jeudi 22 novembre 2012

Hatchepsout et le pays de Pount

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Tout débute dans l'ancienne Égypte. Nous aimerions tellement débuter chaque histoire sur notre site comme un conte ! Alors aujourd’hui voyageons et remontons il y a 3500 ans. Il était une fois - donc - la grande reine Hatchepsout (environ 1479 - 1448 av.) qui fait élever un temple merveilleux à Deir el-Bahari en l'honneur du grand dieu Râ car elle est soucieuse, comme tous les pharaons, de laisser une trace dans l'histoire. Mise à l'index après son règne, la plupart des faits de son règne sont aujourd'hui perdus. Pourtant, l’entreprise de démolition n’a pas fonctionné. Ses successeurs ne sont pas parvenus à effacer son existence… une tâche qui se retourne contre ceux qui en voulaient à ce matriarcat forcé! Au contraire, la vie de la « pharaonne » est devenue légendaire et son succès de nos jours n’en est que plus mérité ! Mais rendez-vous compte : une femme  sur le trône ! A quand le droit de vote je vous le demande mon bon monsieur ? Oups, je m’égare dans mon ironie ! Reprenons : en effet, il n’a pas été possible aux souverains d’effacer une partie de son histoire racontée sur les bas-reliefs du temple de Deir el-Bahari, notamment les exploits de sa valeureuse flotte.  Elle raconte sa décision de dépêcher une expédition audacieuse et surtout relate sa réussite. Ainsi commence l’histoire : cinq pirogues royales viennent de rentrer du légendaire pays de Pount, où la reine les a expédiées pour rétablir un très ancien impôt qui n'était plus payé depuis longtemps…

L'expédition est une aspiration divine. Un jour, alors que le reine priait le dieu Râ, elle entendit une voix intérieure lui dire:
"Lance tes navires sur les chemins qui conduisent aux échelles de l'encens. Les brûle-parfums de tes prêtres sont vides. Vos prières n'ont plus d'odeur et les dieux vont se détourner de vous. Pourquoi ne m'offrez-vous pas les mêmes parfums que vos pères? Allez au pays où le soleil se lève aux ordres de la grande magicienne de Pount. Là, vous chargerez à pleins bords des arbres à encens et tout ce qui sent bon ici-bas."

Inutile de dire que l’on ne désobéit pas à Râ. Hatchepsout ordonne la formation d’équipages prêts à partir pour cette aspiration divine. Tout le monde est décidé ! D’anciens manuscrits poussiéreux datant des âges obscurs de l’Egypte révèlent le chemin à prendre. Les navires  doivent emprunter un vieux canal en partie ensablé qui mène de l'un des bras du Nil à la mer Rouge. Heureusement, les navires ont un fond plat avec un faible tirant d'eau. Ils sont quinze "couples" de rameurs à propulser à la force des bras les vaisseaux royaux, commandés au sifflet par le "meneur" pendant que le barreur tient le gouvernail.

L'histoire de ce voyage est quelque peu romancée, nous n’en doutons pas, mais gageons qu’il ait vraiment existé. Les membres – volontaires ? - de l'expédition se sentent investis à la fois d'une mission royale et divine. Là-bas, au pays de Pount, le roi indigène, prévenu – par qui ? - les attend sur le rivage. Craintif, il fait entasser les denrées précieuses demandées par Râ: encens, ivoire, ébène, myrrhe, or et esclaves. C’est qu’on ne plaisante pas avec la terrible puissance égyptienne ! L'ensemble est ramené triomphalement en Égypte où enfin, la reine pourra satisfaire les dieux.
Une question vous chatouille le cerveau depuis le début de ce petit récit : Où se trouve le pays de Pount ? A l’instar du règne merveilleux et quasi légendaire d’une femme sur le trône d’Egypte, la géographie est encore incertaine. La logique logistique voudrait que Pount se trouve sur les rivages de la Mer Rouge. En Somalie? Ou plus loin en Arabie? Difficile de trancher car l'étude géographique n'existe pas au XVe siècle avant notre ère.
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Sources:
Christiane Desroches Noblecourt, La Femme au temps des pharaons, s, Stock, 1986
Christiane Desroches Noblecourt, La Reine mystérieuse Hatchepsout, Paris, Pygmalion, 2002

dimanche 4 novembre 2012

L'Homme et la machine

La faculté de ramasser un objet naturel et de s’en servir tel quel est partagée par de nombreuses espèces animales. En revanche, l’aptitude a transformé intentionnellement un matériau en vue d’obtenir une mécanique capable d’effectuer une tâche est l’apanage des êtres humains.

