mercredi 30 mai 2012

L'étrange culte de Pélops


Il existait au temps de la Grèce classique de biens étranges cultes que l’on rendait à tel héros ou telle divinité. La Grèce, mais également l’Anatolie, regorgeaient de grands temples ou bien de petits autels dans lesquels les prêtres rendaient le culte. A Olympie, beaucoup de temples et de cérémonies religieuses parcouraient l’année et bien évidemment lors des fameux jeux. Pendant ces réjouissances, le monde antique semblait mettre en suspend les  différentes querelles qui existaient entre les différents peuples – grec, perse, égyptien – et on venait de tous les contours de la Méditerranée pour assister aux joutes olympiques des athlètes grecs. C’est dans le temple du héros Pélops que je vous emmène. Son nom vous est inconnu et pourtant il est le héros mythologique qui donna jadis son nom au Péloponnèse, célèbre île qui abritait alors la très virile cité de Sparte. Dans le Pélopion, le temple qui lui était dédié, avait lieu de biens étranges cérémonies.

Le Pélopion était l’œuvre d’Héraklès, quatrième descendant du héros, dont il traça au sol le plan du futur temple et fit le premier sacrifice. Pélops était une figure centrale de la mythologie grecque bien que moins célèbre, aujourd’hui, que son semi-divin descendant Heraklès. Fils de Tentale, lui-même fils de Zeus, Pélops fut l’amant de Poséidon qui s’était terriblement éprit de lui et remporta une célèbre course de char contre le roi Oenomaos. Cet épisode épique était toujours célébré au moment des jeux par d’autres courses. Oenomaos mourut pendant sa confrontation avec Pélops laissant sa fille Hippodamie et son royaume – situé vous l’avez deviné dans le Péloponnèse – au vainqueur.

Aussi, chaque habitant du Péloponnèse se devait de rendre hommage à Pélops mais ils devaient le faire – au moins une fois dans leur vie – d’une bien étrange manière. Le Pélopion conservait soigneusement les reliques du héros parmi lesquelles son épée et ses ossements qui reposaient à l’intérieur d’un caveau sur lequel les prêtres immolaient, le premier jour des jeux, un bélier noir. Mais la cérémonie allait plus loin et prenait parfois l’image de messe … sadique et masochique. Ecoutez donc :

Les jeunes éphèbes, c’est à dire les jeunes grecs sortis de l’âge de l’enfance (15-18 ans), et vivant dans la terre du Péloponnèse devaient sacrifier de leur personne en se faisant frapper le derrière jusqu’au sang par des prêtres affublés de fouets en lanières de bœuf ! Il fallait que le sang coule en mémoire des sacrifices que le héros avait fait pour rendre sa contrée prospère et heureuse. La scène peut se représenter ainsi : de jeunes garçons faisaient face au tombeau en le fixant ardemment. Ils étaient obligés de se dénuder et la foule, qui participait également au "spectacle", voyait alors les prêtres prendre un malin plaisir à faire souffrir la chair des éphèbes qui à chaque coup devaient citer le nom du héros. Aucun gémissement ni hurlement… seule la dévotion devait prévaloir. Les jeunes filles n’étaient pas les dernières à regarder. En effet, celles qui n’étaient pas encore mariées pouvaient se rendre aux jeux et participer aux liturgies religieuses. Elles n’étaient pas friandes d’un tel spectacle – quoique ? – mais attendaient toutes un moment rare mais ô combien symbolique. En effet, malgré la douleur, il apparaissait parfois qu’un jeune homme s’abandonnait, recouvrant de sa semence le tombeau du héros… Les jeunes filles détalaient à vive allure dans le temple d’Héra tout proche pour accomplir un vœu en faveur de leur mariage à venir car disait-on, il fallait voir dans la jouissance du rite du fouet… un heureux présage ! Je ne comprends pas trop le message si ce n’est que le mariage peut faire… mal au derrière… et que cela procurait un certain plaisir.

 ???

Il est vrai que les rites monothéistes furent par la suite bien moins sanglants, bien moins douloureux… mais étrangement moins amusant à raconter !

jeudi 24 mai 2012

Sa femme est un loup-garou!


