mercredi 24 octobre 2012

La France et son économie de 1945 à 2012

A partir de 1945 jusqu’en 1975, la France connaît une période de progrès économique et social que l’ingénieur Jean Fourastié qualifie de Trente Glorieuses. Durant cette période de pleine croissance, le PIB ne cesse de croître. La valeur du commerce augmente. Les innovations et les investissements favorisent les gains de productivité. Cette croissance économique sans équivalent se double de bouleversements dans la société.
En 1967, le sociologue Henri Mendras constate « la fin des paysans ». Avec le financement du Plan Marshall, la France importe de nombreux tracteurs des Etats-Unis et du Canada. La mécanisation, les opérations de remembrement et l’utilisation d’engrais permettent d’augmenter les rendements. La France devient autosuffisante et exporte une grande part de ses récoltes. A tel point que le pays devient la deuxième puissance agricole derrière les Etats-Unis. L’Etat intervient dans l’économie par la création d’un vaste secteur public touchant principalement les entreprises de l’énergie, comme par exemple EDF-GDF. Idem, pour Elf Aquitaine où l’Etat détient 40% du capital.
En 1957, le Traité de Rome, ratifié par la France et cinq autres pays, donne naissance à la Communauté Economique Européenne (CEE). Dans ce marché commun, les marchandises circulent librement. Le Tarif Extérieur Commun (TEC) favorise les échanges européens en taxant les marchandises importées de pays non membres de la CEE.
La seconde moitié du XXe siècle, voit le développement de la société de consommation. La hausse des conditions de vie et du pouvoir d’achat sont autant les causes que les conséquences de ce nouveau modèle économique. Consommer est un marqueur social. Les produits sont destinés, dans un premier temps, aux cadres. Les familles résident dans des pavillons en périphérie des villes remplis d’électroménager. Les loisirs, télévision, cinéma, musique deviennent des produits de la société de consommation avec la création des maison de disques et des boites de production. Le crédit facilité la consommation. Durant les Trente Glorieuses, 20 millions de compte bancaires sont ouverts. L’abolition du statut mineur en 1965 permet aux femmes d’ouvrir un compte et de disposer librement de leur argent. Beaucoup de femmes travaillent dans les banques, l’éducation, l’administration. Dans ces secteurs, contrairement aux usines, les salaires sont versés en chèque et non en espèce. Le paiement par chèque oblige à posséder un compte bancaire. A partir de 1972, les salaires sont versés mensuellement par virement. Les premiers guichets automatiques apparaissent à la fin des années 1960.

Le 6 octobre 1973, la troisième guerre israélo palestinienne éclate. L’Organisation des Pays Exportateur de Pétrole (OPEP) décide de réduire de 5% par mois la production de pétrole tant que les Israéliens ne battent pas en retraite. Le prix du pétrole augmente. Sur l’année 1974, le prix du baril quadruple. Le second choc pétrolier se déroule en 1979 dans le contexte de la révolution iranienne et de la guerre en Irak. En 1983, le prix du baril atteint 1700 F. Face à cette augmentation, la question de la dépendance énergétique de la France se pose. En effet, le pétrole constitue 70% de l’énergie. Ne disposant pas de ressource propre, la France importe la totalité de son pétrole. Le gouvernement prône la chasse au gaspillage et développe l’énergie nucléaire.
Dans la seconde moitié des années 1970, la part des ouvriers dans la population active baisse. Les usines françaises souffrent de la concurrence étrangère provenant d’Asie avec leurs usines plus rentables et plus modernes. De nombreuses usines n’ont pas les moyens financiers pour renouveler leur équipement. Par ailleurs, celles-ci se déplacent vers les littoraux autour des grands ports, là où arrivent les tankers chargés de pétrole. Cette littoralisation industrielle s’opère au détriment des bassins houillers du Nord et de l’Est. L’industrie change. Elle se tourne vers les technologies de pointe, où elle demeure performante face aux autres pays du globe. L’identité ouvrière, basé sur les valeurs du travail et du modèle hiérarchisé et collectif de l’usine, est remise en question. Les syndicats et le Parti communiste perdent de l’influence. Face à ce phénomène, le candidat François Mitterrand prône « d’acheter français ». Arrivé au pouvoir, les socialistes mettent en place une politique protectionniste jusqu’en 1983. La désindustrialisation s’opère en faveur du secteur tertiaire, qui compte 75% de la population active au début des années 1980. La tertiarisation est à mettre en relation avec le développement de la société de consommation et de loisirs.