Dès la Préhistoire, l’Homme conçoit des outils pour satisfaire ses besoins primaires, à savoir se nourrir et se chauffer. Chaque outil répond à un objectif précis. L’Homme réalise une projection mentale pour concevoir un objet améliorant ses conditions de vie. Les premiers outils fabriqués en pierre taillée servent à couper, broyer et gratter. Vers -300.000 la domestication du feu exige le maniement de matériaux appropriés et la connaissance des propriétés de certaines roches. Le feu permet de contribuer à l’amélioration de l’outillage. La diffusion d’une invention peut se faire à un rythme très lent. Il existe des facteurs historiques, sociaux, psychologiques pour qu’une invention rencontre l’adhésion d’un groupe.
Le néolithique correspond à une révolution agricole, qui est à la fois cause et conséquence d’une hausse de la population. La hausse des rendements agricoles est permise par l’invention de l’araire tracté par un cheval. Il s’agit de la première machine mue par une énergie exogène. L’araire à semoir diminue la perte de grain lors des semailles. Avec cette invention, la production agricole augmente de 50%. La Mésopotamie est le foyer de deux grandes avancées technologiques. La roue permet le transport, mais aussi le mouvement rotatif qui associé au four donne naissance à la poterie (transport, stockage). La machine à tisser permet le développement du textile. Textile et poterie constituent les premiers produits fabriqués en masse. Des ateliers emploient plusieurs centaines de personnes.
La même situation se produit en Chine. L’unification du pays sous la dynastie Han permet d’opérer un travail de rassemblement et d’archivage des techniques. Le développement de la sidérurgie permet des avancées dans le domaine agricole et militaire. L’invention du soufflet à piston permet d’augmenter la température de fusion jusqu’à 1130 degrés.

La Méditerranée offre un espace d’échange dans lequel les savants et les inventions circulent. Alexandrie en constitue le centre culturel et scientifique. En -280, Ptolémée y ouvre un musée, une école dans laquelle les savants enseignent la poésie, la philosophie et les sciences, et la grande bibliothèque. Les Grecs ont le goût de l’innovation. Leur affinité avec l’abstraction et les mathématiques les place à un haut degré de technicité. Ils travaillent dans de nombreux domaines : hydraulique, mécanique, physique. Archimède révolutionne les techniques de lever et sa vis constitue l’une des premières pompes hydrauliques. La machine d’Anticythère est un exemple de machine automatique. Elle permet par un système d’engrenages de calculer les positions des planètes par rapport au soleil. Les Grecs mettent par écrit leurs procédés techniques. Le plus ancien traité de mécanique est le traité de poliorcétique d’Enée le tacticien en -366. Les Romains sont plus pragmatiques. Ils reprennent les technologies grecques et leur trouve une utilité concrète. Ils s’intéressent à tout ce qui touche à l’urbanisme et au domaine militaire. Quand les Grecs parlent de mécanicien, les Romains parlent d’ingénieurs. A partir de l’Antiquité, les machines permettent à l’Homme d’asseoir sa domination sur la nature et sur les autres Hommes.

Le Moyen Age occidental innove peu, mais change d’échelle. Les hommes du Moyen Age développent de nouvelles sources d’énergie et les additionnent à la traction humaine ou animale. Elles permettent d’améliorer les rendements dans une période de croissance démographique. La charrue, contrairement à l’araire, laboure plus profondément. L’énergie éolienne et hydraulique favorisent la multiplication des moulins. Outre un usage agricole, le moulin permet la mécanisation d’autres secteurs économiques, la draperie, la teinturerie, la métallurgie. L’art gothique est possible grâce au progrès technique réalisé dans la métallurgie.
A la différence des Occidentaux, les Arabes tiennent la mécanique pour une science majeure. Ils s’approprient les techniques des Mésopotamiens et des Egyptiens. L’hydraulique constitue un domaine de recherche privilégié. Dans des régions désertiques, les techniques d’irrigation sont primordiales pour l’agriculture et l’approvisionnement en eau potable des grandes villes telles que Damas, Bagdad ou Le Caire. A l’inverse, les avancées militaires sont moyennes. Les Arabes pensent que la force d’une armée réside dans la brutalité des hommes la composant.

