samedi 20 décembre 2014

SIMCA l'hirondelle automobile

Au début du XXe siècle, le coureur cycliste français Ernest Loste prend sa retraite. Il ouvre à Paris un garage automobile. En 1907, il signe un partenariat avec la marque italienne Fiat et devient le distributeur exclusif des automobiles Fiat en France. Les affaires fleurissent à tel point que Fiat ne souhaite plus laisser un petit garage distribuer ses produits. En 1926, Fiat crée la SAFAF (Société Anonyme Française des Automobiles Fiat) qui gère la vente de voitures en France. Le groupe nomme Ernest Loste au poste de président. Cependant étant actionnaire minoritaire, il ne pèse pas dans les décisions, qui sont prises. C'est un jeune turinois Enrico Teodoro Pigozzi, qui dirige réellement l'entreprise.
Dans les années 1930, face à la crise économique mondiale, les Etats se replient sur eux-mêmes. Dans le cadre de mesures protectionnistes, les droits de douane augmentent. L’importation des voitures Fiat n’est plus rentable. Pigozzi réussit à convaincre le groupe de délocaliser toute la chaine de fabrication des voitures en France, du façonnement des pièces jusqu’à l’assemblage. Il francise son prénom en Henri Théodore pour contrer les sentiments xénophobes parcourant la société. En 1932, la SAFAF devient la Société Anonyme Française pour la fabrication en France des automobiles Fiat. Pigozzi met en place un réseau de sous-traitants qui produisent les pièces. Ses ateliers de Suresnes se chargent de les assembler. Les 6CV SAFAF, inspirées de la Fiat 508 Balilla, portent sur la calendre la mention « fabrication française ». Ce modèle connait un vif succès. Pour Fiat, il devient indispensable de disposer de véritables complexes industriels en France.

Le 2 novembre 1934, Fiat crée, par l’intermédiaire du comte Henri Amaury de Jacquelot du Boisrouvray, la Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile (SIMCA), qui remplace la SAFAF. Tous les actionnaires sont français. SIMCA rachète l’usine Donnet à Nanterre et des ingénieurs italiens la réaménagent. Roger Fighiéra est nommé président de SIMCA et Henri Pigozzi directeur général. Les premières voitures SIMCA-Fiat sortent des usines de Nanterre en juillet 1935. La gamme comprend deux modèles : la SIMCA-Fiat 6CV clone de la Fiat 508 Balila et la 11CV clone de la Fiat 518 Ardita. Puis en 1936, sort la Simca 5 clone de la Fiat 500 Topolino. Les voitures de la marque SIMCA-Fiat sont des copies des versions italiennes de Fiat, mais entièrement fabriquées en France. Grâce à ses techniques modernes de fabrication, de promotion et de gestion des produits, SIMCA devient le quatrième constructeur français. En 1938, la marque se dote d’un nouvel écusson. Il s’orne d’une hirondelle faisant référence au slogan de ses voitures : « un appétit d’oiseau ». Le nom de Fiat disparait pour ne pas porter préjudice à la marque. La xénophobie, notamment envers l’Italie fasciste, prend de l’ampleur en France.
Durant l’occupation, les Allemands obligent les entreprises à participer à l’effort de guerre. Les usines d’automobiles doivent fabriquer des véhicules militaires et se voient affecter un administrateur désigné par les Allemands. Du fait que l’Italie soit membre de l’Axe, SIMCA obtient que son administrateur soit un personnel Fiat. Sa production reste libre. Ce traitement de faveur s’estompe en 1943, lorsque l’armée allemande connait des revers. Désormais, l’usine SIMCA de Nanterre est affectée à la maintenance des véhicules militaires et à la fabrication de chenille de tanks.
A la libération, SIMCA intègre la Générale Française Automobile (GFA), un consortium dont le but est de rationaliser la fabrication automobile. En 1946, Pigozzi réussit à faire échouer le projet de la SIMCA-Grégoire prévu dans le plan gouvernemental et reprend la tête de l’entreprise. Il échappe à la nationalisation et aux contraintes du gouvernement. La marque sort la Simca 5 et la Simca 8. La première est améliorée en 1947 et devient la Simca 6. Néanmoins, ce modèle ne rencontre pas le succès escompté et souffre de la concurrence de la Renault 4CV. Cette dernière est vendue moins chère à cause du prix imposé par le gouvernement et présente l’avantage d’offrir quatre portes. Dans les années 1950, Fiat et SIMCA profitent de l’aide financière du Plan Marshall pour sortir la Fiat 1400 et sa sœur la SIMCA 9 Aronde, qui rencontre un vif succès.
En 1954, Pigozzi devient le PDG de SIMCA. L’entreprise, en pleine croissance, cherche un nouveau lieu pour s’implanter, car l’usine de Nanterre est devenue trop petite. Pigozzi lorgne du côté des usines Ford situées à Poissy. Le constructeur américain connait des difficultés. En effet, les modèles américains s’adaptent mal au marché français. Leur moteur consomme trop d’essence. Un accord est trouvé. SIMCA accroit grandement sa production grâce à ses nouvelles usines et hérite en plus des plans de la Ford Vedette. Piggozi se diversifie en acquérant en 1955 la société UNIC qui fabrique des camions et la création de la SOMEC pour la fabrication de matériel agricole. SIMCA devient le deuxième constructeur français derrière Renault. Au début des années 1960, Piggozi rachète le constructeur Talbot et ses usines de Suresnes. 200.000 voitures sont fabriquées chaque année. En 1961, Pigozzi sort des usines de Poissy la Simca 1000, qui rencontre un long succès jusqu’en 1978.

En 1958, Chrysler rachète les parts du capital détenues par Ford et en acquière d’autres. Le constructeur américain devient actionnaire à 25% de SIMCA. En 1962, Fiat entend profiter de la création du marché commun européen pour créer sa propre filiale en France. Elle se sépare de SIMCA et revend ses parts à Chrysler, qui devient l’actionnaire majoritaire avec 62% des parts. Piggozi est démis de ses fonctions. Il meurt l’année d’après. Georges Héreil, ancien patron de Sud-Aviation, lui succède. Il doit lutter contre la direction américaine pour sortir la SIMCA 1100, car ces derniers préféraient commercialiser en France des voitures de la marque Chrysler et ne pas encombrer le marché. La SIMCA 1100 sort en 1967 et se vend à deux millions d’exemplaires jusqu’en 1981. En 1970, Chrysler rachète les parts encore détenues par Fiat. La société SIMCA est rebaptisée Chrysler France, mais la marque demeure. Le constructeur néglige les investissements dans l’évolution de ses mécaniques et se retrouve en difficulté sur les marchés européens. En août 1978, Chrysler revend l’ensemble de ses filiales en Europe. Peugeot PSA, avec le soutien du gouvernement, rachète Chrysler France. En 1979, le constructeur français décide de supprimer la marque SIMCA et de la remplacer par Talbot, qui disparaitra à son tour en 1985. En 2004, un musée dédié à SIMCA ouvre ses portes sur le centre technique PSA de Carrières-sous-Poissy. Il est entretenu par l’association l’Aventure Automobile à Poissy – CAAPY.

Sources
Texte : Visite du musée SIMCA, Carrières-sous-Poissy, CAAPY, septembre 2014.

Image : img.kazeo.com

samedi 13 décembre 2014

Les mythes grecs

Le terme « mythologie » est une invention du XVIIIe siècle pour distinguer les récits que l’Eglise considère comme fictifs. Elle place du côté de la légende, voire de l’erreur, toutes les histoires se rapportant à des religions polythéistes. Les récits mythologiques diffèrent de la révélation chrétienne. Les mythes sont un ensemble de traditions transmises de génération en génération. Ils conservent la mémoire collective d’un passé ancien. Il n’existe pas de corpus fixe comprenant des récits figés. Chaque auteur ajoute sa touche en fonction des goûts de l’époque, quitte parfois à être en contradiction avec les versions précédentes. Néanmoins, certains éléments des mythes ne peuvent pas être modifiés, par exemple, Zeus est toujours le roi des dieux, Hélène est toujours la cause de la guerre de Troie, Oreste tue toujours Clytemnestre. Les philosophes et les historiens ne remettent jamais en cause ces récits, mais seulement les exagérations faites par les poètes pour mieux captiver leur public.

Au –VIIe siècle, le poète Hésiode raconte la naissance, les combats et les amours des divinités. Les dieux grecs possèdent une histoire, voire plusieurs et elles ne sont pas nécessairement gouvernées par la justice. Leurs comportements et leurs sentiments sont identiques à ceux des humains. Les dieux couchent avec des déesses, mais aussi avec de nombreuses mortelles qui donnent naissance à des demi-dieux. Ces derniers ont forgé les tribus à l’origine des cités-Etats. Certains écrits d’Hésiode possèdent des similitudes avec des récits phéniciens du –IIe millénaire. Par exemple, la lutte de Zeus contre les Titans pour arriver au pouvoir rappelle la bataille livrée par Anou contre Alalou détrôné du sommet de la montagne par des éclairs.

Les cités possèdent leurs dieux tutélaires (le poliade), même si tous les dieux du Panthéon sont honorés. Le poliade joue un rôle dans la représentation que la cité et les citoyens se font d’eux-mêmes. La cité possède à la fois une identité politique (un territoire, une monnaie, des institutions, des valeurs) et une identité religieuse et mythique qui raconte sa naissance et son histoire. Le mythe rapporte qu’Athéna et Poséidon se disputent l’honneur d’être le poliade d’Athènes. Athéna offre au peuple athénien l’olivier pour apporter l’agriculture et par extension l’abondance. De son côté, Poséidon frappe le sol pour faire jaillir une source d’eau. Après délibérations, le jury choisit Athéna qui donne son nom à la cité. Le présent offert par la déesse se dresse toujours sur l’Acropole. Poséidon est honoré et possède un temple sur l’Acropole lorsqu’Athènes devient une puissance navale.
Athéna incarne l’identité d’Athènes. Ses symboles, la chouette et l’olivier, deviennent ceux de la cité. L’olivier est un arbre nourricier, qui possède également une symbolique guerrière. Il pousse dans les sols rocailleux, ne perd jamais ses feuilles et possède la faculté de renaître. Ainsi, les Athéniens montrent leur courage et leur résistance face à l’adversité. L’olivier est présent lors des grandes étapes de la vie des citoyens. Il est de coutume d’accrocher à la porte des maisons des nouveaux parents des rameaux d’olivier. Une couronne est remise au vainqueur des jeux et concours organisés pour les fêtes religieuses. La chouette apparait sur les pièces de monnaie. Avec la Ligue de Délos et l’hégémonie athénienne, la chouette athénienne devient la monnaie de référence et la plus répandue dans le monde grec.

