lundi 27 janvier 2014

Sumer: la création de l'homme, une révolution!



Toutes les civilisations ont écrit et pensé la création du monde et des hommes. Toutes ont en commun d'avoir imaginé cette naissance voulue par des dieux plus ou moins bienveillants. On remarquera cependant que les religions polythéistes diffèrent des religions monothéistes dans la conception de cette création. Si les dieux imaginent l'homme comme une vile créature de moindre importance, Dieu quant à lui, place Adam comme l'être vivant le plus important sur terre. Néanmoins, il est intéressant, cultivant et même amusant d'aller voir, comme j'aime le faire, comment la première civilisation a imaginé tout cela. Les lettrés de Sumer ont écrits sur tout et ils nous ont laissé leur vision de leur création et de leur place dans le monde.

Il faut déjà imaginer qu'avant d'être une civilisation de l'écrit, Sumer a été pendant plus d'un millénaire une civilisation de l'oral. Aussi, lorsque les scribes et les prêtres, à partir de 3200 avant notre ère, mettent sur les tablettes d'argiles les histoires des dieux et des hommes, celles-ci remontaient déjà très loin dans le temps. Et ce qu'ils transmettent à leurs descendants est loin de mettre l'homme à son avantage! Il s'agit en fait d'une vision funeste et pessimiste de son rôle à jouer ici-bas.

L'homme est né par défaut, suite à une véritable révolution dans les cieux.


Oubliez Dieu, bienveillant, créant l'homme à son image après avoir créé la terre et le mettant dans le jardin d'Eden dans lequel il pourra se laisser vivre pendant que son maître tout puissant l'entretient. La terre, pour les Sumérien, a été créée par les dieux pour les dieux. Après la classique séparation des eaux, de la terre et du ciel - thème commun que l'on retrouve dans biens des mythologies - An dans les cieux et son fils Enlil sur terre, se partagent le pouvoir et gouvernent. En dessous d'eux existent deux castes de dieux. Les Annunakis sont les dieux primordiaux - les Éa (Enki), Inanna (Ishtar) et autre Ningirsu - ceux qui ne travaillent pas et qui partagent la table de leur roi Enlil. Les Igigis sont quant à eux des êtres divins inférieurs. Ils sont au service des dieux primordiaux, bâtissent leurs maisons, creusent les canaux d'irrigation, cultivent les champs, produisent la bière et servent à table.

Après plusieurs millénaires, les Igigis, fatigués de ce statut quo, décident de se rebeller et comme le dit les textes, ils jettent leurs outils de travail, les brulent et assiègent les Annunakis trop occupés à dormir dans leur forteresse. Bientôt réveillé par le tumulte et ses serviteurs, Enlil réuni les siens et proposent de régler ce différend par le sang. Éa, dieu de la sagesse, lui rappelle que s'il défait les Igigis, personne ne produira plus la nourriture et les dieux mourront bientôt de faim. Vous apprendrez vite en lisant la mythologie sumérienne à quel point les dieux sumériens sont feignants! Aussi, Suivant les consignes avisées d'Éa, Enlil préfère envoyer un messager qui rapportera la parole des deux camps. Un consensus se fait sur une proposition de l'infatigable Éa. Son idée: fabriquer un esclave docile, mortel et faible qui pourra travailler sans relâche pour les dieux sans jamais se rebeller.

Éa prend de l'argile et sacrifie un Igigi, il réunit les deux et modèle un être nouveau: l'homme est né!