Le XVIe siècle est une période où l'Eglise doit faire face à moult désagréments. D'abord sa scission. Catholiques et Protestants se battent dans toute l'Europe... Et l'Eglise voit apparaître des histoires de sorcières et de monstres partout. L'une d'elle raconte l'histoire d'un fameux loup-garou. Ainsi, débute cette petite histoire: Nicolas De Barioux, seigneur d'Apchon, près de Mauriac, voit venir Griffoul, un chasseur du pays qui lui a promis du gibier pour le jour-même.

- Alors? demande le gentilhomme, m'apportes-tu du lapin ou du perdreau?

Griffoul est désolé car il n'a pas tué de gibier. Mais il raconte une bien étrange histoire: sur un chemin dérobé en pleine forêt, un énorme loup s'est jeté sur lui et l'a attaqué. Courageux, l'homme a dû se défendre dans un terrible corps à corps, en étant, à « deux griffes » de se faire arracher la peau. Mais, la joute a finalement tourné à son avantage: avec son couteau de chasse il a quand même réussi à couper une patte à la bête. Celle-ci s'est alors enfuie en hurlant.

- Voici la patte, dit Griffoul fièrement.

Mais, dans sa gibecière, c'est une main de femme qu'il trouve sanguinolente, avec une bague à un doigt. Il s'horrifie et jette la main à terre. Mais s'est surtout Nicolas de Barioux qui parait le plus pétrifié à cette vue.  

- Laisse-moi cette main, dit-il, et rentre chez toi.

Le gentilhomme part alors à la recherche de sa magnifique épouse, Arline, qui est quelque part dans sa demeure. Il la retrouve assise près du feu de la grande cheminé qui trône dans la chambre seigneuriale. Elle dissimule sa main droite dans son tablier. Tandis qu'elle  pleure, lui avance en tremblant.

- Donnez-moi votre main à baiser, dit-il.

A ses mots, les pleures de la pauvre Arline redoublent. Elle consent à montrer son bras droit, sectionné au poignet et prétend s'être blessée avec un couteau.

- Voici votre main, répond son mari, avec votre bague.
- Je suis ensorcelée... finit-elle par avouer. Une fois par semaine, je me transforme en loup. Cet après-midi, c'est vrai, j'ai attaqué Griffoul et c'est lui qui a coupé ma patte. Voilà pourquoi je n'ai plus de main à ce bras...

Le cœur brisé par cette malheureuse situation, car il aimait tendrement sa femme, Nicolas de Barrioux accomplit tout de même son devoir de chrétien. Il livra Arline à l'effroyable justice de l'Eglise de cette époque qui bâcla son enquête pour mieux la condamner à mort. La louve-garou... pardon, Arline de Barioux fut brûlée à Riom le 12 juillet 1588.  


Image: enfant-garou (Kunstmuseum, Munich)

mardi 15 mai 2012

La Mecque, cité de l'idolâtrie


Lieu saint de l'Islam, la Mecque, fut d'abord une ville vouée au commerce et à l’idolâtrie. Elle n'est alors pas une ville mauvaise ou bonne. Juste un carrefour commerciale en plein désert où riches et pauvres se succèdent, marchant dans les ruelles, cherchant çà et là quelques zones d'ombres bienfaitrices. C'est là que née Mahomet, le futur prophète guerrier vers 570. Avant sa grande révélation par l'ange Gabriel (Djibril), Mahomet vit et prospère comme marchand à la Mecque. Sa femme Khadîdja lui a apporté, par son mariage, un « empire » commercial qui lui permet de prospérer. Une juste récompense pour celui qui fut orphelin à l'âge de six ans. Mahomet comme les autres habitants ont oublié depuis longtemps le passé mythique de la cité de la Mecque.

Tout commence au temps mythique de l'Ancien Testament...

Abraham, cherchant la terre promise que lui a promis Dieu, s'est arrêté là, en plein désert arabique, abandonnant son fils Ismaël sur une pierre. D’Ismaël est née les Arabes... et de la pierre... l'Islam. Quand Abraham posa l'enfant sur la pierre – les consacrant tous deux au Dieu Unique – la pierre est d'une pure blancheur. Deux mille ans plus tard, alors que Mahomet n'est pas encore prophète, la pierre est devenue noire ; noire de tous les maux et les crimes des hommes. Les bédouins, oublieux du Dieu d'Abraham, et même de son passage sur ces terres, ont fait de cette pierre l'autel de leur temple, la Kaaba (le cube) où ils sacrifient depuis plusieurs centaines de générations chameaux et autres boucs aux presque 360 divinités qui composent le panthéon arabe. Dieu du commerce, déesse de l'amour... difficile de mettre un nom sur chacun d'eux... l'Islam a tout balayé pour faire table rase du passé comme les chrétiens ont essayé de le faire – avec moins de succès – en occident.