Les mythes servent des objectifs politiques. Ils sont parfois réécrits en ce sens. Le cas de Thésée est significatif. Au –VIIe siècle, Thésée est un jeune héros, le sauveur des personnes offertes en sacrifice au Minotaure. En ce sens, il est le protecteur des jeunes guerriers. Au siècle suivant, il devient le civilisateur de l’Attique. En effet, ce dernier part da sa ville natale de Trézène pour rejoindre Egée, son père, à Athènes. En chemin, il terrasse tous les brigands et monstres terrorisant la région. Cet épisode du mythe de Thésée fait écho à la période où Athènes stabilise ses frontières en plaçant sous sa tutelle les régions qui l’entourent. Au –Ve siècle, Athènes domine la Grèce grâce à sa marine. Thésée devient le fils de Poséidon. Arthra, sa mère, après avoir couché avec Egée, trouve refuge sur une île. Durant son sommeil, le dieu de la mer couche avec elle. La défaite du roi crétois Minos face à un Athénien est une allégorie signifiant qu’Athènes est désormais la première puissance maritime au même titre que les Minoens plusieurs siècles auparavant.

Certains mythes sont construits de toutes pièces, tel l’Atlantide, une puissance civilisation ayant existé il y a 11.000 ans se développant sur une île aussi large que l’Afrique et l’Asie réunies au-delà du Détroit de Gibraltar. Les Athéniens ont vaincu les Atlantes qui désiraient les asservir avant qu’un cataclysme plonge l’île dans l’Océan. C’est une invention de Platon au –IVe siècle. Celui-ci construit un faux récit historique donnant une date, une localisation et une caution scientifique puisqu’il cite les travaux de l’historien Solon ayant voyagé en Egypte. Le mythe de l’Atlantide est construit à des fins politiques. Platon souhaite transmettre son message aux citoyens athéniens. Cependant afin de ne pas les heurter, il les invite à réfléchir sur une civilisation ayant supposé existé. Platon les met en garde contre l’impérialisme. Après la défaite contre Sparte, Athènes est en guerre contre ses alliés. L’Atlantide véhicule un message intemporel s’adressant à tous les Etats.

Les Pères de l’Eglise combattent les mythes en y puisant des éléments montrant les comportements immoraux des dieux grecs. Certains mythes sont transformés et intégrés à la Bible : les juges des Enfers lors du jugement dernier, Noé avec Deucalion le fils de Prométhée qui échappe au déluge créé par Zeus pour punir les Hommes qui ont reçu le feu. Les premiers chrétiens vivent dans la culture gréco-latine. Ils fréquentent les mêmes écoles que les païens. Ils disent que les Grecs n’étaient pas loin de la Révélation. Au XIIe siècle, les mythes servent pour l’enseignement du latin dans les écoles. Les intellectuels les considèrent aussi comme des objets de beauté en ce qui concerne les poètes antiques. Au Moyen âge, les moines jouent un grand rôle dans la sauvegarde des mythes grecs. Ils trient les écrits des Anciens. Au XVIIe siècle, l’opéra et la tragédie mettent en scène des mythes grecs. En Italie, les Princes commandent ce type de sujet, car ils apprécient de voir les dieux et les héros auxquels ils s’identifient par les vertus et les valeurs de leur groupe social. Au XIXe siècle, les psychanalystes, dont Freud, s’emparent des mythes grecs. De nos jours, ces histoires vivent toujours au travers de la littérature, du cinéma, de la bande dessinée et des jeux vidéo.

Sources
Texte : "Grèce : des dieux et des Hommes : à quoi servent les mythes", L'Histoire, n°389, juillet-août 2013, 112p.

Image :  intellego.fr

Voir l'article sur les mythes

samedi 29 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 4/4

Dans les années 1930, la Grèce se limite sur la scène diplomatique. Un pacte d’amitié est signé avec la Turquie pour tourner la page du passé et pouvoir se consacrer à la construction du pays. Les relations sont tendues avec la Bulgarie et la Yougoslavie. Le pacte signé avec l’Italie est remis en cause avec l’avancée des troupes italiennes le long de l’Adriatique.

Occupation, résistance et reconstruction (1940 – 1967)
En octobre 1940, les Italiens attaquent la Grèce, suite à leur refus de se rendre. Les Grecs parviennent à repousser leurs ennemis jusqu’en Albanie. En février 1941, les Allemands viennent au secours des Italiens. Le pays est conquis en deux mois, puis démembré. La Bulgarie s’empare de la Thrace, de Thassos et de Samothrace et mène une politique de bulgarisation de la population. L’Italie annexe les îles ioniennes. Le reste du pays est administré par les Allemands et les Italiens, qui persécutent la population et pillent le pays. Le roi et son administration se réfugient au Caire et gèrent une armée libre de 40.000 hommes se battant aux côtés des Britanniques en Afrique du Nord.
La résistance s’organise vite autour de trois mouvements l’EDES, l’EKKA et l’EAM. Ce dernier, regroupant les communistes, jouit d’un grand prestige depuis qu’il combat la restauration monarchique. Ces trois mouvements s’affrontent et d’autant plus à partir de 1943, lorsque l’Italie quitte le pays. En avril 1941, l’EAM écrase militairement l’EKKA et cantonne l’EDES à la région de l’Epire. En 1944, l’EAM forme un gouvernement provisoire et conteste la légitimité de la couronne. Les Britanniques négocient avec eux pour que la Grèce ne bascule pas du côté des Soviétiques. De 1946 à 1949, le pays sombre dans une guerre civile opposant les communistes et les libéraux. Ces derniers reviennent au pouvoir et réinstaurent une monarchie parlementaire.
Au début des années 1950, le pays est dévasté. La Grèce jouit du plan Marshall et entre dans l’OTAN en 1951. La réorganisation agricole permet au pays de devenir auto suffisant en 1958. L’Etat investit dans les industries, reconstruit une marine marchande et développe le tourisme. La région d’Athènes draine les populations. Au début des années 1960, la transition urbaine est réalisée. De 1960 à 1967, la droite (ERE) dirigée par Constantin Caramanlis dirige le pays au détriment du centre mené par Georges Papandréou et la gauche socialiste.

Le régime des colonels (1967 – 1974)
Le 21 avril 1967, des militaires effectuent un coup d’État. Georges Papadhópoulos dirige le pays, tout en gardant le roi dans ses fonctions. Les colonels éliminent toute forme d'opposition et de contestation. Des gouvernements se succèdent, afin de laisser croire que le pouvoir n'est pas détenu par les seuls colonels dont Papadhópoulos. En 1968, le colonel Aléxandros Panagoúlis tenta d'assassiner Papadhópoulos. Condamné à mort, une très forte mobilisation de l'opinion publique internationale permet d'éviter son exécution.
Le régime autoritaire est contesté dans le pays et sur la scène internationale. Les États-Unis ferment les yeux pour garder un allié dans la région face à l’Union soviétique. Les exilés politiques organisent des manifestations contre la dictature. Le 17 novembre 1973, des étudiants se soulèvent et occupent l'École Polytechnique à Exarcheia. Le régime envoie les chars pour les déloger. La population soutient le mouvement et défile dans les rues. Le roi tente un coup d’État qui échoue. Il est destitué et s’exile à Rome. La République est proclamée, mais le pouvoir reste aux mains des militaires. Le 15 juillet 1974, une organisation paramilitaire chypriote grecque, soutenue par le général Dimitrios Ioannidis, tente d'instaurer une dictature à Chypre. En réponse à cette action, les troupes turques envahissent le Nord de l'île, ce qui conduit à la partition de l’île en deux États. La tentative de coup d'État à Chypre échouée entraîne la chute de la dictature. Un gouvernement d'union nationale, dirigé Konstantinos Karamanlis se met en place.

La République et l’Europe (1974 – 2008)
Par référendum, le peuple rejette la monarchie. Une nouvelle constitution fait de la Grèce une démocratie parlementaire présidentielle fondée sur la volonté du peuple. Konstantinos Karamanlis forme un nouveau parti appelé la Nouvelle Démocratie, qui remporte les élections de 1974. De 1975 à 1981, la droite libérale de Karamanlis dirige le pays.
Karamanlis présente à la commission européenne des chiffres truqués pour obtenir l'adhésion de son pays à la CEE. Il reçoit le soutien de la France pour qui l'entrée de la Grèce de la CEE permettait d'ancrer le pays dans le camp occidental, d'affermir le jeune régime démocratique et de maintenir le statu quo avec la Turquie. Ainsi, la Grèce adhère à la CEE en 1981 et adopte le traité de Maastricht en 1992.
En 1980, Karamanlis est élu président, mais les élections législatives amènent au pouvoir le socialiste (PASOK) Andréas Papandréou. Le nouveau premier ministre mène une politique pro européenne et pro atlantiste contrairement aux lignes du parti. Malgré cela, il conserve la majorité aux élections de 1985. Il mène une politique d'austérité qui touche durement la population. Son deuxième mandat est marqué par d'importants problèmes économiques ainsi que par un certain nombre de scandales, notamment sa liaison avec une jeune hôtesse de l'air. Malgré tout, le PASOK obtient encore 39 % des voix lors des élections législatives grecques en 1989. Une commission d'enquête parlementaire se penche alors sur les accusations de corruption et d'écoutes téléphoniques illégales portées contre Andréas Papandréou, qui est acquitté en 1992. Dans un souci de transparence le procès est entièrement retransmis à la télévision grecque. En 1996, le socialiste Kóstas Simítis est élu Premier ministre en remplacement d'Andréas Papandréou qui démissionne pour raisons de santé. Il reste au pouvoir jusqu'en 2004. La droite libérale de Kostas Karamanlis remporte les élections législatives.
Arrivé au pouvoir Karamanlis termine les préparatifs pour les Jeux olympiques  Son gouvernement suit ensuite une politique largement libérale. Sur le plan économique le premier ministre Kostas Karamanlis peut s'appuyer sur de bons résultats économiques (croissance du PIB, diminution du taux de déficit public). Cependant son gouvernement n'a pas engagé toutes les réformes demandées par l’Union européenne, sur les retraites ou la privatisation. Il a dû faire face également à quelques scandales politico-financiers ayant touché son gouvernement. En 2007, des scandales politico-financiers entachent l'image de son gouvernement. En 6 décembre 2008, des émeutes durent plusieurs jours et nuits, doublées d'une grève générale pour protester contre la cherté de la vie, le chômage et la réforme des retraites. Aux élections de 2009, le PASOK, avec Géorgios Papandréou,  revient au pouvoir.

