mardi 28 février 2012

Au soleil d'Austerlitz, l'Europe devient française


Austerlitz est la plus célèbre et la plus grande bataille de Napoléon. Elle est considérée même comme une des plus grandes batailles de l'Histoire et est, d'ailleurs, régulièrement reproduite lors de commémorations. Étrangement, les officiels Français, depuis plusieurs années, préfèrent commémorer des défaites, comme celle de Trafalgar où nos politiques ont envoyé plusieurs navires représenter la France. Ne soyons pas modeste. Ce 2 décembre 1805, Napoléon mis au pas l'Autriche et la Russie, et la France devint la plus grande puissance européenne sur terre.

« Quand j'aurai donné une leçon à l'Autriche, je reviendrai à mes projets »,

Cette déclaration est de Napoléon lorsqu'il apprend, en août 1805, que les Autrichiens s'apprête, avec l'appui des Russes, à attaquer la Bavière alliée de la France. Renonçant à l'envahissement de l'Angleterre, il fait « pirouetter » sa Grande Armée du camp de Boulogne vers l'Alsace, franchit le Rhin, fait capituler le général Mack à Ulm et fonce sur la capitale autrichienne, Vienne. Après quelques jours à Schönbrunn, Napoléon remonte vers la Moravie où se sont réunies les armées des deux empereurs alliés, François II et le tsar Alexandre Ier. Lancé en flèche dans un pays qu'il lui est hostile, Napoléon sait qu'il doit maintenant obtenir une victoire rapide et surtout éclatante. A l'image d'Alexandre le Grand qui s'arrêta près de la petite ville d'Arbelès avant son succès extraordinaire sur les Perses à Gaugamèles, Napoléon arrête ses troupes près d'un petit bourg tout autant inconnu : Austerlitz.

Le génie de l'empereur va prendre tout son sens à Austerlitz. Par d'habiles feintes, il va amener ses adversaires, bien supérieurs en nombre, sur le terrain qu'il a lui-même choisi. Pour mieux les tromper, il fait demander au tsar une suspension d'armes, évidemment refusée, et feint de reculer pris de panique. Ayant évacué le plateau de Pratzen, il compte que les Austro-Russes prendront place sur ces hauteurs et tenteront ensuite de lui couper la route de Vienne. Goguenard, les Alliés croient poursuivre l'armée française pour mieux la détruire en fuite. Le mouvement prévu par Napoléon s'effectue et celui-ci, presque étonné qu'une telle ruse ait si bien dupé ses adversaires, s'écrie au soir du 1er décembre :

« Ils donnent dans le piège ; avant demain cette armée sera à moi ! ».

L'aube venue, les ennemies, descendus du Pratzen dans la plaine que recouvre un épais brouillard, attaquent en effet la droite française, commandée par Davout. Celui-ci a ordre de résister mollement pour amoindrir la ténacité de ses adversaires croyant la partie déjà gagnée. Pendant ce temps, sur la gauche, Soult s'élance à l'assaut du plateau, dont le sommet, alors, s'inonde du soleil levant. Le marteau et l'enclume sont en place : les charges françaises sont effroyables, pendant quatre heures, les adversaires tournoient, pris à revers et sous le feu incessant des canons. Enfin, ils commencent à reculer. La garde impériale russe, jugée pourtant invincible, se laisse enfoncer. En vain, Koutousov essaie-t-il de reprendre le plateau. Ses troupes se débandent et cherchent à fuir, en contre-bas, sur des étangs gelés. Napoléon fait alors bombarder la glace qui craque sous les boulets et les hommes se noient.

Vers 16 heures, c'est la victoire ! Les soldats regardent le ciel et le soleil admiratif : le soleil d'Austerlitz ! Les deux autocrates se sont enfuis et Napoléon fait servir de l'eau de vie et va pouvoir lancer un ordre du jour fulgurant : « Soldats, je suis content de vous... ». Les Alliés ont perdu 35000 hommes alors que les Français comptent 8000 morts ou blessés. Les prisonniers s'amoncellent et Napoléon rayonne : la paix de Presbourg, qui termine la campagne, dépouille les Habsbourg de leurs possessions italiennes et de certains territoires allemands. Les Russes font la paix et reconnaissent les termes du traité.