Autour de la Kaaba, une ville s'est construite. La Mecque est la cité sainte de l'idolâtrie. D'ailleurs on y vient de partout, depuis la lointaine Perse au fleuve sacré du Nil. Nombreux sont les hébreux venus commercer. Les bédouins et autres nomades s'acheminent vers ce carrefour commercial qui voie la soie et l'encens s'étaler partout dans les rues au moment de la foire annuelle. Pendant trois mois, la ville se transforme en un immense caravansérail où grouillent marchands, acheteurs, vendeurs, prostitués... ainsi que cent mille pèlerins qui viennent demander protection et chance aux divinités arabes. C'est en touchant la Kaaba que tout doit se réaliser : un mouvement perpétué et repris par les réformateurs islamique après la grande révolution religieuse entreprise par Mahomet. La cité sainte du paganisme d'alors est capitale de la débauche et vit grassement de ses divinités et de ses tripots. Une chose que Mahomet fera détruire après la prise de la Mecque par ses armées.

Loin d'être une cité où le vice, le stupre et la luxure sont absents, la Mecque fut donc cité de tous les excès avant de devenir la capitale de l'Islam. Mahomet y a vécu, en a profité avant de la réformer.

lundi 14 mai 2012

La plus vieille chaussure au monde a 5 500 ans


Trouvée en 2008 dans une grotte de la province arménienne, entre l’Iran et la Turquie, cette chaussure était le tout dernier modèle à la mode, durant la période préhistorique du Chalcolithique. 

On ne sait qui l’a inventé. Mais, ce modèle unisexe (1) s’arrachait partout, dans toute l’Europe. Son cuir, probablement celui d’un bovidé, imperméable à la pluie et très résistant, était particulièrement apprécié. Il a amélioré le quotidien de nombreux chasseurs de gibiers (cerfs, sangliers surtout), grâce aux lacets en cuir passés à travers les œillets du mocassin permettant d’avoir un bon maintien du pied. Le rôle de la paille séchée remplissant la chaussure n’a pas bien été identifié : on ne sait si le but était de maintenir le pied au chaud ou bien de garder la forme de la chaussure quand celle-ci n’était pas utilisée. 

Jouissant d’un grand succès, ces souliers ont traversé les âges sur plusieurs milliers d’années, sans être démodé. Tout au long de cette époque, le modèle a été imité, mais jamais égalé. Ainsi, la chaussure d’Ötzi, dont on pensait jusque-là être la chaussure la plus ancienne de l’humanité, est en réalité sortie 300 ans plus tard après celle d’Arménie et reprend les mêmes principes de conception que cette dernière.



(1) Cette chaussure est de taille 37. Mais, les hommes et les femmes de l’âge du cuivre étant plus petits que nous maintenant, impossible de déterminer si cette chaussure appartenait à un homme ou une femme.

vendredi 11 mai 2012

La Renaissance : un vent nouveau souffle sur l’Europe

La Renaissance est une période faste, à l’échelle européenne, s’échelonnant du début du XVe à la fin du XVIe siècle. Le nom donné à cette période par les contemporains, traduit un réveil de l’humanité, après un Moyen-âge perçu comme obscurantiste et rétrograde.

L’Italie est le principal centre de ce phénomène. De par sa situation géographique, au cœur de la Méditerranée, elle se situe au carrefour des échanges internationaux. Elle accueille les savants, en provenance de Constantinople prise par les Ottomans en 1452, qui sont les héritiers de la culture grecque et romaine. La situation politique favorise cette émulation. La péninsule est constituée de cité-Etats indépendants. Cette liberté politique se traduit en liberté de pensée. Les élites marchandes et les princes rivalisent pour embellir leurs cités contribuant à l’innovation artistique et architecturale. Enfin, mosaïques, amphithéâtres, colonnes et bâtiments rendent visible l’héritage antique. Des courants intellectuels et artistiques s’exportent d’Italie et sont modelés par d’autres régions, telles la Flandre, l’Allemagne et la France. L’Italie réunit les conditions nécessaires, mais elle profite également de l’affaiblissement de la France et de l’Angleterre par la Guerre de Cents ans et les épidémies de peste. L’Espagne est davantage préoccupée par la Reconquista et son unification autour de la couronne de Castille.

