jeudi 26 janvier 2012

Gilles de Rais : serial killer du Moyen Age

Gilles de Rais est un chevalier, un puissant seigneur possédant de vastes domaines en Vendée et en pays nantais, dont il tire en partie son immense fortune. Il est capable de rivaliser avec le duc de Bretagne et le roi de France, dont le royaume est grignoté de toutes parts par les Anglais. Il se marie à Catherine de Thouard, une riche aristocrate qui apporte en dot de nombreux domaines en Poitou. Ensemble, ils ont une fille Marie. Gilles de Rais ne les voit guère, puisqu’ils vivent à Pouzauges en Vendée.
Homme très pieux, il est hanté par la notion de pureté. Il fait sienne les théories de Saint Augustin selon lesquelles l’âme est pure par nature, mais qu’elle habite dans un corps souillé et synonyme de pêché.
Il s’illustre dans des campagnes militaires, tout d’abord au service du Duc de Bretagne, puis au roi de France. Grâce à sa fortune, il est capable de lever rapidement des troupes autant dans le but de protéger ses propres territoires que de protéger son roi. Charles VII le nomme chef des troupes royales, puis lors du sacre, maréchal de France lors du sacre. Il devient ainsi l’un des personnages les plus importants du royaume. Lorsqu’il rencontre Jeanne d’Arc à la cour du roi à Chinon, il est subjugué par cette femme. Devenant l’un de ses principaux lieutenants, il la suit et la seconde dans ses expéditions militaires, notamment lors du siège d’Orléans. Lorsque Jeanne d’Arc est capturée et emprisonnée à Rouen, Gilles de Rais monte une expédition militaire avec des fonds propres pour la libérer. C’est un véritable échec.
La mort de Jeanne le bouleverse au plus profond de son être. Pour lui, les Anglais ont brûlé une sainte. Ayant perdu la seule femme, dont il était véritablement amoureux, il sombre dans une grave dépression. Sa famille s’inquiète de son état de santé. Elle le déclare inapte et nomme un procureur, en la personne de son cousin Roger de Briqueville, pour gérer les domaines et les finances et qui en profite pour s’enrichir.

La passion de Gille de Rais pour la pureté ne faiblit pas. Celle-ci transparaît au travers de la voix et notamment celle des enfants, dont le visage est identique à celui des anges. Dans sa quête de pureté, il se plonge à corps perdu dans l’alchimie. Il discute fréquemment avec des religieux et invite à sa cour de nombreux alchimistes et astrologues, qui viennent pour la plupart d’Italie. Cette quête le mène en autre à la recherche de la pierre philosophale, capable de transformer le plomb en or. Une partie de sa fortune est dilapidée ses expériences. Son pouvoir diminue. Ainsi Jean de Bretagne, voyant son adversaire s’affaiblir économiquement, lui rachète de nombreux domaines pour étendre son influence dans la région de Nantes. Gilles de Rais et ses complices se livrent à des pratiques de sorcellerie, à des incantations au diable, puis à des sacrifices humains. Durant des années, ils torturent, violent et tuent des enfants. Lorsqu’ils ne les enlèvent pas tout simplement, ils donnent de l’argent aux parents.

Le 13 septembre 1440, le capitaine Labbé arrêté Gilles de Rais, sur ordre de l’évêque de Nantes ayant entendu les rumeurs et les plaintes concernant les disparitions d’enfants. Il est appuyé dans sa démarche par le duc de Bretagne. Les deux hommes entretiennent des relations tendues avec l’accusé, pour des raisons politiques et territoriales Le 11 octobre, Gilles de Rais comparait devant un tribunal civil et religieux, présidé par Pierre de l’Hôpital, sénéchal de Bretagne, ce qui constitue un vice de forme. En effet, puisque l’accusé est maréchal de France, c’est le roi de France ou un de ses représentants qui aurait dû présider le tribunal. L’Eglise l’accuse de 200 crimes d’enfants. La justice civile n’en reconnaît que 140 établis clairement.
Gilles de Rais nie les crimes qui lui sont reprochés, pourtant ses complices ont avoué, les témoignages des parents abondent, des dizaines de corps sont retrouvés à proximité du château de Machecoul. Alors, les ecclésiastiques le somment de jurer son innocence sur les Ecritures. Souhaitant préserver la pureté de son âme, il refuse. Il est alors excommunié, c'est-à-dire mis au ban de l’Eglise. Horrifié à l’idée de perdre son âme, il avoue tous ses crimes. En énumérant ses différents forfaits, il ne peut s’empêcher de sourire. En se chargeant sur la justice terrestre, il est convaincu de s’alléger sur la justice céleste. Il a conscience de l’horreur de ses crimes, mais considère que son âme demeure pure. Le 25 octobre 1440, le tribunal le condamne à mort par pendaison et au bûcher. Jusqu’au lieu et l’heure de son exécution, il ne cesse de prier et d’appeler les foules à la rédemption.


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Éloi Firmin Féron : Gilles de Laval, sire de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, Maréchal de France (1404-1440). Toile de 1835.
www.wikipédia.org

mardi 17 janvier 2012

Le Nil : père de l'Egypte

Avec un trajet de 6.600km, le Nil est le deuxième fleuve le plus long au monde. Il se compose de deux cours d’eau, le Nil Bleu et le Nil Blanc, qui se rejoignent à Khartoum. Le premier prend sa source au lac Tana en Ethiopie. De nombreuses expéditions, désirant découvrir les sources du second, se succèdent depuis le XIXe siècle. Les dernières recherches les situent dans la forêt de Nyungwe au Rwanda.
La navigation est difficile voire impraticable. Le fleuve parcourt de nombreuses cascades, des zones de marais et des cataractes, sorte de goulot d’étranglement formé de roches dures.
Vers -5300, les pluies de mousson se tarissent et la sécheresse apparaît dans le Sahara. Les populations se dirigent vers le Soudan et l’Egypte, à la recherche d’eau. Le Nil constitue en Egypte une longue bande de verdure entre le désert libyen à l’Ouest et le désert arabique à l’Est. Au Sud, la première cataracte, à proximité d’Éléphantine et ses reliefs granitiques servent de frontières naturelles entre l’Egypte et le Soudan.
Le Nil est une ressource vitale dans cette région aride que constitue l’Egypte. Ses crues annuelles, entre juillet et octobre, rechargent les nappes phréatiques et laissent un limon noir qui fertilise les terres.
Comment les Égyptiens ont su exploité ce fleuve et quelles richesses en tirent-ils ?

