dimanche 30 mars 2014

La Sécession et la naissance de la Confédération

Le Compromis du Missouri peut être considéré comme l’acte de naissance du Sud, en ce sens qu’il regroupe une population non pas hostile au Nord, mais vigilante quant à la défense de son mode de vie et de son organisation économique.
Le Nord et le Sud ne s’opposent pas que sur la question de l’esclavage. En 1828, le président Andrew Johnson est favorable à la mise en place de barrières douanières pour limiter les importations dans le but de stimuler les manufactures américaines. Son vice-président, John Calhoun, natif de Caroline du Sud s’oppose à cette mesure qui nuirait au Sud qui importe bon nombre de biens manufacturés du Royaume-Uni en échange de coton. Pour le Sud, cette mesure le rendrait dépendant du Nord. Calhoun met en avant le droit à un Etat de ne pas entériner ou à annuler les lois fédérales sur son territoire. Au-delà de la question de l’esclavage, le Sud revendique sa pleine et entière responsabilité.

Suite à l’élection d’Abraham Lincoln, la Caroline du Sud est le premier Etat à faire sécession le 20 décembre 1860. Elle est suivie le 9 janvier 1861 par le Mississippi, le 10 par la Floride, le 11 par l’Alabama, le 19 par la Géorgie, le 26 par la Louisiane et le 1er février par le Texas. En quittant l’Union, le Sud s’érige en Etat indépendant.
Le Sud justifie son droit de quitter l’Union, par le fait que la souveraineté des Etats a précédé la souveraineté nationale. Une fois la Constitution rédigée, les Etats ont accepté de déléguer certaines fonctions de leur souveraineté à un gouvernement fédéral sans en céder les attributs fondamentaux. Ayant ratifié la Constitution par une convention, un Etat peut réaffirmer sa pleine souveraineté de la même manière. Certains sudistes invoquent également le droit de révolution issu de la Déclaration d’indépendance, qui affirme le droit d’un peuple à modifier ou abolir le gouvernement menaçant la liberté et la poursuite du bonheur. Un officier sudiste déclare : « On était sur le point de nous retirer nos biens et nos libertés. C’était un devoir sacré que de se rebeller ». Un habitant d’Alabama ajoute : « Les Pères fondateurs n’étaient-ils pas des sécessionnistes ? »
Il existe des groupes modérés. Les ultimationnistes souhaitent présenter à Lincoln une série de requêtes comprenant une application rigoureuse de la loi sur les esclaves fugitifs, l’abrogation de lois sur la liberté individuelle, des garanties contre toute ingérence antiesclavagiste et la protection de l’esclavage dans le Sud. Si le nouveau président refuse ces exigences, le Sud n’aura pas d’autres choix que de maintenir la sécession. Les unionistes appellent à la sauvegarde de l’Union et laissent le temps à Lincoln de modérer son discours et ses actes. Ces deux mouvements constituent des minorités. En effet, la nouvelle de la sécession est accueillie avec ferveur par une large partie de la population. Personne ne pense dans le Sud qu’elle aura de fâcheuses conséquences. « Les Yankees sont trop couards pour nous attaquer » disent les journaux.
Les riches planteurs craignent que les Blancs des classes moyennes et populaires ne possédant pas d’esclaves et à qui ces principes pourraient échapper, rejettent la Sécession. Beaucoup de modérés et d’unionistes sont issus de ces franges de la population. Une campagne, prônant la défense de la race blanche, est mise en place pour les convaincre. Ainsi, le programme abolitionniste des républicains est le premier pas vers l’égalité raciale. Les Blancs des classes populaires courent le risque de devoir travailler pour des Noirs qui se seront enrichis.

Le Sud a quitté l’Union pour se préserver d’une révolution qui menaçait de détruire son système social, en se battant pour la préservation de l’esclavage et pour la possibilité de vivre hors d’atteinte d’un gouvernement coercitif et centralisé. 