Les intellectuels de la Renaissance s’inspirent et recherchent assidûment les originaux des écrits des auteurs antiques, afin de les débarrasser des gloses médiévales. Lorenzo Valla met au point une méthode d’authentification des textes, la philologie, par l’étude du support, de la langue et des cohérences chronologiques. Les textes touchent tous les domaines : poésie, architecture, histoire, sculpture, peinture, géographie et philosophie. Le développement de l’imprimerie par Gutenberg en 1470, permet une plus rapide et large diffusion des textes et facilitent les échanges entre intellectuels. Ces derniers ne connaissent pas de frontières puisque parlant tous le latin.

La Renaissance s’articule autour de trois axes. Celui de repenser l’Homme, celui de repenser la société et celui de repenser l’univers. Les humanistes replacent l’Homme au cœur de la réflexion. Ils cherchent à l’élever par la culture et par l’éducation et véhiculent les notions de libre arbitre et d’individualité. Cet aspect trouve sa place dans la médecine et la découverte du corps. Les dissections permettent une meilleure connaissance de l’anatomie. Ce souci de l’exactitude du physique humain trouve un écho dans la peinture et la sculpture. L’histoire et la philosophie permettent la mise en place de nouveaux concepts politiques et servent d’instruments aux prémices de constructions identitaires nationales employées au XVIe par les monarchies, notamment la France (1). Les sciences connaissent des progrès majeurs qui révolutionnent les connaissances issues du Moyen-âge. La pratique expérimentale se généralise avec des savants tels que Cardan, Kepler et Copernic. Ce dernier pose les jalons de l’héliocentrisme. Les découvertes en astronomie trouvent leur application en navigation. Les hommes de la Renaissance par le biais des Espagnols et Portugais (Magellan, Gama, Colomb) repoussent les limites du monde connu. Les Européens découvrent d’autres peuples et d’autres civilisations.

La Renaissance est une période de vaste bouillonnement intellectuel, de découvertes et d’explorations de toutes sortes et dans tous les domaines, très difficile à cerner. Cependant, il ne faut pas oublier également, que cette période est également marquée par des violences extrêmes : guerres, corruption, intolérance religieuse et développement du sentiment de supériorité de l’Européen, dans des siècles où tout semblait devenir possible.


Image :
Raphaël, L’Ecole d’Athènes, 1510
Source : cineclubdecaen.com

1 – Voir l’article sur l'identité _nationale
 

lundi 7 mai 2012

Khéphren, la statuaire du Pharaon au faucon

L’Egypte pharaonique a laissé bien des chefs d’œuvres avec son histoire qui s’étale sur plus de 3000 ans. De ces êtres mi-dieu, mi-humain, que sont les pharaons, nous connaissons les œuvres grandioses telles que les pyramides et les temples. Cependant, à quoi ressemblaient ces souverains immortels il y a plus de 5000 ans, comment se faisaient-ils représenter pour l’éternité et quelles fonctions remplissaient leurs statues ? L’art égyptien ne poursuivait pas seulement des fins esthétiques, mais remplissait avant tout des fonctions politiques et liturgiques. La statue du pharaon, placée à un endroit précis, remplaçait le corps même du souverain : elle indiquait donc la place du roi au sein de la société. Les sources écrites sont trop peu nombreuses pour que l’on puisse véritablement se faire une idée précise de la royauté en Égypte ancienne, et ainsi trancher sur la perception qu’avaient les anciens habitants de leur souverain.

Les égyptologues sont aujourd’hui partagés sur quels aspects du pharaon il faudrait insister : sur son caractère divin et sacré ou bien sur l’homme d’Etat ? Le pharaon était un intermédiaire entre les dieux et les hommes. Il avait donc un double statut : celui de roi homme sur terre, descendant d’Horus, devenant Osiris à sa mort. La question légitime serait de se demander en quoi la statuaire peut-elle nous renseigner sur la nature même de la fonction du pharaon dès le IIIe millénaire ?

