jeudi 28 juillet 2011

Jésus : un procès politique, mais équitable






"Je m’en lave les mains !" Ses mots résonnent sur les murs de la forteresse Antonia à Jérusalem. Ponce Pilate préfet de Judée, est fatigué. Il vient de régler une affaire judicaire, qui a son goût l’a déjà trop accaparé. Il ne veut plus en entendre parler. Il sait qu’il n’est pas bon pour un magistrat romain de trop s’impliquer dans les affaires des Juifs.


Il y a quelques instants, il a condamné à mort un dénommé Jésus de Nazareth, un homme libre et non citoyen romain, autrement dit un pérégrin. Pilate ne s’intéresse pas à l’accusé. A ses yeux, Jésus est un vagabond, n’exerçant aucune activité professionnelle. De plus étant juif, il appartient à un peuple vaincu.
Jésus a été amené devant le tribunal par Caïphe, le grand prêtre du Temple de Jérusalem et président du Sanhédrin. En ces qualités, il est le personnage le plus sacré de la cité. Bien qu’il n’existe pas dans le judaïsme d’autorité supérieure représentant l’ensemble de la communauté et définissant les croyances. Le Sanhédrin interprète la loi juive, promulgue le calendrier et est habilité à reconnaître les prophètes. Cette assemblée possède sa propre milice, assure l’ordre dans la ville de Jérusalem et rend la justice, pour les délits mineurs dans les affaires concernant des juifs.
Ce genre d’institution est courant dans le monde romain. Dans les provinces, si l’affaire ne revête pas une grande importance, elle est jugée au niveau municipal par des magistrats (duumvirs) élus par les élites locales. Que Jésus soit traduit devant le Sanhédrin ne représente aucun intérêt pour les Romains. Il s’agit d’une assemblée de notables juifs, qui n’a pas de pouvoirs étendus et n’a pas le droit de vie ou de mort. Cette prérogative revient au procurateur, qui juge les crimes, ainsi que les délits concernant des citoyens romains.
Dans le système romain, il n’existe pas de police, ni de juge d’instruction. C’est à l’accusation de réunir les preuves et de mener l’accusé devant le juge. Le Sanhédrin s’empare de Jésus avec l’aide de Judas, le condamne pour blasphème et le traduit devant Pilate, afin d’obtenir une condamnation à mort.


L’accusation porte sur plusieurs points. Jésus se dit fils de Dieu. Il apparaît aux yeux de certains comme le Messie devant revenir sur Terre pour libérer le peuple juif. Comme de nombreux prophètes, il parcourt la Palestine pour diffuser son message. Celui-ci présente des nouveautés, qui choquent certaines personnes. En effet, son message est égalitaire. Il s’adresse à toutes les catégories sociales. Jésus se solidarise avec les pauvres : « les derniers seront les premiers ». Jésus passe outre la considération selon laquelle, les femmes qui ne jouissent pas d’une tutelle masculine sont mises au ban de la société. Il les accepte toutes à ses côtés. A ses yeux, elles sont les égales de l’homme. Par ailleurs, certains de ses gestes sont en contradiction avec la tradition juive. Il ignore les règles de pureté, puisqu’il touche les lépreux, les femmes en période d’impureté et les morts. Enfin, le message de Jésus est universel. Il n’est pas réservé au seul peuple élu, mais à tous les hommes et par conséquent aux Romains. Ainsi, il ne conteste pas l’ordre romain : « rendez à César ce qui appartient à César ». Ce discours déçoit les nationalistes juifs. Pour des raisons politiques, religieuses et sociales et au vu du nombre croissant de ces disciples, Jésus est devenu une menace pour les élites juives, qui craignent une contestation de leur position sociale.
Le scandale du Temple finit de mettre le feu aux poudres. En chassant les marchands de ce lieu saint, Jésus prive les prêtres d’une source de revenu. Cette fois, la décision est prise. Jésus doit disparaître. Mais pour qu’il soit condamné à mort, il faut des chefs d’accusation plus graves aux yeux des Romains. Jésus est amené devant Pilate, en tant que roi des Juifs. Ceci sous entend que Jésus rassemblerait autour de sa personne tous les Juifs, pour fomenter une révolte contre Rome, à l’inverse de ce que prône Jésus, mais Pilate en tant que représentant de l’empereur ne peut tolérer un tel acte.