L’exploitation efficace de la crue implique une organisation collective du travail. Il faut construire des canaux et des bassins d’irrigation, ainsi que des terrassements destinés à retenir l’eau de la crue dans les champs. Tous ces aménagements impliquent une coordination du travail à grande échelle. La maîtrise de l’eau et la gestion de l’irrigation deviennent la priorité. Il faut amener l’eau dans les parties cultivables par des canaux et la retenir malgré l’évaporation. Les travaux d’irrigation sont réalisés sous la direction d’un chef des eaux ou d’un chef des terres inondées. Les méandres du fleuve se modifient au gré des crues. Il faut reconstruire le système d’irrigation tous les ans et délimiter de nouveau les champs.
Les crues ont lieu tous les ans à la même période, mais le débit varie d’une année sur l’autre. A l’automne, le fleuve se retire et laisse émerger une terre rendue fertile par le limon noir. Les labours et les semailles s’enchaînent. A partir de mars, les paysans procèdent aux récoltes. Ils arrachent le lin à la main, moissonnent orge, blé et épeautre, engrange les grains sous la surveillance des scribes.
La vallée du Nil ne regorge pas que de richesses végétales. A partir de l’époque prédynastique, plus de deux cents carrières de calcaire et de grès, appartenant toutes au pharaon, sont exploitées aux abords du Nil. Les carriers ne disposent que d’outils rudimentaires : ciseaux en cuivre et maillets de bois. Le Nil demeure la voie de communication des blocs de pierre. Des canaux relient la carrière au fleuve. Les pierres servent à l’édification des monuments, des palais et des temples. A l’inverse, les bâtiments de la vie quotidienne sont construits en briques crues issues du limon du fleuve.

La période des crues est aussi le moment de l’explosion du trafic fluvial. D’autant plus que les Égyptiens ne construisent pas de ponts. Le fleuve s’impose comme le moyen de communication privilégié pour transporter les personnes, les animaux et les marchandises d’une ville à l’autre. Tout transite par le fleuve.
La petite barque de papyrus, encore utilisé de nos jours, est le navire le plus présent, puisque cette plante pousse en abondance. Les autres navires sont en bois, muni d’une voile carré nécessaire pour remonter le Nil. En absence de vent, les rameurs se mettent à l’ouvrage.
Pour contourner les rapides, les Égyptiens hâlent des bateaux sur une glissière couverte de limon humide. Le navire arrive au port aménagé dans les eaux calmes, à partir duquel, il est possible de poursuivre son chemin.
Les Égyptiens pratiquent également la navigation maritime. Des petits ports de commerce se situent sur le littoral de la Mer Rouge.

Le Nil constitue un cadre géographique. Le Nord se positionne vers les sources du Nil. La Haute Egypte est au Sud et la Basse Egypte au Nord dans le delta. La rive orientale est le monde des vivants et la rive occidentale est le monde des morts, du fait de la présence des nécropoles. Le Nil contraste avec le désert l’entourant et unifie les royaumes. Toute la pensée égyptienne est fondée sur ce contraste et ce concept de dualité : vie/mort, bien/mal, ordre/chaos.
L’importance des crues du fleuve alimente des croyances religieuses chez les Égyptiens, qui ignoraient tout des sources du Nil. L’élément aqueux joue un rôle important dans la création du monde. Le Noun est une sorte d’océan primordial, illimité, obscur et contenant les germes de vie. Aton émerge de ces eaux, avant de donner naissance aux premiers dieux. Khnoum veille sur les sources et libère chaque année l’eau apportant le limon. Le Nil en crue est représenté par le dieu Hapy, symbole de renaissance et de fertilité. Sobek représente les dangers du Nil. En effet, source de vie, le Nil est aussi cause de mort. Le fleuve abrite de nombreux animaux dangereux : crocodile, hippopotame, serpent, mouche tsé-tsé et le moustique, vecteur de maladies, notamment du paludisme.
De par son importance, le Nil fournit des thèmes architecturaux et iconographiques. Le bas des murs des temples et des tombes s’ornent de peintures représentant scènes de chasse, de pêche, de végétaux et d’animaux. La profusion animale et végétale symbolise la régénération. Le lotus est la plante la plus représentée. La majorité des temples ont accès direct à l’eau.

Le Nil devient l’assise du pouvoir royal. Les pharaons se posent en intercesseur auprès des dieux pour l’obtention de la crue. L’organisation de la production agricole nécessite un pouvoir central fort. Des chefferies, l’Egypte passe progressivement à un Etat unifié.
Le pharaon dispose de tous les moyens de production (terrain, main d’œuvre, animaux) pour développer le pays. Il doit contenter l’un des grands dieux du Panthéon pour que celui-ci daigne libérer Hapy. Les prêtres et les sanctuaires revêtent une importance capitale. Le règne est jalonné de cérémonies pour honorer les dieux et le Nil. Par exemple à Thèbes, les prêtres sortent le grand vase d’Amon pour recueillir l’eau du fleuve. Lors de la fête d’Opê, Pharaon réaffirme son autorité sur les Deux Terres par l’intermédiaire d’Amon. Pharaon conduit la statue de la déesse Mout jusqu’à Amon, à l’aide d’une barque, les deux temples étant relié l’un à l’autre par un canal. Le couple divin peut donner ainsi une nouvelle fois naissance à leur fils Khonsou. Vingt jours plus tard, Pharaon ramène la famille. Ce voyage symbolise la prise de possession d’Amon sur le pays.
Si le niveau du Nil est insatisfaisant, le pharaon est tenu pour responsable. Une crue trop basse signifie que les dieux sont mécontents. Pharaon doit concerter les prêtres, afin de trouver les raisons de cette désapprobation. Si la situation persiste, le pharaon risque d’être renversé.