Cependant, l'homme moderne n'est pas encore véritablement né. En effet, Enlil va bientôt être courroucé par cette création. L'homme est mortel mais il vit très longtemps (plusieurs centaines de milliers d'années nous racontent les listes royales sumériennes) et se reproduit vite si bien qu'il peuple bientôt l'ensemble de la terre et un murmure bruyant et ininterrompu monte jusqu'au ciel. Le roi des dieux ne peut plus dormir tranquille! Enlil décide alors de détruire l'humanité et provoque plusieurs catastrophes dont la dernière, le déluge, détruit la création d'Éa qui retourne à l'état d'argile. Mais qui va produire désormais le pain et la bière? Là encore Éa intervient. Il sauve une de ses malheureuses créatures en la personne d'Atrahasis (ou Uta-Napishtim) qui une fois retourné sur terre effectue un sacrifice qui attire les dieux affamés comme des mouches. Atrahasis obtient l'immortalité mais Enlil prend de grandes décisions afin de ne plus être obligé d'en venir à de telles extrémités. Il décide de réduire le temps des hommes sur terre, de multiplier la mortalité infantile ainsi que la proportion des femmes infécondes (volontairement ou non, en effet, certaines deviennent prêtresses et ne peuvent enfanter). Ainsi, les hommes ne seront plus jamais assez nombreux pour empêcher les dieux de dormir!

Nous sommes leurs enfants!   

images: cartouche d'Enki puis d'Enlil.

Voir:  http://lesitedelhistoire.blogspot.fr/2011/12/atrahasis-et-utanapishtim-les-noe.html

vendredi 24 janvier 2014

Le naufrage du Titanic

Le 10 avril 1912, le Titanic appareille de Southampton en Angleterre pour une traversée de l’Océan atlantique avec comme point d’arrivée le port de New York. Réputé insubmersible, il doit relancer la société White Star Line. Des personnalités du monde des affaires et du spectacle prennent place à bord. Le 14 avril à 23h40, le Titanic heurte un iceberg. Deux heures et demie plus tard, le paquebot a sombré. Sur les 2200 passagers et membres d’équipage, seuls 700 ont survécu. Un paquebot, ayant perçu le S.O.S du Titanic, récupère les rescapés à 4h du matin et les emmène à New-York. Aujourd’hui, l’épave gît à 3.800 mètres de fond et ne cesse de se désagréger. Son étude et celles des témoignages recueillis en 1912 par la commission d’enquête sont parfois contradictoires. Ils délivrent petit à petit la vérité sur ce tragique évènement.

Plusieurs paquebots naviguent dans la zone de passage de l’iceberg. Vers 22h25, le Californian annonce la présence d’iceberg. Le capitaine maintient son cap. Etant plus au Sud que le Californian, il pense se situer hors de portée des bancs de glace. L’iceberg, venu du Groenland, mesure vingt mètres de hauteur, dont la moitié est immergé. La mer étant calme, celui-ci ne bouge pas. La visibilité est mauvaise. L’officier de quart, Murdoch n’aperçoit l’iceberg qu’à partir d’un kilomètre de distance. Ce dernier réduit la vitesse et vire de bord. En réduisant sa vitesse, il augmente le temps de rotation du navire. Cependant, compte tenu de la vitesse et de la longueur du navire, il est déjà trop tard pour l’esquiver sans heurt. Le capitaine Smith se trouve dans sa cabine au moment de l’impact. Smith a une carrière de commandant paisible et sans histoire et ne déplore qu’un accident. La collision a lieu sous la ligne de flottaison sur le flanc tribord. Mis à part les machinistes en soute, personne ne se rend compte de la création de la brèche. Certes, des maladresses ont été commises par les officiers, mais sur le moment, elles ne paraissent pas aberrantes. A partir de la situation dans laquelle se trouvait le Titanic, des chercheurs ont effectué plusieurs simulations. Quoiqu’il ait été fait, la collision était inévitable. Les dégâts auraient pu être moindres, mais aussi être pires.