Face à ces accusations et aux questions du juge, Jésus se tait. Il n’a pas d’avocat pour le défendre. Il n’a pas les moyens et ce n’est pas une obligation. D’ailleurs, recourir à un avocat est mal vu dans la tradition romaine. Etre incapable de se défendre seul est une marque de culpabilité.
Jésus refuse de se défendre, sachant parfaitement à quoi l’expose son silence. Il semble avoir prévu sa mise à mort. Dans la Bible, il ne cesse de prévenir ses apôtres. Sa mort servira à absoudre tous les pêchés des hommes. Il en est de même pour le grand prêtre de Jérusalem. Par ailleurs, sa mort confère plus de poids à son message créant le respect et l’admiration des spectateurs.


Ponce Pilate n’est pas convaincu de la culpabilité de Jésus. Néanmoins, en considérant le sentiment du Sanhédrin et du peuple de Jérusalem, il craint une révolte. Or son travail est de préserver l’autorité romaine et l’ordre dans la province. Devant le silence de l’accusé, il ne peut aller contre l’opinion publique. Il préfère sacrifier un vagabond plutôt que de déclencher une révolte. Il le condamne à la peine capitale. N’étant pas citoyen romain, Jésus ne peut faire appel de la décision au tribunal de l’empereur à Rome.
Dans le droit romain, les peines varient en fonction du statut social. Un sénateur est condamné à une amende, à la confiscation de ses biens, voire à l’exil. Un citoyen romain ou non payent des amendes, combattent dans l’arène ou sont condamnés à mort par décapitation pour le premier et par crucifixion pour le second. Une fois, l’accusé condamné il n’a plus aucune protection. Le peuple qui assiste à l’application du châtiment et les soldats qui s’en chargent, peuvent lui faire subir des souffrances supplémentaires.


Du strict point de vue du droit romain, il n’y a rien à redire à la façon dont Pilate a conduit le procès. Jésus trainé devant son juge par les membres du Sanhédrin a bénéficie d’un procès équitable et d’une condamnation conforme à la loi romaine.




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dimanche 24 juillet 2011

Jules César et le tapis de Cléopâtre

Les amours entre la célèbre reine égyptienne Cléopâtre et le tout puissant et charismatique Jules César sont un épisode à la fois mystérieux et charmant de l’histoire. Ils sont dignes des ébats charnels de Jupiter lui-même. En effet, si de leur amour va naître un enfant légendaire et secret, Césarion, il donne à la reine une place à part dans l’histoire et une notoriété qui va « faire jaser » du sénat romain jusqu’aux lieux les plus sordides de l’empire.


Cléopâtre est une descendante de Ptolémée Ier, général et compagnon d’Alexandre le Grand. Elle est donc grecque mais a la particularité d’aimer son peuple et d’attacher une importance toute particulière – voire orgueilleuse – à faire reconnaître l’Egypte comme étant LA grande civilisation du monde méditerranéen avec Rome. Elle est polyglotte et parle la même langue que son peuple, chose qui n’était jamais arrivée chez un quelconque descendant de Ptolémée, une dynastie occupant pourtant le trône depuis trois siècles. Elle devient reine en 51 av. notre ère mais, ne pouvant gouverner seule, elle est obligée d’épouser son frère, Ptolémée XIII, qui est de dix ans son cadet. Un véritable « boulet » ! Au même moment César dessine les plans de sa prise de pouvoir sur les institutions romaines. Comme nous le savons tous, il y parvient progressivement, poussant à la fuite son ancien allié Pompée, devenu entre-temps son ennemi. Et devinez où ce dernier fuit : en Egypte ! Et César va le poursuivre jusqu’aux rives millénaires du Nil sacré.



L’Egypte n’est plus le royaume d’Hatshepsout, d’Aménophis III ou de Ramsès II. Il est sur le déclin. Le père de Cléopâtre, Ptolémée XII, n’a pu se maintenir sur le trône que par l’intervention opportune de Rome à qui il doit beaucoup d’argent. Le couple royal égyptien, qui avait pris le parti de Pompée, voit donc revenir comme un boomerang leur position politique contre César. Car ils ne craignent pas de voir Pompée, ruiné et sans pouvoir militaire, accoster les rives d’Alexandrie, mais plutôt la fureur de César qui le poursuit, rongeant sa haine contre le pays qui a jadis apporté son soutien à Pompée. Il faut prendre une décision ! En politique – et c’est toujours le cas aujourd’hui – il n’y a rien de plus simple ni de plus lâche que de retourner sa veste : Pompée accoste le 30 juillet 48 et est immédiatement assassiné.