En 2002, l’euro remplace les monnaies des pays adhérents à l’Union Economique et Monétaire (UEM) au sein de l’UE. Les Etats délèguent la politique monétaire (détermination des taux d’intérêt et des taux de change) à la Banque Centrale Européenne (BCE), une entité supranationale et indépendante. L’euro est une réponse à la mondialisation. La monnaie unique doit constituer un pôle de stabilité face au dollar et aux monnaies asiatiques.
En 2007, la crise des subprime éclate. Elle est causée par la faillite de deux fonds d’investissement appartenant à la banque Bear Stearnes, spécialisée dans les prêts immobiliers. Les clients ne peuvent plus rembourser leur crédit. Le 15 septembre 2008, la faillite de la banque Lehman Brothers fait chuter les cours de la bourse. Ceux-ci influencent les systèmes de production et augmente le chômage. Les Etats interviennent massivement en injectant de l’argent dans des plans de relance auprès des banques et des entreprises. Les plans ont atténué le choc de la crise, mais ont augmenté la dette des Etats. En 2010, la dette de la France s’élève à 8.5% du PIB, alors que l’UE fixe le taux à 3%.

L’économie française est intégrée dans l’économie mondiale. L’Etat ne dispose que d’une faible marge manœuvre. Aujourd’hui, il y a une remise en cause de plus en plus forte des anciens modèles : critique de la société de consommation et développement des thématiques du développement durable et de la croissance zéro.


source image : debuterenbourse.com

jeudi 18 octobre 2012

La France et son économie de 1900 à 1945

L’histoire économique vise l’étude dans le temps des faits de production, de consommation et d’échange. La France a connu au siècle dernier une double évolution quantitative et qualitative. En un siècle, la richesse de la France a sextuplé, le pouvoir d’achat quadruplé et les exportations ont été multipliées par 25. Parallèlement, la société a changé, passant de la gestion de la pénurie et d’un monde rural à une société tertiarisée, de loisir et de gestion de l’abondance.

Avant 1914, l’économie est encore essentiellement agricole. La moitié des Français sont des agriculteurs. Les travaux des champs nécessitent une main-d’œuvre abondante au vu de la faible mécanisation. Lors de la première guerre mondiale, ils constituent la majorité des soldats de l’infanterie. Le paysan défend sa terre. La guerre désorganise le monde agricole. Les décès entraînent une baisse de la main d’œuvre. Les combats ont ravagé les champs et les fermes. Les carences sont comblées par l’importation de produits agricoles des colonies, de l’empire britannique ou des Etats-Unis.
Le modèle productif français se transforme. L’organisation scientifique du travail préconisée par l’ingénieur américain Frederik Taylor s’installe dans les usines, installation favorisée par l’état de guerre et les relations favorables entre les syndicats et le ministre socialiste de l’armement Albert Thomas. Cent mille femmes travaillent dans les usines d’armement, auxquelles s’ajoutent les travailleurs immigrés africains.