Seuls les Anglais se réjouissent d'Austerlitz. Grâce aux mouvements Austro-Russes Napoléon n'a pu envahir l'Angleterre et Nelson, bien que tué pendant la tragique bataille de Trafalgar qui se déroulait quelques temps avant Austerlitz, a fait de la Méditerranée une mer anglaise.

jeudi 23 février 2012

Le système Law : mettre fin à la crise financière

Au début du XVIIIe siècle, la France traverse une terrible crise financière. La dette de l’Etat dépasse les 3.5 milliards de livres. Les taxes, constituant les recettes, ne compensent plus les dépenses. Le duc de Noailles, surintendant des finances, est chargé d’opérer des restrictions budgétaires. Parallèlement, Philippe d’Orléans nomme une commission d’enquête et une chambre de justice, afin de mettre de l’ordre dans la gestion des comptes publics. Les mécanismes économiques traditionnels (refonte des espèces, réduction des rentes…) ne fonctionnent guère. Certains conseillers de Philippe d’Orléans, tels le duc de Saint Simon, conseillent au régent d’annoncer la banqueroute de l’Etat. Ce dernier ne souhaitant pas réunir les Etats – généraux, se tourne vers les idées de son conseiller financier John Law.

John Law est issu d’une famille d’orfèvre d’Edimbourg. Féru de jeu, il dilapide la fortune familiale. En 1696, il tue dans un duel l’officier Edouard Wilson, pour conquérir le cœur d’Elizabeth Villiers, comtesse d’Orkney. Condamné à mort, sa peine est commuée en emprisonnement. Parvenant à s’échapper, il s’enfuit à Amsterdam, puis en Italie, avant de rejoindre Jacques III, roi d’Angleterre destitué et exilé à Saint Germain en Laye. Durant ses voyages, il côtoie les marchands, les banquiers et les maisons de jeu. Il rédige un traité, intitulé Essai sur un système numéraire. Selon lui, le commerce est source de richesse. Pour faciliter les échanges, il préconise l’utilisation massive du papier-monnaie, afin de stimuler la demande. Pour obtenir des billets, l’utilisateur dépose dans une caisse, ses espèces métalliques. Il peut les récupérer à tout moment. Ainsi, il ne se sent pas lésés et l’Etat dispose de fonds dans l’immédiat en cas de besoin.

En 1716, Philippe d’Orléans autorise John Law à créer une banque générale, rue Quicampoix, pour l’émission de billets. Le succès est immédiat. Les commerçants apprécient la souplesse du papier monnaie. Les billets sont acceptés en paiement des impôts. Deux ans plus tard, la Banque générale devient Banque d’Etat. Les billets sont dorénavant garantis par l’Etat.
Parallèlement, John Law rachète la Compagnie de la Louisiane, qu’il renomme la Compagnie d’Occident. Les actions de sa compagnie peuvent être achetées en papier monnaie. Fort de son succès, il absorbe rapidement les autres compagnies de commerce. John Law associe sa compagnie et la Banque d’Etat, et reçoit la charge de surintendant des finances. L’Etat et les actionnaires financent le développement des colonies et en perçoivent les revenus. Les institutions de Law ont désormais la mainmise sur l'ensemble du commerce extérieur et du système fiscal de la France. Les actions de la compagnie permettent de rembourser les dettes de l'État.

L’action de la Compagnie des Indes s’emballe avoisinant les 20.000 livres. Les plus gros actionnaires, issus de la haute noblesse, souhaitent échanger leurs billets contre des espèces. La confiance dans l’action diminue. Tout le monde souhaite récupérer ses billets, avant que l’action s’effondre. Law interdit aux banquiers de donner plus de 100 livres en espèces par foyer. L’action ne cesse de chuter. La révolte gronde dans les rues parisiennes. Le 17 juillet 1720, trois milles personnes s’amassent rue Quicampoix, afin d’être remboursés. La banque ne possède pas les espèces nécessaires pour échanger tous les billets et fait faillite. Durant les mois de septembre et d’octobre, le Parlement de Paris remodèle complètement la Banque d’Etat et la Compagnie des Indes, puis suspend la validité des billets. Les détenteurs reçoivent des visas, afin d’être remboursés d’ici quelques années. John Law quitte la France. Il meurt à Venise en 1729.