César est furieux ! En bon et fier romain, il voulait disposer de Pompée par ses seules armes. Aussi, sa rancœur contre le pays des pyramides est de plus en plus forte… mais il n’avait jamais rencontré Cléopâtre ! A l’instant de son arrivée, il ne souhaite pas voir les maîtres de l’Egypte. Il s’enferme dans un palais à Alexandrie, s’occupe des restes de Pompée et réfléchit par quels moyens il va pouvoir faire payer la traîtrise des Egyptiens.


Il est seul dans son immense cabinet de travail. Partout autour de lui, l’architecture, la peinture et les écritures hiéroglyphiques – un mystère pour lui – semblent le narguer. Il prend la décision : avant toute chose l’Egypte doit rembourser Rome pour l’aide qu’elle lui a apporté au temps de Ptolémée XII. Or, l’Egypte est le plus grand producteur de blé de tout le pourtour méditerranéen – le « grenier à blé » de l’empire comme on l’appellera ensuite – et devra rembourser sa dette en nature et en armes. Il s’apprête à convoquer le couple royal lorsqu’un serviteur lui apporte un bien étrange présent : un tapis ! César est intrigué car le serviteur prend un soin particulier à le poser délicatement au sol. Sans demander une quelconque permission, le serviteur à la peau bronzée déroule avec lenteur le tapis et en sort l’objet de toute sa délicate attention : une femme à la peau douce et claire. Elle est habillée avec élégance et finesse et son regard perçant croise immédiatement celui de César troublé. Ne voilà-t-il pas n’importe quelle courtisane se disait-il : en effet César, c’est Cléopâtre !


Troublant le protocole, la reine a forcé la porte du conquérant romain et est bien décidée à dicter sa loi ! Elle veut être la principale interlocutrice de César. Elle veut négocier sans son frère qui, pour elle, n’a aucune légitimité.


Je l’imagine trop fière pour se rabaisser au point de parler en latin, et d’ailleurs César parle un grec parfait ! Aimant la mise en scène, Cléopâtre a revêtu un costume pour l’occasion : probablement est-elle en Hathor ou en Isis. A vingt ans, son charme opère déjà ! César est subjugué par cette femme entreprenante dans la discussion et de trente-deux ans sa cadette. La beauté de la reine - pourtant peu visible sur les rares représentations que l’on a d’elle -, son nez légendaire et surtout le charisme pénétrant de sa personnalité, dictent à César la suite des négociations. A cet instant de leur rencontre, c’est comme s‘il avait toujours aimé l’Egypte !


La suite nous la connaissons. Etrangement, César accorde à la reine l’intégralité du pouvoir de l’Egypte et Ptolémée, rebelle, meurt opportunément noyé. La rigidité du protocole d’accords entre Rome et Alexandrie est adoucie grâce à des moments plus intimes desquels naîtront Césarion. Le terme d’amour « doux » entre les deux amants est sûrement un euphémisme car Marc Antoine, futur autre amant puis mari de Cléopâtre, n’aura pas à se plaindre de la rigueur et la forte « virilité » de ses ébats avec sa femme.


Ah Cléopâtre …. Tu as tellement d’importance dans ce monde ! Tu influences encore à tel point l’imaginaire que je me permets de terminer cette conclusion par la célèbre pensée de Pascal qui fait tant d’honneur à ta place dans la Grande Histoire : « Le nez de Cléopâtre s'il eût été plus court toute la face de la terre aurait changé. »

mardi 19 juillet 2011

La légende des quatre fils Aymon

La commune de Bogny sur Meuse est encastrée entre les rives de la Meuse et les hauteurs des Ardennes. Une statue située sur l’un des sommets, semble surveiller et protéger ses habitants. Alfred Poncin a sculpté cet ouvrage en 1933 à l’emplacement de la forteresse de Château-Regnault. Des escaliers, une citerne et les ruines d’une tour, taillés dans le schiste, restent les seules traces visibles de l’édifice. Les fouilles archéologiques ont mis à jour des pièces de monnaie, des épées, des pointes de flèche, de la vaisselle et quelques os d’animaux.
La statue représente quatre chevaliers et un cheval. Il s’agit des quatre fils Aymon. La vie de ces chevaliers est connue par une chanson de geste de dix huit mille vers, rédigée au XIIe siècle et parfois intitulée Renaud de Montauban.




