mercredi 24 avril 2013

Les ambassades à Paris

En se promenant dans les rues de Paris, le visiteur croisera sur son chemin les drapeaux des pays du monde entier. En effet, 192 Etats possèdent une représentation permanente dans la capitale et ses environs (trois ambassades se situent à Saint Cloud, Neuilly sur Seine et Boulogne-Billancourt). L’histoire des ambassades est le reflet de celles de la géopolitique et des relations diplomatiques.

Au Moyen-âge, les ambassadeurs sont dépêchés de façon temporaire pour une mission précise, qui dure quelques semaines, rarement plusieurs mois. Il n’existe pas de bâtiment propre aux ambassadeurs. Le prince les accueillant, est tenu de les loger. Un jeu de séduction s’installe entre les deux acteurs : l’ambassadeur séduit par ses présents, le prince par le logement et le cérémonial. Les princes se méfient de « ces yeux étrangers qu’il convient de surveiller ».
Au XVe siècle, la complexification des affaires politiques et le développement des Etats mettent en avant la nécessité de pouvoir négocier rapidement. En 1406, la première ambassade, celle du roi d’Angleterre, s’installe à Paris. Ainsi, si le roi est absent, il charge les échevins de la ville d’accueillir et de loger les ambassadeurs. Le quartier du marais devient celui des ambassadeurs, qui effectuent leur entrée solennelle dans la capitale par la porte Saint Antoine.
Au XVIe siècle, Henri III crée la charge de l’introducteur. Sa fonction consiste à veiller au respect du cérémonial et de l’étiquette, à organiser le séjour de l’ambassadeur et à lui servir de guide durant son séjour. Une visite diplomatique comporte trois moments : l’entrée solennelle, le séjour et l’audience. Le corps diplomatique comprend l’ambassadeur, ses domestiques et ses écuyers. Le nombre d’accompagnateur montre la puissance du souverain. L’ambassadeur doit attendre le matin pour pénétrer dans Paris. S’il arrive en avance, il est logé aux portes de la ville. L’entrée solennelle est toujours un évènement marquant relaté par les gazettes. Le peuple s’y presse. Au matin, un maréchal vient l’accueillir au nom du roi. Ensemble, ils rejoignent le logement mis à la disposition du visiteur. La dignité du roi et le rang de son hôte exigent que la demeure soit bien choisie. Des logements sont réquisitionnés, les ambassadeurs ne vivant plus à la cour du roi. En 1621, Louis XIII décide que tous les ambassadeurs seront désormais logés au même endroit dans l’actuel hôtel du maréchal d’Acre au 10 de la rue de Tournon. Palais de Concini, ancien premier ministre, il est considéré comme l’une des plus belles résidences de Paris. D’une grande superficie et doté de plusieurs salons, salles de travail et appartements, il se situe non loin du palais du Luxembourg où se trouve très souvent la reine Marie de Médicis. La décoration est refaite à chaque ambassadeur, afin de coller au goût du pays d’origine. Le palais assure cette fonction jusqu’en 1748. Louis XV, à court d’argent, le revend au duc de Nevers et réinstaure la pratique des réquisitions. Louis XVI songe à installer les ambassadeurs dans le palais de l’Elysée, mais le financement de la guerre d’indépendance américaine met un terme au projet.
Au cours de l’époque moderne, l’augmentation croissante des relations diplomatiques et la fréquence des visites rendent de plus en plus nécessaires la présence d’ambassadeurs permanents.

Les premières représentations permanentes datent du milieu du XVIIe siècle. Elles entérinent une pratique courante en Italie. Posséder une ambassade permanente à Paris dépend des relations entretenues avec la France, de sa proximité géographique, mais aussi de sa richesse. En effet, la présence diplomatique est financée par la couronne qui emploie l’ambassadeur et ce dernier utilise rarement ses fonds personnels. Le principe d’extraterritorialité se développe. L’ambassade échappe à la juridiction française. Le droit du pays d’origine s’y applique.
Au XVIII siècle, seuls le Portugal, les Provinces-Unies (Pays-Bas) et la Sicile possèdent une ambassade permanente. Le Portugal s’est enrichit par l’exploitation du Brésil. Le roi Jean V incite ses ambassadeurs à faire montre de faste. L’ambassade du Portugal se situe sur le quai de Béthune de l’île Saint Louis.
La Révolution entraîne une rupture de l’ensemble des relations diplomatiques. Celles-ci reprennent sous le Directoire qui continue de fournir des logements aux ambassadeurs, mais ne gère plus toute l’intendance, qui revient à la charge de ce dernier.