Au-delà du fait, que certaines personnes se soient enrichies et que d’autres aient été ruinées, le système de Law répondait à un besoin des Etats européens. En effet, à l’aube de la révolution industrielle et à une époque où l’arrivée des métaux précieux s’essouffle, ces derniers ont besoin de disposer de plus de moyens de paiement et de souplesse. La monnaie devenait rare, ce qui paralysait l’économie et la prospérité dépendante de la quantité d’or en circulation. Le papier monnaie permettait d’émettre une quantité de monnaie en fonctions des besoins économiques. Le commerce colonial s’est développé grâce à cette impulsion financière.
La faillite du système Law a détruit la confiance des Français dans les institutions de crédit et l’utilisation des billets de banque jusqu’à la Révolution. La monnaie métallique se stabilisa durablement durant tout le siècle.

source image :
John Law, peinture de Casimir Balthasar, XIXe siècle.
culture.gouv.fr

mercredi 22 février 2012

L'enlèvement de Darius III ou la fin des Achéménides


Derrière Darius, tout le continent asiatique pourrait encore se lever pour venir à son aide, car les guerriers ne manquent pas dans cette région du monde: Saces, Massagètes, Scythes, Hyrcaniens, habitants de la Transoxiane, de l'Aréie et de la Paraponisade forment des multitudes armées dont le poids suffirait à infléchir au destin. Mais ils n'y songent guère. Engourdie dans sa torpeur, l'Asie n'a pas conscience du drame qui se prépare. Darius aurait tort d'en attendre le moindre secours. L’Asie à choisi son champion : ce sera Alexandre...

Aussi, Darius a-t-il décidé de ne plus reculer et de tenir tête à Alexandre là même où il se trouve. Dans l'espoir de ranimer le courage des généraux, il leur explique la nécessité de livrer ce suprême combat. Encore un ! Mais ceux-ci n'ont plus confiance en leur souverain qui a déjà fui deux fois le champs de bataille à Issos et à Gaugamèles.

Affronter sur place les forces macédoniennes d'Alexandre serait aller au-devant d'un désastre certain, affirment-ils. Les dieux semblent de son côté. Alors mieux vaut s'enfoncer dans les terres asiatiques et lever une nouvelle armée d'hommes non démoralisés et ignorants de l'insolente réussite du conquérant. Cependant, Darius n'a plus la confiance de ses généraux et des peuples de son immense empire. Nabarzane soumet au roi une idée invraisemblable et radicale: Darius doit renoncer à la tiare! Qu'il la remette à Bessos dont le prestige n'a jamais été aussi grand et qui possède de solides alliances avec les Scythes et les Indiens. Darius entre dans une rage folle! Il bondit sur Nabarzane poignard à la main et tente de l'égorger. Celui-ci parvient à se soustraire à la justice royale et quitte aussitôt le camp emmenant avec lui son corps d'armée.

Des lors, les défections se multiplient. Dans le regard de tous ceux qui l'approchent, le Grand Roi ne lit plus que la méfiance et la trahison. Il se sent tout à coup seul, suspendu devant un vide effrayant : sa fin. Un vent froid balaie la plaine et y soulève des nuages de poussière. Leurs voiles sombres obscurcissent le soleil et c'est dans une lumière d'apocalypse que les derniers contingents de l'armée se mettent en marche vers la cité de Thara. Un silence oppressant règne dans les colonnes. La peur de l'ennemi, l'incertitude quant à la réussite du roi, l'angoisse du lendemain paralysent toutes les énergies.

L'armée s'arrête et dresse le camp. Durant la nuit, Bessos, Nabarzane et bien d'autres généraux font irruption dans la tente royale. Darius semble résigné. Les attendait-il ? Ils s'emparent du souverain, le ligotent et le portent dans son char. Leur intention est de l'emmener comme otage en Bactriane et de le livrer à Alexandre en échange d'un traité qui reconnaîtra leur suzeraineté sur les satrapies orientales. C'était mal connaître le jeune macédonien...

La nouvelle de l'enlèvement du roi se répand rapidement dans le camp, où elle sème la panique. Le roi n'est-il pas un envoyé du dieu tutélaire de la famille Achéménide Ahura Mazda? Les dernières unités se débandent. Certains soldats rejoignent même l'armée d'Alexandre. De l'orgueilleuse armée perse, dont les quelques deux cent mille hommes avaient affronté l'envahisseur à Gaugamèles en Mésopotamie, il ne reste qu'une poignée de cavaliers et un char portant un prisonnier chargé de chaînes, qui s'enfuient vers les profondeurs de l'Asie dans un tourbillon de poussière...

mardi 21 février 2012

Staline a-t-il été assassiné?