Le duc Aymon de Dordonne, fief imaginaire qui se situerait dans le pays de Vitron en Belgique, a quatre fils prénommés Allard, Guichard, Renaud et Richard. Les quatre jeunes hommes servent à la cour de l’empereur Charlemagne. Un jour, lors d’une partie d’échec, Bertolais le neveu de Charlemagne, ne supportant pas la défaite, s’en prend violemment à Renaud. Dans la bagarre, ce dernier blesse mortellement Bertolais. Essuyant la colère de l’empereur, les quatre frères quittent précipitamment la cour. Ainsi chacun des protagonistes fait passer l’intérêt du sang avant la justice et la fidélité.



Chevauchant leur cheval Bayard, ils retournent chez leur père, qui les rejette. Ils se réfugient alors chez leur cousin le mage Maugis, résidant dans la forêt des Ardennes. Ensemble, ils bâtissent une forteresse sur un roc dominant la vallée de la Meuse. Le château prend le nom de Montessor, qui correspondrait à la forteresse de Château-Regnault. Heureuse initiative, car Charlemagne arrive avec son armée et met le siège. Suite à la trahison de Hervé de Lausanne, l’armée de l’empereur investit la forteresse, obligeant les quatre fils Aymon à se réfugier dans la forêt. Ils trompent la vigilance des soldats et partent vers le Sud.



Ils se mettent ensuite au service du roi Yvon de Gascogne. Ils se distinguent lors des combats opposant les troupes d’Yvon de celle de l’émir Beges. Pour les remercier, le roi leur donne le fief de Montauban. Néanmoins, Charlemagne les retrouve. Roland négocie la paix entre les différents protagonistes. Charlemagne accorde le pardon aux quatre frères et à leurs familles. En échange, Renaud doit renoncer au métier des armes et consacrer le reste de sa vie à Dieu. De retour de Jérusalem, il participe à la construction de la cathédrale de Cologne. Les autres ouvriers l’assassinent, car Renaud travaille davantage sans demander un salaire.




Ce récit chevaleresque du Moyen-âge a été lu par certains chercheurs, comme une démonstration de la puissance et de la résistance des ducs de Basse Lotharingie face à leurs ennemis, ainsi que de leur volonté d’indépendance face au pouvoir impérial. Le monument de Bogny sur Meuse illustre cet aspect. La statue très statique, symbolise l’ancrage au sol, la puissance et l’impénétrabilité.





Image :
Statue des quatre fils Aymon à Bogny sur Meuse
panoramio.com

lundi 18 juillet 2011

Cérès, la planète oubliée

Combien notre système solaire compte-t-il de planètes ?


Des maigres cours d'astronomie que nous avons reçus pendant notre scolarité, nous avons retenu les neuf planètes du système solaire : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. Les hommes les ont toujours eues au dessus de leurs têtes et les ont observées pour la plupart. Des temps préhistoriques à nos jours, elles fascinent, émerveillent et sont utilisées. Elles servent à définir les saisons aux agriculteurs, les temps de transhumances aux sédentaires et la route à suivre pour les voyageurs. Dans mon enfance, intéressé par le sujet, je m’étais passionné pour la recherche de la fameuse planète X, une dixième planète au-delà des confins gelés de l'orbite de Pluton. A cette époque, elles étaient neuf, on en cherchait donc une dixième. Aujourd'hui, tout a changé ! Elles ne sont plus que huit et on trouve régulièrement pleins de nouveaux corps, pas plus gros que notre bonne vieille lune, qui tournent au-delà de Pluton. En effet, cette dernière a été reléguée depuis 2006 au rang de planète naine et donc « éjectée » de la liste désormais très sélective de la catégorie des planètes.


Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne sont connues depuis l’Antiquité et même peut-être depuis la préhistoire. Uranus fut longtemps observée et classée comme étoile avant que William Herschel ne comprenne son caractère planétaire en 1781. La découverte de Neptune, quant à elle, est encore plus remarquable. Elle passa toujours inaperçue dans le ciel, et sa découverte est due aux calculs mathématiques du Français Urbain le Verrier et de l’Anglais John Adams qui interprétèrent par les chiffres les perturbations cosmiques, constatées sur la révolution d’Uranus par Alexis Bouvard. En 1846, la planète est observée à l’emplacement exact où les deux astronomes l’avaient calculé.