Des villes sortent de l’eau. Memphis, première capitale de l’Egypte unifiée, est érigée au niveau de l’apex du delta. Il s’agit d’un point stratégique et symbolique, puisqu’il permet de profiter des terres fertiles tout en opérant le lien avec les terres méridionales du nouveau royaume. Pour édifier Memphis, les ingénieurs ont dévié le cours du fleuve vers l’est et protéger la ville des crues par une sur élévation du terrain et d’impressionnants remparts. Les ingénieurs construisent également un grand barrage à une dizaine de kilomètres au Sud-est de la ville, afin de mieux contrôler le débit du fleuve en amont.

Le Nil est également une porte sur l’étranger. Au Sud, il conduit à la Nubie, dont les richesses minières suscitent la convoitise des Égyptiens. Plusieurs opérations militaires se succèdent à partir du IVe millénaire jusque dans les années -1800. Ils implantent des forteresses et des comptoirs le long du fleuve. Les Nubiens adoptent les croyances de leurs conquérants et deviennent plus égyptiens que les Égyptiens. Lorsque l’Egypte est ravagée par des luttes internes et menacé par les Assyriens, le roi nubien Piankhy organise une expédition en -747, afin de pacifier la région. Son successeur, Chabaka inaugure la XXVe dynastie, celle des pharaons noirs. Les pharaons nubiens remettent en pratique de nombreuses pratiques culturelles de l’Ancien Empire, comme par exemple la pyramide comme tombeau.


« L’Egypte est un don du Nil », selon Hérodote. Une des plus importantes civilisation s’est développé en son sein. Le fleuve donne son nom au pays qu’il abrite. Le Kemet ou le « pays de la terre noire », dont les Romains latinisent le nom en Aegyptis, donne naissance au mot Egypte. Mais il donne également les ressources nécessaires pour vivre dans une région devenue aride, pour ceux qui savent l’exploiter. Justement, les Égyptiens ont su s’organiser politiquement et domestiquer en partie le fleuve par leur technicité, pour tirer avantage et bâtir une civilisation qui s’inspire dans tous ses aspects du Nil.


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ecole-notre-dame-argentan.eklablog.com

samedi 14 janvier 2012

L'effondrement de Sumer

Comment ont disparu les Sumériens ? La brillante civilisation sumérienne s’épanouit en basse Mésopotamie au IVe millénaire et brille de 3200 à 2340 av. notre ère environ et, après un bref sursaut aux XXIIe et XXIe siècles, s'effondre définitivement dans un immense fracas que les textes anciens décrivent comme un véritable cataclysme. Un poème mésopotamien parle alors des lamentations sur la destruction d'Ur, la dernière capitale sumérienne. Alors qui est responsable du déclin des inventeurs de l'écriture, de la roue et des premières grandes cités ?

Les Sumériens sont atypiques. L'archéologie et l'épigraphie n'ont pu répondre à la question de leurs origines. Peuple ni indo-européen, ni sémitique – pourtant les groupes humains les plus proches géographiquement – les sumériens ne sont pas originaires de la basse Mésopotamie. Différentes hypothèses imaginent leur berceau en Indes ou même plus loin en Asie. La thèse à laquelle je me rallie est celle proposée par Georges Roux qui imaginait les premiers foyers de peuplement dans les vallées désormais recouvertes par les eaux du Golfe Persique après la dernière grande glaciation. Les travaux archéologiques et géologiques les plus récents prouvent que le niveau des eaux était bien plus bas avant le Xe millénaire et qu'il est remonté progressivement jusqu'aux villes d'Ur, Eridu ou Lagash entre le Ve et IVe millénaire, datent des débuts de l'ère sumérienne. Le Golfe Persique actuel est redescendu plus bas en dessous de la moderne Bassorah. Enfin, et cela corrobore les données scientifiques, les mythes sumériens racontent que leurs ancêtres viennent de la mer.

Vers 3200, les Sumériens inventent, pour des raisons économiques et administratives, un système de transcription de l'information qui deviendra la première écriture de l'humanité. Débute alors une période « historique » que les historiens peuvent plus facilement décrypter. Cependant, les Sumériens ne sont pas les seuls entre les fleuves du Tigre et Euphrate. Plus au nord, vit une population sémitique, les Akkadiens, qui, moins avancé, allait emprunter progressivement les outils civilisateurs des Sumériens en intégrant l'écriture, les mœurs et même leurs dieux. Cela ne suffit malheureusement pas, et progressivement un grand nombre d'Akkadiens font leur bagage pour se rendre en très nombre chez leurs voisins Sumériens afin de profiter de leur « modernité ». Cette vague migratoire est difficile à dater. Elle commença sans doute vers le début du IIIe millénaire et se poursuivit pendant plusieurs siècles.

Comment se passa leur assimilation ? Dans un premier temps elle fut bonne. Des siècles de contacts et d'acculturations avaient permis aux deux sociétés de bien coexister. La ressemblance entre certains dieux et le polythéisme ont beaucoup aidés. De plus, les Sumériens, majoritaires, acceptent aisément les Akkadiens car ceux-ci se révélèrent d'une grande aide. Rappelons la géopolitique de l'époque. Le pays de Sumer n'est pas un royaume mais un morcellement de plusieurs dizaines de cités états qui se font régulièrement la guerre et sont en concurrence continuelle. Au IIIe millénaire, les sources épigraphiques nous révèlent que deux villes jouissent d'un statut particulier : la première est Kish qui semble être un centre politique important et son roi – Lugal – est un personnage respecté et craint dans tout Sumer. Les mythes sumériens racontent d'ailleurs que Kish accueillit la royauté sur terre après l'épisode dramatique du Déluge. La seconde ville est Nippur qui est le centre religieux abritant la demeure sacrée d'Enlil, le dieu tutélaire du panthéon sumérien. Or, hormis ces deux cités, les autres comme Ur, Uruk, Lagash, Girsu ou encore Umma sont régulièrement en conflit les unes contre les autres. Les villes sumériennes sont donc à la recherche de mains d’œuvres et de soldats que compléteront aisément les milliers de migrants Akkadiens.

