mardi 26 novembre 2013

Histoire du cheval

La domestication
Il y a 52 millions d’années, le cheval apparait en Amérique du Nord. Il y a 2.5 millions d’années, les chevaux traversent le détroit de Béring et se répandent peu à peu en Asie et en Europe. Parallèlement, ils disparaissent du continent américain pour être réintroduits au XVIe siècle par les conquistadors.
En -40.000, les Hommes découvrent le cheval. Cet animal herbivore, vivant en petits troupeaux, leur fournit jusqu’à 150kg de viandes, des matières premières (crin, peau, graisse, tendons). Il présente l’avantage d’immigrer très peu et donc d’être accessible toute l’année.
Le cheval est l’animal le plus représenté dans les peintures rupestres. Il se trouve souvent en tête des files d’animaux ou au centre des compositions. Des objets de la vie quotidienne (bijoux, bâton) épousent sa forme. Les hypothèses sur les valeurs et les symboliques attribuées au cheval ne sont pas tranchées : s’agit-il d’un symbole de pouvoir, d’une divinité ou d’un ancêtre mythique ?
Vers -4.500, les hommes présents dans les plaines du Kazakhstan sont les premiers à domestiquer le cheval. Les bovins et les ovins sont mal adaptés au climat de cette région. La domestication du cheval répond-t-elle à ce besoin ou au désir de possession de l’homme probablement fasciné par ce gibier fougueux, rapide et puissant ?
Les Grecs sont les premiers à rédiger des préceptes de dressage. En -391, Xénophon décrit dans son Traité de l’équitation les principes d’emploi du cheval, l’art de le choisir, de le dresser, de le monter et son entretien. Au Moyen-âge, le dressage passe essentiellement par la contrainte. En 1550 et 1556, Federico Grisone et Cesare Fraschi rédigent chacun un traité d’art équestre. Le premier insiste sur les postures du cheval, dont notamment le « ramener » et préconise des sanctions violentes contre les chevaux récalcitrants. Le second préconise d’employer la musique pour la cadence et la régularité. En 1593, Salomon de la Broue rompt avec la tradition italienne et met l’accent sur la douceur. L’éducation à la française devient une référence au XVIIe siècle. En 1773, François Robichon de la Guerinière, écuyer de Louis XV, compile toutes les méthodes énoncées au siècle précédent par les dresseurs français. Son traité demeure, encore de nos jours, une référence. Les évolutions militaires dans la cavalerie à la fin du XVIIIe siècle mettent à mal le dressage subtil qui prend du temps. Il faut une formation plus rapide basée sur la charge au grand galop. Jacques Amable d’Auvergne, capitaine de la garde, est chargé de moderniser le dressage. En 1864, le général L’Hotte donne naissance à la doctrine de Saumur (du nom de l’école militaire) en combinant les méthodes traditionnelles et celles de la fin du XVIIIe siècle. Au début du XXe siècle, les dresseurs se tournent vers une équitation sportive avec des championnats, des concours, des courses d’endurance et des sauts d’obstacles et artistique avec des spectacles, de la danse et des acrobaties.