Joseph Staline ( 1878 – 1953) reste dans l'Histoire un homme à part. Géorgien de naissance, il parvient à se faire accepter dans le cercle des intimes de Lénine au moment de la Révolution d'Octobre 1917. Loin d'être un grand intellectuel comme Trotsky, il est par ses réseaux et sa volonté un homme incontournable de la politique communiste des années 20 comme secrétaire général du parti. Un poste qu'il ne quittera plus jusqu'à imposer sa dictature sur le pays et le parti jusqu'à sa mort en 1953. 


Controversé, Staline l'est indubitablement. Responsable directement ou indirectement d'au moins 20 millions de morts – ce qui le met en tête des dictateurs meurtriers devant Hitler – il est parmi les futurs vainqueurs à Yalta en 1945 alors qu'en 1939 il signe le pacte Germano-Soviétique qui marque le début de la Seconde Guerre Mondiale. Et pourtant il est adulé par de nombreux intellectuels étrangers comme Jean-Paul Sartre qui, aveuglement, distribuait le journal l'Humanité dans la rue pendant que les troupes soviétiques affamaient et assassinaient les populations civiles en Europe de l'est.

Il faudrait une encyclopédie pour raconter la vie de Staline. Intéressons-nous ici à un des épisodes qui a bouleversé l'Histoire du XXe siècle : sa mort. En effet, Staline menait une guerre idéologique ouverte avec les USA et l'Occident et sa mort marque un tournant dans cette « Guerre froide ». Ses successeurs, tout en entretenant de façade un climat de conflits avec les USA, dont la crise des missiles de Cuba aura été l'apogée, se rapprocheront des Américains afin de créer avec eux un monde « bipolarisé » sur leurs deux modèles idéologiques, économiques et sociaux : communisme contre capitalisme. Cette bipolarisation des rapports était impossible avec Staline. Sa mort en 1953 est donc une aubaine pour beaucoup de membres du parti dont Khrouchtchev qui allait prendre l'URSS en main. Paradoxe : les factions communistes à l'étranger, dont celle de la France, pleuraient un homme dont les plus proches de Staline se réjouissaient de sa disparition. La question est de savoir si sa mort n'aurait pas été un peu provoquée ?

Plusieurs récits existent sur la lente agonie de Staline. Celui-ci souffrait depuis plusieurs années d'athérosclérose et Khrouchtchev raconta dans ses mémoires que le camarade Staline avait finalement succombé à une attaque cérébrale. Pourtant, deux témoins présents au moment des faits témoignent d'une autre hypothèse, que le successeur de Staline avait tout intérêt à ne pas divulguer en cas de véracité : un empoisonnement.

La scène se passe au soir du 5 mars 1953. Staline souffre toujours autant. Plusieurs jours auparavant, les domestiques l'avaient retrouvé inconscient sur son tapis et depuis, il alternait les moments de conscience et d'inconscience. Il réunit autour de lui des fidèles : Lavrenti Beria, Gueorgui Malenkov et Viatcheslav Molotov. Staline s’assoit dans son fauteuil en geignant. La douleur est de plus en plus insupportable. Béria, inquiet veut appeler un médecin. « Etot nienada ! »(« ce n'est pas nécessaire ! ») lui rétorque alors Staline qui reprend un peu de sa contenance. Portant ses gros doigts à sa moustache blanchie par les années, le vieux dictateur regarde le plafond comme s'il pouvait voir le ciel le juger. Ce même ciel auquel il ne croit pas. Est-ce qu'il aurait deviné ? Un temps pensif, voire même mystique, Staline reprend ses esprits et demande :

  • Qui m'a donné le verre de cognac que j'ai bu sans réfléchir ?
  • Viatcheslav Mikhaïlovitch, réplique immédiatement Béria qui se souvient à présent d'avoir vu Molotov aller au buffet et donner à boire à Staline alors à moitié conscient.
  • Donne-moi ce verre, ordonne Staline, et vite ! C'est essentiel !

Le verre n'est plus là... et Molotov non plus …

Staline n'est pas étonné. Combien de fois n'a-t-il pas ordonné des exécutions de cette manière. Un sourire semble se dessiner sous sa moustache mais ses yeux sont dénués d’expression comme si la vie l'abandonnait déjà... un regard que bien des Russes ont connu pendant son règne. C'est avec un ton rempli de sagesse, presque paternel, que Staline demande à ses deux derniers collaborateurs de se rapprocher.
  • Maintenant, écoutez-moi attentivement. C'est probablement la dernière fois que je parle, à vous ou à quiconque. J'ai encore quatre heures ou deux jours à vivre. Cela dépend du poison qu'il m'a administré...
  • Comment peux-tu affirmer cela ? Questionne Béria qui ne comprend pas pourquoi, Molotov, un proche de Staline, aurait fait cela.
  • Le verre qui a disparu est une preuve suffisante, répond Staline, s'il ne m'avait pas donné de poison, il aurait laissé ce verre à sa place.