Le Titanic est construit de 1909 à 1911 dans les chantiers navals de Belfast en Irlande du Nord. Il fait partie d’une commande de trois paquebots avec le Britannic et l’Olympic. 14.000 ouvriers œuvrent à sa réalisation. La coque est séparée en seize compartiments rendus étanches par la fermeture automatique de portes, qui isolent un compartiment endommagé des autres. Celui-ci est isolé pour empêcher l’eau de s’engouffrer davantage dans le navire. Le Titanic peut naviguer avec quatre compartiments inondés. Or, l’iceberg a créé plusieurs impacts sur les six premiers compartiments. A l’endroit de la fissure de la coque, deux rivets ont été installés au lieu des trois recommandés. Les autres parties comptent trois rivets. De plus, les rivets employés sur le Titanic sont d’une qualité médiocre, à cause d’un problème d’approvisionnement en fer. Les rivets n’ont pas résisté au choc et se sont déformés suite à la pression de l’eau, laissant des trous entre les plaques d’acier de la coque. Le navire se brise en deux au niveau de la quille, mais il reste encore à comprendre comment ? Des défauts de fabrication, dus à des économies, sont tout aussi responsables de la tragédie.

La perte d’un des navires les plus modernes de son temps et à la réputation d’être insubmersible a été causée par la réunion de plusieurs petits détails.

Sources
Texte : Titanic, l’ultime scénario, documentaire réalisé par Hervé Jouon, France, 2012, 51min.

Image : herodote.net

samedi 18 janvier 2014

John Brown et le raid de Harper’s Ferry

John Brown naît le 9 mai 1800 à Torrington dans le Connecticut. La vie de John Brown s’explique en partie à cause de son père, Owen Brown. Ce dernier est un fervent calviniste et un abolitionniste convaincu. Il pense que l’esclavage est un acte commis contre Dieu. A l'âge de douze ans, il parcourt le Michigan. Séjournant chez un homme possédant des esclaves, les violences subies par les Noirs le choquent. Ses deux femmes, Dianthe Lusk et Mary Day, lui donnent vingt enfants. Ses fils seront ses plus fidèles lieutenants.
En 1836, John Brown et sa famille s’installent à Franklin Mills dans l’Ohio. Il emprunte de l’argent pour acheter des terres. Il ne parvient pas à rembourser ses dettes et doit rapidement les revendre. Il parcourt simultanément la Pennsylvanie, le Massachussetts et l’Etat de New York, exerçant divers métier : fermier, marchand de laine, tanneur, spéculateur terrien. A chaque fois, ses entreprises professionnelles échouent dans un contexte économique morose des années 1830.
Le 7 novembre 1837, son ami Elijah Lovejoy est assassiné, parce qu’il était éditeur d’un journal abolitionniste. A compter de ce jour, Brown jure de lutter contre l’esclavage par tous les moyens. En 1847, John Brown rencontre Frederick Douglass, ancien esclave noir devenu orateur et homme d'État, avec lequel il se lie d’amitié. Il s'installe en 1849 dans une communauté noire à Elba dans l'État de New York, créée par Gerrit Smith. Ce dernier a fait don de cinquante acres de terre à des familles noires, qui en échange doivent les défricher et les cultiver.

Le 30 mai 1854, la loi Nebraska-Kansas crée les Etats du Kansas et du Nebraska, jusque là considéré comme territoire américain non organisé. Cette nouvelle loi permet aux immigrants installés dans ces nouveaux territoires de décider s’ils souhaitent ou non introduire l’esclavage, au nom de la souveraineté populaire. Des conflits armés éclatent entre colons abolitionnistes et colons esclavagistes originaires du Missouri. John Brown décide de s’installer au Kansas. Avec ses fils, il fonde les légions de Galaad, un groupe d’action de défense armé composé de Noirs, qui combattent pour un Kansas non esclavagiste. Il faut combattre les esclavagistes et les terroriser. Il emploie des formules extraites de la Bible, telle que « œil pour œil » et un vocabulaire religieux, il exhorte à combattre les légions de Satan. En 1856, des milices armées du Missouri pillent la ville de Lawrence. Charles Summer, sénateur abolitionniste, est agressé. Le 25 mai 1856, lui et ses hommes enlèvent et exécutent cinq colons esclavagistes à Pottawatomie Creek. En guise de représailles, des bandes d’esclavagistes incendient des propriétés. En août à Osawatomie, sa milice combat une autre milice esclavagiste. La police et l’armée n’ont pas les moyens de juguler toute cette violence. Les journaux parlent d’une guerre civile au Kansas.