Dans le Nord, le président James Buchanan refuse de reconnaitre aux Etats du Sud le droit de sécession. Le Sud va à l’encontre des idéaux des Pères fondateurs en posant comme principe l’esclavage et non la liberté. La sécession entraîne l’anarchie. Les politiciens du Nord craignent un effet domino et que l’Union se disloque en trois ou quatre confédérations. Les Etats existent parce que les Etats-Unis d’Amérique existent. Avant, les Etats n’étaient rien d’autre que des colonies britanniques.
Avant 1933, le Président élu en novembre, ne prend ses fonctions que le 4 mars de l’année suivante. Durant ce laps de temps, l’ancien président garde le pouvoir. Buchanan préfère attendre que la fièvre sécessionniste retombe, sans faire non plus d’importants compromis. De son côté, Lincoln entend faire régner la loi. Certains républicains et journalistes demeurent persuadés que la sécession n’est qu’un chantage et un coup de bluff pour faire plier le Nord. D’un ton provocateur, ils encouragent le Sud à quitter l’Union. Le Nord essaye de conserver dans l’Union, les Etats septentrionaux du Sud, où l’esclavage est moins présent. Ces derniers ne sont pas prononcés sur la Sécession, attendant de voir les efforts consentis par le Nord.

Le 4 février 1861, les sept Etats sécessionnistes se réunissent à Montgomery en Alabama. Ils rédigent une constitution, établissent un congrès et nomment un président intérimaire en attendant les élections du mois de novembre. La Confédération nait d’une volonté d’indépendance et de la nécessité pour les Etats du Sud de mettre en place une coopération active, afin de présenter un front uni face au Nord.
La constitution du Sud reprend dans sa grande majorité celle du Nord. Il n’est plus fait mention « du bien être général ». Elle affirme le caractère souverain et indépendant des Etats. Elle garantit la protection de l’esclavage dans toute la Confédération et dans ses futurs territoires. Néanmoins, l’importation d’esclaves demeure interdite. Cette mesure évite au Sud de s’attirer les foudres du Royaume-Uni principal acheteur du coton et des Etats du sud septentrional qui tirent des revenus de l’exportation d’esclaves vers le Sud profond. La constitution fixe la durée du mandat présidentiel à six ans. Il n’est pas renouvelable. Le président possède un droit de veto sur lois budgétaires. Le 9 février 1861, Jefferson Davis est nommé président intérimaire par la Convention. Il a pour vice-président un Géorgien conservateur, Alexander Stephens. Davis confie un secrétariat d’Etat à un membre de chaque Etat de la Confédération.

La ville de Montgomery est choisie comme capitale. Le 29 mai 1861, la capitale est déplacée à Richmond en Virginie. Le « Stars and Bars » est l'emblème officiel de la Confédération de mars 1861 à mai 1863. Risquant d'être confondu avec le drapeau nordiste sur les champs de bataille, il est finalement remplacé par un drapeau arborant la « Southern Cross ».

Pour son premier discours, Jefferson Davis assure que la Confédération ne souhaite que la paix et vivre en liberté. De son côté, Lincoln souhaite préserver l’Union et reprendre les biens fédéraux pris par les Confédérés (bureaux, forts, arsenaux, postes de douane).
Suite au bombardement du fort Sumter, Lincoln déclare la mobilisation. Cette décision pousse les Etats du Sud septentrionaux, qui jusqu’à présents étaient sur la réserve, à rejoindre la Confédération. La Virginie fait sécession le 17 avril 1861, puis l’Arkansas le 6 mai, le Tennessee le 7 et la Caroline du Nord le 20.


Sources
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Laffont, Paris, 1991, 973p.
- Logan Dooms, La sécession du Sud et l'éclatement de la guerre, publié le 29 octobre 2012, sur http://laguerredesecession.wordpress.com/
Image : wikipédia.fr