Un tournant s'amorce vers le milieu du IIIe millénaire quand plusieurs vagues d’immigration sémitiques venues du nord de la Mésopotamie poussent de plus en plus les portes des riches royaumes sumériens. Toujours accueillantes, les cités sumériennes voient alors la population akkadienne s’accroître si bien, qu'elle devient vers le XXIVe siècle, majoritaire. A partir de cette période, les sources prouvent qu'un grand nombre d'Akkadiens disputèrent les postes administratifs, militaires et même politiques aux sumériens « de souche ». La tendance s'étant renversée, la population sémitique commence à se révolter jusqu'en 2340 où un Akkadien du nom de Sargon, pourtant né à Kish, en plein pays de Sumer, réussit à réunir toutes les factions sémitiques et renverse les anciennes royautés sumériennes au profit du premier grand empire connu au monde sous l'égide d 'un seul homme. Il remporte 34 batailles décisives et transfère le pouvoir au sein du pays d'Akkad dans sa capitale Agadé. Pour la première fois, le pays de Sumer devint dépendant et sa culture assimilée.

Les rois d'Akkad ne garderont pourtant le pouvoir qu'un grand siècle environ pendant lequel ils transforment profondément la fonction royale qui s'en trouve renforcée et divinisée. Les Sumériens ne sont donc pas encore mort ! Ils contribuent à la chute de l'empire d'Akkad par des révoltes incessantes contre leurs nouveaux maîtres et reprennent peu à peu les rennes du pouvoir comme à Lagash avec le roi architecte Gudéa. Débute alors une véritable renaissance sumérienne avec de grands rois comme Shulgi et Ur-Nammu qui font d'Ur la nouvelle grande capitale du monde Mésopotamien. On appel cette période la IIIe dynastie d'Ur.

La fin de cette dynastie est difficilement explicable mais elle marque la chute définitive de Sumer qui va, dès lors, inexorablement sombrer dans les profondeurs de l'Histoire. Trois raisons – à mon sens – peuvent éclaircir le mystère de la fin des Sumériens. La première est la bureaucratie. En un siècle, la bureaucratie sumérienne est utilisée à l'extrême noyant l’administration dans la rédaction de rapports en tous genres et qui, à la fin, fait « exploser l'état ». De très nombreuses tablettes cunéiformes administratives ont été découvertes durant cette période. A titre d’exemple : on découvrit les rapports transcrits de la mort de plusieurs moutons d'un même élevage dans plusieurs villes du royaume ! Trop d'administration semble avoir tué l'état. La seconde raison est de nouveau liée à l'immigration. Un nouveau peuple sémitique, les Amorrites, déferle sur la Mésopotamie et devient à son tour majoritaire. Enfin, la dernière raison est probablement liée à l'appauvrissement du sol suite à plusieurs millénaires d’exploitation. Les remontées de sels, du fait de l'irrigation des champs, a stérilisé les sols. Les archives sumériennes – qui pour le coup sont d'une importance cruciale – constatent la progressive chute des récoltes.

A partir de 2004 av. notre ère, les mésopotamiens pleurent Sumer et son long déclin. Pourtant commence une nouvelle ère que Babylone, Assur ou encore Ninive éclaireront durant les deux prochains millénaires. Sumer devient vite une légende dont on parle avec nostalgie comme une période d'âge d'or (un peu comme Homère rappelant les temps d’Ulysse et d'Achille, les mésopotamiens auront le mythe de Gilgamesh). La langue sumérienne perdura dans les sciences et la culture, comme le furent le latin et le grec au Moyen Age et à la Renaissance, avant de disparaître définitivement dans les sables du désert irakien aux premières heures de la chrétienté.            

vendredi 13 janvier 2012

Nabta Playa, le premier calendrier

La préhistoire regorge d'inventions fascinantes qui ont fait de nos ancêtres des hommes à part entière : des homo sapiens, des hommes savants. L'actualité archéologique et les études sur les populations préhistoriques connaissent chaque année de grands rebondissements et des découvertes qui ont su faire évoluer notre perception de ces âges obscurs où, malheureusement, l'homme n'écrivait pas. La première préoccupation de ces êtres en âge de comprendre l'univers qui les entourait fut de domestiquer le temps ; chose primordiale lorsque l'on est nomade. Aussi, grâce à des milliers d'années d'expériences et d'observations, nos ancêtres savaient se fier aux étoiles, à la lune et au soleil. Cela leur permettait d'anticiper l'arrivée des bonnes et des mauvaises saisons, la pousse de telles ou telles graminées sauvages ou bien encore le déplacement des troupeaux vers des régions plus accueillantes. Mais il y a un tournant à tout : l'homme décida un jour de poser ses bagages ! C'est ainsi, qu'aux alentours des XIe – Ve millénaires, parallèlement à la sédentarisation et à la domestication des plantes – autrement dit l'agriculture – les hommes ont inventé sans doute l’outil le plus primordial à son développement – après le feu – à savoir le calendrier.

De quand date le premier calendrier ? L'archéologie semble avoir trouvée la réponse en plein désert, à l'extrême sud de l’Égypte, à l'ouest d'Abou Simbel, sur le site de Nabta Playa. Là-bas, le sable et la chaleur a remplacé la quiétude d'un climat plus tempéré où vivaient des hommes et des femmes il y a plus de 8000 ans. Les archéologues ont découvert des traces d'une occupation qui s'échelonnerait entre le Xe millénaire et 2500 av. notre ère. Le fait le plus remarquable, outre les tessons de poteries et les traces d'une agriculture balbutiante, a été la mise au jour du plus ancien calendrier du monde connu. La datation n'est pas révélatrice de son temps d'utilisation car le carbone 14 prévoit une marge d'erreur de plusieurs siècles ! Il daterait donc des environs du Ve millénaire, soit 1000 ou 2000 ans plus anciens que le très célèbre Stonehenge. Les archéologues l'ont retrouvé intact, tel qu'il avait été laissé (abandonné?) six ou sept millénaires plus tard ! Celui-ci se compose en un cercle de petites pierres – très rudimentaires - de 4 mètres de diamètre et un axe délimité par deux « portes » qui montraient le lever du soleil au solstice d'été pendant cette période. L’intérêt pour ce solstice était primordiale pour les habitants puisqu'il marquait le début des pluies et rythmait ainsi les récoltes.