A la Renaissance, l’Italie du Nord connaît un regain d’intérêt pour les machines. Ce phénomène s’explique par la perte de main d’œuvre causée par les guerres et les épidémies des XIVe et XVe siècles. Les princes italiens rivalisent pour embellir leur cité et appellent à leur cour des ingénieurs, des sculpteurs et des architectes. Brunelleschi bâtit le dôme de la cathédrale de Florence et Jacopo les fontaines de Sienne. Les Italiens recopient les penseurs grecs et arabes. La mécanique devient un art reconnu. L’ingénieur allie le talent de l’inventeur et la maîtrise de la mécanique. Chacun rédige des traités et les diffuse. Afin d’éviter les piratages et les contrefaçons, un droit d’auteur se met progressivement en place.

A la fin du XVIIIe siècle, de nouvelles sources d’énergie permettent de multiplier les capacités des machines et engendrent de profondes modifications dans la vie quotidienne et dans la société.
Le Royaume-Uni, berceau de la Révolution Industrielle, est l’Etat dans lequel se développent les innovations technologiques. L’augmentation de la demande en biens de consommation semble avoir précédé l’industrialisation. De plus, la réforme agraire des enclosures précipite dans les villes une population appauvrie qui fournit une main d’œuvre aux ateliers textiles. A la fin du XVIIIe siècle, les métiers à tisser adoptent la machine à vapeur comme source d’énergie. Le principe de la machine à vapeur est l’œuvre du français Denis Papin qui s’inspire des travaux de Huygens sur la pression atmosphérique. Mais c’est l’écossais James Wyatt, qui en 1769, améliore le principe pour en faire un véritable moteur. Cette invention engendre une révolution dans les transports et dans les outils industriels. La première locomotive date du tout début du XIXe siècle.
La fabrication de machine devient un enjeu vital. Les machines-outils permettant d’usiner des pièces en série sans recourir à des ouvriers qualifiés, engendrent une nouvelle division du travail et l’abandon des métiers manuels traditionnels. L’apparition des machines dans les industries engendre des mouvements de contestation, à l’instar du ludisme lyonnais, qui les détruit et les accuse d’engendrer du chômage. La machine devient un élément structurant des économies et des sociétés. Elles donnent naissance à de nouvelles théories économiques : taylorisme, fordisme, marxisme… Elles accroissent la mobilité des hommes, à ce titre la machine à vapeur est employée dans le transport ferroviaire, maritime et routier. L’électricité remplace la vapeur dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle permet de réduire la taille des machines. Cette nouvelle source d’énergie permet aux usines de se libérer de la contrainte d’être situées à proximité des bassins miniers ou des cours d’eau. L’électricité permet le développement des communications par le télégraphe, la radio et le téléphone. Le pétrole et le nucléaire constituent les deux sources d’énergie du XXe siècle et permettent d’accroître la puissance des machines.

Au XXe siècle, les machines franchissent un nouveau cap en passant de la machine exécutante à la machine pensante. L’obstination de recréer l’homme de manière artificielle existe depuis l’Antiquité. Les Egyptiens fabriquaient des pantins articulés censés recueillir l’âme du défunt après sa mort. Dans la Bible, Dieu interdit de tailler des représentations de ceux présents  dans les cieux et sur la terre. Au Moyen-âge et à la Renaissance, les savants construisent des automates pour divertir les aristocrates. Ceux-ci se retrouvent dans les foires du XIXe siècle. L’homme artificiel pénètre la culture populaire par le biais du roman (Frankenstein), puis du cinéma (les robots et les cyborgs). Le terme robot vient du tchèque et signifie esclave. Dans tous les cas, la créature se retourne contre son créateur et constitue une menace pour l’humanité.
En 1936, le Britannique Alan Turing met au point le concept de machine universelle. Il s’agit d’une machine capable de calculer, de lire et d’écrire. Véritable ancêtre de l’ordinateur, cette machine est capable d’effectuer tous types de calcul et de déduction logique. Accusé d’homosexualité en 1954, il se suicide en croquant une pomme enduite de cyanure. Alan Turing s’est basé sur les travaux de lord Babbage, qui au milieu du XIXe siècle, a pensé à une machine analytique, capable de résoudre toutes opérations mathématiques par un système d’engrenages et de cartes perforées, ancêtre du binaire. La machine à calculer reproduit notre conception du monde plutôt que le monde en lui-même. Ses calculs et ses déductions dépendent de critères, de raisonnements et de modèles conçus par l’Homme. La machine ne les remet jamais en cause. Aujourd’hui, les chercheurs travaillent sur l’intelligence artificielle et sur une machine capable d’évoluer seule en fonction de son propre vécu.