dimanche 23 mars 2014

La vie à Athènes

La ville d'Athènes
Au –Ve siècle, Athènes comprend 400.000 habitants sur 2.700 km2. Elle est l’une des cités les plus importantes de la Grèce antique. Les remparts, reconstruits par Thémistocle, mesurent neuf kilomètres de long et dix mètres de hauteur. Ils se prolongent jusqu’à la mer, afin de protéger la route menant au Pirée, le port d’Athènes situé à sept kilomètres de distance. Les deux villes forment un ensemble fortifié de briques crues montées sur un socle de pierre.
L’acropole surplombe toute la ville avec ses nombreux monuments et temples (Parthénon, Propylées, Erechtion). Il n’y pas de plan d’urbanisme déterminé du fait de la longue histoire de la ville. Les rues sinueuses s’entremêlent. Elles sont rarement pavées. L’Agora est le cœur de la ville. La place regroupe le temple d’Héphaïstos et l’hôtel des douze dieux, ainsi que tous les bâtiments abritant les institutions politiques et judiciaires (Bouleutérion, Stratégion, Prytanée). C’est également un marché où se dressent des échoppes de bois et de toiles.
Les maisons privées sont construites en briques crues. Elles sont d’une taille modeste, environ 40m2, et assez basse, guère plus d’un étage. Elle comprend deux à trois pièces qui donnent sur une cour intérieure dans laquelle sont installés la cuisine, la salle à manger et l’autel. Elles sont peu décorées. Le mobilier est sommaire : bancs, tables, lits, coffres. Aucune maison ne possède l’eau courante. Elles sont parfois équipées d’un puits ou d’une citerne. Cependant, la majorité des habitants se rendent aux fontaines publiques. Des canalisations évacuent les eaux usées dans la rue. Les déchets sont entassés dans un trou dans la cour, avant d’être évacués à l’extérieur de la ville. Le dépôt d’ordure à l’intérieur de l’enceinte est passible d’une amende. Les différences sociales se voient peu dans l’architecture des maisons et les populations sont assez mélangées. Quelques éléments les distinguent comme les fresques ou le mobilier. Seuls les citoyens sont propriétaires et ceux qui sont dans l’incapacité financière de le faire louent leur maison. 

La familles athénienne
La famille ou la maisonnée comprend le mari et son épouse, les enfants, les esclaves, les sœurs non mariées et les mères veuves. L'épouse demeure une mineure vivant sous la tutelle de son mari dans la maison et à l'écart du débat politique. Par le mariage, elle change simplement de tuteur et de maison. Elle est une citoyenne sans droit politique, qui gère le foyer. Elle ne possède aucun bien en propre. Pour les Grecs, les deux époux sont complémentaires, puisque l'homme prend en charge les travaux extérieurs et la femme les travaux intérieurs. La religion est le seul domaine public ouverte aux femmes. Elles fréquentent les sanctuaires, participent aux fêtes et peuvent devenir prêtresse.
La finalité du mariage est la procréation. L'amour au sein du couple est un plus, mais pas une obligation. Les femmes se marient entre 12 et 18 ans, tandis que les hommes le font vers 30 ans. L'adultère est uniquement toléré chez les hommes, sauf avec une citoyenne. Les relations homosexuelles sont tolérées.
Beaucoup de familles sont récompensées, car les hommes meurent souvent à la guerre. L'homme peut recourir à l'adoption en cas d'absence d'enfants légitimes de sexe masculin.
Les enfants doivent entretenir leurs parents une fois que ceux-ci sont vieux, d'où la hantise pour les Grecs de ne pas avoir d'enfants. En cas de manquement, le fils fautif est déchu de ses droits civiques. Les fils héritent de manière égale sans droit d’ainesse.

L'éducation
L’éducation des garçons les prépare à devenir des citoyens et des soldats.
Les enfants sont élevés par la mère et une nourrice. Ils font des jeux pédagogiques voués à façonner leur caractère (jeux de balle, poupées, figurines de soldat ou de chevaux). A l’âge de 7 ans, les filles apprennent les travaux de la maison, tandis que les garçons se rendent à l’école. Privée et payante, l’éducation est dispensée par des maitres choisis par les parents. Les sophistes sont des professeurs de rhétorique qui placent l’homme au centre de leur réflexion. Ils pratiquent le discours rationnel consistant à articuler le raisonnement selon des déductions causales. Ils dispensent leur enseignement aux élites et passent aussi du temps à discourir sur la place publique. Les jeunes garçons suivent un enseignement physique et intellectuel (grammaire, mathématiques, musique). Les cours sont collectifs ou particuliers en fonction des revenus des familles. A 12 ans, ils étudient les œuvres classiques, la rhétorique et pratiquent divers sports (lutte, course, lancer de disque, javelot). Après leur service militaire, ils sont inscrits sur les listes de leur dème.

