dimanche 16 février 2014

George Custer


Le 6 juillet 1876, les Etats-Unis sont sous le choc. Des guerriers cheyennes et lakotas ont massacré le général Custer et ses 260 hommes, près de Little Big Horn dans le Montana, ne laissant aucun survivant.

George Custer nait à New Rumley dans l’Ohio le 5 décembre 1839. Il est le fils d'Emanuel Custer, forgeron devenu par la suite fermier, et de Marie Kirkpatrick. A l’âge de 14 ans, il loge chez sa demi-sœur à Monroe dans le Michigan pour suivre ses études. Il fait la connaissance d’Elizabeth Bacon, la fille du juge Daniel Bacon. Sa beauté et son intelligence ne le laissent pas indifférent. En 1857, il intègre West Point. C’est un jeune homme ambitieux, courageux et désirant être célèbre. L’armée constitue un bon moyen de s’élever socialement. Néanmoins, Custer supporte mal l’autorité et est têtu. Dernier de sa promotion, il sort diplômé avec le grade de capitaine en juin 1861.
Durant la Guerre de Sécession, il s’expose souvent au danger, dans le but de se faire remarquer. Il se distingue par plusieurs actions décisives de cavalerie. Il obtient à titre temporaire le grade de général de brigade pour pallier aux manque d’officiers dans l’armée nordiste. Il arbore un style vestimentaire provocant : une veste noire avec des galons dorés, un foulard rouge vif et des plumes à son chapeau. Il devient la coqueluche des journalistes et de ses hommes. Son haut fait d’arme se déroule lors de la bataille de Gettysburg en juillet 1863. A la tête du 1er régiment de cavalerie du Michigan, il repousse les Confédérés dans l’une des batailles les plus sanglantes de la guerre. Dorénavant, il est surnommé « le jeune général ». Il accompagne le général Grant lors de la reddition d’Appomattox. Il profite de ses permissions pour retrouver Elizabeth Bacon à Monroe. Il l’épouse le 9 février 1864. Elle l’accompagne sur les champs de bataille, partageant sa tente. Le couple est très soudé. Elle aide son mari, car elle a le sentiment qu’il possède toutes les capacités pour entrer dans l’histoire.
Après la guerre, les effectifs de l’armée se réduisent considérablement et les promotions sont bloquées. Comme nombre d’officiers, Custer est rétrogradé, le revoilà capitaine. Il ne sait plus quoi faire de sa vie et déprime.

Des tensions ont lieu entre Amérindiens, colons et ingénieurs du chemin de fer. En 1866, Custer est promu Lieutenant-colonel et rejoint le fort Riley au Kansas sous les ordres du général Hancock. Il découvre une nouvelle manière de combattre qui le déstabilise. Les Amérindiens préfèrent fuir après quelques escarmouches, plutôt que de combattre dans un champ délimité. Custer fulmine. Il ne peut pas faire preuve de son courage habituel. Les négociations avec les Amérindiens ne débouchent sur rien et il ne cesse de pleuvoir en cet été 1866. Le moral est au plus bas. Des soldats de son régiment désertent. Custer ordonne d’exécuter les déserteurs repris. Pour cet acte, il passe en cour martiale. Jugé, il est suspendu de l’armée et sa solde lui est retirée. Il rentre avec sa femme vivre à Monroe. Durant sa mise à pied, il rédige des articles sur la chasse.

