010-2011, des archéologues ont découvert les plus anciennes traces de production – et donc de consommation – de bière. Elles dates d'environ 2500 ans. C'est beaucoup diront certains. Et pourtant le monde occidentale, s'est réveillé (développé si vous préférez) plus en retard que le Proche et Moyen-Orient. La bière, une des boissons les plus vieilles et les plus consommées au monde, avec le vin, a pourtant été découverte il y a près 8000 ans.

La bière, rappelons-le, est une boisson alcoolisée obtenue par fermentation d'eau et de céréales (orge, froment...). Aussi, dès l'instant où l'homme a maîtrisé l'agriculture, il a eu en mains tous les ingrédients à sa fabrication. Cependant, l'agriculture datant d'au moins 10 000 ans, on suppose sa découverte à des périodes plus tardives : environ 6000 ans avant notre ère. Les premières attestations de la consommation de bière remontent à nos chers Sumériens, inventeurs géniaux de l'écriture. Au IVe millénaire, les sumériens buvaient donc de la bière. Des dessins, des textes et des grains issus de la fermentation ont été découverts dans le sud de l'Irak actuelle, leur ancienne terre.

Comment était fabriquée la bière à cette époque ? Bien différemment d'aujourd'hui. La première bière, formellement identifiée s'appelle la bière Sikaru. Elle est une des vingt variétés de bières fabriquées à Sumer au IVe millénaire. La fermentation se faisait alors à partir d'un pain. Celui-ci était brassé à partir de galettes de blé rouge et d'orge germés puis cuit dans un four. Le tout était ensuite mit à fermenter dans des jarres d'eau. Les Sumériens aimaient ajouter des saveurs. Aussi retrouve-t-on de la datte ou encore du miel.

Où, comment et par qui, la bière était-elle consommée ? Ce breuvage avait plusieurs fonctions : sociales, cultuelles ou encore médicinales. La bière était la boisson des dieux. Dans d'autres cas, les médecins en prescrivaient aux malades. Mais la consommation de bière était avant tout un moment conviviale. Le peuple s’asseyait et buvait dans de larges récipients le breuvage avec de longues pailles pour éviter d'avaler les résidus flottants dans le liquide.

D'autres civilisations découvrent ou se partagent la recette de la fabrication de la bière. Les Égyptiens, les Levantins ou plus tard les Grecs seront de grands consommateurs. Les romains jugeront le vin plus noble et plus respectable laissant le soin au bas peuple la consommation de ce breuvage qui rappel aux yeux des romains issus des grandes familles que la bière, à l'image de celle consommée par les Gaulois – la cervoise – est une boisson pour les barbares.


samedi 11 juin 2011

On s'est battu sur la Ligne Maginot : le fort de Villy la Ferté

Contrairement à une idée répandue, la Ligne Maginot a été le théâtre d’opérations militaires durant le printemps 1940, sur deux sites à savoir : le fort de Fermont et celui de Villy la Ferté dans les Ardennes.

Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, la zone de La-Ferté-sur-Chiers est incorporée dans le dispositif des fortifications de la Ligne Maginot.
En 1930, André Maginot ministre de la guerre, fait voter au parlement le budget pour la construction d’une série de forts le long de toute la frontière de l’Est, de la mer du Nord à la Méditerranée. Depuis 1919, le gouvernement français est conscient du caractère éphémère des garanties du traité de Versailles. Ne souhaitant pas déclencher une nouvelle guerre, la France opte pour une solution défensive, qui doit empêcher son territoire d’être de nouveau envahi. Cette ligne de défense demeura inachevée. En 1939, elle s’étend sur plus de 700 kilomètres, des Ardennes jusqu’au sud de l’Alsace.
Des garnisons stationnent dans ces forts lors de la déclaration de guerre le 1er septembre 1939, mais elles ne combattront pas avant le mois de mai 1940. C’est la drôle de guerre. Villy est défendu par la 1ère compagnie du 23e RIC (Régiment d’Infanterie Coloniale) renforcée d'éléments du 155e RIF (Régiment d’Infanterie de Forteresse). L’effectif total du fort s’élève à 104 hommes.