L'homme athénien : un citoyen soldat
Le citoyen est un homme de 20 ans et plus, né d’un père citoyen et d’une mère athénienne. La cité compte 40.000 citoyens, soit 10% de la population. En -507, Clisthène réorganise administrativement le territoire. Il le divise en tributs (dème) qui regroupent des citoyens d’origines sociales diverses. Les hommes ne sont plus seulement unis par des liens familiaux ou de voisinage, mais aussi par un lien politique. Tous les citoyens peuvent occuper des charges. Les titulaires de ces charges sont renouvelés tous les ans par tirage au sort. Les citoyens siègent à l’Ecclésia et votent les lois. Une somme d’argent (misthos) est versée pour indemniser les citoyens siégeant. Tous ont le droit de s’exprimer, mais à ce jeu là, les grands orateurs tirent leur épingle du jeu. Les philosophes peuvent se développer car dans le système démocratique fondé sur le débat, la rhétorique fournit aux citoyens les armes linguistiques pour se faire entendre.
Les philosophes ne partagent ni les mêmes buts, ni les mêmes méthodes. Socrate et Platon reprochent aux Sophistes leur dévouement idéologique et financier. Pour eux, le discours rationnel doit servir la recherche désintéressée de la vérité et de l’ordre du monde. Socrate invite ses concitoyens à remettre en question leur valeur et leur manière d’agir pour atteindre la vérité universelle. Le pouvoir athénien se méfie de ces discours anticonformistes. Suite à la défaite contre Sparte, les philosophes sont rendus responsables des malheurs s’abattant sur la cité.
La Boulê assure la gestion de la cité. L’Héliée est une cour de justice. Les archontes s’occupent des fêtes et des affaires familiales. Les stratèges détiennent le pouvoir exécutif et militaire.
Les cités se livrent des guerres incessantes. La Grèce n’a pas d’unité politique. Un Athénien est d’abord citoyen d’Athènes avant d’être grec. La guerre entre Grecs est réglementée. Les belligérants n’attaquent pas par surprise. Il faut établir une déclaration de guerre. Les batailles se déroulent dans un espace délimité et ne met aux prises que des soldats. Les vainqueurs ne pourchassent pas les vaincus.
L’armée est calquée sur le modèle de la cité. Les riches commandent et servent dans la cavalerie. Les classes moyennes constituent l’infanterie et les pauvres sont employés dans la marine comme rameurs. Cette répartition selon la richesse s’explique par le fait que les soldats payent leur propre équipement. Seuls les citoyens âgés de 18 à 45 ans servent dans l’armée. Il s’agit d’une armée non professionnelle. A 18 ans, le citoyen effectue son service militaire (éphébie) durant deux ans.

Le mythe du physique sculpté
L’idéal physique grec est l’adolescent mâle, musclé au corps ciselé par des années de pratiques sportives. Il suffit de voir les représentations humaines sur les frises et les vases.
Le sport se pratique dévêtu au son de la flûte. Les jeunes s’entraident sur la palestre, un terrain rectangulaire à ciel ouvert entouré de portiques s’ouvrant sur diverses salles. Un corps sain et robuste permet d’affronter les périls des batailles, d’acquérir une renommée au stade, d’entretenir un esprit vertueux et d’être plus proche des dieux. La fascination pour le nu masculin répond aux exigences de la morale. Un beau corps est le réceptacle de la vertu. Le citoyen athénien a les cheveux courts. L’esclave est chauve. De ce fait, les Grecs n’hésitent pas à porter des perruques en cas de calvitie. Les Grecs se lavent avec un mélange de soude, d’argile et de nitrate de potassium. Ils réhydratent leur peau à l’huile d’olive et utilisent des parfums souvent importés d’Orient.
Les vêtements sont simples : une tunique en lin recouverte d’un manteau de laine l’hiver. Des fibules permettent de maintenir le tissu. Les Grecs marchent pieds nus dans les maisons et chaussés de sandales de cuir à l’extérieur. Les femmes doivent porter un voile hors de la maison. Les hommes mettent des chapeaux en paille, cuir ou fourrure.