Pluton est découverte par l’Américain Clyde Tombaugh en 1930. Plus tard, au XXIe siècle, d’autres planètes comme Eris, Hauméa ou encore Makemake, sont cataloguées « planètes naines » ou « plutoïdes » de par leur taille et leur place au-delà de Pluton. Et voilà ! Il nous faut aller plus loin, toujours plus loin pour faire des découvertes… vous croyez ?


Si le monde scientifique de la fin du XVIIIe siècle s’est passionné pour la recherche de planètes après la découverte d’Uranus, les astronomes, tant amateurs que professionnels, n’avaient pas la phobie du « toujours plus loin ». Au contraire, la grande mode de ce petit monde était de chercher plus près ces sphères étranges qui flottaient dans le néant spatial. Et les lunettes astronomiques furent toutes braquées dans une région de notre système solaire assez insolite et peu connue : la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter.


Tout commence par une loi. Une loi scientifique dite de Titius-Bode qui tentait de démontrer que les distances entre les planètes du système solaire évoluaient de manière empirique par rapport au soleil. Et justement, Uranus confirmait cette loi ! Alors, selon le même concept, les astronomes en déduisirent qu’il devait exister une planète entre les orbites de Mars et Jupiter. L’astronome Franz Xaver von Zach réunit un groupe de vingt scientifiques en 1800 qui scrutent scrupuleusement cette région de l’espace… en vain. Ils découvrent néanmoins quelques objets mais les cataloguèrent très vite comme des petits astéroïdes. Pas de planète ! En fait, les plus jeunes d’entre eux auront la joie - ou le dépit - de vivre la découverte de Neptune quarante-six plus tard. Le dépit ? Oui, car la position de Neptune rend la loi Titius-Bode obsolète ! Tout cela est logique vous dîtes-vous ! Nos maîtres et autres professeurs de sciences n’auraient jamais oublié de nous apprendre l’existence d’une autre planète !


Et pourtant ! La surprise arrive de Sicile. C’est par une fraîche nuit d’hiver, la première de l’année 1801, que le prêtre et astronome Giuseppe Piazzi observe pour la première fois un corps céleste dans la fameuse ceinture d’astéroïdes. Piazzi, directeur de l’observatoire de Palerme, veut en réalité observer une étoile. Il cherchait une étoile, pense trouver une comète… ce sera une planète ! Se fiant au lent mouvement uniforme de l’objet, Piazzi met peu à peu de côté l’hypothèse de la comète pour pencher vers celle de la planète… sans l’affirmer. Aussi, après avoir observé plus d’une dizaine de fois le corps céleste, il fait part de sa découverte à plusieurs de ses confrères européens, annonçant prudemment qu'« il pourrait s'agir de quelque chose de mieux qu'une comète ». Après confirmation de son statut de planète par la communauté scientifique, Piazzi se charge de nommer sa découverte. Après plusieurs dénominations, la planète prend le nom définitif de Cérès, du nom de la déesse romaine de la fertilité.


Plus de deux siècles après sa découverte, les scientifiques se tournent vers le plus grand objet de la ceinture d’astéroïdes en lui consacrant une expédition. La sonde Dawn doit « rencontrer » Cérès en 2015, la même année que le survol de Pluton par la sonde New Horizons. Pour le moment Dawn vient d’atteindre Vesta, le deuxième objet plus grand de la ceinture d’astéroïdes après Cérès.


Cérès, bien que petite - un peu moins de 1 000 km de diamètre - pourrait abriter de l’eau sous forme de glace ainsi qu’une fine atmosphère de vapeur d’eau. La vie « extraterrestre », que l’on imagine aisément microscopique, est donc envisageable à l’instar du satellite de Saturne - Encelade - qui contient des océans d’eau liquide sous la glace. Belle revanche pour une planète - si petite soit-elle et au statut incertain - qui n’est pas enseignée dans les écoles (les professeurs en ont même-t-ils la connaissance ?). Mais au fait : quel est le statut de Cérès aujourd‘hui ? De planète elle est devenue astéroïde, puis enfin planète naine. Pour moi, c’est la fameuse planète X, celle que j’ai longtemps cherchée dans le ciel .....


image: Cérès prise par le télescope Hubble

samedi 16 juillet 2011

Des dromadaires dans l'armée des Etats-Unis !

Durant l’été 1857, l’officier commandant du Fort Davis au Texas accueille en ses murs des dromadaires importés du Moyen Orient. Ces animaux font partie des 64 dromadaires constituant le Camel Corps, institué par l’Etat-major en mars 1854 et rattaché à la cavalerie.