Staline mourut dans la nuit.


samedi 18 février 2012

De César à Auguste : la mort de la république romaine

« Je ne suis pas roi, je suis César », rétorque le consul à vie aux membres du Sénat. Rien n’y fait, les sénateurs profondément attachés à la République ne tolèrent plus l’homme, qui semble s’accaparer plus de pouvoirs de jour en jour et qui se prend pour un dieu. En -44, une soixantaine d’hommes menés par Marcus Brutus, fils adoptif de César, assassinent ce dernier. Cet évènement marque les soubresauts de partisans attachés au régime républicain régissant Rome depuis 500 ans. Il s’agit d’une république oligarchique dans laquelle, le pouvoir est détenu par les riches familles terriennes (les patriciens) au détriment du peuple (la plèbe), qui ne peut s’exprimer qu’à travers ses tribuns.
Si la République parvient à gouverner la ville et la péninsule italique, elle n’y parvient plus lorsqu’il s’agit de son empire, comprenant le Sud de la Gaule, une partie de l’Espagne, la Grèce et les côtes africaines.

L’expansion romaine se traduit par une crise sociale. Les conquêtes entraînent l’émergence de nouvelles élites. Les marchands s’enrichissent par l’ouverture de nouveaux marchés et l’accès à un nombre grandissant de ressources. Grâce à leur fortune, ils acquièrent des terres et accèdent aux magistratures et aux hautes fonctions. L’écart entre riches et pauvres est provoqué, également, par l’arrivée massive d’esclaves, qui concurrencent les classes populaires sur le marché du travail. Celles ni n’ont même pas accès à des lopins de terre, accaparés par les marchands et les militaires.
Afin de remédier à cette situation, le consul Caius Marius, au début du Ier siècle av. JC, crée, en autre, l’armée de métier. Les humbles combattent en échange de terres et d’une solde. A long terme, cette politique engendre des hommes tout acquis pour leur commandant. L’armée devient l’instrument de généraux ambitieux, cherchant à s’emparer des plus hautes responsabilités.

De Sylla, à Octave, en passant par César, Pompée et Marc Antoine, la République meurt à petits feux, sous les ambitions de ces hommes nouveaux, qui apparaissent comme les seuls capables de faire régner l’ordre dans l’empire et à Rome.
A partir de -27, Octave devenu Auguste, s’accapare peu à peu tous les pouvoirs, avec l’approbation du Sénat. Il est imperator, c'est-à-dire qu’il dirige les armées et a autorité sur tous les gouverneurs des provinces impériales, qui constituent la majorité des provinces de l’empire. Il gère la politique étrangère et l’administration intérieure. Considéré comme le représentant du peuple, il prend les prérogatives des tribuns sans en avoir le titre. Ainsi, il dispose du droit de veto sur toutes les actions du Sénat et peut soumettre des lois au nom des assemblées populaires, les comices. Il est également grand Pontife, chef de la religion, devenant l’autorité morale dans l’empire.
Les institutions républicaines perdurent, mais elles sont peu à peu vidées de leur substance. Les sénateurs n’ont plus de prérogatives au niveau de l’empire et se limitent aux provinces sénatoriales et à la ville de Rome. Les sénateurs sont concurrencés par la nouvelle administration impériale, dont les membres sont issus, pour la plupart de l’ordre équestre.
Auguste apparaît comme le sauveur de la République et comme le garant de l’ordre ainsi que de la paix, après plusieurs années de guerres civiles.
Durant son principat, Auguste réorganise et agrandit l’empire, modernise l’appareil administratif pour l’adapter à un si vaste territoire et instaure le culte impérial, véritable ciment de populations si différentes.

La République romaine s’est effondrée suite à son échec à contrôler un trop vaste territoire, par rapport à la cité-état initiale. Les conquêtes ont introduit des inégalités sociales et brisé le lien de confiance entre la plèbe et les patriciens. Le peuple se tourne vers d’autres élites. Ainsi, Auguste est perçu comme un sauveur, ayant ramené la paix après cinquante années de guerre civile. Le nouveau régime conserve les apparences de la République, mais le prince détient l’ensemble des pouvoirs. L’empereur permet de préserver les frontières de l’empire et d’intégrer toutes les populations y résidant.