En 1814, le Royaume-Uni est la première nation à acheter un hôtel particulier à Paris pour y établir son ambassade. Le duc de Wellington s’installe au Palais Borghèse ayant appartenu à Pauline Borghèse, la sœur de Napoléon. Les Britanniques sont imités par les Prussiens et les Autrichiens. Parallèlement, les pays d’Amérique latine accédant à l’indépendance, envoient leurs premiers ambassadeurs à Paris, mais ne disposent pas encore de bâtiment propre. Une vingtaine d’ambassades à Paris disparaissent suite à l’unification de l’Italie et de l’Allemagne, qui acquièrent des bâtiments respectivement en 1909 et 1871. Les relations s’étendent à l’Orient. En 1862, Napoléon III accueille l’ambassadeur du Japon qui n’est pas venu depuis le XVIIe siècle. Le pays du soleil levant achète des locaux en 1906. Une délégation chinoise s’installe 1880. La Chine rompt les relations diplomatiques avec la Révolution culturelle de 1958, avant de les rétablir en 1978.
A partir du Seconde empire, le personnel des ambassadeurs s’accroît, leurs taches se diversifient (négocier, représenter, informer, protéger). Les ambassadeurs ont besoin d’espaces plus importants.

Les grands bouleversements géopolitiques mondiaux modifient les milieux diplomatiques parisiens. En 1918, l’Autriche-Hongrie disparaît. La Tchécoslovaquie rachète l’ambassade en 1924. En 1993, suite à la séparation du pays, la Tchéquie conserve le bâtiment et la Slovaquie déménage.
Durant l’entre deux guerres, de nombreux pays possèdent leur ambassade à Paris : l’Egypte, le Vatican, le Mexique, le Portugal, le Chili dans les années 1920, la Belgique, la Pologne, la Roumanie dans les années 1930.
En 1940, les Allemands occupent Paris. A l’exception des pays alliés de l’Axe, tous les ambassadeurs quittent la capitale. Le mobilier est évacué en zone libre, en Suisse ou en Espagne pour éviter les pillages. Les Allemands réquisitionnent les bâtiments. Ils scellent ceux qu’ils n’utilisent pas, les laissant à l’abandon. En 1945, le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) rend les ambassades à leurs propriétaires respectifs. Bon nombre d’ambassades non entretenues sont dans un piteux état.
En 1945, la Yougoslavie, nouvellement créée, se dote d’une ambassade. Les diverses indépendances au sein du pays donnent naissance à de nouveaux Etats et à autant d’ambassade à Paris (Serbie, Croatie, Bosnie, Slovénie, Monténégro). L’URSS acquièrent des bâtiments au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Les Républiques baltes annexées par les Soviétiques n’ont plus de résidences officielles à Paris, mais la France continuent de les entretenir clandestinement. La décolonisation des années 1950-1960 en Asie et en Afrique crée de nouveaux Etats. En 1970, Paris compte une centaine d’ambassades. Elles se concentrent autour de plusieurs pôles : dans le VIIe arrondissement, entre les rues de Lille, de Varenne, de Grenelle, à proximité du Quai d’Orsay et des Invalides ; dans le XVIIIe arrondissement près des Champs Elysée, du Faubourg Saint Honoré et du palais présidentiel ; dans le XVIe arrondissement autour du Trocadéro. Au fil du temps, leur architecture se modernise pour des raisons pratiques et esthétiques. Les ambassades perdent relativement leur fonction de logement de l’ambassadeur pour devenir des bureaux administratifs. L’architecture répond également à une volonté de se démarquer, de se singulariser par une œuvre et montrer sa puissance.


Sources
Texte : MARTIN DE CLAUSSONE. Elisabeth, Ambassades à Paris, Nicolas Chaudun, Paris, 2012, 190p.
Image : Jardin de l’Ambassade d’Italie (Pris VIIe) gala.fr

jeudi 11 avril 2013

La Terre en proie à une invasion extra-terrestre ?

Le 24 juin 1947, le pilote américain Kenneth Arnold effectue une mission de reconnaissance au dessus des Rocheuses. Il rapporte avoir vu neuf disques lumineux volant en échelon inversé, avant de disparaître derrière un pic. Le pilote les compare à des soucoupes de table. Ainsi nait l’expression de soucoupe volante. Un second témoignage vient corroborer les dires d’Arnold. Fred Johnson, un prospecteur de Portland présent dans la région le 24 juin, donne une description des objets volants identique de celle du pilote. Pourtant, l’information n’avait pas encore été diffusée dans les médias. Le haut commandement de l’US Air Force est sceptique. Leur pilote a certainement aperçu des avions supersoniques, mais aucune formation d’appareils militaires n’évoluait dans cette région le 24 juin. Il pourrait alors s’agir d’avions espions.