Une utilisation militaire
Dans l’armée, les chevaux sont d’abord utilisés pour tracter des chars, véritable plate-forme mobile pour archers. Les Egyptiens, les Hittites et les Hyksos sont des spécialistes en charrerie. La cavalerie est plus tardive. Les Grecs et les Romains emploient des cavaliers pour contrer leurs ennemis montant à cheval (Scythes, Carthaginois). La cavalerie sert uniquement à attaquer les flans de l’infanterie.
Au Ve siècle, les Huns déferlent sur l’Europe. Ces guerriers possèdent des étriers qui leur assurent une plus grande stabilité et leur permettent d’effectuer d’importantes rotations du buste. Leur champ de tir s’agrandit. Les Arabes, puis les Européens au VIIe siècle, adoptent cet objet. La cavalerie devient le pivot des armées européennes. Grâce aux étriers, les chevaliers peuvent garder leur joute au bras et désarçonner leurs ennemis. Auparavant, ils la lançaient avant de se replier. Au XIe siècle, l’apparition de l’arbalète alourdit les protections des chevaliers qui revêtent désormais des cotes de maille et des armures plus imposantes. Les chevaux, première cible des tireurs, portent aussi des cotes de maille. Les charges se font de face et brisent les rangs des fantassins. A partir XIVe siècle, les armées équipent des piquiers pour les contrer. Au siècle suivant, les chevaliers revêtent des armures intégrales.
Au XVIe siècle, le développement de l’arme à feu relègue à un second rôle la chevalerie derrière l’infanterie et l’artillerie. Désormais, les sièges des places fortes constituent l’action des guerres. Au XVIIe siècle, les armées opèrent un retour à une cavalerie légère, qui mène des opérations d’information, d’harcèlement et de poursuite. En 1750, Frédéric II de Prusse remet l’accent sur la cavalerie. Il prône une guerre de mouvement, plus offensive. La guerre coûte cher. En misant sur la vitesse, Frédéric II espère réduire sa durée et donc son coût. Les cavaliers s’équipent de sabres et de lances. Le tir à l’arquebuse à cheval se révèle manquer de précision. La réforme prussienne se diffuse à travers toute l’Europe. La cavalerie redevient un élément décisif des combats de la première moitié du XIXe siècle. « Sans cavalerie, les batailles sont sans résultats » dira Napoléon Ier.
Face à la puissance des fusils et à l’apparition des mitrailleuses, la question de l’efficacité de la cavalerie se repose lors des guerres de Crimée et de Sécession. Durant la Première guerre mondiale, les chevaux montrent leurs limites d’autant plus que les soldats sont cantonnés dans les tranchées. Ils sont employés pour le transport du ravitaillement. Au combat, les tanks les ont remplacés.

Une force de travail
Au Xe siècle, l’invention du collier d’épaule décuple la puissance de traction du cheval. Cependant, un cheval coûte cher. Les paysans ont rarement les moyens d’en acquérir. Ils emploient des vaches pour les labours. Par ailleurs, un cheval se nourrit d’avoine. Il faut réserver des terrains pour son alimentation. Les paysans préfèrent garder ces sols pour des cultures permettant de nourrir les Hommes. Seuls les grands fermiers emploient des chevaux pour les labours à partir du XIVe siècle. Cette situation demeure identique jusqu’au XVIIIe siècle, lorsque la situation économique des paysans s’améliore.
Le cheval est un instrument de la Révolution Industrielle. Face à la demande croissante de charbon, il tire les wagonnets dans les mines. Il travaille dans les mêmes conditions difficiles que les ouvriers. Certains chevaux restent 10 à 20 ans sous terre sans remonter à la surface.

Un moyen de transport
En 1476, Louis XI crée la Poste royale. Les coursiers utilisent des chevaux légers et rapides pour acheminer les missives. Un réseau de transport se met en place progressivement avec des relais. Sur les routes, le cheval côtoie les piétons et les bovins. Sous Louis XIV, les routes sont aménagées pour faciliter le passage des chevaux (revêtement, pente).
Au XIXe siècle, le trafic hippomobile est dense. Le cheval fait partie du paysage urbain. 85.000 chevaux circulent en permanence dans la capitale. En 1855, Hausmann favorise la création à Paris d’une compagnie de transport public. Les chevaux nécessitent autour d’eux de nombreux corps de métier, qu’ils soient liés directement à l’animal (cochers, palefreniers, vétérinaire, maréchaux-ferrants) ou indirectement (selliers, carrossiers, fabricants de roue les charrons).
A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le cheval est remplacé par le train, puis par l’automobile pour les longs trajets. Les carrossiers transfèrent leurs compétences de la fabrication de carrosses à la fabrication de voiture. Ils reprennent les mêmes modèles d’où l’appellation de coupé, berline, cabriolet.

Un outil politique
L’acquisition et l’entretien d’un cheval coutent cher. De ce fait, un cavalier est assimilé à un membre de l’élite. Le cheval est un signe de pouvoir. La maitrise du cavalier désigne son talent politique, sa capacité à diriger, son habileté, sa volonté et sa douceur, en somme toutes les qualités requises pour un chef d’Etat.
Dans la Rome impériale, l’ordre équestre est le second de la société. Les empereurs érigent des statues équestres. Au Moyen-âge, les chevaliers constituent l’élite. La chevalerie est une culture basée sur la bravoure, le défi et l’exploit individuel. A l’époque moderne, les élites continuent de monter à cheval, afin de se distinguer des bourgeois. Les jeunes nobles fréquentent les académies équestres. Henri IV remet au got du jour la statue équestre comme l’atteste la copie trônant sur le Pont neuf à Paris. Louis XIV dote toutes les grandes villes d’une statue équestre à son image. Cette tradition de la représentation politique perdure jusqu’en 1870. Les élites républicaines répugnent à recourir à ce symbole royal. Seuls les officiers militaires l’emploient encore de temps à autres. La bourgeoisie imite la noblesse et suit des cours dans les académies. L’équitation devient un sport avec la naissance des grands prix équestres.