Image :


Mosaïque représentant la louve romaine allaitant Romulus et Rémus fondateurs de Rome et le sicle SPQR signifiant Senatus Populus Que Romanus (le Sénat et le Peuple romains) devise de la République qui perdure sous l'empire.

source image : endiscoming.blogspot.com

vendredi 17 février 2012

L'origine de la présence américaine à Guantanamo


Les dernières années de conflits et de guerres que les Américains ont engagé au Moyen-Orient ont révélé au monde l'existence – pas inconnue mais méconnue – d'une base militaire américaine à Cuba, qui depuis qu'elle accueille bon nombre de prisonniers, est sans aucun doute devenue la base américaine la plus « célèbre » du monde. Cette base est Guantánamo. Après des années d'inactivités – ou d'activités secrètes - le président Bush l'a très officiellement utilisé comme prison de guerre tandis que le président Obama, s'engageant pourtant à la fermer très officiellement, poursuit néanmoins son emploi. Du côté cubain, la présence américaine est décriée, vilipendée et dénoncée comme un acte d'occupation Et pourtant cette présence est légale.

Guantánamo est la plus ancienne des bases extérieures américaines. C'est aussi la seule à posséder un bail à perpétuité de la part d'une nation communiste. Leur présence à Cuba, les Américains la payent 4085 $ par an, qui sont versés sur un compte Cubain en Suisse. Mais Fidel Castro et ses successeurs n'ont bien évidemment jamais disposé de cet argent. Encaisser les chèques disent les diplomates, reviendrait à reconnaître la validité de la présence américaine, devenue depuis, l'ennemie du régime communiste cubain et donc un envahisseur. Fidel Castro a affirmé chaque année devant les Nations Unies qu'il ne pouvait accepter ce loyer en aucun cas. Ainsi, pendant que la lourde machine administrative des Nation Unies – pilotée en partie par les États-Unis – méditent sur les questions légales, les États-Unis payent leur loyer pendant que les soldats de chaque camps se regardent et se jaugent derrière leur artillerie. Des familles s'installent, des femmes américaines, qui vivent à la base, mettent leurs enfants au monde à Cuba pendant que d'autres font leurs courses dans les supérettes ou jouent au golf. Bref, les Américains s'installent à Guantánamo avec la bénédiction de Washington.

Cette situation pour le moins incongrue a été la volonté du président William McKinley, après la guerre Hispano-américaine de 1898 qui virent les États-Unis triompher en offrant la liberté aux Cubains. McKinley esquissa alors un projet comprenant une clause permettant aux Américains de louer Guantánamo à un loyer très symbolique en tant que « base de rechargement en charbon ou base navale ». Quand le tout nouveau congrès Cubain s'irrita de cette clause et voulant la dénoncer voir l'annuler, McKinley annonça que les troupes américaines garderaient le contrôle de l'île jusqu'à ce que les politiques Cubains reviennent à de meilleurs sentiments ! Rapidement, le loyer fit l'objet d'une loi en 1903 et Cuba se trouva dans l'obligation d'accepter un loyer dérisoire de 2000 $ par an. 

Le traité fut renégocié en 1934 et, bien que le loyer fut doublé à 4000 $, la base demeurait américaine aussi longtemps que la Navy le désirait. Au cour des années 1940, quand il n'eut plus besoin de la base en tant que station de réapprovisionnement en charbon, la Navy y établit une base d’entraînement de la flotte Atlantique. Peu à peu des prisons et des installations secrètes virent le jour dans cette base où seuls les plus hauts gradés de l'armée américaine peuvent se rendre. Champs de mines et troupes de marines protègent la base tandis que le confort américain, le luxe même y rendent la vie plus agréable... alors qu'à quelques kilomètres à peine la population cubaine vie dans le dénuement le plus total.

samedi 4 février 2012

Alexandre le Grand et Diogène: une rencontre de géant


Vous connaissez mon amour inconditionnel pour Alexandre le Grand. Aussi, aujourd'hui je vais vous conter un des épisodes qui m'a toujours marqué dans la vie du Macédonien : sa rencontre avec le célèbre philosophe cynique Diogène. De son entrevue, je crois, Alexandre en a retenu une leçon de vie qu'il essaiera, avec plus ou moins de bonheur ou de réussite, de s'appliquer tout au long de sa courte vie : l'humilité.