Durant tout l’été, des centaines de témoignages parviennent au Air Technical Intelligence Center (ATIC). Le bureau est chargé d’obtenir des renseignements sur les avions et engins téléguidés étrangers. Tous disent avoir vus des objets volants non identifié dans le ciel. Si certains sont des canulars découverts, tels les faux débris de soucoupe de l’île Maury en Californie, d’autres sont plus étranges. C’est le cas par exemple, des lumières aperçues par deux officiers de la base de Montgomery dans l’Alabama et effectuant des zigzags.
Les observations de soucoupe se situent également en Europe. A l’exemple d’une française en juillet 1947. Elle raconte avoir rencontré des extra-terrestres près d’Amfreville en Normandie. Il s’agissait de « deux êtres dont la taille atteignait à peine un mètre portant d’étranges habits gris et une coiffure de même couleur sans rebord, repartis à bord d’un étrange engin volant ».

Au vue de tous les témoignages recueillis, l’ATIC ne doute plus que des objets volent impunément dans l’espace aérien américain. La question réside dans la connaissance de leur origine. Plusieurs hypothèses sont avancées.
Tout d’abord, il pourrait s’agir d’essais d’un nouveau prototype de l’armée de l’air, le XF5U1, un avion supersonique et extrêmement plat. Construit en 1942, la production est abandonnée car l’engin s’est révélé trop instable en vol.
Dès lors, l’ATIC privilégie la thèse d’appareils soviétiques. A la fin de la seconde guerre mondiale, l’armée rouge s’empare des plans allemands sur les missiles et les fusées. Parmi eux, se trouve le plan du V7, un hélicoptère de combat discoïdal. Mis au point en 1944, l’appareil n’a pas été utilisé par les Allemands. Il possède un système de propulsion à réaction par des turbines à l’intérieur d’un anneau métallique tournant autour de la masse centrale. Ni les flammes, ni les fumées de combustion ne sont visibles. Après enquêtes et missions d’espionnage, la CIA réfute cette hypothèse. Les V7 sont incapables d’effectuer les manœuvres décrites dans les témoignages d’ovni. La thèse soviétique s’effrite au profit d’une thèse extra terrestre.

En 1947, James Forrestal secrétaire d’Etat à la défense, instaure le Projet Sign. Son objectif est d’étudier tout phénomène volant inexpliqué. Parallèlement, le projet Grunge s’occupe d’annihiler toute psychose concernant les ovnis et une probable invasion des Etats-Unis. Il recueille et censure tous les témoignages.
En 1967, le capitaine et ingénieur Ruppelt monte le comité Condom pour réfuter l’explication extraterrestre. Sur 90 cas, il prouve que 78 d’entre eux sont des canulars ou peuvent s’expliquer rationnellement. Deux ans plus tard, l’ATIC entérine ses résultats et la commission sur les ovnis est supprimée. Néanmoins, le docteur Allen Hyneck dénonce le rapport Condom. Il crée le collège invisible qui poursuit les travaux de l’ATIC sur la question des ovnis.


Alors, comment expliquer tout les phénomènes étranges apparut dans le ciel de notre Terre à la fin des années 1940 et du début des années 1950 ? S’agit-il effectivement de vaisseaux extra terrestres ayant effectué des reconnaissances, de la découverte des avancées en matière de vol et de furtivité, de canulars, de mouvement de paranoïa ? Chacun est libre d’avoir sa propre opinion sur le sujet.



Sources :
GARREAU. Charles, « Quand passent les soucoupes », Historia, n°368, juillet 1977, pp28-43.

image : opex360.com

jeudi 4 avril 2013

Olympias et Philippe de Macédoine: deux parents bien différents devant l'amour

Bien que devenu un jeune homme séduisant, Alexandre montre très tôt des signes de réticences à se soumettre aux doux plaisirs de l’amour charnel. Sa retenue en matière de femme finit par inquiéter et surprendre bon nombre de gens à la cour de Macédoine. Il faut bien comprendre que le fils est dans ce domaine bien différent du père qui, lui, est un grand amateur de folles et belles soirées orgiaques où vins et femmes tombent entre ses lèvres et ses mains à profusion. Bien qu’il soit d’une nature extrêmement fidèle quand il est amoureux, le roi a autour de lui un grand nombre d’épouses secondaires et de concubines. Parmi celles qui partagent souvent la couche du roi, nous retrouvons de nombreuses princesses des peuples Illyrien, Lyncestes ou Thrace, mais également des femmes de la noblesse macédonienne. Il faut ajouter à ce panel bon nombre de prostituées toutes aussi belles que professionnelles. Une douceur pour le chef de guerre qu’est Philippe qui aime qu’on s’occupe de son corps meurtri par ses nombreuses blessures. 