Aujourd’hui, le cheval demeure un moyen de transport chez certains peuples d’Asie centrale. Ses principales fonctions résident dans le sport (courses hippiques, polo) et les loisirs (club d’équitation). Le cheval est également un artiste, vedette de cirque, de spectacle équestre et même de cinéma pour les reconstitutions historiques.


Sources
Texte : "Le cheval : l'atout maitre de l'homme", Les Cahiers sciences et vie, n°141, novembre 2013, 105p.

samedi 16 novembre 2013

Histoire du vin

La région du Caucase est le berceau de la viticulture. Les plus anciennes traces datent de
-4100. Les Hommes récoltent le raisin à la main, le foulent au pied et le laissent fermenter dans des dolias (grands vases). Le vin se diffuse progressivement autour du bassin méditerranéen.

Au –IVe millénaire, le vin est déjà un produit de luxe en Egypte. Apanage des rois et des aristocrates, consommer et offrir du vin est un marqueur social. A partir du Nouvel-empire, de véritables domaines viticoles se créent. Les jarres portent des étiquettes mentionnant le lieu et le nom du domaine. Un hectare de ville peut produire jusqu’à
300 hl de vin. Le raisin est récolté. On le déverse sur une surface plane maçonnée où l’on foule les grappes avec les pieds. Le reste est versé dans un pressoir. Le jus est mis à fermenter dans des dolias en terre cuite ou dans des tonneaux de bois. Les archives de la ville de Mari en Mésopotamie répertorient différents types de vin, dont du vin blanc. Les Grecs produisent des vins très réputés, tels que le Chios ou le Maronnée. Il n’existe pas de viticulteurs spécialisés. Les paysans produisent différents types de cultures en même temps.
Objet d’un commerce, des voiliers le transportent des lieux de productions aux marchés. Les Romains possèdent d’imposants navires pouvant acheminer jusqu’à 36.000 litres. Le tonneau se prête mieux que l’amphore pour le transport, mais le bois altère la qualité sur le long terme. Les rois taxent le commerce du vin. Les Phocéens introduisent le vin en Gaule, qui connait un rapide succès et s’exporte hors de la cité. Le vin est consommé par les élites gauloises lors des banquets et des cérémonies religieuses. Les Romains se font les fournisseurs des Gaulois. Le commerce se fait le long des fleuves, et notamment via le Rhône. Le développement des importations de vin et la romanisation démocratisent peu à peu le vin en Gaule. Les colons romains développent des vignes localement. Ainsi, la vigne pousse le long de la Loire et du Rhin. A la fin du Ier siècle, le vin gaulois inonde le marché romain.

Le vin se généralise. Concurrent de la bière, il est désormais consommé par toutes les catégories sociales autour de la Méditerranée. Il complète en apport calorique le repas de base. Un Romain en consomme jusqu’à 1.5 hl par an. Une différence s’opère entre les vins de consommation courante et les vins sophistiqués nécessitant une main d’œuvre et des matières premières plus importantes, qui influent sur le prix de vente.

Le vin se dote en plus d’une connotation religieuse. La couleur rouge est associée au sang et à la vie. L’ivresse facilite le contact avec les divinités. La boisson fait partie des offrandes aux dieux. Pour les Hébreux, la vigne est un don de Dieu, qu’il faut travailler pour en obtenir les bienfaits. C’est un appel à la sédentarisation et à l’agriculture. Les Écritures ordonnent de consommer les bienfaits de Dieu. Au terme d’un combat victorieux, Abraham rencontre le grand prêtre de Jérusalem Melkisedeq, qui le bénit et offre à Yahvé du pain et du vin. Cependant, le vin est aussi une épreuve envoyée par Dieu, l’ivresse étant contraire à l’idéal de tempérance. Dans le Nouveau Testament, Jésus emploie de nombreuses métaphores viticoles afin d’être mieux compris par ses semblables, car le vin est l’un des composants de base de l’alimentation des peuples méditerranéens. Les chrétiens, en reproduisant la Cène, consomment du vin. Ces cérémonies se transforment parfois en banquet où l’ivresse gagne les convives. Les pères de l’Église condamnent cette pratique et interdisent d’utiliser d’autres boissons pour l’eucharistie. L’idée de boire du sang, même symboliquement, est intolérable aux juifs, qui sont respectueux des règles du Lévitique, et assimilent les chrétiens à des cannibales aux yeux des païens. De même, les manichéens perçoivent le vin comme une substance diabolique.