L’entre deux guerres est une période d’inflation, c’est à dire une hausse des prix, des revenus et de la masse monétaire en circulation. La pénurie des biens et des services entraîne une hausse de la demande et donc des prix. La masse monétaire a été augmentée pour financer la guerre, qui est également financée par des crédits étrangers. L’inflation diminue la valeur de la monnaie. En 1926, un dollar vaut 50 francs. Les importations coûtent plus chères que les exportations.
L’économie de guerre et la reconstruction favorisent la création d’entreprises. L’Etat donne des marchés, verse des primes pour dommage de guerre. La faible valeur de la monnaie facilite l’écoulement des marchandises sur les marchés étrangers. Les entreprises s’agrandissent. Bien que le patronat demeure familial, de nouveaux personnels, ingénieurs, polytechniciens et managers pénètrent le monde industriel. Les entreprises lourdes (charbonnage, acier, chimie, électricité) dominent la production, tandis que s’accroissent les entreprises de biens de consommations courantes, dont la voiture constitue le symbole.
En octobre 1929, la bourse de New York s’effondre et avec elle les prix. Le commerce stagne entraînant une hausse des stocks et une baisse de la production. Le chômage augmente. Sans prendre en compte les femmes et les jeunes, la France compte 850.000 chômeurs en 1936.
Le prix des denrées agricoles baisse de 50 à 90%. Les agriculteurs s’endettent auprès du Crédit Agricole. Certains profitent de la situation pour racheter des terres à bas prix et s’agrandir. L’Etat intervient directement pour garantir les prix.
Elu en 1936, sur un programme de sortie de crise, le Front Populaire tente de relancer l’économie par une politique de reflation. Le gouvernement essaye d’augmenter le pouvoir d’achat pour relancer la demande. La réduction du temps de travail par la semaine de 40 heures et la création de congés payés, donne du temps aux ouvriers pour consommer et force les entreprises à embaucher. Ces décisions sont en partie prises pour satisfaire les deux millions de grévistes. La crise favorise la construction de la classe ouvrière en l’homogénéisant et en lui donnant une identité.
Les colonies sont un acteur incontournable de l’économie française. Elles comptent pour 12% des importations et 20% des exportations. L’empire colonial constitue un débouché lors de la crise, car les marchandises ne se vendent plus sur les marchés étrangers. A cette époque, le port de Marseille est le deuxième port le plus important de France, derrière le Havre, de part son accès à la Méditerranée et au Canal de Suez.

La Seconde Guerre Mondiale est une catastrophe pour l’économie française. Les zones minières et industrielles du Nord et de Lorraine sont rattachées à l’Allemagne. Le mur de l’Atlantique paralyse le commerce maritime. La ligne de démarcation est une frontière hermétique. Les conditions de l’armistice pèsent sur l’économie auxquels s’ajoutent les pillages et le départ des travailleurs français dans le cadre du Service du Travail Obligatoire. Les combats de la bataille de France et de la libération ont ravagé les campagnes et détruit des villes entières. 50.000 usines et autant d’exploitations agricoles sont rasées. Les réseaux de transport (routes, rails, ponts, câble électrique) sont anéantis.
La reconstruction apparaît comme une affaire d’Etat. Le gouvernement réquisitionne les entreprises de charbonnage, première source énergétique, avant de les nationaliser en 1946. L’activité minière est modernisée et redémarre.

Image : usine Citroën dans les années 1930
Source image : hebreux.free.fr

Saint-Clerc-sur-Epte: là où le roi a chuté... de son siège!

 
Le hasard – la réussite ? – fait parfois bien les choses. Cette brève introduction ne concerne pas un fait historique, pour une fois, mais votre dévoué petit auteur : en l’occurrence moi-même. Il y a quelques semaines je recevais un mail des éditions Scrineo pour me proposer de découvrir leur dernier ouvrage de Nicolas Eybalin intitulé : Quand les lieux racontent l’Histoire de France. J’ai immédiatement accepté et recevant ce cadeau, je me suis mis à sa lecture. J’ai avalé les premières pages qui m’ont mené de la préhistoire de la Dordogne aux Carolingiens en une bonne soirée. Là, j’ai bloqué sur un événement historique – et géographique cela va de soit – qui a eu pour conséquence de me rappeler une histoire que je connais bien : la mienne. A la page 112 nous voilà à Saint-Clair-sur-Epte. Cela m’a rappellé mes années de primaire où j’ai eu le bonheur d’écouter un maître d’école exceptionnel qui nous contait l’histoire de France tous les mardi après-midi pendant deux heures ! Au comble de la technologie de l’époque, il nous montrait l’histoire à travers des diapositives et, pendant que mes camarades dormaient sagement dans l’ambiance calfeutrée de notre salle de classe dont les rideaux tirés rappelaient à certains leur chambre lors d’une douce nuit, moi, je rêvais et je m’évadais parmi les personnages anciens et magnifiques que ce maître m’a fait découvrir.