Comment l’armée américaine en est arrivée à employer des dromadaires ?
Dans les années 1850, les Etats-Unis sont confrontés à la conquête de l’Ouest. Les pionniers voyageant entre le Texas et la Californie sont souvent victimes d’attaques de la part d’Amérindiens ou de Mexicains. L’armée a comme objectif de sécuriser les routes.
En parcourant les récits de la campagne d’Egypte de Napoléon Bonaparte, le général Edouard Beale qui est également surintendant aux affaires indiennes, a subitement une idée. Les déserts égyptiens et de l’Arizona sont assez similaires. Tout comme le général français, il souhaite employer des dromadaires. Il réussit à convaincre le secrétaire d’Etat à la guerre Jefferson Davis. Beale reçoit des fonds pour acheter quelques dromadaires à titre d’expérience.
Le rapport rédigé par le commandant Henry Wayne présente des résultats mitigés. Les dromadaires se révèlent supérieurs aux chevaux, mules et bœufs. Ils peuvent porter des charges quatre à six fois plus lourdes. De plus, s’ils consomment autant d’eau et de fourrage, leur approvisionnement demeure moins fréquent. Cet aspect n’est pas négligeable pour les questions de ravitaillement en milieu aride. Néanmoins, le désert américain et le désert égyptien sont différents. Les dromadaires ne sont pas faits pour le sol rocailleux du désert américain. Leurs pieds trop mous se font couper par les pierres, lorsqu’ils courent. Par ailleurs, les chevaux et les meules ne s’entendent pas avec les dromadaires. Dès qu’ils les voient, ils prennent peur et font tomber leur cavalier, avant de s’enfuir.
Jefferson Davis décide d’employer les dromadaires seulement pour le transport de matériel et non pour des combats. Le Congrès vote un budget de 30.000 dollars pour l’achat de dromadaires, qui constituent le Camel Corps.

Durant la guerre de Sécession, le Camel Corps est peu utilisé. Les autorités des deux camps décident de laisser tomber l'acquisition de dromadaires. Ils préfèrent mettre des sommes au niveau de l'équipement traditionnel.
Le Nord se refuse à l’employer autant pour des raisons politiques que techniques. En effet, l’unité est associée à Jefferson Davis devenu le président de la Confédération. L’Etat Major nordiste répugne à utiliser une idée venant d’un sudiste. Par ailleurs, les principales bases se situent dans les Etats sudistes. Le Nord n’a pas un grand accès à cette ressource. De toute façon, le développement rapide du chemin de fer permett de transporter le matériel plus rapidement et plus efficacement.
Dans le Sud, les dromadaires ne sont guère plus utilisés. Sur ce point les officiers et les soldats sudistes rejoignent leurs adversaires. En effet, les dromadaires sont très mal vus par les gens, à cause de leur odeur nauséabonde. Les soldats sont davantage habitués aux chevaux et aux mules plus dociles, sans parler du prestige de la cavalerie. Les marchands de chevaux, notamment du Texas, exercent des pressions à Richmond. Ils craignent que les dromadaires les conduisent à la faillite. Néanmoins, l’armée sudiste les emploie tout de même par intermittence, afin de transporter le matériel, faute d’un réseau ferré suffisamment développé.


Après la guerre, les dromadaires sont démobilisés. L’armée les revend à des cirques, des particuliers ou des sociétés de transport. Certains sont remis en liberté dans le désert. Des témoignages du début du XXe siècle, mentionnent encore la présence de dromadaires dans le désert de l’Ouest.





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www.texascamelcorps.com/historic.asp

mercredi 13 juillet 2011

Le machisme grammatical

Quelle époque ! Alors qu'on nous rabâche à longueur de journée qu'il faut toujours faire plus pour l'égalité entre les hommes et les femmes, il existe un domaine où cette égalité, tant recherchée, n'est pas prête de voir le jour : la grammaire. Et oui, car si les hommes et les femmes sont égaux dans notre société, ils ne sont pas … égales !