Le défi de la crise économique (2008 – 2015)
En 2008, la crise économique mondiale touche de plein fouet le pays. Son endettement atteint les 120% du PIB, son déficit atteint les 13% du PIB. Cette situation est le résultat d’un manque de transparence dans la gestion de l’économie grecque et ses difficultés à prélever l’impôt. Les financiers craignent que la Grèce ne puisse pas rembourser sa dette publique avec les intérêts de cette dette. Depuis mai 2010, la Grèce recourt à l’aide du FMI et de l’UE. La crise grecque engendre des débats houleux au sein de l’UE. La France est disposée à aider de nouveau la Grèce, tandis que l’Allemagne désire que les banques et les financiers, ayant prêté sans prendre en compte la situation du pays, soient également mis à contribution. En contrepartie, la Grèce doit mener des politiques de réduction des déficits publics et des dépenses sociales.

Sources
Texte : CONTOGEORGIS Georges, Histoire de la Grèce, Hatier, Turin 1992, 468p
Image : blogs.afp.com

vendredi 21 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 3/4

La période ottomane (1453 - 1797)
La domination byzantine se réduit graduellement après la prise de Constantinople. En 1458, les Turcs s’emparent du duché d’Athènes, en 1460 de la Béotie, en 1462 de Lesbos, en 1470 de l’Eubée, en 1475 de Samos, en 1520 de Rhodes. Les Cyclades et Chypre demeurent sous contrôle vénitien jusqu’à la fin du XVIe siècle.
Dans la nouvelle administration, tout appartient au sultan, qui délègue selon ses faveurs les charges, les privilèges et les domaines. Ainsi les paysans louent la terre et sont libres de la cultiver. Le pouvoir ottoman étant décentralisé, les communes conservent une certaine autonomie. Le sultan reconnaît l’Église orthodoxe et laisse au patriarche de Constantinople toutes ses fonctions et privilèges. En échange, celui-ci doit payer une taxe et reconnaître le pouvoir temporel du sultan. L’Église se retrouve bornée à la sphère religieuse. La bourgeoisie des villes élit les notables et participe à la gestion des affaires financières, économiques et sociales de la ville. Les notables sont issus du clergé avant d’être supplantés par les laïcs au cours du XVIIe siècle. Les phanariotes sont de grands notables grecs proches du patriarcat orthodoxe et présents à la cour du Sultan. Ils possèdent de hautes charges et orientent parfois la politique. Les hauts dignitaires de l'Église sont tous grecs. Les non musulmans payent un impôt spécial : la capitation. Tant que les Grecs s’acquittent de leurs taxes et ne créent aucun trouble, ils sont laissés en paix. Les non-musulmans ne servent pas dans l’armée du sultan. Le fardeau de la conscription ne pèse pas sur les paysans, à l’exception de la « razzia des enfants ». Chaque famille chrétienne doit offrir un fils sur cinq au Sultan, qui forme ensuite le corps des Janissaires.
Les Turcs ouvrent leurs portes aux commerçants étrangers par l’octroi de capitulation. Les Grecs restent les marchands de la Mer noire et de la Méditerranée orientale surtout après le départ des Vénitiens. Smyrne et Thessalonique deviennent les plaques tournantes de la Mer Égée. Le développement du commerce, notamment du textile, entraîne une hausse de la production et le développement de centres urbains et ruraux. Les Grecs s’implantent en Europe centrale et en Russie. La Crimée compte une importante communauté grecque. Les Turcs considèrent le commerce comme une occupation moins digne que la profession des armes et est laissé aux Grecs.
Du XVe au XVIIIe siècle, l’école crétoise est la référence en peinture, avec des artistes comme Théophanis et le Greco. Les monastères du Mont Athos et des Météores imposent leur style dans la peinture religieuse. Les peintres diffusent les canons en établissant des ateliers dans les Balkans et en Russie. L’influence gréco-byzantine est forte dans l’architecture ottomane. Les monuments religieux turcs s’inspirent de la basilique Sainte Sophie.
En Occident, la Renaissance puis les Lumières prennent la culture antique grecque comme modèle. Dans la peinture, l'architecture et la sculpture, l'Europe recherche chez les anciens la perfection. Les Lumières s'inspirent des systèmes d'idées, des notions de libertés individuelles, sociales et des systèmes politiques de la Grèce antique.
En Grèce, le courant des Lumières ne vise pas seulement à l’éducation de l’Homme, mais aussi à un changement radical des conditions de vie en adoptant le modèle de la société bourgeoise. L’Église orthodoxe apporte son soutien au pouvoir ottoman qui l’a préservée. De fait, elle se retrouve en contradiction avec les volontés des intellectuels sur la question de l’identité nationale. L’Église aurait pu servir de ciment à la Grèce face aux Turcs musulmans. Après la Révolution française, l'Église orthodoxe condamne la moindre révolte. La défense du gouvernement ottoman est mal acceptée par les classes populaires qui la contestent.
La notion d'identité grecque se ravive au XVIIIe siècle, car elle est portée par les milieux intellectuels et la bourgeoisie. Ces derniers exercent une influence grandissante dans les affaires de l'empire et engrangent de l'expérience. La Grèce voulue est identique à celle de l'Antiquité, regroupant une partie des Balkans et de l'Asie mineure. Le peuple y voit la résurgence de l'empire byzantin. S'inspirant des principes de la Révolution française, la Grèce indépendante instaurera une égalité totale des citoyens. Les phanariotes optent pour un royaume chrétien dirigé par un despote éclairé comme en Russie. Ces mouvements sont mal perçus en Europe centrale et dans les Balkans. Ils ne voient pas d'un bon œil la création d'un État qui viendrait sans nul doute les concurrencer économiquement et culturellement. La question se pose sur la manière de faire : soit succéder à l'Empire ottoman en s'accaparant les affaires politiques comme l'ont fait les Romains en leur temps, soit prendre le pouvoir par une révolution. Les élites optent pour le premier choix étant donné qu'elles sont présentes dans les institutions. De plus, les Grecs constituent la force économique et culturelle de l'empire. La bourgeoisie et le peuple préfèrent une révolution. Les premiers espèrent faire sauter les carcans économiques. Les Turcs ne favorisent pas le développement des manufactures et du commerce. Les bourgeois assimile les aristocrates, aux yeux du peuple, à des agents de l'État.
En 1769, des révoltes éclatent dans le Péloponnèse. Lors des guerres qui l'opposent à la Turquie, (1761-1774 / 1788 - 1792) la Russie favorise les mouvements révolutionnaires en Grèce, afin de déstabiliser les Ottomans et s'emparer du commerce en Mer Noire. En 1798, Lambros Katsonis, ayant servi dans l'armée russe, appuie les mouvements révolutionnaires. Le chef d'un mouvement clandestin Rhigas Feraios est arrêté à Vienne et livré par la police autrichienne aux autorités turques, qui le condamnent à mort en 1798.

L'indépendance de la Grèce (1797 - 1832)
En 1797, les Français s'attribuent au détriment des Vénitiens les îles de la Mer ionienne. En 1801, la France reconnait l'autonomie de la République des Sept-îles placée sous protectorat franco-russe, puis britannique après la chute de Napoléon Ier. Parallèlement, l'île de Samos constitue une principauté autonome de 1829 à 1913, date de son rattachement à la Grèce.
Sur le continent, la Société amicale d'Odessa devient le mouvement indépendantiste le plus influent. Il est fondé en 1814 par Nikolaos Scoufas, Athanase Tsakalof et Emmanuel Xanthos. La direction est confiée à Alexandre Ypsilanti, général russe et aide de camp du tsar. En février 1821, il mène des actions révolutionnaires dans les Balkans. Les Ottomans concentrent leurs forces dans la région et matent la révolte. Cependant, le champ est libre en Grèce qui se soulève à son tour. De 1821 à 1824, les Grecs luttent pour leur indépendance. Le Sultan demande l'aide de l'Égypte. La lutte est farouche, mais les généraux grecs Colocotronis, Miaoulis et Sachtouris tiennent le coup. La montée en puissance des militaires ne plait pas à la bourgeoisie. Elle craint que la Grèce devienne un État autoritaire. De par ses valeurs culturelles et religieuses, la Grèce jouit en Europe d'appuis. Français et Britanniques font pression sur le sultan pour qu'il accorde l'autonomie à la péninsule. En 1828, les Russes battent l'armée ottomane. Par le traité d'Andrinople du 14 septembre 1829, la Turquie reconnait l'autonomie de la Grèce. Londres décide, avec le soutien de Paris, la création d'un royaume grec indépendant qui devient effectif en 1832.