En juillet 1868, une nouvelle guerre indienne éclate. Des Cheyennes, dirigés par Sitting Bull, attaquent des villages au Kansas. C’est un guerrier très réputé, doté d’un fort charisme dû à ses visions prophétiques. Il refuse les traités qui créent les réserves et incite à la révolte. Le général Sheridan est chargé de les arrêter. Il conçoit le plan de les attaquer durant l’hiver, lorsque les Cheyennes se reposent dans leurs camps. Il rappelle Custer, seul homme assez énergique et ambitieux pour réaliser ce type d’opération. En novembre, Custer et ses hommes se mettent en route. Les Cheyennes préfèrent protéger leurs villages plutôt que de contre-attaquer. Custer est ainsi libre de se déplacer tranquillement. Ils arrivent au camp de la rivière Washita et tirent sur tout ce qui bouge sans distinction. Les fuyards sont poursuivis.  Joël Elliott commande un bataillon chargé de couper la retraite des indiens. Ses hommes et lui sont massacrés. Custer, n’ayant pas de nouvelles du commandant Elliott et craignant d’être coupé de ses bases arrières se remet en route. Le capitaine Frédéric Benteen pense que Custer a abandonné Eliott et ses hommes. Ne lui pardonnant pas la mort de son ami, il devient l’un de ses plus farouches détracteurs.

En 1873, Custer est muté dans le Dakota du Nord au Fort Lincoln au sud de Bismarck. Des rumeurs concernant des filons d’or attirent plus de 15.000 colons dans la Dakota. Sitting Bull utilise se prétexte pour organiser une résistance.
Le 2 juillet 1874, Custer mène une expédition dans les Black Hills. Il cherche un emplacement pour un nouveau fort. Le gouvernement souhaite créer un conflit avec Sitting Bull pour rendre le traité caduc et favoriser l’implantation des colons dans la région. Custer rédige des articles sur les ressources et les paysages. Il est photographié en conquérant de l’Ouest. Custer s’intéresse aux mœurs et aux modes de vie des Amérindiens. Ils copient certaines de leurs pratiques dans les vêtements, les bijoux et la manière de vivre sous une tente. D’un autre côté, il les considère comme des primitifs voués à disparaitre. Custer est doué sur le champ de bataille. Libbie, le diminutif de son épouse, tire les ficelles en société. Le couple n’a pas d’enfant. Custer aime jouer aux cartes. Il cherche l’admiration des femmes. Ces deux aspects engendrent des tensions dans le couple. Custer vieillit et cherche des voies de reconversion. Il se lance dans les affaires. Peu doué dans ce domaine et flambeur, il effectue de mauvais placements dans les mines. Pour se renflouer un peu, il poursuit la rédaction d’articles et donne des conférences.
En 1875, le président Grant décide de ne pas empêcher les colons de s’installer dans le Dakota et menace les Amérindiens qui ne se cantonnent pas aux alentours de leurs réserves. En 1876, Custer est cité à comparaitre devant une cour chargée d’enquêter sur les malversations du cabinet Grant. Il cite le frère de Grant comme l’un des responsables des détournements d’argent. Grant est furieux et lui retire son commandement militaire. Les généraux Sheridan et Terry font pression sur Grant pour réintégrer Custer. Le Président finit par céder.