Que de souvenirs ! Pour la plupart douloureux, j'en conviens ! Se remémorer les prêches incessants de ces vieux instituteurs grincheux qui répétaient inlassablement les règles de grammaire – fondements de notre patrimoine linguistique – que nous devions consciencieusement écrire dans nos cahiers, les intégrer à notre écriture et surtout se les remémorer lors des rédactions et autres devoirs. Certes, les enfants que nous étions, qui préféraient aller et courir n'importe où – pourvu que cela ne fût pas dans une salle de cours – ne se posaient pas la question de savoir si telle ou telle règle était injuste ou inégalitaire. En grandissant, nous avons intégré ces notions grammaticales dans notre quotidien, toujours sans nous poser de questions. Pourtant, aujourd'hui, des mouvements féministes appellent à la « Révolution Grammaticale ». En ligne de mire cette règle : "un adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le ou les noms. L'adjectif se met au masculin pluriel si l'un de ces noms est au masculin..."

Les hommes et les femmes ne sont pas égales !

En effet, depuis le XVIIe siècle en France, le masculin l'emporte toujours sur le féminin. D'où vient cette règle ? Qui sont ceux qui ont imposé ce « machisme grammatical » ?

Depuis le traité de Villers-Cotterêt du bon roi François Ier en 1539, la langue française est une langue administrative qui s'impose peu à peu comme langue de culture. Ils seront nombreux, lettrés, philosophes, penseurs et religieux à améliorer le français, lui imposer des bases, des structures, tout pour en faire une langue digne de ce nom. Il est vrai qu'il fallait remplacer une langue mythique et sacrée : le latin. Le XVIIe siècle n'a pas été que le « siècle de Louis XIV » qui aida et pensionna bon nombre de ces artistes des Lettres. Avant lui sous Louis XIII, vécut le terrible et rusé Richelieu qui fut surtout un adorateur de la culture et du français. Nous devons à ce cardinal l'institution qui régit notre langue et se porte garante de sa stabilité : l'Académie Française. C'est vers les académiciens que les collectifs féministes se tournent aujourd'hui. « Il faut réviser la grammaire ! Il doit finir le temps où le masculin prend le dessus sur le féminin ! ». Alors, l'homme et la femme doivent-ils être... égales ?

D'où vient cette hérésie ? Richelieu en est indirectement le responsable puisqu'il pensionna à l'Académie Française, fraîchement créée en 1635, un des créateurs de cette « loi » grammaticale : Claude Favre de Vaugelas. On lui doit cette parole mémorable qui doit faire frémir toutes les féministes :"le genre masculin, étant le plus noble, doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble.". Pour de tels dires, Vaugelas doit être mis à l'index et excommunié de la liste des fondateurs de la réglementation grammaticale française ! Au moins ! Mais nos croisées de la culture ne sont pas au bout de leur peine car il en existe un autre. Il s'agit d'un homme d’Église, autant amoureux de Dieu que des Lettres : le père Bouhours. Rien n'est moins étonnant que de voir figurer un homme qui a voué sa vie à Dieu parmi les hérétiques de l'égalité des sexes : la déchéance de l'homme du paradis terrestre n'est-elle pas liée au fait qu’Ève, plus faible, ait été tentée par le serpent malicieux ? Toujours est-il que le père Bouhours se rangea derrière Vaugelas et promut le masculin comme supérieur au féminin dans la langue. Le père Bouhours n'est pourtant pas un de ces vieux monastiques ardents défenseurs des lois bibliques et fermés à toutes querelles linguistiques. Au contraire, il était apprécié pour ses qualités de relecteur et de grammairien. On parla de lui longtemps à l'Académie - sans jamais le voir arrivé – et des auteurs comme Racine ou Boileau en avaient fait leur correcteur attitré. Spécialiste, adorateur du français, Bouhours affirmait même que le français était une langue de culture qui se parlait, alors que l'allemand se râlait, l'italien se soupirait et l’anglais, pire, se sifflait !!!

La langue française se construit jour après jour. Les mots changent, les expressions se multiplient, d'autres disparaissent. Elle est en perpétuelle évolution. Cependant, la grammaire, elle, est plus difficile à modifier. Nous ne relevons que trop souvent les fautes que nous faisons – j'en conviens moi-même – au quotidien. Aussi, la changer, ne serait pas une (r)évolution, mais une dégradation. Imaginons le « foutoir grammatical » car le changement de cette règle entraînerait obligatoirement d'autres changements inéluctables pour faire perdurer une certaine logique dans le français.

Où alors supprimons-là ! Après tout le Bac n'en tient déjà plus compte.