Le fort de la Ferté est le dernier ouvrage à l'ouest du secteur fortifié de Montmédy. Il est implanté entre les villages de Villy et de la Ferté, au sommet d'une colline appelée " La Croix de Villy". Construit entre 1935 et 1939, cet ouvrage se compose de deux blocs de combat dont l'un est encore équipé de son canon antichar de 47.
Le complexe se compose de deux bunkers reliés par une galerie. Il n'y a ni caserne, ni usine souterraine. Néanmoins, tous les éléments pour assurer la vie quotidienne y sont présents (dortoir, cuisine, infirmerie).
Sa défense est totalement orientée vers l'avant, en direction la vallée de la Chiers. Sa vision vers l'arrière est limitée, particulièrement celle du bloc 2. Cent mètres à l'ouest du bloc 2, la route de La Ferté à Villy traverse la colline dans une tranchée profonde. L'ouvrage ne dispose d'aucun mortier pour tirer dans celle-ci. A chaque extrémité de cette tranchée, il y a une casemate STG d'artillerie. Leur conception laisse à désirer car placées près du front, elles ne sont pas équipées pour assurer leur propre défense rapprochée. La cloche surplombant l’entrée du bloc 2 est particulièrement surélevée pour faciliter l'observation vers l'arrière. A ce stade ce n'est plus une cloche, mais une tour d'observation que les concepteurs ont planté sur le bloc. A côté, se situe une cloche rotative. Le terrain autour du complexe est jonché de barbelé et de défense anti char.

Le 15 Mai 1940, les Allemands sont au contact de la ligne Maginot pour la première fois. Afin de protéger leur aile gauche, le commandement allemand décide de neutraliser l'ouvrage de la Ferté et le village fortifié de Villy, qui flanque l'ouvrage vers le Nord. Les Allemands concentrent d'importants moyens d'artillerie pour réduire les différents points d'appui de campagne.
Trois jours plus tard, le 18 mai, ils sont à proximité du fort. Durant une grande partie de la journée, l’artillerie allemande pilonne sans interruption le complexe. Vers 18 heures, les fantassins allemands se lancent à l’assaut de l'ouvrage. Soutenu par le feu de leur artillerie, ils font sauter les barbelés et déblaient le terrain de ces défenses. Les chars s’avancent. Un obus finit par atteindre la tourelle rotative, qui sous la force de l’explosion sort de ses gonds. Les Allemands se servent de cette ouverture pour lancer des gaz à l’intérieur du complexe. Le 19 Mai à 5h30, l'ouvrage ne répond plus. Les 104 soldats français de l'équipage sont morts asphyxiés.





Avec le fort de Fermont, qui n'est pas tombé aux mains de l'ennemi, malgré les assauts répétés de la Wehrmacht, le fort de Villy la Ferté vient contredire l'idée selon laquelle, l'armée française n'aurait opposé que peu de résistance face aux Allemands en 1940. L'ouvrage est ouvert public et peut se visiter.

Qui a détruit la bibliothèque d'Alexandrie?

Les mystères anciens ont toujours passionné. Où se trouve Agadé, la capitale du grand Sargon d'Akkad, où a été inhumée la momie d'Alexandre le Grand, la papesse Anne a-t-elle existé ou plus récemment Hitler s'est-il vraiment suicidé ? Autant de questions auxquelles ni l’archéologie ni les sources (fiabilité des écrits?) ne peuvent clairement répondre. Et puis, il y a l'irrésistible théorie du complot ! Pour la bibliothèque d'Alexandrie nous avons des sources, des témoignages et même - en cherchant bien - quelques traces. Malheureusement, identifier clairement celui qui a mis définitivement fin au long et fastidieux travail de plusieurs générations de lettrés et de souverains, pour collecter et classer autant de savoirs dans un espace entièrement dédié à la mémoire et à la science, revêt du crime contre l'humanité ! Quelle responsabilité pour l'historien lorsqu'il se doit de désigner le coupable.