L'alimentation
L’orge constitue la céréale de base consommée sous forme de galette aromatisée au miel. Les Grecs mangent des œufs, des laitages, des fromages de brebis et de chèvre. Les légumes sont chers. Ils consomment davantage des choux et des fèves (pois, lentilles) Les légumes sont transformés en soupe ou en purée assaisonnée d’huile d’olive, de vinaigre ou de garum. Les Athéniens sont de grands consommateurs de figues et de fruits. En revanche, ils mangent peu de viande et essentiellement du porc. Les brebis, chèvres, mouton servent pour le lait et la laine, les chevaux pour le transport et la guerre et les vaches et les mulets pour les tâches agricoles. La viande est surtout consommée lors des sacrifices. Les Grecs sont davantage portés sur les produits de la mer (poisson, coquillage, crustacé). Ils boivent de l’eau, du lait de chèvre et du vin coupé avec un mélange d’eau de thym, de miel et de cannelle.
La frugalité est érigée en vertu, car la terre produit juste de quoi se nourrir. Le commerce pallie les manques. Les Grecs importent le blé d’Égypte ou des rives de la Mer noire, du vin de Phénicie et les épices d’Orient.
Les Grecs prennent trois repas par jour. Le matin, ils mangent du pain trempé dans l’huile d’olive et des fruits. Le midi, ils déjeunent une soupe ou une purée. Le repas du soir est le plus copieux. L’homme et la femme ne mangent pas ensemble. Le chef de famille dîne en premier. Les élites font parfois des banquets. Allongés sur des banquettes, ils mangent en écoutant de la musique et en regardant des spectacles de danse. La cuisine est réservée aux femmes et aux esclaves.

Le théâtre : loisir d'importance
Le théâtre puise ses racines dans le culte de Dionysos. Il est de coutume de lui rendre hommage par des chants. Au fil du temps, l’un des chanteurs s’est détaché du chœur pour lui donner la réplique. Le théâtre est né de cet échange. Les chants et les danses occupent toujours une place essentielle. A Athènes, certaines fêtes comportent des concours musicaux. Les tragédies reprennent les contes mythologiques et traitent de la question du pouvoir. Les comédies abordent parfois des sujets d’actualité ou de société. Le prix des places est modique. Tout le monde peut se rendre au théâtre. Néanmoins, l’accès pour les femmes et les esclaves fait toujours débat.

La religion
Chaque maison possède son autel privé dédié à Hestia, la déesse protectrice du foyer. Le père s’occupe du sanctuaire. Les libations sont faites avec de l’eau mélangée à du vin ou du miel. Un animal est sacrifié lors des grandes fêtes. Chaque nouveau membre de la maisonnée, esclaves compris, est introduit par un rituel. Les invités sont mis à l’honneur par des prières pouvant s’accompagner d’offrandes. A chaque automne, les phratries se réunissent pour les trois jours d’Apaturies et partagent un animal sacrifié. Après un décès, le mort est honoré par des libations et des prières. La famille accompagne le corps jusqu’au cimetière aux portes de la ville, puis elle procède à l’inhumation ou à l’incinération. Une stèle surmonte la tombe.
L’année est ponctuée de cérémonies religieuses publiques. Quatre fois par an, les Dyonisies célèbrent Dionysos par des processions, des offrandes et le sacrifice d’un bovidé. Des concours de chants, poésies et de théâtre se déroulent. Athéna, déesse tutélaire de la cité est régulièrement honorée. Tous les quatre ans, les Panathénées rassemblent tous les habitants, quelque soit leur statut, dans une procession des portes de la ville jusqu’au Parthénon sur l’acropole. Ce temple abrite la statue en or et ivoire d’Athéna.
Les temples sont ouverts à tous, mais pas le sanctuaire regroupant les statues et les offrandes. Il n’y a pas de prêtres officiels. Certains magistrats ou citoyens sont choisis pour occuper cette tâche. Lors des sacrifices, les habitants se partagent la viande lors d’un banquet. Les abats sont brûlés, afin que les dieux puissent se nourrir.

Sources
Texte : « Vivre dans la Grèce antique », Les Cahiers de Sciences et vie, n°143, février 2014, 98p.
Image : wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c4/Akropolis_by_Leo_von_Klenze.jpg 

vendredi 14 mars 2014

Ulfberht : l’épée légendaire des Vikings

L’épée revêt une très forte symbolique chez les Vikings. Le guerrier mort sur le champ de bataille l’épée à la main accède au Walhalla. Quand un Viking tue un guerrier, il tord l’épée de ce dernier afin de briser la force vitale de l’arme et l’enterre avec le corps du défunt pour éviter que le celui-ci revienne le hanter.
Parmi toutes les épées, l’Ulfberht est la plus prisée et la plus recherchée par les guerriers vikings. Ce modèle est fabriqué au Xe siècle. Elle se caractérise par une lame d'une longueur moyenne de 80 cm, avec en son milieu une nervure large et peu profonde. La poignée mesure 10 cm et la garde, généralement de section carrée, mesure entre 18 et 20 cm. C’est une épée longue présentant une pointe non arrondie à l’inverse des glaives romains. Elle permet de percer les cottes de mailles et de se tenir plus éloigné de l’adversaire. Elle présente une dureté et une élasticité très supérieures. Elle résiste bien mieux aux chocs et il est plus facile de les extraire du bouclier d'un ennemi.