La monarchie bavaroise (1832 - 1862)
La Grèce indépendante comprend les Cyclades, le Péloponnèse et le centre. Elle compte 700.000 habitants, dont 5.000 à Athènes. A l'échelle de l'Europe, la capitale fait figure de gros bourg rural. Ioannis Capodistrias, ancien ministre des affaires étrangères russe, est appelé par l'assemblée pour organiser la nouvelle administration. Les Grecs sortent appauvris de la révolution. Le pays a souffert économiquement. Elle se retrouve sous la dépendance du Royaume-Uni qui lui octroie des crédits avec intérêt.
Le 9 octobre 1831, des aristocrates assassinent Capodistrias et favorisent l'instauration d'une monarchie de droit divin. Avec le soutien des Britanniques, le prince de Bavière accède au trône sous le nom d'Othon Ier. La mise en place d'un État centralisé est différent de ce qu'a connu la Grèce depuis l'Antiquité, c'est à dire un État décentralisé et polycentrique. Seuls les Bavarois accèdent aux hautes charges militaires et administratives. C'est le règne de la Xénocratie. Le gouvernement d'Othon réorganise et améliore la justice et l'éducation. En 1837, l'université d'Athènes ouvre ses portes. Néanmoins, il ne parvient pas à développer l'économie. 80% des agriculteurs restent sans terre et préfèrent quitter le pays. Othon soutient le sultan d'Égypte dans sa guerre contre les Ottomans. Les dépenses militaires ruinent le pays. Une révolution éclate en 1843.
Othon Ier reste au pouvoir, mais il est obligé d'adopter une constitution libérale. Cependant dans les faits, le nouveau régime ne fonctionne pas de façon parlementaire. Le roi, soutenu par Ioannis Kolettis, son Premier Ministre, gouverne contre la majorité élue à la chambre. Durant la guerre de Crimée (1854-1855), la situation économique du pays s'aggrave à nouveau. Les Britanniques mettent en place un blocus maritime et les Français occupent le Pirée. Une révolution éclate à nouveau en 1862. Le couple royal quitte le pays. Le peuple appelle au pouvoir Alfred, le fils de la reine Victoria. Cependant, la France et la Russie ne veulent pas voir un Britannique à la tête de la Grèce. Les trois puissances se mettent d'accord pour nommer le prince danois du Schleswig-Holstein, qui monte sur le trône sous le nom de Georges Ier.

La monarchie constitutionnelle (1862 - 1924)
L'avènement de Georges Ier s'accompagne d'une nouvelle constitution. Celle-ci étend les libertés et laisse au roi de larges prérogatives. Le nouveau roi s'hellénise, fait en sorte d'être proche de ses sujets et favorise l'intégration des îles ioniennes à la Grèce en 1864. En 1875, il nomme au poste de premier ministre Charilaos Trikoupis, ayant obtenu la majorité au parlement.
Trikoupis mène une politique libérale qui permet un démarrage économique. Les capitaux et les hommes reviennent au pays. L'industrie se développe et profite des progrès de la Révolution industrielle et de la mise en place du réseau de transport. L'isthme de Corinthe est percé en 1893. Ce développement forme la classe ouvrière et les premiers syndicats apparaissent dans les années 1880. L'État se modernise et emploie un grand nombre de fonctionnaires. Au milieu du XIXe siècle, l'Empire ottoman s'ouvre au commerce international. Les Grecs sont présents dans le commerce, la marine et la banque. La Russie combat la présence grecque dans ces domaines qui la concurrence sur les rives de la Mer noire. Elle tente de s'imposer dans les Balkans en mettant l'accent sur l'origine slaves de ces peuples.
La politique libérale s'essouffle à la fin du XIXe siècle. Les grands propriétaires fonciers s'accaparent les terres agricoles. Les travaux d'aménagement creusent le déficit. La Grèce doit emprunter à des États étrangers. En 1893, les libéraux perdent la majorité à la chambre au profit des conservateurs. Trikoupis est remercié.
En 1897, la Grèce déclare la guerre à l'Empire ottoman pour soutenir les mouvements révolutionnaires en Crète qui réclament le rattachement de l'île à la Grèce. La guerre dure trente jours et se solde par une cuisante défaite. L'intervention franco-britannique permet de limiter les dégâts. La Grèce est contrainte à des concessions territoriales très limitées et au versement d'une rente. Georges Ier est nommé vice-roi de Crète et devient le vassal du Sultan, ce qui permet de calmer les insurrections en Crète. Les chefs militaires ne digèrent pas l'humiliation infligée. Ils exhortent le roi à redresser le pays de toute urgence. Le 15 août 1909, après avoir réuni l'armée dans les casernes de Goudi dans la banlieue d'Athènes, l'État-major proclame l'insurrection. Georges Ier fait appel à Eleftherios Venizélos.
Venizélos combine les aspirations des militaires et celles de la bourgeoisie qui ne supportaient plus la politique mise en place par les conservateurs. Arrivé à la tête des affaires, il mène des réformes agraires, sur la propriété, l'administration, l'emploi, les finances, le droit du travail. Convaincu que les institutions ne sont pas responsables de la crise, mais les fonctionnaires, il n’altère pas la nature du régime.
En 1912, la Grèce s'allie à la Russie, à la Macédoine et à la Bulgarie pour affronter l'Empire ottoman. La Première guerre balkanique débouche sur une victoire et le rattachement au pays de la Crète, de l’Épire et des îles orientales de la mer Égée. Dès la fin de la guerre, les anciens alliés se disputent les frontières. La Bulgarie perd la guerre et voit la Grèce s'attribuer la région de la Macédoine. Durant la Première guerre mondiale, la Grèce combat du côté de l'Entente. Par le traité de Neuilly du 27 novembre 1919, elle obtient la Thrace et le reste des îles égéennes. De son côté, l’Empire ottoman est démantelé. Il ne reste plus que l'actuelle Turquie. Les deux pays demeurent en guerre sur la question du littoral de l'Asie mineure et du Bosphore. En 1922, les troupes grecques pénètrent trop rapidement en Asie mineure. Elles finissent par être coupées de leurs routes approvisionnement. Dans le pays, les coûts de la campagne militaire engendrent des tensions sociales favorisant le retour au pouvoir du parti conservateur soutien du roi Constantin. Celui-ci est plutôt favorable aux Allemands alliés des Turcs. Cette nouvelle politique n'est pas du goût des Britanniques et des Français. Leur soutien s'amenuise. Pendant ce temps, l'armée turque contre attaque et repousse l'armée grecque hors d'Asie. Le traité de Lausanne du 24 juillet 1923 fixe les frontières entre la Grèce et la Turquie. Tous les Grecs sont expulsées d'Asie mineure par les autorités turques et se réfugient fans la péninsule. La population atteint désormais les six millions d'habitants. Les officiers cherchent les coupables de la déroute en Turquie. Un tribunal militaire condamne à mort le premier ministre conservateur Dimitrios Gounaris qui est exécuté le 15 novembre 1922. Fort de l'appui des Britanniques et profitant du désaveu des conservateurs, Venizélos force le roi Alexandre à abdiquer. La république est instaurée le 25 mars 1924.

vendredi 14 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 2/4

L’époque hellénistique (- 340 / -146)
Le morcellement politique des cités États engendre des divisions. Le royaume de Macédoine se pose comme le seul État grec à pouvoir rassembler et défendre la péninsule. Depuis le règne d’Alexandre Ier au milieu du –Ve siècle, la Macédoine a développé son commerce et renforcé ses frontières. Philippe II modernise l’armée, composée de puissantes phalanges et d’une cavalerie légère dont les membres sont scythes. En -338 à la bataille de Chéronée, il conquiert les régions du Nord. Il prend la tête de la Ligue de Corinthe réunissant les cités du Sud. Afin d’asseoir sa domination, il unifie les Grecs contre les Perses, plan que son fils Alexandre le Grand accomplira.
En -334, Alexandre débarque avec son armée en Asie mineure. Il remporte de nombreuses victoires et soumet une à une les régions l’Empire : Phénicie, Palestine, Égypte, Babylonie. En -327, il est aux portes de l’Inde. L’Empire perse s’effondre sous son épée et seul le refus de ses hommes de continuer le force à rentrer en Grèce. Il laisse en place les élites locales en échange de leur reconnaissance comme suzerain. En revanche, les commandements militaires sont confiés aux Grecs. Il fonde de nombreuses villes formant un maillage économique et des centres de diffusion pour les mœurs et la culture grecques.
A la mort d’Alexandre en -323, ses généraux, dont Ptolémée, Antigone le Borgne et Séleucos, se partagent l’empire qui reste unifié culturellement et économiquement. Après quarante ans de conflits, un équilibre précaire s'installe entre trois dynasties. La Macédoine et la Grèce sont gouvernées par les Antigonides, l’Égypte par les Lagides, et l’Asie Mineure, Syrie, Mésopotamie, Perse par les Séleucides. Des royaumes plus petits existent aux côtés de ces trois monarchies principales. Les Grecs n’apprécient pas d’être gouvernés par un monarque absolu comme en Orient. Les cités grecques se regroupent en confédérations qui s’opposent à la gouvernance macédonienne. Parallèlement, la Sicile tombe sous le giron romain. Les cités grecques de Gaule s’allient avec Rome pour se protéger des Carthaginois.