Le 17 mai 1876, Terry et Custer quittent Fort Lincoln. Ils doivent ramener Sitting Bull et ses guerriers dans leurs réserves. En cas de refus, les ordres sont de les éliminer. Terry disperse ses unités. Gibbon avance vers l’est et Cavock remonte au nord. L’objectif est de concentrer les Cheyennes dans un seul endroit.
Le 21 juin, Terry ordonne à Custer d’encercle le camp de Sitting Bull par le sud. Il doit opérer une jonction avec Gibbon arrivant par le nord. Connaissant l’officier, Terry pense que Custer attaquera les Cheyennes dès qu’il le pourra. Il les repoussera au nord, où Gibbon et lui les élimineront. Si les choses tournent mal, il pourra toujours expliquer cet échec par l’impétuosité de Custer. De son côté, Sitting Bull a réussi à rassembler un nombre incroyable de guerriers. Acculés de toutes parts et conscients de lutter pour leur survie, ils sont prêts à se battre. Custer est secondé par Benteen, qui ne le supporte plus depuis la bataille de la rivière Wachita, et le capitaine Marcus Reno, qui ne supporte pas le caractère de Custer et rejoint les théories de Bentenn concernant la mort du commandant Elliott. Quelques jours avant la bataille de Little Big Horn, les deux hommes se disputent violemment. Reno a refusé d’attaquer un village indien, car il estimait que les indiens étaient trop nombreux pour attaquer. Ses hommes n’étaient pas assez préparés et trop éloignés du ravitaillement. Custer le traite de lâche et d’incompétent.
Custer divise ses hommes en trois bataillons. Il confie le commandement des deux autres aux officiers. Le corps de Custer comprend 700 soldats : 100 sous les ordres de Reno, 400 sous les ordres de Benteen et 200 sous les ordres de Custer. Des éclaireurs informent Custer que les Cheyennes commencent à se disperser. Il comprend qu’il a été repéré et qu’il doit agir vite. Il envoie Benteen plus au sud pour leur couper la route. Reno et lui continuent d’avancer jusqu’au camp. Arrivés sur place, Custer doit attaquer par le nord et Reno par le sud. Lorsqu’il aperçoit le camp, Custer est surpris de constater qu’il est beaucoup plus important que prévu. Les Cheyennes ont regroupé 2000 guerriers. Il envoie un message à Benteen lui demandant de venir le rejoindre de toute urgence.
De son côté, Reno et ses hommes se retrouvent face à des Cheyennes supérieurs en nombre. Se remémorant la bataille de Washita, il croit que Custer l’a engagé volontairement dans une embuscade. Il se met en position défensive, mais doit vite se replier devant les assauts de l’ennemi. Les squaws présentes sur le champ de bataille poussent des hurlements pour effrayer l’ennemi. Un vent de panique gagne Reno et ses hommes. Les Cheyennes les poussent à traverser une rivière. Le gué ne permet de la franchir qu’en file indienne. Les hommes se font massacrer. Benteen rejoint Reno et les survivants. Les deux officiers discutent. Reno affirme que Custer les a abandonnés comme le commandant Elliott. Benteen ressasse cette histoire. Finalement, il décide de reprendre sa route et de tenter de rejoindre Custer. Le lendemain, Terry et Gibbon retrouvent Benteen. Ils inspectent les lieux et découvrent le corps de Custer. Sitting Bull s’est échappé avec tous ses guerriers.

Les Etats-Unis sont sous le choc. Il est impossible que les Cheyennes aient pu remporter une aussi grande victoire. Terry se défend en disant que Custer a été imprudent d’attaquer autant d’ennemis avec aussi peu d’hommes. Libbie entretient la réputation de héros de son mari. Avec Frédéric Whittaker, elle rédige une biographie très flatteuse de Custer. Le défunt général devient un martyr. La mort de Custer sert de justification à la poursuite des guerres indiennes. Libbie joue le rôle de la veuve. Aux Etats-Unis, il est inconcevable d’attaquer ou de critiquer une veuve. Elle favorise les spectacles équestres de Buffalo Bill mettant en scène la vengeance de Custer. Elle meurt en 1933.

Custer devient un personnage de cinéma. Dans le film La Charge fantastique, sorti en 1941 en pleine seconde guerre mondiale, le général est le modèle de l’homme qui se bat avec bravoure jusqu’à la mort pour le progrès et la civilisation. Dans les années 1970, Dustin Hoffmann joue dans Little Big Horn. Custer est un fou mégalomane symbolisant la folie impérialiste du gouvernement américain. Cette vision fait écho à la guerre du Vietnam.

Custer est à la fois un héros, brillant militaire et un fou mégalomane. Le personnage est aussi contreversé aujourd’hui que de son vivant. Les mêmes questions à son sujet se posent toujours.  


Sources
Texte : Le général Custer une légende américaine, documentaire réalisé par Stephen Ives, Etats-Unis, 2012, 90min.