Je crois bien avoir oublié le nom de Saint-Clair-sur-Epte pendant longtemps, enfouit dans ma mémoire, et à peine – ou si peu - ressortit de celle-ci lors de mes années de collège ou d’université (je ne parle pas du programme de lycée qui est une hérésie pour quiconque aime l’histoire). Mon nouvel ouvrage entre les mains, « j’avale » le passage sur cette ville qui rappelle bien évidemment l’événement principal, à savoir le fameux traité qui débouche à la création du duché de Normandie. Et puis soudain tout me revient en mémoire : la légende du roi renversé !

Nous sommes en 911. Les Vikings mettent à mal le royaume des Carolingiens, jadis si puissant, qui est depuis quelques décennies à bout de souffle. Bientôt une nouvelle famille va régner. D’ailleurs, l’ancêtre de cette future dynastie vient de repousser les Vikings et leur chef Rollon qui assiégeaient Paris. Son nom est Eudes et plus tard un de ses descendant règnera sous le nom de Hugues Capet (987). Mais revenons à 911. Il y a un fait avec la guerre : c’est qu’elle fatigue ! Et les hommes de Rollon sont fatigués. Voilà plusieurs années qu’ils pillent, tuent ou qu’ils sont repoussés. Partis de Norvège jeunes, certains sont devenus vieux. Blessés au combat, ils deviennent plus fragiles. D’autres encore ont trouvé une femme, ont des enfants. Ils veulent la paix et désirent s’installer dans les riches et belles terres du royaume de France. Face à eux, le roi Carolingien Charles III le simple veut également que cesse les combats. Des négociations débutent. A Rollon revient une partie du royaume au nord-ouest que l’on nommera désormais la Normandie. Le roi obtient en échange une certaine soumission de Rollon qui devient Duc de Normandie et qui doit désormais prêter allégeance. Enfin, le chef Viking s’engage à devenir chrétien. En 912, il sera d’ailleurs baptisé.

C’est lors de cette fameuse cérémonie, à Saint-Clair-sur-Epte, lors de la ratification du traité de paix et de cession des terres qu’à lieu le fameux épisode qui m’a été conté en classe. Selon l’usage, Rollon doit désormais baiser les pieds du roi assit sur son trône. Voilà bien une chose déshonorante pour un guerrier tel que lui! Après tout, sa soumission n’est pour lui qu’un paragraphe dans le traité et n’est que relative. Il considère son duché comme autonome. Toute autre conclusion n’est que rhétorique. Alors, Rollon refuse catégoriquement. Des diplomates lui font comprendre qu’il doit s’exécuter et que son obstination ne peut qu’apporter querelles et ressentiments. C’est d’accord… mais ce ne sera pas lui qui baisera les pieds du roi, mais un de ses hommes. Il se tourne vers l’un d’eux qui s’exécute sans enthousiasme. Ce dernier va vers le roi et veut que ce moment désagréable – et on veut bien le comprendre – passe le plus vite possible. Aussi, il se saisit du pied du roi… mais ne se baisse pas. On imagine sans peine la stature colossale du viking qui portant le pied du roi à sa bouche ne peut… que le renverser de son siège ! La scène se termine dans le fou-rire des convives. Je pense que pour cette fois, le roi se serait bien passé de tous ses protocoles !

La conclusion n’est pourtant pas si mauvaise pour le royaume de France qui apparaît pourtant, au travers de cet épisode, comme un perdant. C’est pourtant le contraire. La paix revient, la Normandie s’intègre parfaitement dans le royaume et les vikings oublient peu à peu leur ancienne langue et leurs origines. Ils parlent très vite le français, deviennent chrétiens et feront de la Normandie un duché prospère, riche et qui fait, aujourd’hui encore notre fierté !

Retrouvez bien d’autres aventures dans le livre de Nicolas Eybalin, Quand les lieux racontent l’Histoire de France, aux éditions Scrineo.

jeudi 11 octobre 2012

La rencontre de Philippe et d'Olympias ou la conception d'un mythe: Alexandre.

