samedi 24 mai 2014

Le bombardement de Fort Sumter : déclencheur de la guerre de Sécession

Fort Sumter est construit sur un îlot situé à plus de six kilomètres au large de Charleston en Caroline du Sud. Il est conçu pour abriter 146 canons et 600 hommes en vue de défendre la baie et le port. En décembre 1860, les ouvriers chargés d’achever les travaux débutés en 1829, sont les seules personnes présentes dans le fort. Les 80 soldats de la garnison logent au fort Moultrie. Distant du fort Sumter d’un kilomètre, il est accessible depuis Charleston par un banc de terre. Robert Anderson est le commandant du fort. Bien qu’il soit un ancien propriétaire d’esclaves et sympathisant sudiste, il a décidé de rester loyal envers l’Union.

Après la Sécession, les Sud-carrolliens demandent que les deux forts et les bâtiments fédéraux de Charleston leur soient cédés. En cas de refus, ils menacent d’expulser tous les Yankees s’y trouvant. Le commandant transfère ses hommes au fort Sumter moins vulnérable et se prépare à riposter en cas d’attaque. Ce mouvement de troupes provoque la fureur des Sudistes et les éloges des Nordistes. Sous la pression de l’opinion publique, le président Buchanan organise l’approvisionnement en armes et en hommes du fort. L’opération est éventée. Lorsque le navire marchand arrive au large de Charleston, les batteries côtières ouvrent le feu, l’obligeant à rebrousser chemin. Le commandant Anderson ne réagit pas. N’ayant pas été informé, il ignore le contenu de la cargaison de ce navire. La tension monte entre le Nord et le Sud, mais personne ne souhaite être le premier à déclencher les hostilités.
La garnison du fort dispose de vivres pour une durée de six semaines. Deux options se présentent au nouveau président : soit Lincoln envisage une nouvelle opération de ravitaillement avec une forte armée, ce qui revient à déclencher la guerre et faire basculer dans la Confédération les Etats du Sud septentrional, soit il cède le fort pour permettre aux soldats de partir, ce qui revient à reconnaitre la Confédération comme Etat souverain. Les avis de ses conseillers divergent. Certains entendent profiter de la situation pour se placer dans l’entourage et gagner en influence, à l’instar du secrétaire d'État, William Seward, qui espère diriger officieusement le pays. Afin d'éviter la guerre, il prend des contacts avec les Confédérés pour leur annoncer que le fort Sumter sera évacué. Il adresse à Lincoln une lettre proposant de fonder la sauvegarde de l'Union sur un conflit, mené par le Nord et le Sud réunis, contre l'Espagne et la France qui viennent d'intervenir à Saint-Domingue et au Mexique. Cette proposition contraire à la doctrine Monroe, permet à Lincoln de discréditer son adversaire politique.

A la fin du mois de mars 1861, Lincoln se range à l’idée de l’homme d’affaires et ancien lieutenant de marine, Gustavius Fox, qui propose de ravitailler le fort la nuit par l’intermédiaire de petits remorqueurs. Ces derniers ne seraient pas armés et ne transporteraient que de la nourriture. Ainsi, si le Sud venait à attaquer ces navires, ce geste pourrait être considéré comme un acte d’agression contre des personnes sans défense et de plus, le Nord pourrait dire que le Sud laisse mourir de faim des êtres humains. Tout ceci justifierait une intervention armée à Charleston. Grâce à ce plan, peu importe la réaction du Sud, Lincoln est gagnant des deux côtés, soit ses hommes sont ravitaillés, soit le Sud lui donne un motif d’attaquer. L’expédition part le 4 avril.
De son côté, Jefferson Davis et son administration prônent une action rapide et brutale. Ils pensent que la guerre maintiendrait la fièvre sécessionniste et unirait tout le Sud dans une cause commune. Le 9 avril, le général Pierre Beauregard reçoit l’ordre d’attaquer le fort, alors que l’expédition de Fox n’est pas encore arrivée et qu’une tempête la retarde.

Le 12 avril 1861, les batteries de Charleston, installées aux forts Moultrie et Johnson, ouvrent le feu à 4h30, suite au refus du commandant Anderson de livrer le fort. Durant 34 heures, les obus pleuvent sur le fort le détruisant en partie. La garnison se rend le 14 avril. Dès le lendemain, Lincoln appelle 75.000 miliciens sous les drapeaux pour mettre un terme à une révolte ne pouvant être réprimée par la voie judiciaire. Les volontaires se pressent pour préserver l'unité du pays, la constitution et l'héritage de la guerre d'indépendance. Le problème de l'esclavage n'est qu'une préoccupation secondaire, passant derrière la question de la sécession. Suite au recrutement des miliciens lancés par Lincoln, le Sud prend les armes pour résister au tyran nordiste. Quatre Etats décident de rejoindre la Confédération à ce moment : la Virginie, l’Arkansas, le Tennessee et la Caroline du Sud. La guerre est désormais déclarée.

Sources
Texte : - Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Laffont, Paris, 1991, 973p.