Suite à la dislocation de l’Empire romain, les clercs continuent de cultiver la vigne pour les besoins liturgiques et leur consommation personnelle. Le travail agricole s’inscrit dans les règles de vie monastiques. Le vin est un produit supérieur de par sa signification religieuse. Le vin est réservé au prêtre lors de la messe. Le sang du Christ est trop précieux pour être confié aux laïcs, qui doivent désormais se contenter du pain. De plus, Jésus a demandé aux apôtres, des hommes voués à la prêtrise, de boire le vin. Le prêtre est plus proche de Dieu que le simple fidèle. Sa position de médiateur est renforcée. Par ce biais, l’Église affirme son pouvoir face au pouvoir laïc. La communion au pain ne diminue pas la valeur de l’eucharistie. Seul le roi peut communier avec du vin le jour de son sacre et à l’article de la mort. En 1415, le concile de Latran fait de la transsubstantiation (transformation du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’eucharistie) un dogme de l’Église. Au XVIe, à l’inverse des catholiques, les protestants partagent le vin entre tous les fidèles dans un souci d’égalité. L’Église prendra une décision identique lors du concile de Vatican II de 1969.

Les aristocrates imitent les religieux et honorent leurs hôtes avec du vin. C’est un produit luxueux, pouvant servir de cadeau diplomatique. L’autorité politique édicte des règles pour préserver, garantir et promouvoir la qualité des vins. La bourgeoisie, puis les classes populaires les imitent peu à peu. A partir du XIVe siècle, les seigneurs laïcs, les bourgeois et les communes cultivent quelques arpents de vignes sur leurs domaines pour leur propre consommation et celle de leurs domestiques. Les élites consomment des vins fins venant de Méditerranée, de Bourgogne et de Champagne. Le peuple consomme du vin blanc ou du vin rouge coupé à l’eau avoisinant les 3° d’alcool. Tout le monde boit du vin : les hommes, les femmes et les enfants, jusqu’à trente litres par jour. Le vin constitue un tiers du budget alimentaire d’un foyer. Il est plus sûr à la consommation que l’eau qui peut engendrer des maladies en cas de pollution. Les gens le consomment chez eux. Ils l’achètent dans les tavernes ou auprès d’un producteur qui vend ses surplus. Un édit de 1256 interdit aux taverniers de vendre du vin aux habitants de la ville. Les élites boivent le vin dans des gobelets d’argent, les bourgeois dans des gobelets en étain et le peuple dans des gobelets en terre cuite ou en bois. Au XVe siècle, apparition de la bouteille en verre protégée par une culasse de paille ou d’osier. Elle sert uniquement de carafe pour le service. Les médecins font l’éloge du vin, qui, avec modération, facilite la digestion, régule le sang, aide le sommeil, soigne les dents et purifie l’haleine.

Le vignoble français se constitue durant le Moyen-âge. Les enjeux du pouvoir, entre les seigneurs laïcs et ecclésiastiques, créent la carte des vignobles. En Bourgogne, les moines, les ducs et les communes délimitent des clos, d’où l’appellation de clos pour les vins de Bourgogne. Cette appellation provient des monastères très présents dans la région qui est un lieu clos. Les domaines sont morcelés et chaque unité de production est autonome. A l'inverse, dans la région de Bordeaux, on trouve une viticulture extensive, destinée à l’exportation vers l’Angleterre, via le port de Bordeaux, et gérée par les bourgeois. Ces derniers assèchent des marais pour planter des vignes.