Avec toute cette foule de prétendantes, le roi a de nombreux enfants. Ils n’ont vraiment aucune importance pour Philippe qui se soucie plus du bon plaisir qu’il tire de leur mère que de la reconnaissance qu’il gagne à être leur père. Peu intéressé par la fonction paternelle, Philippe semble avoir reporté le peu de reste d'intérêt qu'il a sur Alexandre, son fils légitime, son héritier !

Philippe est d’une nature très amoureuse, même si les femmes entrent et sortent de sa vie comme des étoiles filantes. Du jour au lendemain, il peut tomber sous les charmes d’une nouvelle femme. Incommensurable buveur, Philippe passe des nuits entières à boire et manger dans les bras d’une ou de plusieurs maîtresses. Ces mœurs qui peuvent de nos jours nous sembler grossières et dépourvues de retenue n’ont en fait rien d’anormal. Pour l’époque, les banquets sont des signes de la bonne santé du roi et de sa richesse. En bon roi macédonien, il respecte la tradition selon laquelle le souverain peut avoir plusieurs épouses et partager son lit avec d’autres femmes. On lui connaît aussi quelques aventures avec des hommes. L’amour passionnel et/ou physique entre hommes est là aussi loin d’être choquant et est tout à fait encouragé, notamment dans les milieux militaires.

Philippe, qui a été otage dans sa jeunesse à Thèbes, a rapporté de son expérience grecque les techniques et les tactiques militaires des armées thébaines, considérées comme les plus efficaces de leur temps et qui seront renommées de Rome à Machiavel. Parmi celles-ci se trouvent la redoutable phalange – colonne de lanciers formant un seul bloc et lourdement armés - et le fameux bataillon sacré. A l’intérieur de ce dernier, chaque soldat a pour consigne de trouver un amant plus âgé que lui. Ces liaisons ont pour but de resserrer les liens de fraternité, de camaraderie et d’amitié entre les soldats, devenant par là même des armes psychologiques non négligeables lors d’une bataille. Cet aspect de la sexualité et l’approche que les civilisés grecs ont de l’amour est bien différent de celui prôné par les civilisations occidentales et orientales après l’Antiquité jusqu’à nos jours. C’est la raison pour laquelle la sexualité des grecs est difficile à appréhender justement et correctement.

Pour les civilisés grecs, la relation entre hommes est précieuse et recherchée. Il existe malgré tout des codes distinctifs, notamment la place de l’amoureux pendant l’acte sexuel et la condition sociale du partenaire. La place de la femme dans l’acte amoureux est tout aussi recherchée et son influence sociale est d’autant plus importante que la descendance d’un fils est une chose qui est pour le moins non négligeable. Enfin, n’oublions pas que l’union par mariage n’est possible qu’entre un homme et une femme ; il n’existe pas, par exemple, de roi accompagné légitimement par un autre homme. Disons simplement que l’amour entre hommes est normal, qu’il n’y a pas d’homophobie latente pendant la Grèce Antique, mais que les inquiétudes des parents sont légitimes lorsqu’un fils ne semble pas du tout intéressé par le beau sexe. Alexandre est encore plus difficile à comprendre. Il réfute toute passion pour les hommes mais ne fait pas la cour aux femmes alors que sa position sociale semble le lui imposer. A presque 18 ans et plusieurs participations à des batailles en compagnie de son père, Alexandre devrait normalement commencer à réfléchir à la conception d’un héritier.

Philippe comprend les sentiments que l’on peut éprouver pour une
personne du même sexe, car s’il n’est pas avare en femmes, on lui connaît également quelques amants. Le plus célèbre d’entre eux est un dénommé Pausanias. Philippe le prit un jour en affection mais s’en débarrassa rapidement. Le jeune Pausanias semble avoir pour le roi de très nobles sentiments mais son amour pour lui fut détruit à jamais le jour où Philippe l’humilia en public.

