lundi 11 mars 2013

Mathurin Méheut : peintre décorateur breton

Mathurin Méheut naît le 21 mai 1882 à Lamballe de Mathurin Méheut charpentier et de Jeanne Hello. A l’age de 14 ans, il devient apprenti chez un peintre en bâtiment prénommé Mathurin Guernion. Il convainc son père de quitter Lamballe pour intégrer l’Ecole régionale des beaux arts de Rennes. Diplômé, il s’inscrit ensuite à l’Ecole nationale des arts décoratifs de Paris. En 1905, il épouse Marguerite Mouja.

Journaliste pour la revue Arts et décoration, il recherche de nouveaux motifs décoratifs. D’origine bretonne, il songe à employer l’océan. Il séjourne deux années à la station biologique de Roscoff. Il réalise de nombreux croquis de la faune et de la flore marines démontrant une observation détaillée, minutieuse et scientifique. Il les publie sous la direction du peintre décorateur Maurice Pillard-Verneuil dans deux volumes intitulés : Etude de la mer.

Mathurin Méheut obtient la « bourse autour du monde » donnée par la Fondation Albert Kahn. Ce banquier pacifiste pense que la méconnaissance réciproque des hommes engendre la haine entre les peuples. Selon lui, seuls les échanges culturels via les élites peuvent remédier à cette situation. Sa fondation travaille à cet objectif en finançant les voyages et les travaux d’artistes. Mathurin Méhut embarque avec sa femme pour Hawaï, puis se rend au Japon, avec cette recommandation d’Albert Kahn : « oubliez tout ce que vous avez appris jusqu’ici et ne faîtes qu’observer et vous imprégner ». L’artiste étudie les estampes japonaises et réalise dans ce style des représentations de vie quotidienne et de temples japonais. Les biches se promenant en liberté l’amusent. Il les intègre systématiquement à ses paysages. De son voyage au Japon, Méheut conserve les techniques des estampes japonaises et s’en servira parfois pour des sujets ayant traits au monde marin.

La Première guerre mondiale éclate en 1914 et Mathurin Méheut est obligé de rentrer en France. Il est incorporé au 136e régiment d’infanterie d’Arras. Lors des moments d’accalmie, il réalise des dessins de la vie des poilus dans les tranchées. Il réalise deux peintures de Georges Clemenceau visitant les soldats. En 1916 après sa convalescence, l’Etat-major souhaite exploiter ses talents de dessinateur. Il rejoint le service topographique.

Après la guerre, il retourne vivre en Bretagne. Il parcourt la région en peignant des scènes de la vie quotidienne des bretons : pêches, ramassage du sel et du goémon, pèlerinage religieux, bal, café et port. La faïencerie Henriot de Quimper l’engage pour relancer la vente de ses produits. Méheut utilise ses croquis de Roscoff pour décorer de poissons et de crustacés les plats et assiettes sortant des ateliers. Ces nouveaux modèles rencontrent un vif succès. Parallèlement, il décore plusieurs paquebots de croisière. Méheut doit composer divers sujets n’ayant aucun rapport avec le monde marin, qui ne sont pas appréciés à l’intérieur des navires. Ainsi pour le Normandie, il réalise des fresques représentant des Vikings.

En 1925, il retourne vivre à Paris et se lie d’amitié avec l’artiste peintre Yvonne Jean-Haffen qui devient son élève et sa collaboratrice. Les talents de Mathurin Méheut sont reconnus. La manufacture de Sèvres l’engage pour réaliser de la vaisselle avec des motifs marins. A la même période, il réalise la décoration du très chic restaurant parisien Prunier, spécialisé dans les poissons et les fruits de mer. Il est également illustrateur de livres : romans, manuels scolaires d’histoire et de géographie, traités de botanique et de zoologie. Il collabore avec Colette à la réalisation de Regarde, un conte pour enfant. Il rêve d’illustrer le Livre de la Jungle, mais ne parvient pas à récupérer le marché. Déçu, il peut néanmoins réaliser ses peintures d’animaux et de paysages exotiques dans la villa du sud de la France de son ami Albert Kahn.