Les forgerons fabriquent ces épées à partir de fer auquel il mélange du carbone pour ôter les impuretés du métal. Le carbone est extrait du charbon de bois ou d’ossements d’animaux sauvages, tels des ours, des loups, voire d’humains. Par ce biais, le forgeron insuffle à la lame la force de l’être vivant.
Le fer employé n’est pas présent en Europe. Il s’agit d’un métal identique à celui des sabres arabes, appelé fer de Damas. Les Vikings se rendent en Iran pour s’en procurer. Après avoir traversé la Mer Baltique, les navires remontent la Volga jusqu’au rivage de la Mer Caspienne. Les forgerons utilisent la technique du fer au creuset, qui n’est guère répandue en Europe à cette époque, contrairement à ce qui se fait au Moyen-Orient. Les Vikings copient les techniques arabes.
Les archéologues ont découvert dans certaines tombes vikings des pièces arabes et des statuettes de Bouddha. Tous ces éléments montre les liens commerciaux et culturels entre les Vikings et les civilisations du Moyen-Orient. Aux IXe et Xe siècles, les Vikings s’étendent aux confins de l’Europe centrale jusqu’aux rives de la Mer Noire, où ils établissent des comptoirs.

La première phase correspond à la réduction de l'oxyde de fer constituant le minerai. Ensuite, le forgeron place dans un creuset le mélange de fer obtenu. Le creuset est un cône constitué d'une matière pouvant résister à des températures de plus de 1.400C°. Quinze creusets sont placés les uns sur les autres dans un puits rempli de cendre. En bas du puits, le forgeron place du combustible composé en partie de feuilles vertes. Celles-ci produisent de l’hydrogène et favorise la carburation. Pendant le chauffage, le carbone diffusé dans le fer reste en phase solide formant de l'austénite. Il se forme cependant en surface du mélange une couche plus riche en carbone qui la protège de l’oxydation. Le refroidissement constitue la troisième phase. Il doit être très lent, pour permettre une répartition homogène du carbone. La nervure au centre de la lame permet d’allonger l’épée en utilisant la même quantité de métal. La solidité de la lame ne s’en trouve pas affectée, car les cristaux de fer sont davantage compactés sur cette section.

Que signifie Ulfberht ? Il ne peut pas s’agir du nom de l’artisan, car les épées ont été forgées durant un siècle. A moins que le nom soit repris par ses successeurs et qu’il soit devenu comme une marque. L’hypothèse d’un dieu, d’un héros ou d’un quelconque personnage mythologique semble proscrite, puisque le mot Ulfberht n’apparait dans aucune saga. Il peut éventuellement s’agir d’un lieu (ville ou atelier). A ce jour, le mystère demeure entier.
La présence de croix encadrant le nom est d’autant plus étrange. Cette symbolique correspond souvent à la marque de fabrique d’un évêque ou d’un abbé. Il est fort peu probable que les épées soient d’origine franque. L’Eglise a interdit le commerce avec les Vikings païens, qui attaquent régulièrement les monastères. Pour l’instant, les chercheurs n’ont aucune hypothèse plausible à avancer sur cet aspect.
L’épée Ulfberht possède une excellente réputation à tel point qu’il en existe de nombreuses contrefaçons de moins bonne qualité. Certaines sont facilement décelables car les croix sont intercalées entre les mauvaises lettres. Parfois, il manque une lettre au nom inscrit sur la lame.

Cette épée montre qu’il existait des relations entre les Vikings et les Arabes et expliquent en partie les réussites militaires des peuples de Scandinavie.

Sources
Texte :
- Les Secrets de l’épée viking, documentaire réalisé par Peter Yost, Etats-Unis, 2011, 50min.
- COHAT. Yves : Les Vikings : les rois des mers, Gallimard, Paris, 1987, 176p.
- Wikipédia

Image : http://rautaportti.fi/miekat/yhden_kaden_miekat/ulfberht_miekka

vendredi 7 mars 2014

L’élection d’Abraham Lincoln

Le 6 novembre 1860, l’élection d’Abraham Lincoln, tenant une position abolitionniste, à la présidence américaine, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour le Sud.