La scène se passe au milieu d’innombrables invités lors de ces soirées où le vin et l’ivresse l’emportent sur la raison. Philippe est le maître de cérémonie et distribue baisers, caresses tout en buvant. Là, comme à son habitude, le coquin est à la recherche d'une ou plusieurs proies pour la nuit. Pausanias, lui, est disponible pour son royal amant. Il l’aime et le suit, traquant la bête en rut, espérant accrocher un regard ou un geste affectueux. Quoi qu’il se soit réellement passé entre eux, Philippe n’est plus intéressé par ses faveurs et est agacé d’être traqué comme un gibier. Décidant de se débarrasser de ce poids, Philippe intime l’ordre à des proches de s’emparer de Pausanias. Le jeune homme est alors emmené à l’écart derrière un rideau. Là, maintenu solidement par quelques rudes gaillards, le pauvre Pausanias est alors humilié, violenté et violé plusieurs fois, tantôt par des hommes tantôt par des objets qui passent par les mains de ses bourreaux. S’ennuyant de ce spectacle qui l’avait fait bien rire pendant quelques minutes, Philippe fait libérer le jeune homme pleurant et hurlant de douleur qui s’écroule plusieurs fois sur le sol avant de sortir de la salle de fête.

Malgré l’épisode malheureux dont il a été victime, le sort n’a pas été totalement injuste pour Pausanias. Visiblement ému des évènements, Philippe, une fois ses esprits retrouvés, écoute ses plaintes et lui offre un haut poste de commandant de sa garde personnel. Pourtant, le pauvre Pausanias semble si affecté de la façon dont il a été traité, que certains ennemis du roi semblent s’être intéressés au tout nouveau commandant de la garde royale. En effet, les opposants à Philippe ne manquent pas. Qu’ils soient proches ou lointains, le roi de Macédoine doit faire face à toute sorte de complots et savoir qu’un homme plein de rancœur accompagne le roi quotidiennement et partage avec lui une grande intimité, est toujours une très bonne information. Aussi, lorsque ce même Pausanias assassinera Philippe quelques années plus tard, les commanditaires potentiels ne manqueront pas : Athènes, les cités grecques, l’Empire Perse ou bien Olympias elle-même.

La présence de la reine Olympias parmi les suspects n’a rien d’anormal et pour certains à la cour c’est une évidence. Cela fait plusieurs années déjà que la reine ne prête plus aucune attention à son royal époux qui, lui, multiplie les frasques. Elle était pourtant une adolescente et une très jeune femme aimant les plaisirs et l’amour. Dès lors que son fils est assez grand, elle n’éprouve que dégoût et mépris pour ce Philippe pour lequel elle ne cache plus sa haine. D’où provient ce rejet qui aurait pu l’inciter à faire assassiner Philippe? On ne lui connaît aucun amant ni aucun amour, tel un Egisthe qui lui aurait soufflé amoureusement au creux de l’oreille d’assassiner son mari. La politique n’a aucune importance pour elle, dès lors que son fils tant aimé ne siège pas aux destinées du royaume. A-t-elle reçu un ordre divin lui ordonnant l’assassinat ? Non, il est très clair d’affirmer, si elle est la personne à accuser, que le seul motif qui aurait pu la conduire à cet acte sordide, est sa volonté de voir Alexandre enfin roi de Macédoine. La rumeur de la possible participation d’Olympias dans le meurtre de Philippe est fondée sur un grand nombre de « légendes »  que portent la cour. Les opposants de la reine ont notamment fait circuler les bruits indiquant qu’elle initiait elle-même son fils aux plaisirs du corps, expliquant par là même sa continence envers les autres femmes.

Olympias reste une femme magnifique et envoûtante au passé sulfureux. Après la naissance d’Alexandre, malgré de brefs moments de retrouvailles avec son époux, comme la naissance de leur fille Cléopâtre, elle semble être devenue une autre femme qui a perdu toute son humanité, tant elle parait froide et manipulatrice. Depuis des années, Philippe regarde plusieurs fois dans son lit ou dans sa nourriture, de peur d'y trouver un serpent ou du poison. Olympias arpente sans doute le palais telle une illuminée, en se présentant comme mère du futur souverain et femme de Zeus plutôt qu’en tant qu’épouse de Philippe. Comble de la provocation, elle arbore de temps à autre des vêtements qui ressemblent à s’y méprendre à des habits de deuil, comme si elle voulait jeter un mauvais sort à son mari. Cependant, sa distinction de reine semble lui avoir tenu à cœur, Alexandre défendant même ce titre honorifique quand son père voulut le lui ôter. La force d’Olympias vient de son lien maternel et Alexandre semble être une drogue à laquelle elle ne peut vraiment pas se soustraire. Après tout, son fils n’est autre que le fils de Zeus, qu’elle a eu l’honneur de mettre au monde…

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