Le Coran fait du vin une faveur accordée par Dieu aux Hommes. Mahomet condamne l’ivresse, qui empêche de prier. Dans ce cas, le vin devient une arme du démon. L’ivresse met en péril l’harmonie et la paix sociale. Les émirs taxent lourdement le commerce du vin pour des raisons autant religieuses que financières. L’interdiction du vin varie en fonction des aires géographiques. L’Andalousie, ancienne colonie romaine, a une longue tradition viticole et la conserve. L’Irak est une région viticole réputée.


Au XVIe siècle, la réglementation des tavernes s’assouplit. Les débits de vin se multiplient et la taverne devient un lieu d’ivrognerie. Les gens préfèrent se rendre dans les cabarets où l’on peut prendre un repas complet servi avec du vin. La Renaissance est également synonyme de plaisir individuel, dont la cuisine est l’un des vecteurs où le vin occupe une place centrale. Le vin devient un facteur de convivialité entre les Hommes. Les guinguettes, nées à la fin du XVIIIe siècle, connaissent un essor considérable dans les banlieues. Dans ces lieux, le vin coute moins cher, car il n’est pas taxé par les droits d’entrée dans les villes.

A cette époque, l’économie française repose sur son agriculture et le commerce de ses produits, où le vin occupe une grande place. Sully, ministre d’Henri IV, encourage l’agronome Olivier de Serres à se pencher sur la qualité et la production de vin, afin de répondre à la demande croissante. Il publie les résultats de ses recherches en 1600 et insiste sur l’importance du climat, du sol et du cépage. Les exploitants doivent tenir compte de toutes ces données avant d’investir. Il insiste également sur l’hygiène des contenants, la qualité du raisin et la durée de fermentation. Faute de relais, ses écrits restent cantonnés dans les cercles académiques. Au XVIIIe siècle, l’abbé Rozier reprend les travaux de Serres. Aidé d’une nouvelle invention le thermomètre, il constate l’influence de la température sur la qualité du vin et sa conservation. Antoine Lavoisier démontre que l’air joue un rôle dans la fermentation en décrivant les mécanismes d’absorption et de combustion de l’oxygène atmosphérique lors de la fermentation. Au début du XIXe siècle, le chimiste Louis-Joseph Gay-Lussac explique les bases de la transformation du sucre en alcool.


Au XVIIe siècle, les Anglais sont de grands consommateurs de vin. En 1615, un édit de Jacques Ier interdit d’utiliser le bois pour les verriers, le bois étant utilisé pour la marine. Les verriers sont obligés d’employer du charbon pour leur four. Ils obtiennent une température de fusion plus élevée et, au final, un verre plus épais et plus résistant que le verre blanc. A partir de ce nouveau verre, Sir Kenelm Digby confectionne une bouteille étirée. Sa légèreté, sa robustesse et son opacité la rendent idéale pour le transport du vin. Son design courbé sied bien pour le service à table. Les Anglais remettent au gout du jour le bouchon de liège, déjà connu des Grecs et des Romains, mais remplacé au Moyen-âge par des morceaux de tissu ou de cuir.
Les Anglais importent du vin de Champagne. Les froidures du climat outre Manche influent sur ces vins, qui continuent de fermenter durant l’acheminement. Les vins arrivent mousseux. Alors que les Français conçoivent ces vins pétillants comme des défauts de production, les Anglais s’en délectent. Ils prennent l’habitude de le mettre en bouteille, de le laisser fermenter et d’y ajouter du sucre de canne pour le rendre encore plus mousseux. Les Anglais consomment donc du champagne bien avant les travaux de Dom Pérignon au début du XVIIIe siècle.


Aujourd’hui, le marché du vin ne connait pas la crise. Entre 2007 et 2013, la production mondiale a augmenté de 2.8%. Les Etats-Unis, la Chine, la Russie et l’Australie sont les nouveaux producteurs du XXIe siècle. La France demeure le premier exportateur en terme de valeur et le troisième en terme de volume derrière l’Italie et l’Espagne. Les Etats-Unis sont les plus gros consommateurs de vin. En Europe, la consommation diminue légèrement. La France défend sa culture par le vin, qui est un outil d'influence culturel à travers le monde. Dans le futur, les changements climatiques modifieront la carte des vignobles. La hausse des températures permet déjà aux Britanniques de produire des vins pétillants.