Durant la Seconde guerre mondiale, il retourne une nouvelle fois vivre en Bretagne et donne des cours à l’Ecole régionale des beaux arts de Rennes. Il reprend ses croquis et ses peintures de la Bretagne. Ses scènes de pêche montre les avancées technologiques réalisées dans la marine durant l’entre deux guerres et au début des années cinquante. Obsédé par son legs à la postérité, il réalise de nombreuses fresques et répond aux commandes des instituts océanographiques et des compagnies maritimes françaises et étrangères. Sa dernière exposition à Paris, au milieu des années cinquante, est un véritable succès pour celui qui se dit sans aucun talent. Il devient académicien de la Marine avant de décéder le 22 février 1958.

Mathurin Méheut a été un peintre, illustrateur et décorateur, reconnu essentiellement pour ses peintures de la Bretagne et ses illustrations maritimes sur papier ou sur faïence. Artiste très prolifique, ses œuvres sont loin d’avoir toutes une valeur artistique identique. Un musée dans sa ville natale de Lamballe continue de porter à la connaissance du public son oeuvre.


Sources
Texte : exposition « Mathurin Méheut » au musée nationale de la Marine, Paris, mars-juin 2013.
Image : fr.topic-topos.com

samedi 9 mars 2013

Abraham Lincoln, fantôme de la Maison-Blanche

1600, Pennslvania Avenue, Washington District Of Columbia... voici l’adresse d'une maison hantée plus connue sous le nom de Maison Blanche. C'est juste au-dessus de l'entrée principale de la célèbre demeure des présidents des États-Unis, qu'est aperçu le plus souvent le fantôme du plus illustre de ses résidents : le président Abraham Lincoln (1809 - 1865), debout et silencieux, à la fenêtre ovale qui surplombe la grande porte. Le spectre de Lincoln a aussi été vu, à plusieurs reprises, gisant paisiblement dans son lit, par des domestiques de la demeure présidentielle.

Sous la présidence de F.D Roosevelt, une servante de la présidente, Miss Mary Eban, rapporta avoir vu Lincoln, assis sur son lit, en train d'enfiler ses bottes, dans la chambre nord-ouest de la Maison Blanche. La nouvelle fit sensation à travers toutes les États-Unis car elle fut confirmée par le gouvernement ! Mrs Roosevelt – her self – ne vit jamais la silhouette du président mais confirma la présence pesante d'un être fantomatique auprès d'elle lorsqu'elle travaillait tard à son bureau. Une des plus célèbres hôtes de la Maison-Blanche, la grande reine Wilhelmine de Hollande (1880 – 1962) était une nuit seule dans sa chambre, lorsqu'elle entendit frapper à sa porte, et vit alors le fameux président Lincoln, debout sur le seuil, la regardant avec tristesse. La reine s'évanouit. Lorsqu'elle reprit ses sens, le fantôme n'était plus là ! Beaucoup d'autres hommes et femmes pensent avoir vu ou ressentit la présence du président assassiné comme W. Churchill et l'ancien président Eisenhower. Encore aujourd'hui, beaucoup de ceux qui travaillent à la Maison-Blanche ne veulent pas entrer ou même s'approcher de la chambre de Lincoln !

D'après la légende, l'esprit de Lincoln est particulièrement inquiet et agité à la vieille de calamités nationales américaines, telles que les guerres. De nombreux membres du personnel de ma Maison-Blanche affirment avoir entendu le bruit de ses bottes, allant et venant nerveusement sur les planchers du premier étage. Deux fois pendant la seconde guerre mondiale, Truman fut réveillé dans la nuit par des coups frappés à la porte de sa chambre. Lorsqu'il se leva et alla ouvrir, personne n'était là ! Pour autant, Truman était persuadé que l'esprit de Lincoln errait comme il le confirma par ses écrits postérieurs. D'où vient une telle fascination pour Lincoln ? De son vivant, il croyait lui-même, fortement aux fantômes. Il certifiait recevoir des visites régulières de ses deux fils morts. Un jour, dans un rêve, il vit son propre fantôme : un cadavre dans un cercueil, dans la chambre de l'est. Il demanda quel était le corps, et quelqu'un répondit : « le président assassiné ».