La découverte de multiples tumulus abritant des restes humains et animales ainsi que des mégalithes tendraient à formuler l'hypothèse que Nabta Playa a été un lieu de rencontres et de cérémonies religieuses qui se serait progressivement sédentarisé (lieu de passage?). Une étude approfondie pourrait, pourquoi pas, démontrer que des « centres religieux » fleurissaient ainsi dans tout le Proche et Moyen-Orient pendant le néolithique comme à Göbekli Tepe en Anatolie. Malheureusement, la mauvaise – pour ne pas dire l'absence totale – de politique de conservation du site pendant plus de vingt ans ont dégradé à jamais Nabta Playa.

Les archéologues ont pendant longtemps mis en avant l'invention de l'agriculture comme étant la base même de la civilisation en oubliant trop souvent cet organigramme qu'est le calendrier. Il permit aux hommes d'anticiper les récoltes, l'arrivée ou le départ des animaux et surtout il a structuré la vie quotidienne. Plus tard, Sumériens et Égyptiens bâtiront la base de leurs fabuleuses civilisations sur un calendrier moderne. En effet, ils divisèrent le temps en secondes, minutes, mois et années permettant ainsi de mener des politiques agricoles, administratives, diplomatiques et guerrières structurées... en avance sur le temps !    

Aparté : Le site de Nabta Playa doit sa renommée aux ufologues et aux théoriciens des « anciens astronautes » qui ont beaucoup écrit sur le fameux calendrier. Une de leurs thèses consiste à démontrer que nos ancêtres doivent leur connaissance à une intervention extérieure plus qu'à leurs observations et leurs expériences.

mercredi 11 janvier 2012

Babylone, cité éternelle


La resplendissante cité de Babylone ! Votre imagination prend le dessus : de loin, tel un bédouin ou un commerçant avec votre caravane ou encore comme un simple visiteur, vous ne voyez de la cité qu’une masse uniforme et imposante, carrée ou rectangulaire qui émerge des palmerais qui entourent la cité et dont le point culminant reste cette tour « de Babel » qui au centre de la métropole tutoie le ciel. A l'intérieur, cela grouille de monde. Des centaines de nationalités et de cultures circulent dans un désordre indescriptible à travers de grandes avenues qui se croisent en angles parfaitement droits. Les bâtiments à plusieurs étages côtoient ceux à un seul étage. Des terrasses, dominant le peuple, les femmes richement vêtues regardent amusées, la vie qui passe et repasse inlassablement dans la cité. Les marchands interpellent et négocient dans un tumulte assourdissant, lointains échos des modernes bazars orientaux. Plus loin, un palais est accolé à des jardins en terrasses: les Jardins suspendus ! Oui, Babylone est une goutte de verdure, un vrai jardin d’Eden, dans ce désert qui est repoussé par les puissantes murailles qui encerclent tout ce monde. Les couleurs sont somptueuses, le ciel est beau, les palmiers recouvrent le sol d’une ombre bienveillante, tout le monde rit et s’amuse dans une Babylone que notre inconscient voudrait fabuleuse et parfaite.

Voilà la Babylone que j'ai longtemps fantasmé dans mon inconscient !

Pourtant, Babylone ne fut jamais cette «réalité» et ce fantasme tant désiré. Elle fut idéalisée au point de devenir, au cours des siècles et même des millénaires, LE modèle architectural, politique, culturel et liturgique de toute cité voulant atteindre cette superbia (orgueil, superbe). La ville que nous ont laissé nos lointains ancêtres, inventeurs de la civilisation, n'a pourtant plus rien de grandiose : du sable et des tanks !

La conception architecturale de Babylone vient de celle du dernier grand bâtisseur de la cité, le grand Nabuchodonosor II, qui au VIe siècle av. notre ère, laissa derrière lui une ville redoutée et attirante. Certains juifs déportés la considéreront comme une nouvelle Jérusalem la décrivant dans l'Ancien Testament – rédigé en partie à Babylone – comme « une coupe d'or dans les mains de Yahvé ». Les décors, tels que ceux de la porte d’Ishtar, tout de bleu lapis-lazuli, aujourd’hui reconstitués à Berlin, pénètrent très profondément dans notre mémoire collective. Les auteurs bibliques, et bien évidemment Hérodote qui fit une description – exagérée – de la cité, inspirèrent et inspirent toujours les architectes, les historiens et les archéologues à la recherche d’une image réelle et non caricaturale pour décrire la ville deux fois millénaire. Car le mal est là. Nous n’avons presque rien ! Quelques traces à peine qui furent à jamais recouvertes par un Saddam Hussein qui, en faisant reconstruire une Babylone « neuve » et inachevée sur les lieux même du site archéologique, était plus soucieux de servir sa propre image que de prolonger le mythe babylonien. Les Américains qui envahirent l’Irak en 2003 s’installèrent aussi sur le site, détruisant les quelques restes jusqu’alors conservés et protégés par le sable, en roulant inlassablement avec leurs voitures et leurs chars sur un terrain fragile.