Sources
Texte : "Au source du vin et de l'ivresse", Les Cahiers de Sciences et Vie, n°140, octobre 2013, 106p.

jeudi 7 novembre 2013

Alfred Brehm : précurseur de l'étude des comportements animaliers

Alfred Brehm naît le 2 février 1829 à Renthendorf en Thuringe, une région d’Allemagne. Son père Christian est un pasteur passionné d’ornithologie. Il passe la majeure partie de son temps à chasser les oiseaux et les disséquer, afin d’en comprendre le fonctionnement. Pour lui, comprendre le fonctionnement de la nature est une manière de rendre hommage à Dieu en essayant de comprendre la Création. Alfred assiste son père dans ses excursions et ses expériences. Dès l’adolescence, il maîtrise aussi bien le fusil que le bistouri et possède une bonne connaissance de l’anatomie des oiseaux. En 1846, il est diplômé de l’Ecole d’art et d’artisanat d’Altenbourg, puis part à Dresde pour suivre des études d’architecte.


A l’âge de 18 ans, il fait la connaissance, à Dresde, d’un jeune aristocrate le baron Johann Wilhelm von Müller également passionné d’ornithologie. Il lui propose de l’accompagner en Egypte en tant que secrétaire. C’est une occasion inespérée pour Alfred Brehm. Au XIXe siècle, l’Afrique demeure le continent où vivent en liberté le plus grand nombre d’animaux. C’est un continent perçu comme vierge. Tous les naturalistes rêvent de s’y rendre au moins une fois dans leur vie. Au moment du départ, son père lui prodigue le conseil suivant : « Pour la postérité scientifique, il est préférable d’étudier et d’approfondir deux ou trois espèces, plutôt que d’en découvrir et d’en survoler des centaines ». Les deux hommes débarquent à Alexandrie en 1847.
En remontant le Nil, Alfred Brehm refuse de tuer les animaux. Il préfère les observer dans leur milieu naturel. Il étudie le comportement des crocodiles, mais aussi leur physionomie et leur alimentation. Il consigne toutes ses remarques dans ses carnets. Il envoie des comptes-rendus à son père et à son frère Oscar pharmacien.
Au Soudan, Alfred Brehm attrape la malaria. Frôlant la mort, il est soigné dans un village soudanais avant de regagner Alexandrie. Von Müller décide de rentrer en Europe. Il emmène avec lui des animaux empaillés et de nombreux carnets. Il demande à Alfred Brehm d’attendre son retour à Alexandrie. Il reviendra avec assez d’argent pour monter une nouvelle expédition. Alfred Brehm végète plusieurs mois à Alexandrie, jusqu’à ce qu’Oscar le rejoigne. Son frère amène avec lui l’argent donné par von Müller. La somme n’était pas celle annoncée lors de la séparation des deux hommes. Elle permet néanmoins de rembourser les dettes et de financer une petite expédition.
En Egypte, pays des scarabées, Oscar peut assouvir sa passion des coléoptères. Ce dernier meurt noyé emporté par des courants, alors qu’il se baignait dans le Nil. Son frère continue de remonter le fleuve jusqu’à Khartoum. En chemin, il étudie les lions.
A Khartoum, il continue d’observer la riche faune du Soudan, mais il n’a plus les moyens financiers pour retourner à Alexandrie. Il entre en contact avec Nicolas Ollivi, un marchand d’esclaves italien, qui prête de l’argent. Les deux hommes ne parviennent pas à un accord. Le taux d’intérêt de 60% demandé par l’Italien rend furieux Brehm. Désespéré, il se tourne vers le Pacha Al Alhadaf. Ce dernier se prend d’affection pour le naturaliste et lui procure de l’argent pour une nouvelle expédition. Brehm descend sur le Nil Bleu au Sud de Khartoum. Peu d’Européens ont déjà parcouru ce fleuve. Ainsi, il peut observer de très près les éléphants, les gnous et les girafes.