Image : wikipédia.fr

samedi 8 février 2014

Les Etats désunis

Au début des années 1860, les Etats-Unis comptent 30 millions d’habitants répartis inégalement dans le pays jusqu’à la côte pacifique peuplée à partir de la ruée vers l’or de 1848-1849. Parmi ses habitants, 4.4 millions sont des Noirs. Le taux d’urbanisation est de 26% pour le Nord et de 10% pour le Sud. La part de la population active est de 40% pour le Nord et de 80% dans le Sud. Le Nord détient 80% des capitaux.


Dans la première moitié du XIXe siècle, les États du Nord et ceux du Sud empruntent chacun des chemins différents.
Le Nord entre dans l’âge industriel par le biais de la métallurgie et surtout du textile. Les machines outils remplacent la production manuelle, ce qui augmente la production et diminue les coûts. Toute la confection est réalisée dans seul endroit, l’usine où viennent travailler les femmes et les immigrés. En 1860, l’industrie textile est le premier secteur industriel du pays. Elle compte 115.000 travailleurs. Les plantations de coton du Sud fournissent les matières premières. Dans le Nord, l’urbanisation rapide et incontrôlée créent des taudis insalubres.
Avec le développement du chemin de fer et des canaux, les villes du Nord deviennent des centres où convergent les marchandises. Elles se spécialisent dans le commerce et la finance. Les revenus sont réinvestis dans l’industrie, qui augmente ses productions et donc les revenus. A la fin des années 1850, les Etats-Unis comptent 50.000 km de voies de chemin de fer et 5.000 km de canaux, dont la majorité se situe dans le Nord. Le chemin de fer double les canaux et favorise l’extension vers l’ouest.
Dans le Sud, les planteurs ont fait fortune dans la culture du coton, du tabac, du riz et de l’indigo. Ils gagnent jusqu’à 14 fois plus  qu’un simple fermier. Ceux-ci produisent un coton de bonne qualité et le revendent aux industries du Nord, mais aussi en Europe et notamment au Royaume-Uni. Les planteurs s’accrochent à leur système de production, puisque celui-ci est rentable et répond à une demande toujours croissante.
La culture du coton appauvrit rapidement les sols. Les planteurs se déplacent de plus en plus au sud et à l’ouest des Appalaches et davantage à l’ouest du Mississippi. De plus, cultiver du coton nécessite une main d’œuvre abondante. Les planteurs réinvestissent leurs bénéfices dans l’acquisition de nouvelles terres à l’ouest et de nouveaux esclaves, afin de produire davantage et de continuer à s’enrichir. Le Sud devient le premier exportateur mondial de coton. 70% du coton importé par le Royaume-Uni arrivent des Etats-Unis.
La société est contrôlée par les esclavagistes et les planteurs (politique, justice, presse). Les planteurs constituent une aristocratie et se considèrent comme les gardiens d’une civilisation, d’une certaine noblesse et se disent supérieurs aux autres Blancs, qui sont au-dessus des Noirs. Cette vision inégalitaire est contestable dans une société démocratique. Les planteurs s’inspirent des théories de Thomas Jefferson. La terre symbolise la régénération, à l’inverse de la ville corruptrice et avilissante. Les Blancs sont en minorité par rapport aux Noirs. Ils sont très solidaires les uns avec les autres et partagent très largement les mêmes idées. La faible densité de population, l’éloignement entre les plantations et l’absence d’une volonté d’investissement dans les infrastructures retardent le développement du Sud.
Le Nord s’oriente de plus en plus vers l’industrie, le commerce et la finance, tandis que le Sud conserve une économie de plantation. L’Ouest se spécialise dans une agriculture commerciale pour les marchés intérieurs et extérieurs. En ce sens des liens économiques s’établissent avec le Nord. A partir des années 1820, les échanges commerciaux le long du Mississippi s’amenuisent en faveur d’échanges est-ouest, grâce à la construction des canaux qui relient les grandes villes de la côte atlantique et celles des régions des grands lacs et des grandes plaines. Un lien fort s’établit entre le Nord et l’Ouest.