A partir de 1857, Brown a l’idée de combattre le mal directement à la source. Il commence à élaborer un projet de soulèvement d’esclaves dans les Etats du Sud. Il a besoin d’argent pour lever une armée. L’idée de combattre les esclavagistes par la force est partagée par de très nombreuses personnes. Il obtient des lettres de recommandation du gouverneur Charles Robinson. Brown trouve des financements parmi six bourgeois fortunés originaires de Boston, appelés les Six Secret. Ce cercle est composé du pasteur Thomas Higginson, de Théodore Parker, fondateur de l’église unitarienne de Boston, du médecin Samuel Howe, de l’homme d’affaire Georges Stearns et du professeur Franklin Sanborn.
Pour commencer, Brown ambitionne d’attaquer l’arsenal militaire de Harper’s Ferry en Virginie. La petite ville est située au confluent du Potomac et de la Shenandoah, à la frontière entre le Maryland et la Virginie. Elle tire son nom de Robert Harper qui y établit un ferry, permettant la traversée du Potomac, en 1761. En juillet 1859, Brown loue une ferme sur les rives du Potomac dans le Maryland. Le fleuve sépare les deux Etats. Il monte une équipe de 22 personnes, dont cinq noirs. Son objectif est de s’emparer d’un grand nombre d’armes et de provoquer une insurrection d’esclaves dans cet Etat. Pour la seconde partie de son plan, il compte sur le soutien de Frederik Douglass. Durant sa marche, les esclaves libérés viendraient gonfler ses rangs. Néanmoins, Douglass lui déconseille d’attaquer Harper’s Ferry. Pour lui, il s’agit d’une opération suicidaire, car Brown ne semble pas avoir de plan réellement précis. Il préfère se retirer du projet.

Dans la nuit du 16 octobre 1859, le commando Brown entre dans Harper’s Ferry et s’empare des entrepôts. Ironie de l’histoire, le seul homme tué dans l’assaut est un militaire noir en faction. Brown envoie des émissaires pour diffuser le succès de son entreprise. Il attendit toute la nuit. Aucun esclave ne le rejoignit.
Le 17, des habitants armés ouvrent le feu sur les hommes de Brown. Quelques heures plus tard, des bataillons militaires venus de Virginie et du Maryland arrivent sur les lieux. Le colonel Robert Lee, futur général en chef de la Confédération, ordonne l’assaut. Brown et ses hommes restants battent en retraite et trouvent refuge dans la caserne des pompiers. A la fin de la journée, Brown et ses hommes sont mis hors d’état de nuire. Ce raid a couté la vie à neuf personnes : huit rebelles dont les deux fils de Brown et le militaire noir. Sept membres du commando Brown ont réussi à s’échapper.
Le procès de Brown débute rapidement le 27 octobre 1859, afin d’éviter des émeutes en Virginie. Le 2 novembre, le tribunal rend son verdict. John Brown et ses complices sont condamnés à mort pour haute trahison, homicide et incitation à l’insurrection. La sentence est appliquée le 2 décembre. Des documents inculpant les Six Secret sont retrouvés et leurs noms dévoilés au public. Parker s’enfuit en Europe. Higginson nie tout en bloc. Steams, Howe et Sanborn gagnent le Canada. Smith est victime d’une dépression nerveuse et termine ses jours à l’asile d’Utica. La commission Marson, chargée d’enquêter sur eux, ne parvient pas à prouver leur responsabilité dans l’attaque de Harper’s Ferry. Les Six Secret sont disculpés. Une lettre de Brown est retrouvée. Elle semble avoir été rédigée avant la veille du raid. Dans ce document, il semble s’être résigné à mourir. A-t-il conscience que son martyr servirait davantage sa cause ?