Au début des années 1830, Lincoln est un avocat de Springfield dans l’Illinois. Il rejoint les conservateurs. En 1834, il est élu député à la chambre des représentants, puis en 1846 sénateur de l’Etat. Lincoln est favorable à l’abolition de l’esclavage. « L’achat et la vente d’êtres humains est une honte pour le pays » déclare-t-il. Lorsqu’il était batelier sur le Mississippi, l’attitude des populations du Sud envers les Noirs l’a révoltée. Il se prononce contre l’extension de l’esclavage aux nouveaux territoires de l’Ouest. En 1850, il dépose une proposition de loi visant à abolir l’esclavage dans le District de Columbia et préconise l’émancipation des enfants et un dédommagement des propriétaires. John Calhoun, sénateur de Caroline du Nord, l’accuse de compromettre la stabilité politique et commerciale du pays avec ce projet. Calhoun possède d’importantes plantations de coton cultivées par des esclaves. Devant les attaques de Calhoun et de ses partisans et ne trouvant pas d’appui au sein de son parti, Lincoln renonce à son projet. Il n’est pas réélu et reprend ses fonctions d’avocat à Springfield.
L’abrogation du compromis du Missouri lui permet de revenir en politique. En 1857, il déclare : « l’esclavage est une violation totale du droit sacré de l’Homme à se gouverner lui-même garanti par la Constitution et ancre de salut du républicanisme américain. » Les Pères fondateurs, hostiles au principe de l’esclavage, ne l’avaient toléré que par nécessité. Lincoln se borne à vouloir limiter l’extension de l’esclavage à de nouveaux Etats et dédommager financièrement les propriétaires terriens du Sud.

Lincoln prend conscience que les partis actuels (démocrates et conservateurs) ne permettent plus de dégager des mouvements forts. En mars 1856, il réunit à Bloomington une convention qui prend le nom officiel de Parti républicain. Aux élections présidentielles de 1857, le démocrate James Buchanan accède à l’investiture suprême. Le Parti républicain arrive en seconde position. En 1858, l’Illinois procède à l’élection de nouveaux sénateurs. Lincoln est opposé à Stephen Douglas, homme politique de renom. La campagne se déroule sous fond de tension abolitionniste. Lincoln échoue de justesse. Néanmoins, ses discours lui valent une popularité de plus en plus croissante dans le Nord, mais la haine du Sud.

En mai 1860 à Chicago, le Parti républicain doit choisir son candidat à l’élection présidentielle. Deux candidats se dégagent sur les treize : Lincoln possédant l’image de l’homme intègre et une excellente éloquence et William Seward possédant davantage d’expérience et des soutiens dans les hautes sphères. Lincoln est finalement choisi comme candidat.
Du 23 avril au 3 mai, le Parti démocrate se réunit à Charleston en Caroline du Sud, afin de désigner leur candidat, parmi six prétendants. A l’issue des débats, aucun des prétendants ne réussit à obtenir les deux tiers des suffrages nécessaires. Une nouvelle réunion a lieu à Baltimore dans le Maryland le 18 juin. Suite à l’échec d’une motion pro-esclavagiste, les délégués du Sud quittent la réunion. Les démocrates du Nord choisissent Douglas, un sudiste, en espérant récupérer le maximum de votes dans le Sud. Les démocrates du Sud se réunissent le 28 et choisissent John Breckinridge comme candidat dissident. La division du pays se concrétise via le Parti démocrate qui présente deux candidats.
Le parti conservateur désigne John Bell, un riche propriétaire du Tennessee, dont il fut sénateur, possédant des esclaves et ancien secrétaire d’Etat à la guerre. Bell n’aborde aucune question se rapportant à l’esclavage et ne reconnait aucune autre loi que la Constitution. Deux autres petits partis participent à l’élection : le Parti du Peuple et le Parti de la Liberté.