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C’est encore bien jeune, vers l’âge de 22 ans, que le fier et tout nouveau roi de Macédoine, Philippe II, prend la direction, à bord de son navire royal, de l’Ile de Samothrace, île de la mer Egée idéalement située entre les côtes Thrace, Grecque et d’Asie Mineure. Sur cette ile paradisiaque, Philippe, curieux de nature, va chercher à se faire initier aux rites des mystères des grands dieux. Les raisons qui l’ont poussé à voir sur place cette initiation sont inconnues, mais tout porte à croire que son voyage était une volonté des dieux. En effet, c’est lors d’une de ces soirées, où l’orgie est de rigueur, que le jeune Philippe va se faire envoûter par la plus belle des créatures de la terre.

Sous un ciel bleu-nuit clairsemé de milliers d’étoiles, le jeune Philippe ne peut plus détourner son regard dans cette chaude nuit. La scène est digne de ces spectacles où la nature semble avoir donné à la femme la chose la plus belle et la plus désirable pour un homme : son corps. La belle, dont les bras et les jambes sont enlacés et entourés de serpents, danse aux rythmes frénétiques des instruments. L’ombre de son corps, jeune et parfait, reflétée par les feux allumés, épouse à la perfection la paroi caverneuse de la grotte dans laquelle se déroule la cérémonie. Chacun de ses mouvements est une allusion à un désir charnel, et Philippe, en pleine force de l’âge, n’en est que plus troublé et surtout excité. La jeune fille en est bien consciente et le jeune étranger l’attire. Elle qui est emplie de religiosité doit en être également troublée : est-ce un signe envoyé par les dieux ? Quoi qu’il en soit, ses gestes se font de plus en plus explicites. Leurs corps se rapprochent pour finalement ne plus se quitter. C’est ensemble, enlacés et amoureux, qu’ils termineront la nuit. Philippe reste plusieurs jours et tente d’apprivoiser cette sorcière au corps de déesse. Il en est fou amoureux et décide alors, lui qui recherche une reine pour son royaume, de la demander en mariage. Il n’en est que plus ravi lorsqu’elle lui apprend qu’elle est de noble lignée. Fille de Néoptolène, roi du petit royaume d’Epire, aujourd’hui entre la Grèce et l’Albanie donnant sur la mer Adriatique, elle se prénomme Olympias et est une beauté nubile de 16 ans environ.

Après l’avoir ramenée dans sa capitale, Pella, Philippe l’épouse et l’élève au rang de reine. La puissance de la Macédoine et de son précieux allié d’Epire, commence dès lors à inquiéter les cités grecques au sud, qui voient d’un très mauvais œil ce voisin bien incommodant s’enrichir, s’agrandir et qui plus est s’accaparer cette culture qui fait leur fierté depuis l’âge des héros. La Grèce est alors un morcèlement de grandes cités, toutes aussi puissantes les unes que les autres, comme Athènes, Sparte ou Thèbes. Cependant, l’ensemble de ces cités ne parvient pas à s’allier et à présenter un front commun devant leurs ennemies comme la Perse et la Macédoine.

Depuis Pella, ville que le père de Philippe, Amyntas III, avait élevé au rang de capitale, supplantant ainsi Aigéai, le roi contemple la toute nouvelle puissance macédonienne. Au sein du palais royal qu’il a lui-même fait bâtir, Philippe imagine Pella comme capitale du monde hellénistique. Se pressent autour de la personne du roi, penseurs, artistes, musiciens ou bien encore princes étrangers qui cherchent protection et bonne fortune. Les solides murailles de briques enserrant la ville accueillent ainsi de plus en plus de grecs de moins en moins rebutés par l’origine barbare de leur prestigieux hôte. Néanmoins, la Macédoine reste fragile. Il suffit que le roi meurt par inadvertance lors d’un combat ou lors d’une escarmouche, pour que ce royaume sans héritier légitime ne sombre dans le chaos. Les occasions d’espérer sont nombreuses tant Philippe attaque les royaumes voisins de tous les côtés. Le soir, il festoie longuement et les banquets succèdent à d’autres fêtes où fruits, viandes et autres pâtisseries agrémentent l’ivresse due au vin. D’ordinaire joueur et amant facile, Philippe semble cette fois offrir toutes ses faveurs et toutes ses tendresses à la jeune et belle Olympias.