La statuaire de l’Ancien Empire.
L’Ancien Empire s’étale sur une vaste période de 5OO ans entre approximativement 2670 et 2165 avant notre ère environ. Il est contemporain des Dynasties Archaïques et de l’Empire d’Akkad en Mésopotamie. Des quatre dynasties qui ont régné, on retiendra les noms de grands pharaons bâtisseurs de pyramides, avec tout en premier lieu Djoser et sa fameuse pyramide à degré construite à Saqqarah par le génial Imhotep. Puis ce fut le tour des pyramides sur le plateau de Gizeh par Snéfrou, Khéops, Khéphren et enfin Mykérinos. Outre ces chefs d’œuvres d’architectures antiques, ces rois ont laissé derrière eux un grand nombre de statues à leurs effigies. On pourrait s’accorder à dire que la statuaire royale remplissait la même fonction culturelle que la statuaire réservée aux divinités. Mais sous l’Ancien Empire, le nombre de statues royales est largement supérieur au nombre de statues représentant des dieux. Le fait que les archéologues les aient découvertes principalement dans des temples funéraires nous fait réfléchir à leur fonction : elles servaient au culte du souverain après sa mort, aussi, représentaient-elles le roi idéalisé en Osiris ou reflétaient-elles fidèlement l’effigie du roi pendant sa vie terrestre ?

Caractéristiques de la statuaire royale de l’Ancien Empire.
Certaines caractéristiques sont propres à la statuaire royale, qu’elles soient du domaine de la fabrication ou de l’esthétisme. La statuaire n’est pas l’apanage d’une période ou d’une dynastie. Des reproductions de statues sur des empreintes de sceaux et des vases en pierre datant de la Ier dynastie (entre le XXXIIe et XXXe siècle) prouvent l’existence de la production de statues royales aux origines même de la civilisation égyptienne. Divers matériaux ont servi à leur fabrication comme le cuivre et l’or (surtout pour les statues représentant des divinités), l’ivoire, le bois, l‘albâtre, mais c’est la pierre qui fut la plus utilisée comme le calcaire ou le granite. Des blocs étaient dégagés d’une carrière, dégrossis sur place avant d’être transportés à l’atelier. Là les blocs étaient d’abord taillés pour dégager les limites des futures statues. Les contours étaient ensuite précisés à l’aide de craies pour être taillés affinés. Enfin les statues étaient polies et gravées.
     -Esthétisme.
Quel que soit le matériau, un certain nombre d’attributs distinguaient l’image du roi du simple sujet. D’abord la coiffure, codifiée selon la couronne qui pouvait être de Haute et/ou de Basse Egypte, ou bien simplement parée d’une coiffe royale, le némès. Parfois, on retrouvait le cobra (uroeus) sur la coiffe et une barbe postiche.  L’habit du pharaon était fort simple. La plupart du temps on le représentait vêtu d’une robe longue ou bien portant un pagne chendjit. Enfin, on retrouvait dans ses mains ou tout près de lui les instruments de son pouvoir comme le fléau, la crosse ou encore la massue.
     -L’attitude royale.
On distingue plusieurs attitudes propres au caractère royal du souverain représenté. Debout les pieds joints ou bien la jambe gauche en avant, les bras souvent le long du corps et les poings fermés. Sa posture pouvait être aussi assise sur un trône, agenouillée présentant des offrandes dans des vases ou des pots, et enfin accroupie la main sur la bouche. Le souverain pouvait être représenté seul ou accompagné de ses reines ou de certaines divinités. La posture la plus symbolique et non dénuée d’une quelconque connotation religieuse était de représenter le pharaon en sphinx, dont le plus célèbre exemple est le sphinx de Gizeh portant les traits du pharaon Khéphren.

 -Le visage royal.
Les traits du visage ont également leurs particularités. L’archéologue Reisner a distingué deux types d’ateliers de sculpteur en étudiant les traits des visages des souverains égyptiens. Bien que sa thèse soit discutée, il n’est pas inutile de citer ces ateliers : Le premier, le « sculpteur A », est un style hérité des traditions où la sévérité des traits du visage est accentuée. Le second, le « sculpteur B » se caractérise par des traits plus jeunes, plus sensibles et plus réalistes.
L’étude de référence en ce qui concerne la statuaire royale de l’Ancien Empire étant celle du pharaon Khéphren, intéressons-nous de près au chef d’œuvre que représente cette sculpture représentant le maître de l'Égypte assis sur son trône et protégé par le dieu faucon, Horus.
                