Je suis en parti « rassuré » par le fait que la malheureuse bibliothèque, fondée par Ptolémée Ier, général macédonien et successeur d’Alexandre sur le trône d’Égypte au IVè siècle av. notre ère, a été plusieurs fois détruite. Donc, il y a plusieurs coupables. Telle une Agatha Christie des temps modernes, je me plaît à rappeler avant l'enquête, ce qu'est la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Il faut bien restituer dans le temps et dans le contexte sa fondation et sa fonction car elle n'a rien à voir avec une banale bibliothèque municipale où sont collectés, rangés et prêtés des ouvrages tirés à des millions d'exemplaires. Elle est unique dans l'Histoire! C'est après une vie trépidante qui le vit chevaucher aux côtés d'Alexandre le Grand de la Macédoine à l'Inde, que Ptolémée se proclame pharaon d’Égypte et installe sa dynastie qui s'éteindra dans les morsures d'un serpent sur la peau de la tant désirée Cléopâtre au Ier siècle av. notre ère. De sa vie, il retient les victoires mais aussi la formidable volonté intellectuelle d'Alexandre qui a toujours donné à la science et aux savoirs une place primordiale : ils devaient réunir les peuples et les cultures. Dans un souci de bonnes relations religieuses, les dieux Grecs, Égyptiens, Perses et Indiens étaient les mêmes, seuls changeaient leurs noms ! Une attitude bien plus civilisatrice qu'aujourd'hui. En 288, dans la ville qu’Alexandre avait fondé un demi siècle auparavant, Ptolémée jette les bases d'une institution qui devait collecter, étudier et préserver l'histoire et le fonctionnement du monde. L'entrée était très sélectif. Seuls les grands penseurs et savants avaient les accréditations pour y travailler et côtoyer tout ce savoir. Au fil des siècles, la bibliothèque contiendra des centaines de milliers de volumes. Vient alors les temps fatidiques.

Le premier accusé n'est autre que César. Au Ier siècle av., en conflit avec le pharaon Ptolémée VII qui a assassiné Pompée – pourtant lui-même pourchassé par César jusqu'à Alexandrie – César fait incendier la flotte égyptienne. Le feu se propage jusqu'à la bibliothèque entraînant la destruction de plusieurs dizaines de milliers de volumes. Il fera reconstruire la bibliothèque à un nouvel emplacement et fera venir des volumes de remplacement.

Le second accusé est un empereur chrétien, Théodose. Les collégiens apprennent symboliquement en cours que Théodose est l'empereur qui en 380 fait du christianisme la religion officielle de l'Empire. Pas très au fait de la tolérance, le christianisme décrète alors les païens hors la loi et tous les écrits qui ne racontent pas la vie de Jésus ou l'histoire de l'Ancien Testament doivent être détruits ! La démolition de la bibliothèque d'Alexandrie pourrait avoir eu lieu dès l'année suivante en 381. Théodose n'est pas une empereur inspiré : il installera même les Wisigoths dans l'Empire, les mêmes qui en 410 pilleront Rome ! Pourtant, il semblerait que la bibliothèque est survécu.

Le dernier accusé est le calife Omar (584 – 644), un proche de Mahomet. Les auteurs arabes du Moyen-Age le tiennent pour responsable de la destructions définitive des savoirs antiques en 642. Lorsqu’Alexandrie tombe entre les mains des armées musulmanes en pleines expansions en Orient, il ordonne à ses généraux de détruire la bibliothèque ainsi que tout ce qu'elle renferme. Les militaires exécutent les ordres malgré les supplications des lettrés et des savants arabes. Le motif est le même que celui des chrétiens : seule compte l'histoire du prophète et de sa religion. Tous autres écrits détourneraient la parole de Dieu. C'est un euphémisme, car ce même calife Omar, qui vante tant le prophète, est considéré par une part des musulmans comme un des responsables de la mort de Fatima, le fille préférée de Mahomet et de Khadija.

