mercredi 27 février 2013

Le Paris médiéval


Au Moyen-âge, la ville de Paris est une mosaïque de seigneuries, de paroisses et de quartiers qui se superposent. Lors de l’occupation anglaise durant la guerre de cent ans, les nobles français ont fui ou ont été expulsés de la capitale. Certains d’entre eux ne sont pas revenus, ce qui permet d’aérer la pression foncière. Ainsi à la fin du Moyen Age, Paris compte 10.000 maisons abritant 200.000 habitants.
Au XIe siècle, la ville comporte cinq ponts. Ils sont conçus pour supporter le poids de maisons. Les orfèvres s’installent sut le pont au change et les métiers d’art sur le pont Notre Dame. Les ponts accueillent des maisons jusqu’au XIXe siècle.
Les rues ne portent pas de noms. Les maisons ne sont pas numérotées. Les habitants et les voyageurs se repèrent à l’aide de détails topographiques, tels que des églises, des fontaines, des enseignes ou des demeures particulières. Les ruelles sont étroites. Le manque de place oblige à construire en hauteur et à coller les maisons les unes aux autres.
Les bâtiments décrivent l’espace social et urbain. Au XIIIe siècle, les clercs sont situés sur la rive gauche, qui est considéré comme le quartier intellectuel avec la Sorbonne. La rive droite rassemble les nobles, qui se rapprochent de la cour située au Palais de la Cité et au Louvre. Le quartier des marais accueille les marchands.

La maison médiévale nous est contée au travers des inventaires après décès, des devis de construction et des procès. Quelques enluminures représentent des chantiers et des villes.
Les métiers du bâtiment sont régis par des chartes depuis le XIIIe siècle. Les charpentiers et les maçons constituent les deux tiers des métiers du bâtiment.
Les bâtiments publics et les demeures des aristocrates sont érigées en pierre, tandis que les demeures bourgeoises sont construites en bois. Toutes les matières premières employées se trouvent en Ile de France. Seuls les métaux et l’ardoise sont importés. Le plâtre est beaucoup utilisé en enduit ou en moellon. Au XVe siècle, les artisans utilisent de plus en plus la tuile pour la toiture et recourent davantage à la pierre de taille. La brique apparait au XVIe siècle. En règle générale, seules les façades donnant sur la cour sont décorées par des sculptures. Celles donnant sur la rue peuvent toutefois recevoir une enseigne ou une statue particulière. Les maisons se donnent, se vendent ou s’échangent.
Quelques semaines suffisent pour construire une maison standard comprenant une douzaine de pièces. Lors d’une destruction, les matériaux sont recyclés. Au XVIe siècle, l’architecture gothique est conservée. Elle est critiquée et abandonnée à partir du XVIIe siècle. Le début du XIXe siècle redécouvre le Moyen âge et son architecture.

Un grand nombre de caves à Paris ont gardé leur aspect médiéval. Leur étude et celle des fondations permettent de connaître les matériaux employés pour la façade, la dimension du bâti et l’agencement des pièces. Les caves servent de lieu de stockage des denrées. Certaines sont richement décorées et présentent des sculptures sur les chapiteaux et les clés de voute.
La chambre se situe à l’étage. Cette pièce sert pour le repos, le travail et la réception des hôtes. L’ameublement se fait en fonction des ouvertures (portes, fenêtres) et de la cheminée. Il se compose de tables, de coffres, de chaises et d’un lit. Les objets les plus précieux y sont entreposés. Il s’agit véritablement de la pièce à vivre, car le rez-de-chaussée est occupé par les ateliers ou les boutiques.

Source
Texte : HAMON. Etienne, La demeure médiévale à Paris, Archives Nationales, Paris, 2012, 299p.
Image : http://www.linternaute.com/actualite/histoire/paris-au-moyen-age/louvre.shtml