En haut: le père Bouhours
Ci-contre: Claude Favre de Vaugelas

mercredi 6 juillet 2011

Jacques Auguste : un homme capable de Thou

Jacques Auguste de Thou, ce nom interpelle seulement les amateurs et professionnels de l’histoire de France des XVIe et XVIIe siècles. Et pourtant, la famille de Thou est l’une des plus importantes de l’élite juridique de Paris. Jacques Auguste de Thou est un membre éminent du Parlement de Paris, un juriste, un poète, un historien et un bibliophile, ayant tissé des liens dans de nombreux pays d’Europe. Sa vie est associée à son monumental ouvrage intitulé Historia sui temporis et traduit en français au XVIIIe siècle sous le titre Histoire Universelle. L’ouvrage décrit les évènements politiques, militaires, culturels, juridiques et sociaux de la France et du monde de 1543 à 1610.


Jacques Auguste né le 9 octobre 1553, est le fils de Christophe de Thou, Premier président du Parlement de Paris et de Jacqueline de Tuleu, issue elle aussi de l’élite parisienne. N’étant pas l’aîné de la famille, il est destiné à une carrière ecclésiastique. Son père commence par faire son éducation, puis il se rend au collège de Bourgogne, où il apprend le latin, le grec, la littérature et l’histoire. Il poursuit ses études à l’université d’Orléans et se spécialise dans le droit. Par la suite, il obtient un canonicat de Notre Dame. Son oncle Nicolas de Thou, évêque de Chartres l’accueille chez lui.
Lors du massacre de la Saint Barthélemy, il est âgé de dix neuf ans. Cet événement marquant l’incite à s’intéresser aux troubles agitant le royaume dans cette seconde moitié du XVIe siècle. Le calme de la vie religieuse lui permet de se consacrer à l’étude et aux historiens antiques. Il commence par se constituer une bibliothèque. En voyageant en Italie, Suisse, Allemagne et Pays-Bas, il s’entretient avec de nombreuses personnalités, afin d'acquérir des ouvrages et des sources, qui lui seront utiles pour la rédaction de son Histoire.

A partir du règne d’Henri III, il entre dans la vie poltique et diplomatique de son pays. En 1576, le roi le charge de seconder le maréchal de Montmorency, pour négocier un arrangement avec les protestants. Par la suite, il intègre le Parlement de Paris en tant que conseiller clerc. En 1581, il est membre d’une commission chargée de rendre la justice en Guyenne. A Bordeaux, il se lie d’amitié avec Montaigne. A la mort de son père, il quitte l’état ecclésiastique devient maître des requêtes, une haute fonction judiciaire et administrative et se marie à une noble. Proche des Moyenneurs, il prône la réconciliation des Français quelque soit leur religion. Il participe au rapprochement entre Henri III et Henri de Navarre (futur Henri IV). Il devient l'une des cibles des ultras catholiques. Lors de la journée des Barricades en 1588, déguisé en soldat, il quitte précipitamment la capitale. Il rejoint Henri III à Tours et intègre le nouveau Parlement. La charge de Premier Président lui échappe.

Sous le règne d’Henri IV, il travaille à la rédaction de l’Edit de Nantes, mettant un terme aux guerres de religion en France. Il peut enfin se consacrer à la rédaction de son projet. Le premier des seize volumes est publié en 1604. C'est un plaidoyer pour la tolérance, où sont dénoncés les violences et les massacres. Il adopte une attitude compréhensive envers les protestants et critique les excès de la Papauté et du clergé. Circulant dans une grande partie de l’Europe, l’ouvrage est bien accueilli chez les protestants et les gallicans, mais vivement critiqué par les ligueurs et la Papauté, qui le censure en 1609.
A la mort du roi, Marie de Médicis lui refuse la charge de Premier Président du Parlement, afin de ne pas contrarier le Pape. De Thou n’accepte pas ce choix. Il se sent trahi, après avoir tant servi son pays et la monarchie. Afin de montrer son mécontentement, il démissionne du Parlement et revend sa charge. Le décès de sa seconde épouse le plonge dans une profonde tristesse. Il meurt le 7 mai 1617 à l’âge de 74 ans. Ses amis Nicolas Rigault et Pierre Pithou se chargent de mener à son terme la publication de l'ouvrage en 1620.






Jacques Auguste de Thou est un homme proche du pouvoir de part ses fonctions et ses relations, qui a participé aux évènements majeurs de son temps. Comptant parmi les intellectuels de son éppoque, il est érigé en grand historien au XVIIe siècle et en symbole de la tolérance religieuse au siècle des Lumières.