Une fracture se forge entre le Nord et le Sud qui se cristallise autour de l'esclavage. Celui-ci est aboli progressivement dans les Etats du Nord depuis la fin du XVIIIe siècle. En 1808, la traite des esclaves est interdite. L’esclavage est maintenu dans les Etats du Sud car il est une composante essentielle du système économique. La Constitution n’interdit pas l’esclavage pour préserver l’union du pays. Les planteurs avancent une justification scientifique, ainsi que des arguments paternalistes. L’homme blanc doit s’occuper de l’homme noir, lequel serait perdu s’il était livré à lui-même. L’esclavage est un fardeau pour l’homme blanc que celui-ci doit supporter pour protéger la société de l’anarchie, de l’insurrection et de la décadence morale. Ils appuient sur le fait que certains esclaves vivent parfois mieux dans le Sud que leurs congénères ou même que des Blancs dans les grandes villes du Nord.

Le Nord et le Sud s'affrontent politiquement sur la question de l'esclavage. Le compromis du Missouri constitue un bon exemple des tensions entre Nord et Sud, ayant pour point de départ de l'esclavage.
En 1819, le Missouri demande à intégrer l’Union. A cette époque, les États-Unis regroupent 21 Etats, dix non esclavagistes (New Hampshire, Massachussetts, Connecticut, Rhodes Island, New-York, New Jersey, Pennsylvanie) et onze esclavagistes (Virginie, Maryland, Delaware, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Géorgie, Kentucky, Tennessee, Louisiane et le Mississippi).
Le 1er février, James Tallmadge Jr., représentant républicain de New-York dépose un amendement à la proposition de loi autorisant le Missouri à élaborer sa constitution. Dorénavant, il serait interdit d'introduire de nouveaux esclaves dans le Missouri, et les esclaves de plus de 25 ans seraient émancipés. Les représentants du Nord craignent de voir les esclavagistes devenir majoritaires à la Chambre des représentants avec l’entrée du Missouri. En effet, le nombre de représentants se détermine en fonction de la population de l’État. Pour les représentants du Sud, le Missouri ne représente pas un enjeu majeur. Les sols ne sont guère favorables à la culture du coton, et la production agricole ne nécessite pas une main-d'œuvre servile. Cependant, cet amendement touche à une question de principe. Le fait que le Congrès puisse décider si un nouvel État sera ou ne sera pas esclavagiste, et la perspective que si le Missouri renonce à l'esclavage, tout le reste de l'ex-Louisiane française basculerait dans le camp des abolitionnistes, les inquiète. Finalement, le Congrès décide que le Missouri restera un État esclavagiste, mais ne pourra introduire de nouveaux esclaves et que tout enfant né après l'admission de parents esclaves sera automatiquement affranchi à l'âge de 25 ans.
Après des débats houleux à la Chambre des représentants et au Sénat, un compromis est accepté le 2 mars 1820 à l’initiative d'Henry Clay, sénateur du Kentucky. Un nouvel État anti-esclavagiste, le Maine, est détaché du Massachusetts pour faire contrepoids au Missouri. Par ailleurs, il est convenu que les futurs États qui seront créés dans l’ancienne Louisiane seront esclavagistes ou abolitionnistes selon qu’ils se situeront au sud ou au nord du 36° 30' parallèle (la frontière sud du Missouri). Le Missouri intègre l’Union le 10 août 1821 en tant qu’État esclavagiste. Auparavant le Maine a intégré l’Union le 15 mars 1820 en tant qu’État non esclavagiste. Ainsi le status quo est préservé et les tensions sont apaisées pour un temps. Ce compromis apaise les tensions, mais il sera abrogé en 1854 avec l'acte Kansas-Nebraska et sera déclaré inconstitutionnel par la décision relative à Dred Scott en 1857.