La période romaine (-146 / 476)
Après la conquête de la Sicile suite aux guerres puniques, Rome s’empare des territoires balkaniques pour contrôler et pacifier l’Adriatique. Se sentant menacé, Philippe V de Macédoine s’allie aux Carthaginois. Les Romains sortent vainqueurs des deux guerres macédoniennes. La victoire des légions à Cynocéphales en -196 consolide le rôle d’arbitre des Romains en Grèce au détriment de la Macédoine. Entre -192 et -188, les Romains affrontent les Séleucides, qui vaincus, se rétractent en Asie mineure et laissent la péninsule grecque libre. La Macédoine est une nouvelle fois vaincue, puis c’est au tour de la confédération achéenne d’être battue à Corinthe en -146. Au départ, les Romains sont motivés par la recherche de terres agricoles et de richesses minières. Ils adoptent l’économie de marché telle qu’elle a été mise en place par les Grecs.
Les auteurs louent les Romains d’avoir amené la paix dans la région. Les Romains empruntent aux Grecs leurs modèles littéraires, leurs courants philosophiques, leur architecture et une grande partie de leur mythologie. Ils diffusent tout ceci jusqu’aux confins de l’Occident. La stabilité de l’empire permet à la Grèce de développer une nouvelle période de faste. La Grèce est le centre culturel de l’empire.
Dès le milieu du –IIIe siècle, les élites juives parlent grec. A Alexandrie, l’Ancien testament est traduit en grec pour les juifs hellénophones. L’hellénisme pose au judaïsme le problème de l’ouverture aux autres nations et cultures, vide que le christianisme va combler. Les premières communautés chrétiennes apparaissent à Antioche au Ier siècle, avant de se multiplier dans toute la péninsule. Le Nouveau testament est rédigé en grec.
En 395, l’empereur Théodose partage l’Empire romain entre ses deux fils. La Grèce fait partie de l’Empire romain d’Orient, ayant Byzance pour capitale. Cette ville a déjà été choisie par l’empereur Constantin comme centre religieux et culturel. Théodose proclame le christianisme religion officielle de l’État, interdisant toutes manifestations de cultes païens. En 476, l’Empire romain d’Occident s’effondre sous les coups des barbares. Ces derniers achèvent un empire en pleine décadence. L’Empire d’Orient survit.

La première période byzantine (476 - 1204)
L’Empire byzantin cumule les richesses économiques de l’Orient et les richesses culturelles et religieuses de la Grèce. Fort de ses atouts, l’Empire est la première puissance européenne durant la première moitié du Moyen-âge. La société conserve ses aspects de la Grèce antique : État de droit basé sur le Code justinien, existence d'un Sénat secondant l'empereur, absence de servage, collectivités agricoles libres. Les villes arborent une architecture sophistiquée de type romane et jouissent d'un certain confort : eau courante, tout-à-l'égout, bains publics, éclairage. Les universités de Constantinople, de Mistra et de Trébizonde assurent la transmission des savoirs antiques, de la philosophie grecque classique et de la médecine hippocratique.
Les Byzantins ont une conception collégiale et représentative de l’organisation interne et dans ses rapports entre les cinq patriarches. Cette conception démocratique est issue de la Grèce antique. Rome a une conception verticale et centrale. Le patriarche de Constantinople conteste la supériorité du Pape et son intervention dans toutes les questions dogmatiques et administratives de l’Église. En 1054, la rupture est consommée entre Rome et Constantinople. Le grand schisme donne naissance à la religion orthodoxe, qui se veut fidèle aux dogmes et à l’organisation des premières communautés chrétiennes.
Entre le VIIe et le XIe siècle, les Byzantins perdent petit à petit leurs territoires orientaux et africains face aux musulmans. L’empire se limite aux Balkans, à la Grèce, à l’Asie Mineure et à quelques principautés en Italie. La perte de ses territoires entraîne une perte de richesse importante, ce qui affaiblit l’empire. En 1071, les Ottomans battent les Byzantins à Martzikert et s’implantent en Turquie. En Occident, les Normands conquièrent les possessions byzantines en Italie méridionale et en Sicile. Avec l’appui de la Papauté, ils fondent des royaumes et ravagent les provinces balkaniques. L’empereur est contraint de recourir aux navires vénitiens pour enrayer la menace normande dans l’Adriatique, contre d’importants avantages commerciaux.
Face à l’avancée des musulmans, de nombreux savants et intellectuels se réfugient en Occident en emportant avec eux les textes grecs. L’Occident redécouvre la philosophie d’Aristote et les traités scientifiques de l’Antiquité, qui fondent une première renaissance intellectuelle.
Au XIe siècle, l’empire s’est encore réduit. Il ne comprend plus que la péninsule grecque, la région du Bosphore et une partie de l’Asie mineure. Les villes marchandes italiennes (Venise, Gênes) aspirent à s’emparer des routes commerciales de l’Orient en éliminant l’intermédiaire byzantin. Rome entend toujours porter un coup fatal au pouvoir de Constantinople. En 1204, la Quatrième croisade est détournée de son but et les croisés pillent la ville.

La période franque (1204 - 1261)
Après le sac de Constantinople, un quart de l’Empire est divisé en plusieurs royaumes francs formant les États latins de Constantinople. La Macédoine constitue le royaume de Thessalonique. La Grèce centrale forme le duché d’Athènes et le Péloponnèse celui d’Achaïe. Les îles égéennes, formant le duché de Naxos, deviennent des comptoirs vénitiens. Les Francs introduisent le servage, contrairement à ce qui était répandu. L’empire byzantin survit à travers trois royaumes : l’Épire (partie ouest de la Grèce), Nicée et Trébizonde (tous deux en Asie mineure).
Les Grecs forgent l’idée de chasser les Francs et de reconstituer l’unité de l’empire en recherchant le soutien des royaumes byzantins. Après avoir réorganisé l’État, les deux premiers rois de Nicée repoussent les frontières jusqu’en Grèce. Le 25 juillet 1261, le général Alexios Stratigopoulos entre dans Constantinople. Le 15 août, Michel Paléologue est couronné empereur de Byzance dans la basilique Sainte Sophie. Les Francs sont chassés de Grèce. Les Vénitiens conservent les îles égéennes. L’attitude des croisés a détruit, chez les Grecs, l’idée de l’empire universel chrétien et renforcé l’idée de l’identité nationale forgée par la culture.

La seconde période byzantine (1261 – 1453)
Durant le XIVe siècle, l’artisanat et l’industrie se développent à nouveau. La bourgeoisie des villes se retrouve en concurrence économique avec les Italiens et en concurrence politique avec l’aristocratie terrienne. Byzance rayonne toujours par ses érudits. Photius est l’intellectuel le plus important de son temps. Il rédige des traités de grammaire, de théologie et de métaphysique.
Au XVe siècle, l’empire connaît une période de crise. De nombreux bourgeois et intellectuels grecs fuient l’avancée ottomane et trouvent refuge dans les Balkans et en Occident. L’éducation recule et n’est plus assurée que par les religieux. Le 29 mai 1453, les Ottomans prennent Constantinople, mettant un terme à l’Empire byzantin.


vendredi 7 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 1/4

La préhistoire
Les premières traces de peuplement dans la péninsule datent de 600.000 ans. L’agriculture arrive de Mésopotamie à partir de -7000. Les Grecs se spécialisent dans la culture de l’olivier et de la vigne. La poterie et le travail des métaux, notamment du cuivre, se développent vers -3000. Les villages fortifiés regroupent des maisons circulaires.

La civilisation cycladique (-3200 / -2000)
Les îles des Cyclades connaissent un essor grâce au développement du commerce maritime. Elles font la jonction entre la péninsule et le Moyen-Orient. La géographie insulaire favorise l’émergence de petites cités indépendantes plutôt qu’un État centralisé. Les Cyclades sont à l’origine du modèle social, basé sur la liberté et l’individualité, qui se développera dans toute la Grèce.
L'agriculture repose sur les céréales, la vigne et l'olivier. L'élevage se concentre sur les chèvres et les moutons et quelques porcs. Il y a très peu de bovins. La pêche complète les ressources alimentaires. Ces domaines demeurent quasi identiques de nos jours. Le bois, plus abondant qu'aujourd'hui, permet la construction des charpentes et des navires. Les îles de Naxos et Paros exploitent des carrières de marbre.

La civilisation minoenne (-2000 / -1450)
Vers -2000, la Crète supplante les Cyclades en termes de puissance. Les Crétois s’implantent sur les routes maritimes cycladiques et y greffent leurs contacts avec l’Égypte et la Sicile. De plus, l’île est à l’abri des invasions qui secouent l’Europe. L’essor du commerce crée une classe moyenne composée d’artisans et de marchands. Les palais sont le symbole de la concentration des pouvoirs voulue par les Crétois pour se protéger des puissances extérieures. Les relations entre les chefs locaux semblent pacifiques et fondées sur la collaboration. Un roi les fédère.
Entre -1500 et -1450, l’empire du roi Minos s’impose sur tout le bassin méditerranéen. L’île produit un art raffiné qui transparaît par ses palais et ses fresques. Les Crétois inventent leur propre écriture le linéaire A. Cette écriture se complexifie pour donner naissance au linéaire B, pouvant nommer des notions. Les peuples de la péninsule l’adoptent pour leur propre usage. La réalisation de grands travaux indique que les Minoens ont mis en place une division du travail et disposent d'une grande quantité d'ouvriers.
Vers -1450, la Crète perd son hégémonie. De nos jours, les historiens ont écarté la thèse d’une catastrophe naturelle. L’île doit faire face à Mycènes, la puissance montante de la péninsule, pour le contrôle des zones commerciales. Cette situation engendre des luttes armées et une déstabilisation des importations de matières premières. Des troubles éclatent en Crète qui causent la destruction des palais royaux.

La civilisation mycénienne (-1450 / -1200)
La civilisation mycénienne est un mélange des peuplades de la Grèce continentale. La société mycénienne, d’origine agricole, s’est formée au fil des conquêtes militaires. Ce passé forge une culture de la sécurité qui glorifie l’image du héros combattant. Les murailles, dites cyclopéennes du fait de leur grande taille, prouvent l’aspect sécuritaire. La société repose en partie sur le servage qui n’existe pas dans les îles. Elle copie et adopte le système palatial, l’écriture, l’architecture et l’art crétois. Le roi gouverne entouré des autres aristocrates. Le peuple ne prend pas part aux affaires politiques.
A partir de -1350, Mycènes établit des comptoirs commerciaux sur toutes les côtes de la Méditerranée. Des poteries à figure peintes ont été retrouvées. La culture mycénienne se diffuse dans le monde égéen, qui connaît pour la première fois une certaine unité culturelle.
La guerre de Troie se déroule dans ce contexte de contrôle des routes commerciales. Bien que victorieuse, Mycènes s’est affaiblie économiquement. Les tensions politiques sont exacerbées. Les Doriens, issus du Nord de la Grèce envahissent le territoire mycénien sans rencontrer une grande résistance. Les couches populaires rejettent le système palatial. La culture mycénienne se désagrège progressivement. Ses caractéristiques se perdent. Les cultures qui se développent après l'effondrement de la civilisation mycénienne sont moins ouvertes sur l'extérieur. Leurs élites sont moins riches et leur organisation socio-économique est moins complexe.