lundi 11 février 2013

Yahvé, le dieu importé

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L’archéologie est parfois cruelle. Cruelle parce qu’elle exprime des vérités et qu’elle peut réécrire l’Histoire. Bon, il est vrai, seulement la petite histoire, celle que l’on modifie sans cesse et qui n’a aucune répercussion sur nos civilisations et sur notre culture. C’est ainsi que, par exemple, les dernières relectures des stratigraphies archéologiques – que j’ai moi-même effectué lors de mes études - ont démontré qu’il existait non pas trois, mais deux couches archéologiques distinctes désignant l’histoire sumérienne dans le sol irakien. Intéressant ? Passionnant, oui ! Cependant je conviens, en toute bonne  foi, que cela n’a aucune importance cruciale sur le monde d’aujourd’hui. Je dirais même plus, aucune ! Mais alors de quoi vais-je bien pouvoir vous parler ? Aujourd’hui, je décide de vous ramener une nouvelle fois en orient. Plus exactement en Palestine, en Jordanie et en Egypte, dans le monde passionnant de l’archéologie biblique. Mon précédent article sur la femme de Yahvé, la déesse Ashéra, m’a valu pas mal de remontrances par mails. Bien heureusement, j’en ai reçu d’autres plus constructifs, de gens pas toujours d’accord avec moi, mais qui acceptent la contradiction, le dialogue et la recherche. Aussi, je vous propose d’aller plus loin dans l’étude, en confrontant le Texte, des sources étrangères (égyptiennes pour être plus précis) et l’archéologie.

Nous sommes aux alentours du XVe-XIIe siècle avant notre ère à des époques qui voient, selon la tradition, le peuple élu être guidé par Moïse, arriver en terre promise et s’y installer par la force. Aucun bas-reliefs ni aucun textes égyptiens ne mentionnent ce fait. De plus, l’archéologie n’a pas trouvé traces du passage des Hébreux dans le désert du mont Sinaï qu’ils ont pourtant traversé en 40 ans selon la Bible. A ces faits, plusieurs interlocuteurs m’ont déjà rétorqué l’argument « indémontable » à savoir que «  Dieu a effacé les traces et met votre foi en Lui à l’épreuve ». Il est vrai que là, je ne peux lutter contre un tel argument ! Si Dieu, lui-même s’en mêle, à quoi bon ! Pourtant je ne crois pas que se soit dans les intérêts de Dieu d’effacer des traces qui tendraient à démontrer la véracité du texte biblique qui n’est là, à priori, que pour le consacrer. Pourtant, il existe certains faits que l’archéologie, l’épigraphie ainsi que l’étude géographique peuvent expliquer. Malheureusement, si ces faits expliquent, ils ne vont pas toujours dans le sens de l’explication biblique.

Les travaux de Jean Soler ou encore des archéologues Sharon Zuckerman et Hani Nur el-din en Israël, respectivement dans les textes et sur le terrain, donnent une histoire étrange de l’arrivée des Hébreux en Palestine. Pire ! Selon les dernières trouvailles archéologiques et les incohérences – parfois – de l’Ancien Testament, il semble bien que, non seulement, les Hébreux soient en fait d’anciens Cananéens et que Yahvé soit un dieu qui pourrait avoir été « importé ». Mais d’où ? Il faut commencer par chercher les origines de la Bible. Qui est le rédacteur officiel du début de l’Ancien testament ? C’est Moïse. Alors il faut chercher autour de Moïse la vérité. Si on suit le postulat selon lequel Yahvé est un dieu importé, d’où viendrait-il alors ? Pas d’Egypte c’est une certitude. De plus, l’esclavage des Hébreux en terre pharaonne a depuis longtemps été réfuté car il n’existait pas d’esclavage en Égypte. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a jamais eu d’Hébreux – ou plus exactement leurs ancêtres – sur les terres du Nil.
 
Il existe au XVe siècle, entre l’Egypte et le pays de Canaan, une zone transfrontalière qui passe aujourd’hui par le sud de la Jordanie et que l’on nomme d’ailleurs la Transjordanie. A cette époque existait une zone semi aride ponctuées de déserts et d’oasis, où vivait un peuple de bédouins, les Shasous (prononcé « chassous »). De surcroît, ce lieu est très connue dans la Bible puisque c’est ici, que le texte religieux appelle la pays de Madian, que Moïse rencontre le dieu des Hébreux sous la forme d’un buisson ardent et qui lui donne son nom pour la première fois : Yahvé. Dieu se faisait nommé jusqu’alors Elohim dont la racine désigne « plusieurs dieux » (je reviendrais sur ce terme d’Elohim dans un prochain article). Or, il est intéressant de relever que les Egyptiens désignaient ce même pays de Madian comme étant le « pays de YHW » (prononcé Yahvu ou Yahu). En effet, ces bédouins Shasous vénéraient un dieu du nom de YHW. Pas besoin de faire de la linguistique pour remarquer que ce nom ressemble étrangement à celui de Yahvé qui s’écrit en hébreux, ne l’oublions pas, YHWH.