L’avenir du monde allait prendre naissance lors d’une fraîche soirée d’octobre 355. Le jeune couple s’adonne encore et toujours aux jeux de la séduction et du plaisir. Olympias n’est pas une femme facile à dompter et à satisfaire, aussi son royal époux se doit d’être à la hauteur. C’est sans doute après une nuit endiablée que les deux amoureux s’endorment dans la même couche, épuisés. Philippe est rassasié, mais sa reine semble encore émoustillée, chancelante, prête à repartir pour de nouveaux ébats amoureux. La voici tremblante et en sueur en plein sommeil. En effet, dans son songe, elle voit le dieu des dieux, le puissant et majestueux Zeus, s’approcher d’elle avec intérêt. Celui-ci la regarde, la flatte et tandis que la jeune femme tombe sous son charme divin, il saisit un éclair lumineux et d’un geste ample foudroie le ventre d’Olympias qui réagit au fracas par un râle de jouissance. La voilà enfantée et la légende est née : celui qui naîtra sera fils du dieu de l’Olympe.

Mais alors que faire pour Philippe? Bien sûr, dès le lendemain, Olympias l’a mis au courant et bientôt tout le palais le saura. Les prêtres analysent le songe, consultent les astres, les entrailles d’animaux et autres signes des dieux. Enfin, ils déclament  formellement : l’enfant qui naîtra sera fils de Zeus. Le roi n’y voit que déshonneur et trahison : le successeur au trône ne sera donc pas de lui et Philippe a de quoi s’inquiéter. A présent, la farouche Olympias le regarde avec mépris, refuse ses avances et passe le plus clair de  son temps seule, recluse à adorer les dieux en leur sacrifiant toute sorte de riches présents. Déjà adepte de la proximité avec des serpents, Olympias s’en entoure encore davantage, si bien qu’un soir Philippe l’a surprend en regardant par le trou de la serrure, allongée sur son lit avec une de ces créatures qu’il a appris à détester. Olympias aurait-elle des mœurs surprenantes ? Non, si on en croit encore les prêtres. Là encore, après une analyse méthodique des dires du roi, les prêtres en concluent que le corps de la belle Olympias n’avait en fait qu’été « visité » par ce renard de Zeus, décidément prêt à toutes les animaleries pour passer quelques minutes intimes avec la reine. Le pauvre Philippe déjà blessé dans son orgueil se voit punir de sa trop grande curiosité en perdant l’œil indiscret pendant une bataille quelques temps plus tard. 

Pour connaître la suite, naviguez sur le site à la rubrique Alexandre le Grand ou lisez le récit de sa naissance ici

ou bien  cliquez ici pour lire mon livre: Pour l'Amour d'Alexandre le Grand

jeudi 4 octobre 2012

Esdras, le veritable inventeur de la Bible

La Bible est aujourd’hui encore le livre – sacré – le plus lu au monde. Sans nul doute que si son rédacteur existait toujours aujourd'hui, il serait le plus riche de tous les auteurs… avec Homère, bien évidemment ! Connaît-on l’homme qui a composé la Bible ? Oui ! et c’est le Livre lui-même  qui le raconte: c’est Moïse, le second grand prophète qui, au cours de son « odyssée », rédigea ce qui sera une grande partie de l’Ancien Testament. Le problème avec cette source - douteuse - c’est qu’elle est, pour le profane, étonnement surnaturelle. Trop peut-être, en effet, car Moïse aurait écrit… l’épisode tragique de sa propre mort ! Impossible ! Alors, rationnellement, qui ? L’historien, l’épigraphiste et l’archéologue ont retrouvé la trace de celui qui vraisemblablement a rassemblé et compilé un grand nombre de traditions orales, en a inventé de nouvelles pour enfin tout coucher par écrit. Son nom est Esdras, il est Juif et sa mission sera de sauver l’identité du peuple dont il est issu qui est, au Ve siècle av. notre ère, au bord de l’extinction.