Les âges obscurs (-1200 / -875)
L’effondrement de la civilisation mycénienne débauche sur une période d’obscurantisme. La Grèce disparait de la scène internationale. La péninsule ne produit plus d’écrits. Les structures politiques et sociales se désagrègent. Une société agraire repliée sur elle-même subsiste. L’administration et la justice sont à la charge d’aristocrates formant des principautés indépendantes. Bien que morcelée politiquement, la Grèce conserve une unité culturelle au travers de la langue et de la religion.

L’époque archaïque (-875 / -510)
Au –VIIIe siècle, une nouvelle écriture phonétique supplante le linéaire B. Elle nait des échanges commerciaux avec les Phéniciens. Simplifiée, elle se répand plus facilement dans les couches sociales. Les Grecs recommencent à commercer et à rogner sur les routes phéniciennes. Ces derniers s’étaient engouffrés dans le vide laissé par les Grecs. La renaissance du commerce favorise le développement d’une bourgeoisie marchande et artisanale, qui favorise un nouvel essor urbain et monétaire. L’aristocratie participe également aux activités économiques. Les esclaves servent de main d’œuvre dans les mines.
Les Grecs sortent de leur péninsule. Les colonies méditerranéennes et de la Mer noire permettent de donner de nouvelles terres aux élites et aux paysans et ainsi d’éviter les guerres civiles. Ils s’installent dans le Sud de l’Italie (Syracuse), de la France (Marseille), de l’Espagne, en Afrique du Nord et en Asie mineure. Ils concurrencent les Phéniciens en Occident et les Assyriens en Orient. La péninsule et ses colonies constituent un vaste ensemble culturel et économique, qui se différencie des autres, des barbares. Ainsi pour la première fois, tous ses habitants se sentent grecs sans pour autant vivre dans le même État.
L’époque archaïque voit apparaître les cités états. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. Il y a tout d'abord le facteur démographique, puisque le –VIIe siècle connaît une explosion démographique. Les facteurs religieux suivent. Les cultes servent à marquer l'existence d'une communauté. Les cités décident de se choisir une divinité propre, mineure pour le reste du monde grec, mais qu'elles considèrent comme leur bienfaitrice. Enfin, la naissance de la cité grecque est parallèle à l'évolution des techniques militaires. Une nouvelle manière de combattre apparaît, qui vise à opposer deux régiments d'infanterie lourde. Ces régiments sont les phalanges hoplitiques. Le but de l'hoplite est de rester dans sa ligne et d'avancer avec les autres. Cette nouvelle formation interdit les comportements individuels et exige qu'un plus grand nombre d'hommes participe au combat. Tous les Grecs ne vivent pas en cité. Ceux du nord n'ont pas intégré immédiatement la notion de cité.

L’époque classique (-510 / -340)
En -510, les Spartiates aident les Athéniens à renverser le tyran Hippias. Le roi de Sparte, place au pouvoir Isagoras. Clisthène, son rival, soutenu par la classe moyenne, parvient avec l'aide des démocrates à s’emparer du pouvoir. Il dote la cité d'institutions isonomiques (tous ont les mêmes droits) et instaure l'ostracisme. La démocratie s'exprime dans le dème qui devient l'élément civique de base. Les citoyens exercent le pouvoir par l'Assemblée (l'Ecclésia), encadrée par un conseil de 500 citoyens choisis au hasard, la boulè.
Au –VIe siècle, le roi perse Cyrus soumet les cités grecques d’Asie mineure. Dans un premier temps, celles-ci accueillent bien le nouvel envahisseur qui leur donne accès aux marchés du Moyen-Orient. De plus, elles conservent une certaine autonomie. Darius conquiert les détroits de l’Hellespont et du Bosphore pour protéger sa frontière avec les Scythes et au passage s’accaparer les routes commerciales au détriment des cités grecques. Par ailleurs, le roi perse favorise les Carthaginois dans le commerce africain. En -493, les cités grecques se révoltent contre l’alourdissement des taxes et l’évolution tyrannique du pouvoir perse. La révolte ionienne est matée. Darius envisage de conquérir les îles égéennes et de s’en servir comme zone tampon. La première guerre médique débute en -492. Les Grecs repoussent les Perses lors de la bataille de Marathon. Lors de la seconde guerre médique, le roi Xerxès affronte la ligue de Corinthe dirigée par Sparte. Les Perses forcent les défenses spartiates aux Thermopyles avant d’être battus à la bataille navale de Salamine en -480, non sans avoir détruit l'acropole d'Athènes. Périclès la reconstruira avec l'architecte et sculpteur Phidias. Grâce à cette victoire, le prestige d’Athènes et de sa politique maritime sont renforcés face à la politique terrestre de Sparte. En -479, les Grecs sont à nouveau victorieux lors de la troisième guerre médique. Ils s’emparent de Byzance, libèrent la Thessalie. En -449, le traité de Suse amène la paix. Les Guerres médiques constituent le premier moment d’union de la Grèce. Ses habitants s’unissent contre un ennemi commun pour défendre des valeurs communes.
Athènes et Sparte sont les deux plus puissantes cités de la péninsule. Sparte avec son système oligarchique domine le Péloponnèse. La région lui fournit les ressources nécessaires pour vivre. Athènes, avec son système démocratique, mise sur le commerce maritime en développant le port du Pirée. Elle aide les cités d’Asie mineure et les îles égéennes pour s’assurer des alliés et contrôler les routes commerciales. Athènes est une cité plus ouverte que Sparte. Ses alliés et elle se regroupent dans la Ligue de Délos, du nom d’une île des Cyclades. Dans les faits, Athènes exploite cette alliance pour servir ses intérêts.
En -433, Corinthe, alliée de Sparte, perd des territoires, dont Corfou, au profit des Athéniens. Cet évènement est le déclencheur de la guerre du Péloponnèse, qui se déroule de -431 à -404. La suprématie sur la Grèce est en jeu. Dans un premier temps, les deux armées s’affrontent directement. Athènes, forte de sa flotte, assure un blocus. L’expédition militaire en Sicile est un désastre. Sparte demande l’aide des Perses en échange des cités grecques d’Asie mineure. Les Perses détruisent la flotte athénienne, tandis que les Spartiates assiègent la cité, qui finit par se rendre. Périclès meurt de maladie durant le siège. Athènes connaît une période d’instabilité. La tyrannie remplace la démocratie quelques temps.
La cité de Thèbes agrandit son empire par la place laissée par Athènes. En -371, les Spartiates sont battus à Leuctres. La domination de Sparte est mise à mal. Athènes se méfie de la puissance thébaine. Elle noue une alliance avec ses anciens ennemis. A partir de -364, aucune cité n’a les moyens de s’imposer, alors qu’au Nord, la Macédoine prend davantage d’ampleur.
L’époque classique est d’une grande richesse intellectuelle et artistique. L’absence de roi chapeautant tous les domaines et d’un clergé imposant sa vision de l’univers explique ce bouillonnement intellectuel. Pythagore et Thalès élaborent des théorèmes encore enseignés de nos jours. Socrate, Platon et Aristote sont les pères de la philosophie. Hérodote et Thucydide font de l’histoire une étude des faits et des événements contemporains. Hippocrate prône l’analyse logique des symptômes. Archimède étudie les masses. Aristophane rédige des pièces de théâtre toujours étudiées au XXIe siècle.


jeudi 16 octobre 2014

Les mythes

Le mot « mythe » vient du grec « misthos » signifiant le discours. Les mythes sont inscrits dans toutes les cultures et présentent un grand nombre de traits communs, tant par leurs thèmes que par leur trame narrative et leurs personnages. La structure de l’esprit humain facilite l’émergence de symboles, rêves et rites similaires. L’Homme a besoin d’histoires pour vivre. Il projette ce qui se passe après la mort, fantasme sur des héros et bâtit des légendes. Il est conscient du temps qui passe au travers de la mort, alors il se rassure en donnant du sens au temps. Il a un talent remarquable pour interpréter, imaginer, construire et donner du sens à ce qui l’entoure. Selon Umberto Eco, l’Homme modifie et façonne par ses créations intellectuelles un monde réel qui ne lui plait pas. Percer les mystères de la création du Ciel, de la Terre et de l’Homme, et définir sa place dans l’univers semblent être une préoccupation commune à l’humanité.

Les chercheurs se divisent sur la naissance des mythes. Faut-il y voir une prédisposition innée inscrite dans le cerveau humain ou une fonction sociale instaurant une mémoire collective construite sur des rites et des institutions ? La quête de sens est probablement à l’origine des mythes servant à expliquer des phénomènes que l’Homme ne comprend pas. Le mythe renvoie à une réalité abstraite, non représentable. Il implique d’avoir développé une aptitude à la pensée symbolique. Les mythes sont des histoires sacrées, car ils font interagir une force extérieure et sous-entendent un acte d’obéissance. Ils se développent en parallèle de la spiritualité.