Telle est l'histoire tragique de la merveilleuse bibliothèque d'Alexandrie qui, si l'on on croit les sources, n'aura pas été détruite par les hommes mais par le fanatisme et l’intolérance des religions. Pour conclure, la plus célèbre des bibliothèques se résume à neuf siècles d'existence, de grands noms et un fait : avec cette destruction, les hommes ont perdu une partie de leur histoire.

mercredi 1 juin 2011

La collégiale de Poissy (Yvelines)




L’église de Poissy est construite sous le règne de Robert II le Pieux (992-1031). Durant la seconde partie du XIIe siècle excepté la tour, le bâtiment est entièrement reconstruit et accolée à un château. De nombreuses modifications sont apportées entre le XIVe et le XVIe siècle, avec la construction d'un porche sur le flanc sud et de chapelles latérales au nord du bâtiment. C’est la raison pour laquelle, trois styles architecturaux se côtoient dans la collégiale : le roman, le gothique, et le style renaissance. Le premier se concrétise par ses arcs plein cintre et ses contreforts, le seconde par ses arcs brisés et ses arcs boutants et le troisième par ses sculptures et ses motifs.


Au XIIIe siècle, l’église devient une collégiale, car elle est confiée aux chanoines, des clercs séculiers vivant en communauté au service d’une basilique ou d’un évêque. Dépendant du diocèse de Chartres jusqu'en 1790, la collégiale est gérée par un doyen, des chanoines et des vicaires. Elle est choisie par les Pisciacais au détriment de l’église Saint-Louis du Prieuré Royal.
En 1830, l'état de la collégiale nécessite de nombreuses réparations, sous la direction d'Auguste Goy. En 1841, le bâtiment est classé comme monument historique, et le successeur de Goy, Viollet-le-Duc, prend en charge les nouveaux travaux de restauration. Camille Formigé lui succède et poursuit les travaux jusqu'en 1905.



La silhouette de la collégiale est originale en raison de l’alignement de ses deux clochers romans de forme octogonale. Le chœur, qui n'est pas dans l'axe de la nef, est orienté dans la direction du soleil levant. Cinquante neuf gargouilles ornent la façade. Véritable bestiaire médiéval, elles sont toutes différentes et l’une d’entre elles présentent une figure humaine. Il s’agit d’une femme hurlante au cou allongé, en dessous de laquelle son mari se bouche les oreilles.


L’entrée actuelle de la collégiale se fait par un porche datant du début XVIe siècle. Le tympan de droite représente des putti (nourrisson joufflu et moqueur) chevauchant des monstres marins. Celui de gauche est une évocation symbolique de l’Annonciation. Des rayons descendent du Ciel, accompagnés d’une colombe et d’un vase avec trois fleurs de lys rappelant la virginité de Marie.



A l’intérieur, la collégiale contient 25 statues, tant en marbre, calcaire ou en chêne. Certaines sont en couleur. La voute s’élève à 17 mètres au dessus du sol. Elle fait penser à la coque d’un bateau renversé, référence à l’arche de Noé ou à la voute céleste.


Dans la collégiale de Poissy (Yvelines) un chapiteau près de l’autel est orné d’un crapaud à l’intérieur d’une arche. Cet animal est le symbole de Clovis. Symbole du paganisme, le crapaud demande sa conversion en frappant à la porte d’une église surmontée de sept fenêtres. Selon la légende, Dieu a demandé à Clovis via sa femme de se convertir. Clotilde prend conseil auprès d’un ermite, qui lui donne une fleur de lys. Cette plante remplacera le crapaud comme symbole du royaume franc.


Plusieurs vitraux méritent de s’y arrêter quelques instants. Celui de Saint Eloi, saint patron des forgerons, atteste de la présence de métaux à Poissy. Celui de Jeanne d’Arc, retraçant la bataille qu’elle a livrée dans la ville. Enfin, celui de Saint Louis retraçant la vie du roi. Louis IX est né à Poissy le 25 avril 1214. Il est baptisé le même jour dans la collégiale. Son baptistère est visible. Après sa canonisation en 1297, la pierre est grattée et récupérée pour en faire des reliques.