Khéphren, un pharaon vieux de 4500 ans.
 Khéphren, quatrième pharaon de la IVe dynastie (-2625 à -2510), a régné sur l'Égypte vers -2558 à -2533. Nous ne connaissons de ce roi que ses grandes constructions et sa nombreuse statuaire. Il fut le bâtisseur de la seconde pyramide de Gizeh, de sa pyramide satellite et, toujours à Gizeh, de deux temples funéraires, l’un sur le plateau, l’autre dans la vallée. Toujours sur le plateau, Khéphren aurait fait construire le célèbre sphinx, lequel porterait les traits du visage du souverain, aujourd’hui détérioré par le temps et les guerres (son nez a été brisé par les Mamelouks au XVIe siècle de notre ère).

 Khéphren assis ou Khéphren au faucon : une merveille du monde antique.

Cette splendide statue représentant le pharaon assis a été découverte en 1860 par l’archéologue français Auguste Mariette à l’intérieur d’un puits du temple de Khéphren dans la vallée de Gizeh. Conservée au musée du Caire, elle est considérée à juste titre comme un chef d’œuvre de l’art égyptien par les égyptologues et les historiens d’art. Elle a été taillée dans un bloc de gneiss anorthositique provenant des carrières de Nubie au sud de l'Égypte. Sa hauteur atteint 1m68 ce qui pourrait signifier une représentation à l’échelle du souverain. Le gneiss anorthositique est une roche très difficile à tailler, mais qui a la particularité optique très rare de rayonner d’une couleur bleutée à la lumière du soleil.
Cette particularité devait offrir une aura divine et magique à la statue. Malheureusement cette dernière est aujourd’hui éclairée par les lumières artificielles du musée et ne reflète pas sa belle couleur bleutée.

Le roi est assis sur un trône bas dont les côtés sont décorés du sema-taouy qui est l’association du hiéroglyphe sema, signifiant « union », et le hiéroglyphe des deux terres d'Égypte, symbolisée chacune par une plante : le papyrus pour le nord et une fleur de lotus pour le sud. Le motif du trône royal rappelle que le roi est le garant de l’unité entre la Haute et la Basse Égypte.
Simplement vêtu d’un pagne chendjit finement plissé, le roi est coiffé du némès surmonté d’un cobra uroeus collé à la coiffe. Une barbe, attribut de sa fonction de pharaon, est attachée à son menton. Son bras gauche est posé sur sa cuisse et sa main à plat sur son genou. Son bras droit est lui aussi posé sur sa cuisse mais son poing droit est fermé et devait probablement tenir le mekes, rouleau de papyrus contenant le « testament des dieux », texte qui confiait le pays au roi.
Le pharaon, être qui évoque l’éternité, le pouvoir et la justice, est figé, serein et le visage bienveillant. Il mène également ses hommes à la victoire, son corps est donc athlétique. Son visage est celui d’un homme jeune dégageant une grande maturité. Bien que âgés, les pharaons, à l’image de Ramsès II, se faisaient représenter toute leur vie, jeune.

 Bien que légitimé par le trône, les inscriptions et les attributs royaux, le pharaon est accompagné par le dieu dynastique à tête de faucon, Horus, qui protège le souverain en enserrant sa nuque de ses ailes. La présence d’Horus est tout aussi symbolique que sa sculpture est harmonieuse dans la composition de cette œuvre. Le faucon ne dépasse pas la coiffure royale et ne déséquilibre pas la vision car il est impossible de le voir autrement que de profil.  

La statuaire royale de l’Ancien Empire en Égypte est une des plus riches que nous ait laissé cette brillante civilisation. La statue du pharaon remplissait des fonctions politiques et religieuses où le corps du souverain exprimait à la fois bienveillance, puissance et sagesse. Autant de qualités que l’on pourrait sans problème rapprocher de celles des dieux tous puissants. La statuaire royale voulait montrer que le pharaon était à la fois homme et dieu et qu’on lui devait respect et obéissance. La magnifique statue du pharaon Khéphren illustre à la perfection ces fonctions. On retiendra toutefois, autant que l’aspect psychologique, l’aspect esthétique de cette représentation qui impose un grand respect.  A n’en point douter, au vue des différentes statues et autres représentations que nous a laissées ce souverain, nous possédons avec cette statue une représentation, certes idéalisée, mais ressemblante de ce pharaon qui a régné il y a plus de 4500 ans.

mardi 1 mai 2012

Histoire abrégée du Cap Vert

La découverte
Le Cap-Vert est un archipel de dix îles situées au large des côtes du Sénégal. Les îles connaissent un peuplement primitif et sporadique composé tour à tour de naufragés, de commerçants récoltant du sel et de guerriers exilés du Sénégal. Cependant, aucune population ne s’est imposée de manière durable.
Depuis la chute de Constantinople, la route de la soie est peu sûre pour les convois européens. Dans ce contexte, les Portugais cherchent une route maritime pour contourner l’Afrique en vue de rejoindre l’Inde et la Chine. Entre 1450 et 1462, les navigateurs portugais, Alvise Cadamosto, Diogo Dias et Antonio Noli découvrent les îles du Cap-Vert. Ce dernier est nommé gouverneur. Il s’installe sur l’île de Santiago avec sa famille, des compatriotes, constituant ainsi un premier noyau de peuplement.