L’archéologie en Israël et en Palestine est en train de démontrer – même si les résultats de ses découvertes ne sont pas toujours révélés au grand public – qu’aux temps de Moïse -  c’est à dire aux alentours du XIIIe-XIIe siècle – le pays de Canaan est en proie à de violentes émeutes qui détruisent les cités-états mais qui n’abandonne en rien le culte des dieux (voir article sur Ashéra). Se pourrait-il qu’aux alentours des siècles où Moïse était sensé existé, qu’un groupe de Cananéens quittant l’Egypte (épisode de l’exode) pour rentrer chez eux, décident logiquement de passer par une zone, certes plus longue, mais moins hostile (pays de Madian), où ils découvrent le culte YHW qui les inspire tellement, qu’en rentrant enfin au pays, ils décident de convaincre et de diffuser la vénération de ce dieu.     

Voilà une thèse intéressante, crédible et qui accorde pour une fois une logique entre des faits historiques avérés, des traces sur le terrain et des sources – autres que bibliques. A vous désormais de vous faire votre propre opinion. Mais n’oubliez pas que tout va vite dans l’histoire biblique (une découverte pouvant remettre en question d’autres) et que la vérité du terrain n’a jamais encore remis en cause l’Ancien Testament, le fondement des trois religions monothéistes. 

dimanche 10 février 2013

Histoire du temps

Le temps est une notion à la fois concrète et abstraite. Le temps nous apparaît comme un élément insaisissable et nous échappant totalement. Néanmoins, il peut se voir de manière concrète au travers de certains éléments tels les saisons, le mouvement des astres ou les changements physiques de nos corps. Le temps est également relatif. Chaque être humain possède une notion du temps qui lui est propre. Quand nous nous amusons ou que nous prenons du plaisir le temps semble s’accélérer. A l’inverse, la douleur ou l’ennui le ralentissent. Enfin le temps est aussi une construction sociale. La notion du temps varie en fonction du cadre vie, du milieu social ou de l’activité professionnelle. Le temps, tout autant qu’il possède une existence propre, est une construction humaine. Tout au long de son existence, l’Homme a cherché à le mesurer pour ses propres besoins.


L’Homme de la préhistoire a une notion cyclique du temps. Il se repère en fonction des saisons, des périodes de chasse et de reproduction. Le soleil et la lune constituent des repères temporels. Les grottes orientées vers le coucher ou le lever de l’astre diurne et les mégalithes servent à établir des calendriers, dans lesquels les solstices marquent les changements de saisons.

Les sociétés de l’antiquité ont besoin de calendriers, afin d’organiser la vie quotidienne, les tâches agricoles et les célébrations religieuses. Les Mésopotamiens et les Egyptiens ont enregistré les mouvements du soleil et de la lune. De leurs observations, ils ont découpé le temps en créant des calendriers lunisolaires. Les phases de la lune correspondent aux mois et les mouvements du soleil aux journées et aux années. Une régularisation est nécessaire pour faire correspondre les calendriers solaires et lunaires par l’ajout d’un mois. Chaque royaume et cité-états possèdent son propre calendrier.
En – 46, Jules César, en tant que grand pontife, ordonne une réforme du calendrier, donnant naissance au calendrier julien. Désormais, l’année comporte 365 jours et douze mois. Une année bissextile de 366jours s’intercale tous les quatre ans pour rattraper le retard sur l’année tropique, c'est-à-dire à la durée moyenne correspondant au retour du soleil à un équinoxe. Le calendrier se diffuse dans l’empire romain et uniformise les pratiques.