L’espèce humaine à créer des outils et des machines pour survivre, puis pour augmenter ses capacités, dans le but de s’émanciper de la nature et d’asseoir sa domination. L’Homme s’est relativement affranchi des conditions climatiques et des risques alimentaires et sanitaires. La machine est un processus d’externalisation des fonctions corporelles et cognitives. L’Homme délègue à l’ordinateur sa mémoire et ses souvenirs et une partie de ses capacités de raisonnement.




Images : manuscrit de Léonard de Vinci
Source image : everything-beautiful.com

vendredi 2 novembre 2012

Alexandre le Grand homosexuel ? Le doute Hephaestion.

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Il est un fait, sur la possible homosexualité d’Alexandre, qu’il faut relever immédiatement. De toute sa vie, aucun acteur privilégié, c’est à dire proche du conquérant – et ils sont nombreux -  n’a jamais affirmé ou constaté de visu le voir pratiquer une relation sexuelle avec un autre homme. Cependant aucun non plus n’affirme qu’il n’en a jamais eue. La seule énigme tourne autour du seul et même homme avec qui il partage très souvent son quotidien: Héphaestion. Savoir si ces deux hommes ont un jour ou l’autre sauté cette fragile frontière qui sépare la grande amitié de l’amour restera pour l’éternité en suspens… du moins pour le moment !

Il faut s’attarder un instant sur l’ami intime d’Alexandre, celui qui lui sera toujours fidèle. Héphaestion naît à Pella, la même année qu’Alexandre. Fils d'Amyntas, un aristocrate macédonien, il reçoit également la même éducation que lui auprès du philosophe Aristote dans son adolescence. Il est un homme fort et beau. Certaines anecdotes de la vie d’Alexandre révèlent que les deux amis se ressemblent beaucoup, de par leur stature et leur taille. Physiquement proche, Héphaestion apparaît même parfois comme plus beau qu’Alexandre, si bien que leurs ennemis pouvaient les confondre. Héphaestion est quelqu’un de discret car de leur sentiment et de leur relation, c’est Alexandre qui sera le plus loquace. Il ne semble n’avoir en tête que le bonheur et la réussite de son ami. Des tensions et des jalousies éclatent parfois parmi les intimes d'Alexandre quand celui-ci donne son entière préférence au seul Héphaestion. Cratère, autre grand ami et général d’Alexandre, affirme un jour, désabusé :
      « Cratère aime le roi, mais Héphaestion, lui, aime Alexandre ! »

Très tôt, c’est-à-dire dès l’enfance, le lien qui les unira toute leur vie restera perceptible. Durant leur enfance, Olympias, très possessive, laisse souvent éclater sa jalousie et sa rancœur envers le beau Héphaestion. Plusieurs fois elle intime à son fils de ne pas lui faire entièrement confiance. Peut-être soupçonne–t-elle déjà leur relation, ou bien Alexandre lui en a-t-il déjà fait la confidence. Si tel est le cas, alors Héphaestion est considéré par beaucoup comme un ennemi car il est un frein au mariage de l’héritier au trône. Olympias réitèrera sa méfiance quant à leur trop grande affection tout au long du périple oriental de son fils, dans la correspondance soutenue qu’elle entretiendra avec lui.