Lors des élections chaque électeur vote au sein de son État pour ses représentants au sein du collège des grands électeurs, dont le nombre de membres est identique à celui des représentants de l'État siégeant au Congrès. Deux chambres parlementaires composent le Congrès : la Chambre des représentants et le Sénat. Le recensement de la population de l’Etat détermine le nombre de représentants de celui-ci siégeant à la Chambre. Les Sénateurs sont au nombre de deux par État. Par conséquent, certains États possèdent plus de grands électeurs que d’autres et sont plus intéressants à remporter. Les citoyens votent pour une liste de grands électeurs du parti soutenant le candidat à la présidence. La liste qui obtient la majorité des votes populaires emporte tous les grands électeurs de l'État. Après ce vote, les grands électeurs se réunissent pour élire le président. Ils accordent leur voix aux candidats en général sur la base du vote populaire.

Les élections se déroulent dans un climat tendu. Deux années à peine se sont écoulées depuis la fin des troubles au Kansas. L’année précédente, John Brown s’attaquait à l’arsenal de Harper’s Ferry. Le Sud considère Lincoln comme un tyran. Le Sud menace de faire sécession en cas de victoire de Lincoln. Les républicains abordent davantage les questions régionales, telles que les tarifs douaniers ou le développement du chemin de fer.
Douglas est le seul candidat à faire une campagne nationale. Il parcourt tous les Etats du pays, à l’exception de la côte ouest en raison de son éloignement géographique et de l’absence de moyens de communications rapides. Il prétend être le candidat de l’Union en mettant l’accent sur le risque de sécession en cas de victoire des républicains, qui n’hésiteraient pas à abolir l’esclavage et à détruire le mode de vie du Sud. Cette manœuvre a déjà porté ses fruits lors de l’élection présidentielle de 1856. Durant les troubles au Kansas, la menace de la sécession avait une nouvelle fois ressurgi, tout comme en 1851 concernant le non respect du Fugitive Slave Act dans le Nord. Dans ce principe, Douglas attaque la loi soutenue par les républicains octroyant le droit de vote des Noirs dans l’Etat de New York. Ces derniers rebondissent sur les affaires de corruption de l’administration Buchanan issue du Parti démocrate. Le pays a besoin d’hommes nouveaux. Cette fois, beaucoup de nordistes pensent que le Sud ne fera jamais sécession et qu’il s’agit d’une énième tentative d’intimidation.
Le Parti conservateur est moqué dans le Nord. Il est traité de parti de « vieux messieurs ». Il est vrai que l’âge moyen des membres tourne autour de 60 ans. Le Sud trouve que Bell se moque d’eux en éludant la question de l’esclavage. Bell se résout à défendre le projet d’instituer un code de l’esclavage assez similaire à celui des démocrates. Au final, les électeurs favorables à ce projet donnent leur voix aux démocrates et les opposants se rallient aux républicains.

Le 6 novembre 1860, Abraham Lincoln est élu président. Ce soir là, il dit aux journalistes présents : « Eh ben les gars, vos ennuis sont maintenant terminés, les miens ne font que commencer. »

 Candidat
Vote populaire(%)
Nord (%)
Sud (%)
Grands électeurs (%)
Lincoln
40
54
4
59
Douglass
30
38
12
4
Breckinridge
18
5
45
24
Bell
13
3
35
13
Autres
0,01


0

Les résultats montrent la division du pays. Lincoln s’est imposé dans 18 Etats, tous non-esclavagistes. Onze Etats du Sud ont donné leurs voix à Breckinridge et trois à Bell. Lincoln a profité de la scission du Parti démocrate.
Le Sud enrage et menace de faire sécession. Pour calmer le Sud, Lincoln déclare qu’il n’abolira pas les esclavages dans les Etats du Sud. En revanche, il l’interdira dans les nouveaux Etats rejoignant l’Union. Dès le mois de l’élection, la Caroline du Sud conteste l’autorité de Washington. Il est demandé à Lincoln de faire des concessions. Il refuse et rétorque « des concessions nous feraient perdre tout ce que nous avons gagné aux élections. »
Le pays ne tardera pas à sombrer  dans la guerre civile.

Sources
Texte :
- La Guerre de Sécession : à l’heure où deux Amériques s’affrontent, Historia, n°94, mars-avril 2005, 87p.
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Laffont, Paris, 1991, 973p.
- Logan Dooms, La campagne présidentielle de 1860 et l’élection de Lincoln, publié le 22 octobre 2012, sur http://laguerredesecession.wordpress.com/
Image :
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