Le Nord et le Sud s'affrontent également par le biais de leurs Églises. Les Américains sont majoritairement protestants divisés en quatre grands groupes : presbytériens, épiscopaliens, méthodistes et baptistes. Dans le premier tiers du XIXe siècle, le pays connait une période d’effervescence religieuse, appelé « le second grand réveil », le premier ayant eu lieu au XVIIIe siècle. Les prédicateurs veulent amener le croyant à prendre conscience des maux de la société dans laquelle il vit. Ils mettent l’accent sur l’ordre, la discipline et le rôle de la famille. Dans le Nord, l’effervescence religieuse mène rapidement à des campagnes anti-esclavagistes. Dans le Sud, les planteurs cherchent dans la Bible des justifications à l’esclavage. Les Eglises parviennent à se mettre d’accord sur divers points : les esclaves doivent être évangélisés, les maitres sont exhortés à surveiller leur instruction religieuse et les châtiments corporels doivent être supprimés. A défaut de supprimer l’esclavage, on lui confère une éthique. En 1857, l’Eglise presbytérienne condamne officiellement l’esclavage. Les Eglises du Sud se désolidarisent de celles du Nord. Pour calmer les choses, l’Eglise rappelle que ses décisions s’étendent uniquement sur la foi religieuse et la moralité et n’a pas à légiférer.


Deux modèles sociaux, deux modèles économiques, deux univers. Les États-Unis du XIXe siècle abritent deux pays différents que tout semble opposer. L'un trouve l'autre sclérosé et barbare, l'autre trouve le premier dominateur et impétueux. Une tension naît de cette fracture. Elle s'exprime avec violence oralement et politiquement. A partir des années 1850, les armes parlent à leur tour comme dans l'État du Kansas où réside un certain John Brown.


Sources
Texte : La Guerre de Sécession, Historia Thématique, n°94 mars-avril 2005, 86p

Image : culture.gouv.fr

dimanche 2 février 2014

Le château de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines)

Louis VI fonde le château vers 1124. Bâti sur une colline, il lui permet de surveiller la Seine et la route menant à Poissy. A cette époque, le roi de France est en conflit avec Henri Ier Plantagenêt pour le contrôle de la Normandie. Saint Germain en Laye se situe sur le domaine royal. Les rois se rendent dans la forêt pour y chasser le faucon.
Durant la Guerre de cent ans, les Anglais incendient le château en 1346. Tout est détruit à l’exception de la chapelle et du donjon. Du premier château médiéval, il ne reste que l’emplacement et les caves. Charles V reconstruit le château en 1366. Par mesure d’économie, les tracés sont réalisés au plus court, ce qui explique certains murs en diagonale. Charles V installe une bibliothèque dans le donjon.

François Ier adore Saint Germain en Laye. En 1539, il décide de réaménager le château en style renaissance. Il conserve le soubassement et reconstruit par dessus un nouveau château, dont la forme demeure médiévale, à savoir quatre murs d’enceinte flanqués de tours. Les murs sont en pierre et décorés avec de la brique rouge qui fait ressortir portes et fenêtres. Il aménage des terrasses. Henri II termine les travaux entrepris par son père. Il décide de construire un second château quelques centaines de mètres plus loin en face de la Seine. Dorénavant, Saint Germain en Laye possède deux châteaux : le neuf et l’ancien. Henri II transforme les sous-sols du donjon en prison. Henri IV agrandit le château neuf en construisant deux ailes latérales. L’ensemble forme un U à un seul étage. Les jardins à l’italienne descendent jusqu’à la Seine en terrasse par degré. Ils sont parsemés de fontaines et de grottes renfermant des automates. Les frères Francini, venus d’Italie sur ordre de Catherine de Médicis, réalisent tous les jets d’eau.
L’aile nord du vieux château abrite les appartements du roi, l’aile sud ceux de la reine et l’aile est ceux des enfants royaux. Tous les appartements se situent au second étage et possèdent leur chapelle. Cette configuration demeure identique jusqu’à la Révolution. Le nombre important d’escaliers indique une circulation verticale. Les résidents passent peu par les couloirs. Les grands escaliers possèdent des loggias ou des petites chapelles à leurs intermédiaires. Louis XIV transforme le donjon pour y aménager les appartements de Mme de Montpensier. Au milieu du XVIIe siècle, les terrasses commencent à s’effondrer. Le sol est un véritable gruyère, car il a été exploité comme carrière pour la construction du vieux château.
De 1680 à 1720, le château abrite la famille royale des Stuart. Jacques II d’Angleterre, renversé par Guillaume III d’Orange-Nassau et le Parlement, s’exile avec ses partisans et trouve refuge à Saint Germain en Laye. Le château vit à l’heure anglaise. Jacques II, décédé en 1701, est inhumé dans l’église faisant face au château.
Louis XVI offre à son frère Charles (futur Charles X) le château neuf. Ce dernier est en très mauvais état. Charles d’Artois décide de le raser, mais à cause de la Révolution, il ne le reconstruira jamais.