Rappelons d’abord le contexte. Au Ve siècle, les Hébreux sont une peuplade éparse qui est revenue à Jérusalem après un exode forcé à Babylone (entre 597 et 538). Leur culture religieuse leur a inculqué la dévotion à un dieu puissant et supérieur aux autres divinités de l’époque comme Marduk ou Amon. Yahvé, pour le nommer, a un pouvoir si écrasant qu’il va progressivement devenir unique. Cependant, après la première chute de Jérusalem sous les coups de boutoir des Babyloniens et la rencontre des exilés avec la capitale du grand Nabuchodonosor II, les Juifs doutent de leur dieu et retournent à une culture plus polythéiste. Un fait que confirme le prophète Jérémie désabusé. Lorsque Babylone tombe aux mains de Cyrus le Grand en 538, l’empereur Perse « libère » les Hébreux et leur permet de retourner à Jérusalem où il leur octroie des finances pour reconstruire leur Temple. Certains rentrent tandis que d’autres restent sur place car ils se sont intégrés, depuis, à la population de Babylone. Une première « cassure » apparaît donc. Enfin, ceux qui ont décidé de retourner dans le royaume de Judée, reconstruisent la capitale mais beaucoup se tournent de plus en plus vers la nouvelle divinité à la mode de cette période : le grand et beau Ahura-Mazda. Il est aux yeux de certains le nouveau Yahvé ! En effet, si Dieu est si puissant et qu’il apporte prospérité et victoire, alors cela veut dire que Dieu s’est détourné de son peuple originel – les Hébreux - pour les Perses ! L’impôt pour le Temple n’est alors plus vraiment payé, les lois du pays ne sont plus respectées, la population s’en va et la culture hébraïque commence à défaillir… c'est le chaos!

Il ne faut pas prendre cette histoire pour fantaisiste ni même la minimiser. Il semble que le désamour des Juifs pour leur culture ancestrale ait été si grand, que le roi Perse Artaxerxès Ier en personne charge un scribe juif qui officie à sa cours, Esdras, de remettre de l’ordre à Jérusalem et dans la communauté juive. Aussi, dès son arrivée, il décide de reprendre à son compte la tentative nationalo-religieuse du roi Josias (640 – 609) qui, acculé par les royaumes babyloniens et égyptiens, avaient commencé à faire mettre par écrit la tradition orale de son royaume pour exacerber le nationalisme des Hébreux contre les futurs envahisseurs. Tentative vaine puisqu’il sera vaincu et tué lors de la bataille de Megiddo par le pharaon Nékao II. Esdras « adoube » la figure légendaire de Moïse ainsi que son rôle de prophète/rédacteur du Livre. Le scribe va alors rassembler et compiler l’ensemble des traditions, en ajouter quelques-unes empruntées aux mythes babyloniens (Déluge, Mélange des Langues ainsi que la très célèbre tour de Babel) et enfin créer de nouvelles figures afin de donner plus de corps et d’ancienneté à l’histoire des Hébreux (comme Josué, David, Salomon, Elie et Isaïe). Esdras est donc à l’origine de la première Bible et a sauvé sa religion.

C’est ainsi, parce que le peuple juif était au bord du précipice et de l’extinction – culturelle – qu’il s’est donné une nouvelle existence par l’écrit. Les Juifs ont matérialisé leur identité dans la Bible et sont devenus par extension le « peuple du Livre ». Pourquoi les autres cultures - comme les Perses - n’ont pas eu besoin d’écrire de Livre ? Les hommes qui croient à des dieux comme Marduk, Amon ou Ahura-Mazda n’ont pas besoin de livres où ils exaltent leurs péripéties pour croire. Des remerciements par des inscriptions toutes faites et laconiques suffisaient amplement !      

Voir pour complément:
L'épouse de Dieu
La naissance de Dieu
La véritable histoire du Déluge
L'histoire de la Tour de Babel (en trois parties)