Nous sommes en 335 avant notre ère. Alexandre n'est pas encore Alexandre le Grand et il n'a pas encore vingt-un ans. Pourtant, il est déjà craint par les Grecs... Bientôt par les Perses. En attendant, le jeune roi macédonien vient d'épater tous ceux qui doutaient encore de lui. Voilà quelques mois, son père Philippe mourrait sous les coups de couteaux de Pausanias - amant blessé - et la Grèce soumise décide alors de se révolter sous l'égide du meneur Démosthène et de la cité d'Athènes. Alexandre, fou de rage devant tant de traîtrise, fond en quelques jours avec son armée sur Thèbes et prend par surprise des Grecs désorganisés. En posant sa tente devant la ville et en l’assiégeant, Alexandre montre une velléité jamais démontrée par son père jusqu'alors assez conciliant avec les Grecs. En effet, mis à part la grande bataille de Chéronnée, Philippe n'a jamais porté ses coups directement sur une cité grecque emblématique. L'armée macédonienne prend Thèbes et la détruit entièrement. Le carnage fut si terrible, qu'Alexandre pensera toute sa vie à se prémunir contre le courroux du dieu Dionysos, grand investigateur de la fondation de Thèbes, qu'il ne manquera jamais d’honorer par de nombreux sacrifices. Toutes les cités demandent la paix... Athènes la première ! Autant dire que lorsque le roi décide de visiter la Grèce en vainqueur, toutes les cités l'accueillent et lui assurent de leur soutien sincère et indéfectible. Continuant son périple, le voilà à Corinthe, cité riche et importante au carrefour de l'Attique et du Péloponnèse. Sa visite ressemble à celle d'un chef d'état, pourtant l'histoire nous révèle un épisode demeuré célèbre au cours duquel Alexandre rencontre Diogène de Sinope, dit le cynique.

Diogène (413 - 327) fait partie de ces individus obscurs et fascinants dont regorgent les cités grecques. Il a son style : habillé d'un simple manteau et d'une canne, il arpente les rues apostrophant les passants qui pour certains le rejettent violemment, d'autres écoutent ses propos avec intérêt ou moquerie. Reconnaissable entre toutes, la demeure de Diogène est une jarre ou un tonneau. Ces lieux d'habitations laissent à désirer pour le confort mais il semble s'y plaire et rien ne l'en délogera jamais. Mais surtout, il a sa propre façon de penser, sa propre philosophie : le cynisme. Diogène revendique un inconfort, une humilité mais surtout une désinvolture qui le rend libre et même - bien qu'il soit souvent haï pour cela - respecté. Son périple le mène de Sinope, sa ville natale, à Athènes puis enfin à Corinthe. Sa renommée « nationale » remonte jusqu'aux oreilles de l’impétueux roi macédonien qui, de passage à Corinthe, demande à le voir.

Alexandre rencontre le vieux philosophe allongé sur un banc – ou sur la pelouse selon les versions – au soleil. Diogène ne daigne pas se lever et feint de ne pas connaître son illustre visiteur. Le dialogue entre ces deux personnages est resté dans la légende d'Alexandre. S'en suivra un bref moment d'humilité - signe de la victoire de la pensée sur celle du muscle - de la part du jeune roi qui reconnaîtra la force du maître.

- « Je suis Alexandre
- Et moi Diogène, le cynique
- Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai
- Alors : ôte-toi de mon soleil
- Comment ? N'as-tu donc pas peur de moi ?
- Et alors : Qu'es-tu donc ? Un bien ou un mal ?
- Un bien évidemment !
- Qui donc, pourrait craindre le bien ? ».

Les deux hommes ne sont pas si opposés. Pendant son épopée légendaire, Alexandre, lui aussi, défrayera souvent le « bon sens » grec jusqu'à traiter ses ennemies perses, une fois vaincus, comme ses frères. De surcroît, en le traitant ainsi, Diogène donne une leçon de vie : roi n'est qu'une façade et seul compte l'homme qui par défaut brille moins qu'un astre de lumière, bien qu'auréolé de gloire ! Enfin, Alexandre a du se sentir honorer d'un tel échange. Connaissant le caractère du vieux maître, s'il n'avait pas voulu, il n'aurait même pas daigné lui adresser la moindre parole. N’imaginons pas les officiels de la cité qui devaient redouter pareil rencontre car après tout, encore bien jeune, Alexandre aurait pu se sentir insulter et punir Corinthe d'avoir abrité un tel individu !