Malgré l'image négative qu'elle véhicule, notamment du fait de le Bible, Babylone fut un modèle de gouvernement, de culture et de conception architecturale et décorative pour de grandes capitales qui auraient à rayonner sur le monde. Les archives royales égyptiennes d'Amarna, capitale du pharaon Akhenaton, ont démontré que la langue diplomatique du Proche-Orient a été pendant des siècles le babylonien. A Suse, capitale administrative des perses achéménides, les Grands Rois décorèrent les palais à partir de briques colorées de types babyloniennes (visibles au Louvre). Plus tard, Séleucie, Ctésiphon et Samarra, construisirent leur cité sur le modèle architectural babylonien. Bagdad, capitale abbasside, rayonna tellement sur le Proche et Moyen-Orient au Moyen Age qu’elle fut comparée – parfois même assimilée – à la Babylone antique par les différents voyageurs. Il est vrai qu’en ce temps là, la vraie Babylone n’était plus qu’une grosse colline de sable sur lequel ces « touristes » et autres aventuriers passaient sans savoir qu’ils marchaient alors sur une des cités les plus remarquables et les plus fascinantes de l’histoire de l’humanité.

Ce fut ensuite pendant la Renaissance, au moment de la redécouverte des savoirs antiques qui bénéficiaient de l’invention cruciale de l’imprimerie (permettant une meilleure diffusion des savoirs), que la cité fut la plus fantasmée. Rome ou encore Florence se construisaient une nouvelle identité européenne et une hégémonie culturelle dont l'art et l’architecture allaient devenir le fer de lance. Babylone fut donc, à l’instar d’Athènes et de Rome, une des cités modèles. Stigmatisée pour sa richesse légendaire, Babylone devint l'exemple à imiter... ou pas ! Luther, le réformateur, compara la Rome papale du XVIe siècle à « la putain de Babylone » qui apparaît dans les récits de l'Apocalypse. Et aujourd’hui encore, bien que parfois détestée pour le stupre et la luxure qu’elle évoque, Babylone ne laisse pas indifférente. Elle restera à jamais dans les mémoires comme une des plus – sinon la plus – importantes réalisations de l'homme et ce malgré son destin fatal qu’elle a subi au IIe siècle ap. j.c, aux premières heures de l'ère chrétienne, lorsque, abandonnée, elle retourna à la terre, rejoignant les grandes capitales sumériennes – Ur, Uruk, Lagash, Girsu, Kish, Nippur - qui l’avaient précédée et dont elle avait également su s’inspirer pour devenir le centre du monde antique.

vendredi 6 janvier 2012

Louis XIV s'amuse: la cour découvre Versailles


Le château de Versailles est le lieu le plus représentatif du faste de la royauté à la française. D'ailleurs, les amateurs d'histoire et de patrimoine du monde entier si pressent chaque année par centaine de milliers. Inlassablement, bravant le froid l'hiver, la chaleur l'été, ils attendent patiemment leur tour pour visiter là où la politique et la vie de la cour des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles se sont succédées. Versailles a traversé la royauté, la Révolution, l'Empire et la République avec fracas restant un symbole de force et de pouvoir encore aujourd'hui. Pourtant, si nous – enfin, la majorité des gens – restons époustouflé par tant de luxe et de raffinement, les premières années furent rudes pour ses nouveaux locataires. Je vais essayer de vous retracer, avec humour mais assez de réalisme – je l'espère – les premiers pas de cette cour balbutiante à quelques kilomètres de Paris.

La cour s’est enfin trouvée un lieu de résidence. Après des déplacements incessants entre le Louvre, les Tuileries ou Saint Germain, le roi Louis XIV annonce en 1677 que désormais Versailles, cet ancien pavillon de chasse de son père Louis XIII, qu’il fait agrandir par des chantiers ruineux pour le royaume, deviendra la nouvelle capitale de la France. Stupeur ! Des siècles d'habitudes à changer ! De plus, Versailles, c'est la campagne, un lieu de marécage propice aux puces et aux maladies. Cependant, la cour, soumise aux caprices de ce souverain si charismatique, ne peut que se taire, acquiescer et suivre docilement le roi qui pose les « manettes » de la France définitivement à Versailles en 1682. Louis XIV a alors 44 ans.

Imaginons le désarrois de tous ces nobles lorsqu’on leur présente leur nouveau lieu de résidence : rien n’est prêt ! La cour s’installe dans un chantier. Les logements pouvant accueillir les grands du royaume ne sont pas à moitié terminés. Alors, on dort entassé dans des dortoirs de fortune mal chauffés où règnent la promiscuité et surtout la saleté – sport national durant cette période. Regardez tous ces nobles en quête d’une faveur royale – même un simple sourire, s’il plaît à sa majesté – traverser en tenue de « scène » au milieu des échafaudages et des ouvriers courant ça et là, les bras empotés de quelques matériaux ou outillages. On se plaint ! Les vêtements et les perruques sont pleins d’une poussière blanche et grise issue du travail du marbre que le roi et ses architectes, Le Vau puis Mansart, se plaisent à recouvrir tout l’intérieur et l’extérieur du château. Les hommes et les femmes éternuent, font des malaises, glissent et tombent. Voilà de quoi réjouir le roi qui est au spectacle toute la journée.

De pavillon, le « château » comme on le nomme, devient un palais où les gens se perdent. En effet, si le disgracieux pavillon n’avait pas l’avantage d’être grand, il n’avait pas l’inconvénient d’être un immense labyrinthe. Le Louvre, demeure royale pendant des siècles, était connu de tous. Les nobles amoureux n’avaient aucune peine à dénicher quelques lieux propices pour battre le velours en toute discrétion. A Versailles, tout change. On s’interpelle entre gens bien nés : « Où sommes-nous ? ». On s’exaspère : « Ne sommes-nous pas déjà passés par là ? ». On se rabaisse à demander aux ouvriers qui répondent goguenard : « ‘pouvez pas passer par l’escalier, pas stable, Messeigneurs ».