Dans le Nord, quelques réprobations s’élèvent contre l’action de Brown. Le journal The Worcester Spy publie : « ce raid est l’une des entreprises les plus imprudentes et les plus folles qu’on ait jamais vues ». Néanmoins, la majorité des gens ont le sentiment que Brown est le martyr d’une noble cause. Comme il l’a dit lors de son procès, il n’a pas voulu pousser à l’insurrection, mais libérer des esclaves et les armer pour qu’ils puissent se défendre. Certes, John Brown a commis une erreur de jugement, mais celle-ci n’entache pas la noblesse de ses objectifs. Le jour de son exécution, des manifestations extraordinaires se déroulent, des salves de canons sont tirées, des commémorations religieuses sont organisées.
Dans le Sud, l’attaque de Brown déclenche un sentiment de peur. Les planteurs craignent des révoltes d’esclaves et d’autres invasions abolitionnistes. D’ailleurs, le Sud ne comprend la réaction du Nord, qui soutient un fou furieux ayant voulu soulevé des Noirs contres des Blancs. De nombreux propriétaires sont persuadés que d’autres John Brown peuvent descendre du Nord. Ils forment des milices armées pour se défendre. Les dirigeants politiques, craignant une désunion, désapprouvent Brown. Par exemple, Lincoln déclare : "Nous ne pouvons nous élever contre cette décision bien qu'il ait partagé notre conviction sur l'esclavage. Cela ne peut excuser la violence, l'effusion de sang et la trahison. Le fait qu'il pensait avoir raison ne l'excuse pas davantage".

La mort de John Brown est un prélude à la guerre de Sécession et creuse davantage le fossé entre le Nord et le Sud. Durant la guerre de Sécession, John Brown devient un symbole pour le Nord. Sur les champs de bataille résonne la chanson John Brown's Body (Le corps de John Brown) : "John Brown's body lies a-mold'ring in the grave ; His soul goes marching on  (Le corps de John Brown gît dans la tombe. ; Son âme, elle, marche parmi nous.)".


Sources
Texte :
MC PHERSON James, La Guerre de Sécession, Laffont, Paris, 1991, 973p.
http://laguerredesecession.wordpress.com
http://www.medarus.org

Image : wikipédia.fr

samedi 11 janvier 2014

La cité d’Aigues-Mortes

La ville d’Aigues-Mortes, en Camargue, est créée de toutes pièces par Saint Louis souhaitant disposer d’un port en Méditerranée, notamment pour partir en croisade.

Au XIIIe siècle, le Languedoc fait partie du Comté de Toulouse, sous autorité du roi de France. Il est encastré entre, à l’ouest, le duché d’Aquitaine rattaché au royaume d’Angleterre et, à l’est, le duché de Provence rattaché à l’Empire germanique. Le comte de Toulouse est un seigneur puissant, qui s’affranchit régulièrement de l’autorité du roi. La croisade contre les Albigeois met à mal les possibilités d’indépendance du comte de Toulouse. Victorieux, Philippe Auguste place à la tête des petites seigneuries locales des hommes qui lui sont fidèles. En 1249, à la mort du comte Raymond VII, le comté revient à Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis. En 1258, le traité de Corbeil règle les questions territoriales concernant le Languedoc occidental entre la France et l’Aragon. La région est définitivement rattachée à la couronne de France en 1271.