Les religions du livre imposent leurs calendriers qui ne sont plus cycliques mais linéaires. Le monde a une création et une fin. Le calendrier juif se calque sur celui des Babyloniens. Il fait coïncider les fêtes religieuses et les tâches agricoles. Le calendrier musulman, défini par le Coran, se base uniquement sur les phases de la lune et débute avec l’Hégire. Les Arabes et les Chinois étant de férus ingénieurs hydrauliques, fabriquent des clepsydre permettant de mesurer l’écoulement du temps et donnant avec précision l’heure. Les musulmans peuvent savoir à quel moment prier.
Les chrétiens reprennent le calendrier julien et l’adaptent à leur religion. Ainsi dès le Moyen-âge, l’Eglise s’empare du temps. Les moines ont besoin de mesurer le temps pour savoir à quel moment prier. Le terme horloge vient du latin « orare legere » signifiant lire la prière. Les cloches servent d’abord à rassembler les fidèles pour la prière. L’année se découpe en fêtes religieuses rythmant la vie quotidienne. L’Eglise détermine les jours chômés et les périodes de jeunes.
Au XIIIe siècle, la bourgeoisie se développe. Les marchands ont besoin d’un temps précis pour déterminer la durée du transport, les délais de production, ainsi que le coût de production. En effet, les artisans sont payés à la journée de travail. Afin de mesurer la durée du travail, ces derniers réclament la création d’horloges. Des arrêts de travail, des revendications et des procès relatifs à cette question ont souvent lieu. Les cloches deviennent un enjeu de pouvoir entre clercs et laïcs. Ces derniers installent des cloches dans des tours de guet. La ville médiévale résonne de toutes parts, mais les habitants savent reconnaître les cloches de leur paroisse. La première horloge publique est installée dans la ville italienne d’Orvieto en 1307. L’installation et l’entretien d’une horloge coûtent cher. Les gens se pressent au pied des tours pour admirer ces incroyables machines. Désormais, le temps n’est plus d’essence divine. Il devient une chose abstraite et arithmétique. Néanmoins, le temps religieux et le temps laïc finissent par cohabiter rapidement. En effet, les marchands demeurent des croyants travaillant pour gagner de l’argent et le salut de leur âme.
Les horloges bénéficient des avancées en mécanique pour s’automatiser. Elles ne possèdent ni aiguille, ni chiffre. La plupart des gens ne sachant pas lire, il est inutile d’indiquer l’heure sur le cadran. L’horloge se contente d’actionner un mécanisme faisant résonner les cloches. Au XIVe siècle, les horloges arrivent dans les demeures. Ressemblant à des tours d’engrenages et ne possédant qu’une aiguille, elles se contentent d’indiquer l’heure. Au siècle suivant, les progrès en mécanique permettent de les réduire et de les intégrer à des bijoux. L’utilisation du ressort permet l’horizontalité des mécanismes. Les premières montres voient le jour à la fin du XVe siècle.

Au XVIIe siècle, le temps s’affinent avec le calcul des minutes. En 1656, le néerlandais Huygens met au point une horloge capable de battre la seconde. Les machines et les mathématiques offrent une vision du temps plus précise que l’observation de la nature. Le temps s’écoule désormais d’une manière fluide et régulière. Dans la marine, les horloges permettent enfin de calculer la longitude. Si la latitude s’obtient en fonction de la position des astres, la longitude s’obtient avec la durée séparant deux points parallèles. Malgré toutes ces avancées, l’heure demeure locale. Chaque commune possède sa propre heure basée sur le soleil en intégrant les variations de jours en fonction des saisons.

Au XIXe siècle, la révolution dans les transports, symbolisée développement du chemin de fer, rend nécessaire la mise en place d’horaires identiques sur les trajets. L’heure est homogénéisée au sein d’un même Etat en se basant sur un méridien : Paris, Greenwich, Lisbonne, Cadix, Berlin, Washington. Rapidement, les pays anglo-saxons et les colonies britanniques prennent le méridien de Greenwich comme référence. En 1884, la conférence de Rome décide de diviser la Terre en 24 fuseaux horaires. Puis, la conférence de Washington choisit le méridien de Greenwich comme référence universelle au détriment de celui de Paris. Ce choix est le résultat d’une lutte diplomatique entre les deux plus grandes puissances de l’époque le Royaume-Uni et la France. Le Royaume-Uni, première puissance financière, a l’avantage parce qu’elle possède un empire plus grand, la meilleure marine et que les Etats-Unis, puissance montante, le soutient. En 1911, l’ensemble de la planète calcule l’heure de la même manière, mais les calendriers demeurent différents.
En 1880, les frères Curie observent que les cristaux de quartz se chargent électriquement quand ils sont soumis à des pressions mécaniques. La fréquence d’oscillation, plus rapide que par un simple mouvement mécanique, permet d’accroître l’exactitude de la mesure. Les premières montres à quartz sont fabriquées à partir de 1927. En 1958, le césium 133 augmente encore la fréquence d’oscillation. L’horloge atomique est capable de calculer des durées plus courtes que la seconde. Ces nouveaux calculs permettent de nouvelles théories en physique quantique et ont un impact dans le développement des satellites et de la géolocalisation. De nos jours, le calcul du temps est devenu une affaire de physiciens et non plus d’astronomes et de mathématiciens.