Le roi, lui, s’amuse. Voir cette cour qu’il méprise tant, depuis l'épisode traumatisant de la Fronde où il était encore bien jeune, se perdre dans les couloirs et autres pièces, passant et repassant, ajoutant de nouvelles couches de poussière sur leurs tenues hors de prix, lui apporte une telle satisfaction que, lorsque tout ce monde connaîtra enfin son nouveau lieu d’habitation, il accentuera la pression en imposant une étiquette – règle de vie de cour – encore plus lourde. Comme un exemple révélateur du mépris royal, il sera désormais impossible de tourner le dos au roi ou même à une de ses représentations. Le bon Louis se plaît dès lors, à orner ses salons de peintures et autres sculptures le représentant, obligeant les courtisans à se déplacer de coté, « en crabe », pour ne pas faire injure à l'image de leur roi adoré. Gare à la moindre incartade, les valets, présents à chaque porte, veillent et - les vilains - rapportent tout au bon Alexandre Bontemps, fidèle premier valet de sa majesté ! Le roi sait tout !

Versailles n’est pas qu’un lieu d’apparat où on essaye de se distinguer ou de séduire – pour la gente féminine – le roi. C’est également une prison dorée. Car si les grands seigneurs vivent des revenus de leurs domaines, c’est bien à Versailles qu’ils doivent à présent vivre et dépenser leur argent. Tout leur argent ! Car il est bon de dépenser devant le roi. Et lorsque l’on joue avec lui, il faut « s’écraser » et perdre… le plus possible. Pourquoi ? Et bien, tout dépend de ce roi, grand potentat occidental aux pouvoirs absolus qui fait et défait les vies. Un mot réussi et vous obtenez une pension. Un regard malsain et c’est la disgrâce. C’est un monde impitoyable et beau … c’est Versailles !

mercredi 4 janvier 2012

Ulysse S. Grant : du général de l'Union au Président des Etats-Unis

Durant l’été 1865, Andrew Johnson succède à Abraham Lincoln à la présidence. Ulysse Grant demeure le général en chef des troupes de l’Union, qui occupent encore le Sud. Il reste persuadé que l’Union renaîtra de ses cendres. Il s’installe sur ses terres du Missouri, où il élève des chevaux. Il reçoit de nombreux cadeaux, tant de civils que de militaires.
Sous la présidence Johnson, des villes, telles que Memphis ou la Nouvelle Orléans, connaissent des émeutes raciales. Des bandes armées composées de Blancs, dont la plus connue et la plus importante demeure le Kux Kux Klan, pourchassent et mettent à mort les Noirs. Elles se conçoivent comme des mouvements de résistance qui lutte contre les transformations imposées par le Nord. Grant désapprouve les actions du président, qui n’est guère préoccupé par la situation des anciens esclaves. Seulement étant donné que Johnson est son supérieur hiérarchique, il ne laisse rien transparaître de ses opinions en public.
En mai 1868, les Républicains souhaitent que Grant se présente aux prochaines élections présidentielles. Il apparaît comme le seul homme capable de sauvegarder l’Union. Grant hésite. Il adore l’action et occuper des fonctions importantes. Néanmoins, il déteste les combines politiques, la presse et n’apprécie guère qu’on parle de lui. De plus, il craint d’être trop éloigné de sa famille. La question de l’argent se pose également. Tant qu’il reste dans l’armée, il touche une pension. Après une longue réflexion, il accepte, estimant qu’il ne faut pas perdre ce qui a été durement gagné par la guerre.
Au travers de son slogan « Faisons la paix », Grant appelle à la réconciliation nationale, non seulement entre le Nord et le Sud, mais aussi entre Blancs et Noirs. Il est élu face au démocrate Horatio Seymour à une courte majorité, les Noirs ayant voté pour la première fois. A sa femme demandant des nouvelles du résultat, il répond : « je crains bien d’avoir été élu ».

De retour à Washington, Grant prend ses fonctions à la Maison Blanche en mars 1869. Il entend se tenir au dessus des partis politiques. Il compose son gouvernement sans s’entretenir, ni avec ses collaborateurs, ni avec le Congrès et nomme Sherman comme chef d’Etat-major. Il agit toujours comme un général donnant ses directives. Ce geste froisse l’opinion et le monde politique. Le sénateur républicain Henri Adams constate qu’un « grand soldat ne peut être qu’un bébé en politique». Le sénateur est l’un de ses détracteurs et fondateur du parti républicain libéral qui s’oppose à Grant.

Grant et son équipe doivent faire face à trois dossiers importants, à savoir la question de la reconstruction et de la réintégration du Sud, l’extension territoriale à l’Ouest et les mutations économiques et sociales engendrées par la Révolution Industrielle.
Les Sudistes terrorisent les Noirs pour les dissuader d’utiliser leurs droits civiques. Grant cherche une solution pour protéger les Noirs sans avoir à recourir à la forcé armée, de peur de rallumer la guerre civile. Il conçoit d’annexer Saint Domingue pour en faire un nouvel Etat américain, dans lequel les Noirs pourraient se réfugier. Les Blancs seraient contraint d’améliorer les choses, s’ils ne veulent pas voir disparaître la main d’œuvre employée. Ce projet est rejeté par l’ensemble du Congrès. Les Démocrates refuse de voir un Etat peuplé uniquement de Noirs rejoindre les Etats-Unis. De leur côté, les Républicains refusent de prendre un territoire appartenant déjà à un autre Etat. En mai 1871, Grant menace d’employer la force pour protéger les citoyens. Soutenu par le Congrès, il lance des raids militaires contre le Kux Kux Klan. Tous les chefs sont arrêtés et jugés, mettant fin à ses exactions pour un demi siècle. L’opération est applaudie dans le Nord, mais huée dans le Sud.
La conquête de l’Ouest s’accompagne de la construction du chemin de fer. Les lignes reliant les côtes atlantiques et pacifiques traversent les territoires indiens. Grant envisage des accords avec ces derniers. Ils souhaitent les intégrer aux Etats-Unis en leur enseignant l’anglais, l’agriculture et l’élevage. Des réserves sont construites.
Grant fréquente les chefs d’entreprise lors des réceptions mondaines organisées par sa femme. Ces hommes nouveaux le fascinent. Ceux ci dirigent un nombre d’hommes et de machines important et parviennent à s’enrichir. Grant se remémore les énormes difficultés financières de son passé. En 1869, il se lie d’amitié avec deux industriels James Fisk et Jay Gould. Les deux hommes achètent le plus d’or possible et convainquent le président d’en faire de même. Les cours s’enflamment. La Bourse s’effondre en ce jour, qui restera dans les mémoires comme le « vendredi noir ». Le président est accusé de malversations financières. L’opinion publique refuse de croire que Grant soit le complice des spéculateurs. Il est trop franc et trop honnête pour ce genre de machination. Il apparaît clairement, qu’il s’est fait berné. Il est désormais surnommé Grant le niais.