Alexandre revendique lui aussi un inconfort : celui du soldat. Mais il n'en reste pas moins un roi habitué à un style de vie diamétralement opposé à celui prôné par Diogène. Il n'est pas pour autant une brute dénuée de toutes pensées philosophiques. Son maître a été Aristote et il est lui même plus intéressé par la lecture et les mots que par le jeu et le sexe. Aussi, de par sa fonction, Alexandre ne peut avoir une vie « à la Diogène » : un donneur de leçon, doué d'un esprit vif et limpide. Écrasé par son propre poids - roi, général, fils de Zeus - le macédonien semble parfois regretter une vie plus simple, proche de la nature et libérée de toutes obligations politiques ou morales. D'où son aveu final : « Si je n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène ».


jeudi 2 février 2012

La Tour Eiffel : la naissance d’une grande dame

Dans les années 1880, la IIIe République est enfin installée. Elle profite des fruits de la Révolution industrielle, synonyme de progrès technique se reflètant dans l’architecture métallique. En 1889, la France accueille l’exposition universelle, qui coïncide avec l’anniversaire du centenaire de la Révolution française. Il ne peut y avoir plus beau symbole pour cette république, qui se considère comme universelle et apportant les lumières de la civilisation au monde entier. Le gouvernement a l’idée de bâtir, pour cette occasion, un gigantesque phare devant mesurer 300 mètres, soit mille pieds de haut.

Emile Nouquier et Meurice Euchelin, deux ingénieurs travaillant pour Gustave Eiffel, dessinent une pyramide métallique au style très épuré. Ils présentent leur projet à leur patron, qui ne s’enthousiaste pas devant ces dessins. Néanmoins, ils reçoivent l’autorisation de poursuivre leur recherche. L’architecte Sauvresse rejoint les deux hommes pour améliorer le projet qui finit par plaire à Eiffel. Néanmoins, ce dernier perçoit davantage les intérêts économiques et le prestige liés à une telle construction, au moment où le président Jules Grévy signe le décret de l’exposition universelle.
En bon homme d’affaire qu’il est, Eiffel sait pertinemment qu’une bonne idée ne suffit pas. Il faut encore la vendre et faire taire la concurrence. Il se rapproche d’Edouard Locroy, ministre du commerce et commissaire général de l’exposition. Eiffel argumente sur le fait que la tour est un symbole de progrès et qu’il sera possible d’y installer une station d’observation météorologique.
Locroy éprouve une grande sympathie pour Eiffel. Il rédige le cahier des charges en pensant à son ami. Le monument souhaité doit être une tour de fer à base carrée, autant dire qu’elle correspond quasiment en tout point au projet d’Eiffel. Par ailleurs, avant même que ce projet soit adopté, Locroy bloque 1.5 millions de francs sur les 6.5 nécessaires à la construction de la tour. La question de l’emplacement du monument se pose. Certains proposent le Mont Valérien afin qu’il soit bien vu, d’autres qu’il enjambe la Seine. Finalement, l’esplanade du Champs de Mars est choisie.

En 1887, le projet d’Eiffel est choisi et Sauvresse est écarté. Le journal Le Temps publie une pétition, signée entre autre par Alexandre Dumas ou Guy de Maupassant, contre cette tour défigurant le visage de Paris. Pendant ce temps, Eiffel trouve les financements nécessaires pour débuter son chantier. Toutes les pièces sont fabriquées dans les ateliers de Levallois, puis acheminées à Paris pour y être assemblées tel un véritable jeu de construction. Jugeant les conditions de travail trop dangereuses les ouvriers sont mécontents, ce à quoi Eiffel répond : « le travail est identique à deux cents mètres qu’à cinquante mètres ». D’ailleurs, le chantier est un modèle de sécurité. On ne déplore que la mort d’un seul ouvrier. La tour est achevée dans les temps au bout de 27 mois.
Puis se pose la question du nom. Après les propositions de Tour de la Révolution et de Tour de l’Industrie, c’est finalement le nom de Tour Eiffel qui est retenu. C’est une magnifique publicité pour l’ingénieur français. Des laboratoires s’installent au sommet.

La tour Eiffel doit être démontée, car la concession n’est valable que jusqu’en 1910. Elle est renouvelée pour 70 ans. De nos jours, plus personne ne songe à détruire le monument qui symbolise Paris et la France à travers le monde.


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Futura-sciences.com