Sources :

Texte : « L’invention du temps », Les Cahiers de sciences et vie, n°134, janvier 2013, 106p.
Image : photos-galeries.com

samedi 2 février 2013

Les statues de l'île de Pâques

« Il est au milieu du grand océan, dans une région où l’on ne passe jamais une île mystérieuse et isolée. » : voici une manière de définir l’île de Pâques, petit bout de terre situé à plus de 3.000 kilomètres de la côte chilienne. L’île est découverte le 5 avril 1722, jour de Pâques, par l’amiral hollandais Jacob Roggeveen. Au XIXe siècle, l’île est pillée et sa population réduite en esclavage et christianisée. Au début du XXe siècle, les anthropologues commencent à s’intéresser aux Pascuans et à leurs célèbres statues dressées pour les plus anciennes vers 1100.

Deux parties composent les statues. Les ahu sont les piédestaux sur lesquels la statue. Construits en pierre, de forme semi pyramidale, ils sont creusés dans le sol. Ils servent de chambre funéraire pour les chefs de clans et les guerriers.
Les statues, nommées moai, se dressent sur leur ahu. Elles sont façonnées dans la roche du volcan Rano Raraku, dont la pierre est facilement taillable. Elles mesurent entre trois mètres cinquante et cinq mètres cinquante et pèsent environ cinquante tonnes. La plus imposante toujours debout mesure dix mètres pour un poids de 82 tonnes. Il demeure une statue taillée dans le volcan qui n’est pas détachée. Même si elle n’est pas terminée, elle mesure déjà trente mètres et pèse environ 150 tonnes. Les statues ont parcouru dix kilomètres pour rejoindre les plages où les habitants de l’île les ont érigées. Positionnées selon des critères astronomiques. Elles sont tournées face à la mer et parallèles au lever et au coucher du soleil. Les yeux, de couleur rouge ou blanche, constituent un regard leur procurant un sentiment de vie. Deux orbites y sont creusées pour recevoir un morceau de corail blanc constituant la partie blanche de l’œil.

Les anthropologues donnent deux significations aux statues : une signification divine et une signification tribale. Elles sont considérées comme des dieux. Les moais regardent tous le ciel pour indiquer leur provenance. Les morts enterrés dans les ahus se placent sous la protection des dieux. Cette signification est renforcée par le fait que certaines statues abhorrent une barbe. Or, les Pascuans sont imberbes. D’un autre côté, les statues peuvent représenter des chefs de clans. Des noms sont gravés sur les pieds des moai. Il s’agirait alors d’un culte des ancêtres.

L’île conserve de nombreux mystères. Outre leur signification, il reste à savoir comment les Pascuans ont réussi à déplacer des blocs de pierre aussi volumineux et lourds sur plusieurs kilomètres avec aussi peu de moyens technologiques.
Les légendes pascuanes donnent une explication magique. Une fois la statue terminée, le chef du clan, qui est à la fois sorcier, utilise le Mana (lévitation) en invoquant le dieu Make Make. Ce dernier insuffle la vie aux statues. Le chef ordonnait alors aux statues de marcher jusqu’à leur emplacement. De multiples hypothèses plus ou moins étranges ont vu le jour. Citons à titre d’exemple l’auteur danois Von Däniken, qui ne voient aucune explications possibles que l’intervention des extraterrestres.
Dans la réalité, les chercheurs se sont mis d’accord pour privilégier le transport sur des rondins de bois. En se basant sur les textes anciens, les archéologues penchent aujourd’hui pour un transport à la verticale à l’aide de cordes.

Source :

Texte : ORLIAC Catherine et Michel : Des dieux qui regardent les étoiles, Gallimard, Paris, 1994.
Image : centerblog.net