Agé de 47 ans, Grant abandonne la chevauchée pour les buggies. Toujours féru de vitesse, un policier noir l’arrête un soir pour excès de vitesse. Le président insiste pour payer les vingt dollars d’amende, avant de regagner la Maison Blanche à pied, sa voiture lui ayant été confisquée.


Grant est réélu en 1873. Ce deuxième mandat est très difficile et épuisant. En effet, le pays traverse une crise économique. De nombreuses entreprises ferment. Rapidement, un million de chômeurs sont recensés, dans une époque ne connaissant ni fond de garantie, ni protection sociale. Par ailleurs, des ligues anti-raciales continuent de sévir dans le Sud. Cette fois, les Noirs s’organisent en milice armée et répondent à leurs agresseurs. De véritables guerres civiles éclatent dans le Mississippi et en Californie. Grant est meurtri par cette situation. A ses yeux, les Noirs sont des citoyens à part entière, qui possèdent les mêmes droits et devoirs. L’opinion publique, subissant la crise économique, se désintéresse de la question noire et ne soutient plus le président dans ses actions. Pour la première fois de sa vie, Grant bat en retraite et refuse d’employer l’armée, afin de protéger les Noirs. Il laisse le soin aux gouverneurs des Etats de trouver les solutions pour ramener le calme. Dans l’immédiat, cette décision apaise les tensions entre le Nord et le Sud et renforce l’Union. Néanmoins, elle favorise à long terme la mise en place des politiques ségrégationnistes. Enfin, sa politique d’intégration indienne est remise en cause suite au massacre de Little Big Horn.
Son mandat est également entaché de scandales politico-financiers. Grant et ses ministres sont souvent impliqués dans des affaires de corruption et d’abus de biens sociaux, à tel point qu’un néologisme est crée à partir du nom du président. Le grantisme sert à désigner le phénomène de corruption d’un gouvernement.
A la fin de son mandant en 1876, Grant s’adresse une dernière fois au Congrès. Il reconnaît avoir commis des erreurs, d’avoir manqué d’expérience et de ne pas avoir été un président exemplaire. Ce discours entaché de franchise et d’honnêteté remonte sa côte de popularité auprès des sénateurs.


Grant se retrouve seul avec sa femme. Ses enfants ont grandi et quitté la demeure familiale. Frédéric est devenu officier dans l’armée. Ulysse Junior a fait son droit et travaille dans le monde de la finance et son troisième fils poursuit des études d’ingénieur. Sa fille, Nellie, s’est mariée à un lord anglais nommé Charles Sartoris. Elle est partie vivre à Londres au grand désespoir de son père. Le couple réfléchit à son avenir. Julia est triste de quitter la Maison Blanche. « Nous sommes des enfants de la rue », ne cesse-t-elle de répéter. La famille possède des revenus importants tirés de l’extraction d’or de la concession dans le Nevada. Ils décident de faire le tour du monde en commençant par la Grande Bretagne, afin de revoir Nelly. Arrivé à Liverpool, le couple Grant est étonné de la foule amassée sur le port et qui les acclame. Grant est une figure internationale. A l’étranger, il est le vainqueur de la guerre de Sécession, le président des Etats-Unis et l’homme qui a abolit l’esclavage. Après avoir soupé avec la reine Victoria, ils reprennent leur voyage. Ce dernier dure deux ans. Le couple parcourt l’Europe, le Moyen Orient et l’Asie.
De retour aux Etats-Unis, le couple s’installe à New York. Grant n’a plus ni travail, ni argent, le filon d’or s’étant épuisé. Il accepte que des amis industriels lui payent un logement et renflouent son compte bancaire. Désirant les rembourser, il s’associe avec son fils Ulysse et Ferdinand Ward pour monter une société de courtage. Grant ne s’intéresse pas à ce travail. Il voit juste que l’argent rentre. En 1884, Grant vit de nouveau dans l’aisance et rembourse ses amis industriels. Au mois de mai, Ward disparaît subitement. Grant et Ulysse découvrent, non seulement, que le compte de la société est vide, mais qu’il est débiteur de 150.000 dollars. Ward truquait les comptes, manipulait les actionnaires et les marchés pour s’enrichir et vivait avec l’argent de la société, sans investir dans celle-ci. Ward est finalement arrêté et condamné à dix ans de prison pour escroquerie. Grant revend ses écuries, tous les objets ramenés de son voyage au tour du monde et liés à sa carrière militaire. Il parvient à rembourser toutes ses dettes, mais il ne lui reste que 180 dollars pour vivre et retourne vivre à Callena. Avec son ami Mark Twain, il rédige ses mémoires pour les vendre et permettrent à sa famille de vivre.
Grant est pris d’un terrible mal de gorge. Son médecin diagnostique un cancer de la gorge. Petit à petit, il ne peut plus parler et éprouve des difficultés à respirer. Il s’éteint le 23 juillet 1885 à l’âge de 63 ans.


Ulysse Grant est l’une des personnalités les plus populaires aux Etats-Unis. Il demeure le grand vainqueur et le héros de la Guerre de Sécession, celui qui a su mettre fin au conflit, l’homme dont avait besoin Lincoln pour préserver l’Union. Outre ses exploits militaires, c’est son parcours, qui Grant rend tant apprécié auprès de ses contemporains. Il représente le mode de vie américain par excellence. Grant a tout connu dans sa vie. D’origine modeste, il s’est construit seul pour accéder aux plus hautes responsabilité du pays. Il a également connu la misère, la dépression, l’alcoolisme et ce, à plusieurs reprises. Une vie spectaculaire, qui ne semble être possible qu’aux Etats-Unis.