Selon Michael Witzel, professeur de Sanskrit à Havard, tous les mythes auraient une origine commune vieille de 65.000 ans. Tous les mythes suivent le même enchaînement : création du monde, séparation du ciel et de la terre, création des hommes, orgueil des hommes, déluge, nouveau départ de l’humanité, fin du monde. Cette storyline est commune à toutes les mythologies américaines, européennes et asiatiques. Elle diffère de celles d’Afrique et d’Océanie. Cette différence serait due à la dérive des continents.
Les mêmes personnages se retrouvent dans tous les mythes. Le héros accomplit des exploits. Le guide enseigne des choses au héros. Des alliés l’aident. Ces derniers trouvent la mort ou sont en quête de rédemption. Les gardiens de seuils permettent au héros de voyager entre les mondes, les vies, les époques. Il s’agit d’une étape nécessaire à la maturation du héros. Les monstres le combattent. La quêté échoue systématiquement si le héros agit par orgueil. A l’inverse, elle réussit s’il lutte pour que le bien triomphe et que le chaos soit repoussé.
En 2006, Adrienne Mayor de l’université de Stanford explique que certains monstres de mythes, tels que les dragons et les griffons, sont inspirés par des fossiles ou des squelettes de dinosaures. Le désert de Gobi contient de nombreux fossiles de protocératops dont les ossements affleurent à même le sol. Les Hommes de l’époque ignorent l’ancienneté des squelettes qu’ils découvrent. Les Grecs et les Romains les étudient et parfois les vénèrent dans leurs sanctuaires comme les reliques d’un passé mythique. Les serpents de mer peuvent évoquer certaines créatures marines qui existent réellement. Par exemple, le régalée est un poisson pouvant mesurer jusqu’à huit mètres de long. Il est longiligne et argenté avec une nageoire dorsale rouge. Il vit dans toutes les mers du globe.

La Bible suit un schéma identique à celui des mythes. Les incohérences, de contradictions et d’anachronismes révélés par l’histoire et l’archéologie amènent les spécialistes à considérer que chaque livre de la Bible est une mosaïque d’œuvres composées à des époques différentes avec des objectifs politiques et religieux différents. Les différents livres de la Bible hébraïque sont rédigés dans les royaumes de Juda et d’Israël entre le –IXe et le –IIe siècle. Des similitudes avec des textes phéniciens se retrouvent avec l’évocation du Baal, El ou Yahvé. La domination assyrienne du –VIIIe siècle et ses traités de vassalité se retrouvent dans le Deutéronome, où Yahvé en souverain impose un traité à ses fidèles. La naissance de Moïse ressemble à celle du roi Sargon. La déportation à Babylone des Juifs en -587 leur permet d’entrer en contact avec les mythes mésopotamiens, de se les approprier et de les transformer à leur convenance.

Le déluge est le mythe est le plus répandu sur Terre. Il fait passer l’Homme d’un temps fabuleux au temps historique. Il définit la condition humaine et son rapport au divin. Le personnage de Noé est présent dans les trois religions monothéistes. Il s’inspire du mythe sumérien Uta Naphistim (Atrahasis le Supersage), rédigé vers -1640 et reprit dans l’Epopée de Gilgamesh. Les deux récits possèdent le même schéma : une divinité courroucée par l’attitude de l’homme décide de les anéantir en provoquant un déluge. Elle choisit un élu accompagné de sa famille pour donner une seconde chance à l’humanité. Dans la mythologie grecque, Zeus provoque un déluge. Deucalion est averti par son père le titan Prométhée et construit une arche.
Les mythes du déluge s’inspirent de catastrophes naturelles réelles (inondations, tsunami). L’Homme explique un phénomène qu’il ne comprend pas et cherche à se rassurer en disant qu’il s’agit d’évènements extraordinaires. Les changements climatiques ont modifié la carte des mers, lacs et fleuves. De nos jours, le mythe du Déluge demeure très vivace avec la fonte des glaces et la montée des eaux.

Les mythes sont employés à des fins politiques. Les mythes fondateurs construisent l’identité d’une société. Ainsi Auguste demande au poète Virgile de raconter les aventures d’Enée de la chute de Troyes jusqu’à son arrivée dans le Latium. Enée, ascendant de Romulus et Remus les fondateurs de Rome, a un fils nommé Julius, ayant donné son nom à la famille des Julii dont est issu Auguste. Ce fil généalogique prouve la légitimité du nouvel empereur qui s’insère dans la continuité de l’histoire de Rome. Les peuples germaniques, succédant aux Romains, s’inscrivent à leur tour dans l’histoire en s’inventant des ancêtres troyens pour les mêmes raisons politiques qu’Auguste plusieurs siècles auparavant. Henri Ier de France dit descendre de Priam de Troie, tandis que son rival Henri Plantagenêt, dit descendre du roi Arthur, dont le royaume s’étendait sur les îles britanniques, l’Armorique et l’Aquitaine. Au XIXe siècle, la IIIe République s’approprie les Gaulois pour se légitimer face aux monarchistes. L’Allemagne des années 1920 et 1930 se passionne pour les Vikings, les descendants des aryens.

De nos jours, les mythes n’ont pas disparu. Ils sont toujours présents sur nos écrans et dans nos livres. Certains sont revisités et d’autres sont créés. Les mythes modernes ont tous le même schéma narratif. Un homme providentiel est appelé pour une aventure durant laquelle il accomplit une série de péripéties avec l’aide d’un mentor et de ses compagnons. Il atteint son objectif, acquiert un savoir et revient chez lui pour changer le sort de ses compagnons. Ce schéma est celui suivi par les séries Star Wars, Harry Potter et Le Seigneur des anneaux. Les personnages sont toujours les mêmes : un héros, un mentor, des alliés, un personnage maléfique avide de pouvoir. Les thématiques sont similaires à celles des mythes antiques : l’enfant abandonné (Sargon II, Moïse, Superman) ou les frères se livrant une lutte fratricide (Romulus et Remus, Anakin et Luke Skywalker).
Les mythes ont un impact et une diffusion plus importants grâce à la télévision, au cinéma, aux livres et aux jeux vidéos. Par conséquent, les receveurs sont plus exigeants et demandent une plus grande sophistication de l’univers dans lequel évoluent les personnages. Ainsi, le film Avatar de James Cameron met en scène tous les aspects d’une société extra-terrestre : un système économique basé sur le troc, une langue créée de toutes pièces comprenant 1.400 mots, une faune et une flore riches. Par ailleurs, les spectateurs s’emparent des histoires pour écrire leurs propres versions ou les poursuivre et les diffuser sur internet.
Les mythes actuels traduisent toujours un besoin de merveilleux. La science-fiction est supplantée par le genre fantasy. L’Homme est devenu méfiant vis-à-vis de la science. Il a besoin de s’échapper d’un monde de haute technologie et de retrouver un univers plus archaïque et proche de la nature.

Sources
Texte : « L’origine des mythes », Les Cahiers de sciences et vie, n°147, août 2014, 96p/
Image : tpe.madmagz.com

Voir les articles
Les mythes grecs


mercredi 1 octobre 2014

Casa do Paço à Figueira do Foz (Portugal)

La Casa do Paço est construite à la fin du XVIIe siècle sur les rives du fleuve Mondego par Jean de Melo. Elle renferme une impressionnante collection de faïence bleue, appelée en portugais azulejos, d’origine hollandaise recouvrant tous les murs.

Né à Evora en 1624, Jean de Melo est le fils de George de Melo et Marie Madeleine de Tavora. Il est nommé évêque d’Elvas vers 1672, puis de Viseu vers 1684 et enfin de Coimbra de 1704 jusqu’à sa mort. En 1735, son neveu le connétable José de Melo et de Mendoça fonde à Figueira un morgadio, c’est à dire un domaine inaliénable qui se transmet du père à l’aîné. A Figueira, il inclut la maison, un port et des terres cultivables. Le morgadio est une institution juridique importée d’Espagne au début du XVIIe siècle, lorsque le Portugal était rattaché à la couronne d’Espagne. Il est aboli en 1869. Le domaine reste dans la famille jusqu’en 1810, date à laquelle il est racheté par le comte de Figueira. A sa mort en 1818, il revient dans la famille grâce à Michel Antoine de Melo, comte de Murcie. En 1882, le domaine devient la propriété de Manuel dos Santos, baron de Figueira, avant d’être racheté par la municipalité. Antoine dos Santos installe un musée de la ville. La maison abrite également tour à tour : un centre de la vie sociale et associative, un théâtre, le conseil municipal et l’association de commerce et d’industrie.

Les azulejos sont produits à Rotterdam au début du XVIIIe siècle. La manière dont ces morceaux de faïence se sont retrouvés sur les murs de la Casa do Paço demeure incertaine. L’hypothèse la plus vraisemblable demeure celle du pillage d’un navire marchand hollandais ayant fait naufrage dans la région en 1706. Actuellement, quatre salles contiennent 6700 azulejos subdivisés en trois thèmes : les paysages hollandais, la Bible et les cavaliers. Il existe 89 différentes scènes représentant la vie quotidienne et les paysages hollandais. Il s’agit de paysages champêtres, de pêche, de maisons, de ports maritimes et de villes. Ce type de représentation est très fréquent à l’époque. Les scènes bibliques sont plutôt en faïence noire, car elles sont peintes en oxyde de manganèse. Elles représentent 61 scènes différentes dont 25 issues de l’Ancien Testament et 36 du Nouveau Testament. Les cavaliers sont généralement en faïence noire également. Les personnages à cheval sont des militaires et des princes. Marie Stuart, reine d’Ecosse, est la seule femme représentée. Les chevaux cabrés et les cavaliers chutant donnent une sensation de mouvement. Leur grand nombre et leur disposition donne l’impression d’assister à une bataille.

Sources
Texte et image : brochure, Casa do Paço, Municipalité de Figueira do Foz, septembre 2013.

samedi 20 septembre 2014

Les catacombes de Paris


Les catacombes de Paris sont l’une des plus grandes nécropoles souterraines au monde avec ses ossements, correspondant environ à six millions de parisiens. Situées à vingt mètres sous terre, elles couvrent 1/800e des anciennes carrières parisiennes. Le 9 novembre 1785, Louis XVI ordonne la suppression du cimetière des Innocents situé dans l’actuel quartier des Halles. Ce cimetière, existant depuis le Moyen-Age, manque désormais de place. Sa saturation cause des incidents sanitaires. Pour le remplacer, les autorités décident de transférer les ossements dans les carrières au sud de la ville.