Saint Louis décide d’ériger la ville entre un étang et le port des Eaux-Mortes appartenant à l’abbaye de Psalmodie. L’acte de fondation de la ville date de 1240. Les travaux s’étalent sur une cinquantaine d’années et sur une superficie de 1.800 hectares. En 1269, le roi oblige les Templiers à lui céder les forêts situées à l’ouest de la ville. Philippe III opère une opération immobilière identique avec les Hospitaliers. Puis Philippe IV récupère les salines de Peccais. En 1246, le roi octroie d’importantes libertés aux habitants, afin de favoriser le peuplement de la ville et de s’octroyer le soutien de la population dans une région éloignée de la capitale. De nombreux Italiens peuplent la ville. Certains consuls sont lombards. La tour de Constance est achevée en 1248. Véritable donjon de par sa hauteur et son architecture, elle sert autant pour la surveillance que de point de repère pour les marins en mer. La ville adopte un plan orthogonal dans lequel les rues convergent vers la place centrale. Ici se situent l’église Notre Dame des Sablons et la maison consulaire bâties en 1260. Les franciscains bâtissent un couvent dans la ville. En 1286, la France est en guerre contre l’Aragon. L’amiral Roger de Loria assiège la ville et s’empare des navires mouillant au port. Cet évènement accélère la construction des remparts.
Le site est peu propice pour développer un port. Il ne cesse de s’ensabler, car le Petit Rhône déverse des alluvions. Les navires continuent de mouiller au port des Eaux-Mortes. Le transfert entre les deux villes se fait en barque. Deux canaux sont creusés, l’un vers le Rhône et l’autre vers l’étang de Mauguio. Le port est ainsi relié à Arles et à Montpellier. Une route terrestre relie la ville à Nîmes. Aigues-Mortes se retrouve inséré dans les voies de communication entre la Provence et le Languedoc.
Il aura fallu cinquante ans pour doter Aigues-Mortes de puissantes fortifications mesurant 1634 mètres, d’installations portuaires adéquates et d’un territoire assez large.

Philippe III oblige les marins à passer par Aigues-Mortes pour entrer ou sortir du royaume, au lieu d’emprunter les chenaux qui dépendent de Montpellier. Cette décision impulse l’activité économique de la ville, malgré de vives protestations des commerçants. Les Vénitiens et les Génois amènent les produits orientaux, tandis que les marchands des foires de Champagne amènent laine et  textiles d’Angleterre et de Flandres. En 1481, Marseille est rattaché à la France. En 1484, l’obligation de transiter par Aigues-Mortes est abolie. La ville subit la concurrence de Marseille et est victime de l’ensablement des canaux et du port. L’activité portuaire décline rapidement. Par ailleurs, les marais environnants engendrent des maladies et ne facilitent pas l’agriculture. Néanmoins, la ville conserve un certain prestige. En 1538, François Ier y reçoit Charles Quint.

Au milieu du XVIe siècle, de nombreux protestants résident à Aigues-Mortes. La ville est prise par les réformés en 1575. Ils détruisent l’église et le couvent des cordeliers. La ville redevient catholique après le siège des armées royales en 1622. Les édifices religieux sont reconstruits. En 1685, Louis XIV révoque l’Edit de Nantes. La tour de Constance est aménagée comme prison pour les protestants refusant d’abjurer. Au début du XVIIIe siècle, elle accueille des prisonnières originaires des Cévennes.

Aux XVIII et XIXe siècles, Aigues-Mortes subit plusieurs aménagements. Les marais sont asséchés. Dès 1725, un chenal relie Aigues-Mortes au Grau du Roi, puis le canal de Beaucaire est ouvert en 1811. En1867, le Vidourle est détourné vers la côte. En 1875, un vignoble est créé dans les sables à l’abri du phylloxéra. Les revenus viticoles donnent un nouveau développement à la ville, qui pour la première fois, déborde de ses remparts. De plus, le chemin de fer reliant la ville à Nîmes amène les touristes souhaitant profiter des bains de mer. Aigues-Mortes tire également des ressources de l’exploitation du sel. A la fin du XIXe siècle, les compagnies salines emploient des Français et des Italiens. Le 16 aout 1893, une bagarre éclate entre des membres des deux communautés. La situation dégénère et des Italiens sont massacrés.

Aujourd'hui, la ville vit de l'élevage de chevaux et de taureaux, de la production de sel et du tourisme. Avec son patrimoine médiéval exceptionnel, le visiteur comprend les sensations de vivre dans une ville fortifiée.


Sources
Texte : FLORENCON Patrick, La Cité d’Aigues-Mortes, Editions du Patrimoine, Centre des Monuments Nationaux, Paris, 1999, 56p.

Image : Saint Louis embarquant à Aigues-Mortes,  http://www.avignon-et-provence.com/aigues-mortes/histoire_aigues_mortes.htm