Après la Révolution, le château est transformé en prison. Puis, Napoléon Ier aménage le château en école de cavalerie. Sous la Restauration, le château est plus ou moins laissé à l’abandon. Napoléon III restaure le château pour accueillir la reine Victoria. De visite à Paris, elle souhaite se rendre sur les lieux dans lesquels ont vécu ses ancêtres. L’empereur décide de l’aménager en musée des antiquités nationales en 1867. Napoléon III est féru d’archéologie et d’histoire ancienne. Il favorise les fouilles de Gergovie et d’Alésia et donne au Louvre une immense collection de vases étrusques.
Durant l’occupation, le château est occupé par les Allemands. Profitant de sa position en hauteur, ils construisent des bunkers toujours visibles. Dans les années 1960, une restauration est commanditée par André Malraux, ministre de la culture.

La salle de bal connait ses heures de gloire sous Louis XIV. Le roi, excellent danseur, y organise de nombreux bals, dont ceux composés par Lully. La troupe de Molière s’y produit à plusieurs reprises. Les écoliers militaires de l’époque napoléonienne la rebaptisent « salle de Mars », du nom du dieu romain de la guerre. Sous le règne de Louis Philippe, elle est découpée en plusieurs étages et transformée en prison. La France et l’Autriche signent le traité qui met fin à la Première guerre mondiale.
La chapelle est édifiée en 1238 par l’architecte Pierre de Montreuil, qui construira dix ans plus tard la Sainte Chapelle à Paris. Les architectures des deux bâtiments sont très semblables. La chapelle se constitue d’une nef unique et possède de larges vitraux. A l’origine, elle se situe hors du château. Elle est incluse dans l’enceinte sous le règne de Charles V. Cette chapelle a été le lieu de nombreux évènements historiques. Louis IX y signe l’acte d’achat des saintes reliques à l’empereur byzantin Baudouin II. Pour la somme considérable de 135.000 livres, il acquiert la couronne d’épines, la sainte lance et quelques gouttes de sang du Christ. En 1514, François d’Angoulême (futur François Ier) épouse Claude de France. Louis XIV, né dans l’actuel Pavillon Henri IV, est baptisé. Par peur du Louvre suite à la Fronde, il habite au château de nombreuses années avant d’emménager à Versailles. La chapelle est parfois trop étroite pour certains évènements. A ce moment là, la cour, toute entière, se transforme en chapelle à ciel ouvert.

De nombreux symboles dominent la cour témoignant de l’histoire de l’édifice : la salamandre de François Ier, le N de Napoléon III, le RF de République Française.
Aujourd’hui, le château conserve son rôle attribué par Napoléon III et abrite le musée d’archéologie nationale.


Sources
Texte
- Visite guidée du château organisée par l’office de tourisme de Saint Germain en Laye en janvier 2014

Image : Société d'Histoire de Villepreux