En 1852, il rentre en Allemagne et s’inscrit à l’université d’Iéna où il passe avec succès sa thèse de philosophie en 1855. Il publie ses récits de voyage et ses études dans le Gartenlaub, l’un des journaux les plus populaires d’Allemagne, qui ponctue ses articles de nombreuses illustrations. Brehm s’intéresse à la vie des animaux, à leurs sentiments et à leur propre volonté. Il rapproche l’animal de l’être humain. Ses théories, son style d’écriture et les illustrations plaisent à tous les lecteurs. Néanmoins, Brehm rencontre de nombreux détracteurs dans le monde universitaire qui lui reprochent une démarche sans caractère scientifique. En effet, au XIXe siècle, les naturalistes dissèquent et empaillent leurs objets d’étude. Ils cataloguent toutes les caractéristiques physiques de l’animal et décrivent le fonctionnement de l’organisme, tel un mécanisme. Alfred Brehm innove puisqu’il observe de leur vivant les animaux dans leur milieu naturel et s’intéresse à leur comportement.
En 1861, il s’installe à Hambourg et postule au poste de directeur du parc zoologique venant d’ouvrir ses portes. Il s’agit du premier de ce genre en Allemagne. Entre temps, il a épousé Mathilde Reiz avec laquelle il aura cinq enfants et voyagé dans plusieurs pays d’Europe. Il est nommé directeur du parc zoologique. Ce poste garantit une stabilité financière et familiale tout en permettant l’étude des animaux. En effet, le parc reçoit en don de nombreuses espèces animales. Désormais, Brehm ne va plus vers les animaux, ce sont les animaux qui viennent à lui. Il étudie en outre les oiseaux, les grenouilles et surtout les singes. Par l’observation des primates, il rejoint les thèses évolutionnistes de Darwin. Sa femme l’assiste dans son travail. Elle l’aide à rédiger ses textes, les met au propre, les relit et corrige les fautes d’orthographe.


En 1863, il publie un traité de zoologie intitulé La Vie des animaux, qu’il enrichira au fil des années. Meyer, le président de la société de zoologie de Hambourg est furieux contre son directeur à double titre. Tout d’abord, il ne fait aucune référence au parc zoologique. Meyer aurait apprécié que son directeur fasse la promotion de son parc. Par ailleurs, il craint pour la clientèle, car les thèses de Brehm, défendues dans son ouvrage, sont très loin de faire l’unanimité. Brehm compare les animaux à des êtres humains. Il travaille sur les sentiments, la colère, la frustration, la tristesse, la cruauté, la colère, etc. Il dote les animaux de capacités intellectuelles et de jugement. Il emploie des termes tels que bien, mal, meurtre. Ce champ d’investigation ne peut pas être étudié par la science telle qu’elle est conçue au XIXe siècle. Ses détracteurs disent qu’il affable, qu’il personnifie les animaux dans le but de raconter des histoires au peuple et gagner sa vie. C’est un divertissement déguisé en étude scientifique. Bernard Altum est l’un de ses plus grands détracteurs. Il professe une méthode d’étude et d’observation classique. Profondément religieux, il s’oppose aux théories de Darwin. Les animaux réagissent uniquement par instinct. Alfred Brehm se fait donc de nombreux ennemis. Le monde universitaire critique outre certaines de ses théories sa démarche peu scientifique. La société de zoologie de Hambourg lui reproche son incapacité à gérer correctement le parc animalier. Meyer nomme un inspecteur pour le seconder, qui dans les faits, prend en charge toutes les tâches du directeur. Brehm ne supporte plus cette situation et remet sa démission. Ensuite, il clame dans tous les journaux qu’il a été honteusement licencié. Karl Agenberg Jr, un des plus grands marchands d’animaux d’Europe ouvre son parc à Hambourg. C’est un concurrent féroce et plus attractif. Les successeurs de Brehm se succèdent, sans qu’aucun ne parvienne à améliorer la situation. Le parc ferme ses portes en 1911.


En 1878, son épouse Mathilde décède des suites d’un accouchement, le laissant veuf avec cinq enfants à charge. Pour vivre, il donne des conférences. Il se trouve aux Etats-Unis lorsqu’il apprend la mort de son plus jeune fils. Il rentre en Allemagne et emménage avec ses enfants dans la maison familiale à Renthendorf. La douleur engendrée par la perte de son fils l’amène à s’interroger sur la possibilité qu’ont les animaux à ressentir de la peine ou de la tristesse lors de la perte d’un être cher. Il meurt le 11 novembre 1884 des restes de la malaria contractée en Afrique, qui mal soignée, lui auront causé, tout au long de sa vie, de fièvres.
Alfred Brehm est l’un des pionniers de l’éthologie, l’étude du comportement des animaux, qui est aujourd’hui une discipline scientifique reconnue.


Sources
Texte : Alfred Brehm : un certain regard sur les animaux, documentaire réalisé par Kai Christiansen, Allemagne, 2013, 120min.

Image : wikimedia.org