Il y a 45 millions d’années, la région parisienne était recouverte par une mer tropicale. Des sédiments se sont accumulés au fond, qui sont devenus des calcaires caractéristiques d’une période de l’histoire de la Terre appelée le lutétien. Les Gallo-romains exploitent le calcaire pour bâtir Lutèce. Au XIIIe siècle, les carrières ouvertes de la Bièvre deviennent souterraines, afin de fournir la quantité de pierre nécessaire aux constructions de Notre-Dame, du Louvre et des remparts.
Des masses de calcaires épargnées par le travail des carriers forment des piliers (pilier tourné) qui soutiennent le plafond (ciel de carrière). Ce plafond, situé entre les piliers, peut se fracturer sous l’effet de mouvements tectoniques et s’effondrer, formant ainsi des voûtes appelées cloche de fontis. L’effondrement peut remonter à la surface. Les consolidations par hagues et bourrages sont employées dès le XVe siècle. Les bourrages sont constitués de déchets d’exploitation. Les hagues sont des murets de pierre qui retiennent les bourrages.
Au XVIIIe siècle, certaines galeries s’effondrent engendrant des éboulements. Le 4 avril 1777, Louis XVI crée l’Inspection Générale des Carrières de Paris (IGC), administration qui existe toujours. Ses objectifs sont de prévenir les risques, de surveiller et de consolider les souterrains parisiens pour assurer la sécurité des biens et des personnes. Des galeries de reconnaissance sont percées. Certaines parties sont comblées, d’autres consolidées par des murs et des piliers épais. Sur ces confortations, les ingénieurs numérotent leurs interventions et inscrivent la date et leur initiale. Ces marques sont toujours visibles. En 1813, un décret met fin à l’exploitation des carrières parisiennes.

Un espace de 11.000 m2 est aménagé et consacré le 7 avril 1786. Des ossements provenant d’autres cimetières parisiens y sont également transférés en 1788 et entre 1842 et 1860. Parallèlement, de nouveaux cimetières sont créés aux limites de Paris (Passy, Montparnasse, Père Lachaise, Montmartre). Les ossements de personnalités célèbres, telles que Rabelais, La Fontaine, Claude Perrault ou Jules Hardouin-Mansart, sont très certainement présents dans les catacombes, mais rien ne permet de les identifier. A la Révolution, les gardes suisses défendant les Tuileries y sont ensevelis, ainsi que les premiers guillotinés : Mme Elisabeth (sœur de Louis XVI), Danton et Robespierre.
En 1809, Louis-Etienne-François Héricart de Thury, inspecteur général des carrières, réorganise les catacombes pour y accueillir des visiteurs. Il met en place un décor funéraire monumental composé de piliers doriques, d’autels, de fontaines et de plaques gravées. Les ossements sont rangés. Les tibias posés à l’horizontal alternent avec des rangées de crânes formants ainsi des murs derrière lesquels sont entassés le reste des ossements. Les salles sont décorées de séries de sentences, poèmes et de textes profanes ou religieux. Des pièces exposent des échantillons de roche pour expliquer la géologie du sous sol parisien. Dès l’ouverture au public, la foule se presse. Elles reçoivent parfois des visiteurs prestigieux tels François Ier d’Autriche en 1814 ou Napoléon III en 1860. De nos jours, le Catacombes de Paris sont toujours parcourues par une multitude de visiteurs de tous pays.


Source
Texte : Les catacombes de Paris, Musée de France - Mairie de Paris, 2014.
Image : wikipedia.org


Il y a un article sur Mme Elisabeth sur notre site.

samedi 13 septembre 2014

Les Celtes

Le mot celte vient du grec keltoï, latinisé en celtae. Il apparait dans les textes grecs du –VIe siècle pour désigner les peuples vivant aux marges de la Méditerranée. L’histoire des celtes s’étend sur deux périodes. La première, dite de Hallstatt du nom d’un village autrichien, correspond à la formation des peuples celtes du –VIIIe au Ve siècle. La seconde, dite de la Tène du nom d’un site près du lac de Neuchâtel, correspond à l’expansion des celtes en Europe. Les dernières recherches à partir de l’archéologie et de la linguistique montrent que le foyer originel se situe en Asie mineure. A partir du –VIIe millénaire, les Celtes migrent vers l’ouest et atteignent les rives du Rhin trois milles ans plus tard. Au -IIIe millénaire, ils maîtrisent le travail du bronze et domestiquent les chevaux. Il y a une grande hétérogénéité des peuples celtes, qui possèdent néanmoins en commun un grand nombre d’aspects culturels. A partir du IVe siècle, ils s’étendent sur toute l’Europe non méditerranéenne et empiètent sur les territoires grecs et romains. Ces mouvements migratoires sont motivés par des difficultés climatiques locales et la recherche de terres plus fertiles.

Le regroupement progressif de micro territoires donne naissance à de vastes principautés contrôlées par de puissantes familles. Celles-ci s’affrontent ponctuellement. Le prince celte est un propriétaire foncier et un chef militaire. Il réside dans une grande maison de bois surmontée d’une toiture végétale. Le luxe ne transparait pas dans l’architecture, mais dans le mobilier. La position sociale se lit au travers des vêtements. Le prince porte un chapeau conique en écorce de bouleau, des vêtements colorés et arbore une épée à sa ceinture. Les aristocrates raffolent des banquets, une pratique empruntée aux Etrusques. Les convives, assis par terre, consomment de la viande et de la bière. Ces festins prouvent la richesse du prince et assoit son pouvoir.
Les Celtes sont avant tout des paysans cultivant le sol et élevant du bétail. L’Europe celtique est découpée en parcelles cultivables, jonchée de fermes et quadrillée de sentier. Entre le –Ier siècle et le Ier siècle, la forêt recule en faveur des terres cultivables. La taille des domaines varie en fonction de la richesse. Les habitations sont toujours ceintes d’un fossé. Elles sont construites en bois recouvert de torchis avec un toit de chaume. Le foyer, dont la fumée s’évacue par une ouverture dans le toit, assure le chauffage et l’éclairage. Le mobilier est en bois et les objets en argile. La maison sert également de lieu de stockage. Les Celtes passent plus de temps à l’extérieur. La rotation des cultures permet le repos des sols. Les outils agricoles (faux araire, faucille) seront utilisés jusqu’au XXe siècle.
A partir du -IIe siècle, l’Europe celtique se couvre de villes fortifiées appelées des oppida. Un oppidum est un espace d’au moins dix hectares cerné d’un rempart de terre armé d’un poutrage en bois. Ils sont le résultat d’une forte croissance démographique à partir du maillage de fermes ouvertes. Ils affichent un objectif de défense et ne sont pas forcément occupé dans leur totalité, ni non plus tout le temps. La place laissée vide est utilisée pour des rassemblements politiques et religieux. Il existe certains quartiers spécialisés selon tel ou tel artisanat. Aucune tombe prestigieuse n’a été retrouvée dans l’enceinte des oppida, ce qui signifie que les aristocrates n’y résidaient pas. Les poussées germaniques et la déstabilisation des réseaux de commerce causent la disparition des oppida. La romanisation joue également un rôle important, car les critères de la ville romaine ne correspondent pas à ceux des oppida, des villes fortifiées perchées sur des promontoires rocheux et souvent à l’écart des routes.

Il n’existe aucun monument religieux en dur, ni d’écrits ou très peu de représentations des divinités. Les cultes originels seraient des cultes voués aux héros. Les rituels se déroulent dans une enceinte sacrée où des animaux sont sacrifiés aux dieux lors de banquets. Les sanctuaires rassemblent plusieurs villages. Les divinités gauloises ne sont connues que par les auteurs romains et des chroniqueurs irlandais du haut Moyen Age. Quatre d’entre elles se distinguent par leur importance : Taranis, Esis, Toutasis et Lug. Les druides détiennent le savoir religieux, tandis que les bardes transmettent les mythes.

Il existe cinq langues celtes : le gaulois, le pontique, le norique, le galates et le celtibère qui sont très proches les unes des autres. L’oralité est un choix de société dicté par les druides. L’écriture semble être proscrite pour confiner le savoir dans le cercle restreint de ces derniers et assoir leur pouvoir sur le reste de la population. Au milieu du Ier siècle, les langues celtes d’Europe occidentale ont succombé à la romanisation. Les Celtes se convertissent volontairement jugeant la culture latine supérieure à la leur. La culture celte survit en périphérie (Bretagne, Irlande, Ecosse, Pays de Galles).
La frontière entre l’empire romain et l’Ecosse a permis la sauvegarde de la langue. Par ailleurs, la christianisation de l’Irlande s’est opérée de manière progressive en intégrant des aspects des religions celtes. Les moines ont retranscrit les récits et légendes celtes en les adaptant néanmoins aux goûts et critères de l’époque. Au XVIIIe siècle, des érudits français et écossais s’intéressent aux Celtes en partant de l’étude des mégalithes des langues parlées en Irlande et en Ecosse. En 1740, Simon Pelloutier publie une Histoire des Celtes. Les Celtes deviennent les habitants de l’Europe avant les Romains. Le XIXe siècle, romantique, s’intéresse au Moyen Age et aux peuples germaniques et celtiques. Les chercheurs et les artistes se passionnent pour cette époque et ces peuples. En Irlande, la celtomanie nourrit la volonté d’indépendance de l’île vis-à-vis du Royaume-Uni.
De nos jours, les langues celtes sont revendiquées par plusieurs centaines de milliers de personnes au Pays de Galles, en Irlande, Ecosse et Bretagne. Bien que ces langues soient considérées comme celtes, les peuples des îles britanniques ne sont peut-être pas celtes. Les Romains parlent de Britons et non de Celtes. Certains noms de lieux ou de rivière n’ont rien de celtique. Seul l’irlandais semble être une langue celtique authentique.


Source
Texte :  "Les Celtes", Les Cahiers de science et vie, n°146, juillet 2014, 98p.

Image : Une des plaques du  chaudron de Gundestrup, ici une représentation de Cernunnos le dieu cornu, jfbradu.free.fr