Une implantation difficile
L’implantation portugaise au Cap-Vert pose des problèmes. Les îles connaissent un climat tropical. Le régime pluviométrique est contrasté. Aux périodes de sécheresse succèdent des périodes de fortes précipitations, qui forment des torrents de boue. De plus, le régime des pluies est irrégulier. A cela s’ajoute un fort vent sec provenant du nord-est. Par conséquent, les cultures européennes ne s’adaptent pas au climat capverdien. Les colons doivent importer d’autres produits originaires d’Amérique tels que le maïs et le manioc.
Très vite, les Portugais importent de la main d’œuvre servile en provenance du Golfe de Guinée, afin de cultiver les domaines agricoles. Les Africains apparaissent plus aptes à travailler sous un tel climat, car plus habitués et plus résistants. D’ailleurs, il est hors de question pour un Portugais de cultiver lui-même sa terre. Au XVIe siècle, le Portugal dispose d’un nombre suffisant de terres disponibles pour l’ensemble de ses paysans. Ceux s’installant au Cap-Vert cherchent à s’enrichir par l’exploitation de grands domaines agricoles.
Le Cap-Vert connaît un brassage ethnique et culturel. Les Européens apportent le mode vestimentaire, l’architecture, l’urbanisme et l’administration fondée sur le droit européen. Les Africains apportent les métiers à tisser, le mode de préparation de teinture des pagnes, la porterie et certaines techniques agricoles. N’ayant pas assez de femmes, les Blancs se tournent vers les Africaines, ce qui engendre des individus métis.

La plaque tournante du commerce atlantique
Le Cap-Vert constitue une escale incontournable pour les navires poursuivant vers le Sud ou se rendant en Amérique du Sud. Ils s’approvisionnent en vivre et en eau potable. Les avancées technologiques dans le domaine des transports ne remettent pas en cause cette situation. Au XIXe siècle, les navires s’approvisionnent en charbon. De nos jours, le port de Mindelo (Porto Grande) et l’aéroport de Sal confirment cette position. Le commerce est encadré par des compagnies maritimes, soutenues par la couronne portugaise, qui se retrouvent les unes après les autres en position de monopole. Afin de générer des bénéfices, le Cap-Vert est conçu comme une agriculture d’exportation. Ainsi, les cultivateurs produisent du coton, de l’orseille (sorte de lichens utilisé pour les teintures), de la canne à sucre et de la pourghère (plante utilisé pour la conception de savon), des peaux, de l’ambre, du sel et du corail jusqu’à sa relative disparition dû à sa surexploitation par les Italiens au XIXe siècle. Les produits du commerce sont essentiellement tournés vers le Portugal et les Etats-Unis.
Les esclaves demeurent le produit le plus lucratif. Ils proviennent du Golfe de Guinée et étaient destinés aux colonies portugaises et espagnoles d’Amérique du Sud. Les Portugais pratiquent des razzias le long des côtes. Le gros des contingents d’esclaves est fourni par les chefs locaux. Il s’agissait alors de prisonniers, de criminels et d’orphelins. Au Cap-Vert, les enfants nés d’esclaves constituent une autre source d’approvisionnement.
Il existe deux types d’esclaves : le bocal et le ladinos. Le second parle le portugais, est baptisé et possède parfois de l’instruction. Ainsi, le prix d’un ladinos peut varier du double au triple par rapport à un bocal, jugé non civilisé. Les ladinos occupent parfois des fonctions domestiques, administratives et de gestion. Leur travail peut éventuellement les mener à l’affranchissement. Le Cap-Vert sert de centre de transformation des esclaves bocal en ladinos avant leur revente, afin de générer des bénéfices.