Beau et de fière allure, Héphaestion n’en est pas moins un redoutable soldat. Il combat d’ailleurs toujours au côté d’Alexandre lors d’une bataille. Tout au long de sa carrière militaire, il ne fait que de monter en grade pour progressivement prendre les postes les plus prestigieux, de somatophylaque - garde du corps - à celui de chiliarque - fonction administrative se rapprochant du satrape perse - ce qui a eu pour effet de le rapprocher peu à peu de « son » Alexandre. Autour d’eux, les bruits et les rumeurs courent. De surcroît, on les surprend quotidiennement partageant la même tente, les mêmes plats et parfois la même coupe. Confiant en l’infaillible lien qui les unit, Alexandre partage toute son intimité avec Héphaestion en lui faisant lire les propres lettres de sa mère.

Le personnage d’Héphestion ne laisse pas indifférent les divers auteurs et tous ont eu leur avis sur l’ambigüité de cette relation qu’ils entretenaient. Beaucoup de sources ne disent rien sur un quelconque lien charnel, et même l'auteur Athénée, qui dépeint Alexandre comme un amateur de jeunes et beaux garçons, ne citera jamais Héphaestion comme étant son amant. Cet attachement semble toutefois ne faire aucun doute chez les proches du « couple macédonien », même si les biographes antiques semblent prendre un malin plaisir à entretenir le mystère. Malgré toutes ces informations qui sont autant de preuves d’un réel et fort amour, force est de constater qu’en réalité personne ne sait grand chose sur la vraie nature d’Héphaestion, malgré l’importance qu’il revêt aux yeux d’Alexandre.

Pourtant un épisode de la vie mouvementée d’Alexandre confirme l’immense amour que le roi porte à son « favori ». Il intervient juste après le débarquement d’Alexandre en Anatolie. Il faut imaginer que le roi part pour l’Asie, la tête pleine de rêves pour cette terre qui fut le théâtre des antiques et héroïques exploits des guerriers des épopées homériques et de son modèle Achille. Et ce n’est pas un hasard si, avant d’entamer son parcours asiatique, Alexandre veut s’arrêter à Ilion, là où se trouve l’ancienne mythique cité du roi Priam et de ses fils Hector et Pâris : Troie. Le lien énigmatique qui relie Alexandre et Héphaestion trouve un sens tout particulier dans les ruines de Troie. En effet, tout comme Achille avait Patrocle, Alexandre à Héphaestion. Et tandis qu’Alexandre rend les honneurs en se recueillant entièrement nu – signe de sa totale dévotion - devant le tombeau d’Achille, Héphaestion en fait de même avec celui de Patrocle. Ce geste symbolique montre toute l’affection que les deux hommes peuvent avoir l’un pour l’autre et la confiance mutuelle qui les habite. Frustré de ne pouvoir clamer tout haut son amour, Héphaestion laisse peut-être entendre par ce geste qu’il est le « mignon » d’Alexandre.

A n’en point douter, Alexandre ne veut en aucun cas reproduire les mêmes erreurs que son divin ancêtre qui, de par sa colère, avait envoyé Patrocle à la mort. Il n’existe donc aucun mystère sur l’amour et l’affection que se portent Alexandre et Héphaestion, mais existe-il un quelconque lien charnel entre les deux hommes ? Leurs gestes l’un envers l’autre à Troie n’en sont pas moins à la fois troublants et révélateurs, même si on peut également les considérer comme un acte fraternel et guerrier.

Comment Alexandre apparaît-il devant ses proches ? Philippe voyait son fils comme une jeune fille enamourée, Démosthène le considérait comme un enfant gâté et la plupart des vétérans de l’armée macédonienne comme un jeune homme inexpérimenté et romantique. Pourtant, Alexandre ne manque pas de marquer sa différence, sa fierté et son orgueil mâle. C’est ainsi que, toujours à Troie, il refuse la harpe légendaire du beau Pâris qu’on lui offre. D’un geste royal et méprisant, il renvoie l’objet affirmant que celui qui avait subjugué la belle Hélène qu’il n’était qu’un efféminé sans gloire.
     « Qu’est ce que ce présent ? On veut me faire porter l’emblème de la fourberie qui insulte le peuple grec ! Qui est ce Pâris qui jouait de la harpe comme une femme et qui fuyait au combat comme un lâche ? »

Alors? Mystère! 

Source: 
Plutarque, Vie d'Alexandre
Arrien, Anabase
Athénée, Livres 
Arthur Weigall, Alexandre le Grand