Statuary Hall, la vaste salle semi-circulaire du Capitole, aux murs garnis de statues et de hautes colonnes corinthiennes, a été pendant cinquante ans la chambre législative de la House Of Representatives. C'est dans cette salle que la fantôme du président John Quincy Adams (1767 - 1848) a été vu le plus souvent, debout à l'endroit où s'était trouvé son bureau, le lieu exact où il fut frappé par une mortelle crise cardiaque. On dit qu'il lui arrive d'entrer en conversation avec les statues, et même de prononcer un discours devant le Parlement de 1840, réuni en une séance fantomatique et certainement exceptionnelle.

Un autre fantôme du Capitole se présente, lui, en tenue et allure militaires, avec un gros rouleau de parchemin sous le bras. Les observateurs reconnaissent en lui l'architecte et officier français Pierre Charles l'Enfant (1754- 1825), lequel traça les plans de la capitale fédérale des États-Unis d'Amérique. Ce pauvre Pierre Charles revient vraisemblablement pour réclamer éternellement le paiement de ses honoraires, que le Congress de Washington ne lui paya jamais de son vivant !

mercredi 6 mars 2013

Yahvé et Baal


Mes précédents articles sur l’histoire de Yahvé et l’interprétation de ses origines ont beaucoup fait réagir. Je tiens d’ailleurs à remercier ceux qui m’encouragent dans mes travaux. Vous l’aurez compris, ce sujet passionnant, est aussi dangereux car il apporte la polémique. Or, la polémique peut être saine et doit amener aux dialogues. Je ne prétends pas détenir la vérité mais je me contente en tant « qu’historien » de respecter l’étymologie du nom de ma science à savoir que « Histoire » vient du grec « historia » et signifie « enquête ». Or, quand j’enquête sur Yahvé – et donc sur Dieu – je ne m’attaque pas à lui, mais je cherche à comprendre d’où il vient. D'ailleurs il n’y a aucun mal à enquêter sur l’origine de Marduk ou Aton qui ont eu, en leurs temps, des tendances monothéistes à Babylone et en Égypte. Enfin, ils ont tous deux un point commun avec Yahvé : ils ont également été des dieux nationaux.
 
La Bible a toujours cherché à minimiser ce fait pourtant évident. Evidences misent en lumière par le fait que ce volumineux texte a été écrit sur plusieurs siècles, par différents auteurs et interprété de bien des manières. Ils comportent donc un certain nombre d’indices qu’il convient de relever et de révéler. 

Le monde antique, comme aujourd’hui, est régit par le politique et le religieux. Il n’existe pas une terre peuplée où les dieux n’aient pas été présents. Il en est de même pour le pays de Canaan, berceau historique et liturgique des hébreux.  En Phénicie – qui englobe le futur royaume d’Israël -  existait alors un dieu national du nom de Melquart, plus communément nommé Baal. Ce dieu de la foudre possédait un grand nombre de temples sur cette vaste terre du Levant bordant la Méditerranée. La Bible fait de Baal un des principaux adversaires de Yahvé puisqu’à plusieurs reprises les prêtres des deux dieux s’affrontent. Hors, reprenant l’hypothèse de plus en plus soutenue que Yahvé est un dieu importé, on devrait retrouver des traces de Baal en Israël. La Bible et les religieux ont tous essayé de bannir ce dieu de la terre promise en discréditant ceux qui l’auraient honoré, ou pire qui l’auraient promu ! On imagine un vaste travail de destruction des temples de Baal partout dans le royaume afin de cacher son existence antérieure. Néanmoins, si l’archéologie n’a pu trouver – encore – des traces du peuple élu dans le désert du Sinaï après quarante ans de vagabondage, elle a retrouvé des temples dédiés au dieu Baal dans le royaume d’Israël. Et pas n’importe où : la découverte la plus emblématique se trouve sur le site de l’antique Sichem, la précédente capitale du royaume d’Israël ! Les inscriptions et la stratigraphie font remonter son existence à 1500 av. Jésus Christ, soit avant même l’existence supposée de Moïse.