De l’esclavage à la servitude
Sous la pression du Royaume-Uni, le Portugal décide, par décret du 25 février 1869, d’abolir l’esclavage. Ce décret n’entre en vigueur qu’en 1875. L’abolition de l’esclavage est très mal perçue par les propriétaires, qui risque de perdre une main d’œuvre bon marché et abondante et vitale pour l’exploitation de leurs grands domaines.
Pour compenser cet état de fait, le gouverneur peut réquisitionner et mettre au travail tous les vagabonds de l’île. L’indigène ne peut accéder à la citoyenneté portugaise qu’à certaines conditions, ne pouvant être remplies à cause du fort taux d’analphabétisme. De plus, l’octroi de la citoyenneté est laissé au libre arbitre du gouverneur.
Le Cap-Vert reste une colonie. Les élites locales se battent pour l’acquisition d’un statut juridique semblable à celui des Açores et de Madère, considérées comme « île adjacente » et bénéficiant d’un statut juridique proche de la métropole. En 1832, le Cap-Vert obtient le statut de province. Une assemblée, composée des élites locale est créée, afin de régler les situations spécifiques au Cap-Vert.

Une économie incapable de s’adapter
Dans le système capitaliste les profits servent à améliorer les moyens de productions. Dans le système esclavagiste pour des raisons économiques autant que de prestige social, les revenus ne visent qu’à accroître les surfaces cultivables et le nombre d’esclaves. Or, ce mode d’investissement entraîne la stagnation des techniques, l’épuisement des sols et la diminution des capitaux disponibles. Ainsi jusqu’au milieu du XIXe siècle, il n’y a pas de progrès techniques dans l’agriculture. Le déboisement et la pratique du pâturage intensive favorisent l’écoulement des eaux et donc l’érosion.
La situation économique du Portugal, au XIXe siècle, ne lui permet pas d’assurer la mise en valeur de l’ensemble de ses colonies. La Couronne doit recourir à des financements étrangers, notamment britanniques, contre d’importants privilèges commerciaux, qui sont autant de revenus en moins pour le Portugal. Le Cap-Vert ne fournit pas de matière première pour les industries portugaises. Son rôle reste cantonné aux services extérieurs. Les escales nécessitent la construction d’infrastructure de stockage et d’accueil. Le port de Mindelo, faute de moyens et d’une taxation importante, est concurrencé par Dakar.
Tout l’argent disponible sert au développement des infrastructures de commerce et non à l’industrialisation. Seuls les salines et les usines de transformations des produits halieutiques constituent les secteurs industriels dominants.

Un Etat indépendant
Le premier mouvement indépendantiste au Cap-Vert date des années 1820, suite à l’indépendance du Brésil. Les avancées des statuts juridiques de l’archipel et des métis ont amenuisé les revendications. Il faut attendre les années 1950 pour voir réapparaître un mouvement d’indépendance. Le PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert) soutenu par l’URSS et dirigé par Amilcar Cabral, en sera l’instrument. Cabral œuvre pour la « réafricanisation des esprits ». Les métis, considérés comme supérieurs aux noirs par les colons, servent d’intermédiaires et sont parfaitement inclus dans le système colonial. En 1963, prenant appui sur les paysans, le PAIGC déclenche une lutte armée en Guinée Bissau, qui tourne en une véritable guerre. Au Cap-Vert, cette lutte reste politique et s’appuie sur la petite bourgeoisie. L’ONU reconnaît l’indépendance de la Guinée Bissau et condamne la violente répression opérée par le régime de Salazar. Le Portugal préfère accéder à l’indépendance du Cap-Vert devant la pression internationale. Le 5 juillet 1975 le Cap-Vert constitue un Etat indépendant.
Le nouveau gouvernement constitué par les membres du PAICV (ancien PAIGC) met en place une réforme agraire (nationalisation et redistribution des terres). Il limite les importations, afin de diminuer le déficit commercial. Placé sous l’établissement public, le commerce des denrées de première nécessité. Néanmoins, les transferts privés et l’aide extérieur permettent au Cap-Vert de se développer. De nos jours, le pays doit faire face à plusieurs enjeux : tout d’abord, continuer à renforcer l’unité du pays en travaillant sur l’identité culturelle capverdienne, ensuite, réduire les inégalités socio-économiques et développer le pays en ayant de moins en moins recours à l’étranger.


image :
maison d'agriculture dans la vallée de Paul sur l'île de Santo Antao, Cap Vert
photo de Benjamin Sacchelli