La présence d’un temple de Baal à Sichem concorde avec la Bible. En effet, ils sont prestigieux les rois qui ont accordé à Baal leurs faveurs. Et oui, car même après avoir adopté Yahvé comme dieu national – et non international comme c’est le cas aujourd’hui – Baal continu de cohabiter avec lui. Rien d’étonnant puisque cette pratique remonte au début même de la civilisation et est une pratique rependue chez les sémites. Des Sumériens aux Akkadiens (sémites), les villes, les états avaient pour habitude de consacrer des temples et des autels à d’autres dieux que celui qui dominait la cité ou bien le royaume. C’est ainsi que le premier roi officiel du royaume d’Israël, Saül, a donné pour nom à son fils celui d’Ishbaal (« l’homme de Baal ») comme le révèle le Premier Livre des Chroniques. Une telle hérésie a d’ailleurs été cachée – sans succès – car le nom d’Ishbaal a été déguisé en Ishboshet dans le second livre de Samuel et signifie ici « homme de honte ». Cependant, il convient de préciser que le second livre de Samuel est non seulement postérieur à l’écriture originale de l’Ancien Testament qui est constituée par les Premiers et Seconds Livres des Chroniques et, surtout, il omet et ment sur certains passages de l’Ancien Testament. Pour preuve, les rédacteurs grecs de la Septante ont donné comme premier nom au Livre des Chroniques celui de « paraleipomenon » qui signifie « choses omises » - sous entendu omises par certains recueils comme celui du Livre de Samuel. 

A la mort d’Ishbaal, le grand David lui succède sur le trône. David est pour le moment le personnage le plus ancien qui soit avéré par les historiens et les archéologues. David, ancêtre du Christ, a eu de nombreux fils dont un passé totalement sous silence à savoir Baalyada (« Baal sait »). Le dernier fils de David qui lui succède pourtant sur le trône est le sage Salomon et il ne déroge pas à la règle. La Bible raconte qu’il fait construire des temples à Baal ainsi qu’à d’autres dieux dans le royaume notamment pour les dieux Kémosh et Milkom. 

Les chroniqueurs de la Bible ont cependant trouvé l’explication – ou plutôt la parade! Salomon, bien que prudent et juste tout au long de sa vie, c’est fait détourner de sa voie par ses femmes étrangères et surtout par sa sénilité. Cette explication n’est pourtant pas convaincante car il faut y voir plutôt une habileté politique (le royaume comprend de nombreuses tribus et des peuples soumis). De plus, la sénilité remettrait bien des actions en cause : Moïse a guidé le peuple élu jusqu'à ses 120 ans, Esdras est probablement âgé lorsqu’il entreprend la réécriture de la Tora et Constantin est sur son lit de mort lorsqu’il se convertit au christianisme. Au même titre que Yahvé est le dieu d’Israël, Baal et les autres sont des dieux nationaux appartenant à d’autres cultures. Ceux qui ont rédigé la Bible, comme Esdras, bien des siècles plus tard, et alors que Yahvé a cessé d’être pour les juifs un dieu parmi les dieux, mais un seul et unique dieu pour l’ensemble de la terre, jugent avec sévérité une attitude qui pour leurs percepts sont des abominations. Je dirais pour conclure que Saül, David ou encore Salomon, comme leurs contemporains, ne sont tout simplement pas les mêmes Hébreux (vers 1000 av. J.C) que ceux de l’époque des grands rédacteurs de la Bible (milieu du Ve siècle). Il se passe tellement de choses en 500 ans ! 

Images: 1 - Baal 2 - Saul et David

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