Image : wikipédia

dimanche 18 mai 2014

Guillaume le Conquérant de l’Angleterre

Au début des années 1050, Edouard le Confesseur, roi d’Angleterre, s’exile pour éviter d’être renversé par un groupe d’aristocrates pro saxons, qui reprochent au souverain de favoriser l’accès aux charges aux Normands. Le roi trouve refuge chez Guillaume, duc de Normandie, le fils bâtard de son cousin Robert le Magnifique. Edouard avait déjà trouvé refuge dans la région lors d’une invasion danoise de son royaume.
Le fils du Duc de Normandie, Guillaume, nait en 1027 à Falaise en Normandie. Sa mère, Arlette de Falaise n’appartient pas à la noblesse. En 1034, son père, à sa mort, le désigne comme son héritier. De par sa condition de bâtard, les vassaux de Robert contestent sa légitimité. Une nuit de l’année 1045, le bouffon Gohn surprend des nobles dans les couloirs du château de Valognes, fomentant le projet d’assassiner Guillaume. Il prévient le jeune duc, qui quitte Valognes. Il chevauche seul durant toute la nuit jusqu’à Falaise. Il fait appel à son suzerain, Henri Ier roi de France pour affronter les barons rebelles. En 1047, il sort vainqueur de la bataille de Val des dunes près de Caen et restaure son autorité.
Edouard, Harold le demi-frère du roi et Guillaume se lient d’amitié. Harold et Guillaume combattent ensemble en Bretagne. Lors de son séjour en Normandie, Guillaume fait jurer à Harold sur des reliques de représenter ses intérêts auprès du roi et de favoriser son accession au trône. Lorsqu’Edouard regagne son trône, il désigne Guillaume comme héritier.

Le 5 janvier 1066, Edouard meurt. Harold se fait couronner roi. Guillaume est furieux en apprenant la nouvelle. Il souhaite reprendre son trône par les armes. Néanmoins, Harold est tout aussi dans son droit que Guillaume. Le roi l’aurait désigné comme son successeur sur son lit de mort. Edouard faisait de nombreuses promesses et concessions pour conserver son pouvoir et conserver le calme parmi ses barons.
Guillaume se heurte à ses barons qui sont majoritairement hostiles à déclarer la guerre à Harold. Ils argumentent leur refus sur le fait qu’il faille traverser la mer pour combattre un chef de guerre renommé. Par ailleurs, ils n’ont pas besoin de nouvelles conquêtes puisque la Normandie leur suffit. Pour les convaincre, Guillaume les traite de couards et leur promet de nouvelles terres et de fabuleuses richesses. L’appui du pape Nicolas II convainc les ultimes récalcitrants. En avril 1066, la comète de Haley traverse le ciel. Elle est annonciatrice de grands changements.
Guillaume rassemble en baie de Somme une armée de 15.000 hommes et une flotte très importante entre 100 et 300 navires. Il s’agit d’embarcations de taille modeste ressemblant aux drakkars vikings. Les préparatifs s’étalent sur plusieurs mois. Face à l’inaction, l’ardeur des guerriers diminue. Certains menacent de rentrer chez eux. Guillaume attend que les vents et les marées soient favorables, ce qui est chose faite le 28 septembre 1066. Durant l’absence de son époux, Mathilde assure la régence. Elle est la fille du Comte de Flandres, l’un des aristocrates les plus puissants du royaume de France et descendante de l’illustre famille Carolingienne. En l’épousant en 1053, le bâtard s’allie à une haute lignée royale.

L’armée normande débarque à Pevensey dans le Sussex, sans rencontrer de résistance. Les Anglais combattent les Norvégiens dans le nord du pays. Harold sort vainqueur de la bataille de Stamford Bridge et repousse la menace viking.
Guillaume s’installe dans la petite ville d’Hastings, qu’il fortifie. Ses hommes logent dans des tentes aux abords. Lorsqu’Harold apprend la nouvelle, il fait mouvement vers le sud. Bien que ses hommes soient galvanisés, la fatigue se ressent. Cependant, il ne peut pas attendre pour livrer combat. Les engagements militaires durent deux mois et ont été pris pour combattre les Norvégiens. Pour avoir une armée en pleine forme, il aurait fallu qu’il contracte de nouveaux engagements avec ses guerriers. Cette procédure aurait pris plusieurs mois. Durant ce temps, Guillaume aurait été libre de s’implanter solidement dans le sud. Harold souhaite le rejeter à la mer sans tarder.

Le 14 octobre 1066, les deux armées engagent les hostilités. A 9 heures, les archers normands ouvrent le feu, mais sont contrés par les frondeurs anglais. Guillaume met en mouvement ses fantassins et sa cavalerie. Les lanciers et les frondeurs anglais parviennent à les tenir à distance. A 11 heures, les Normands feintent de battre en retraite. Les Anglais les poursuivent abandonnant leurs positions défensives et leur alignement. La cavalerie normande, menée par Guillaume, les attaque de flanc. Le cheval du duc est tué et Guillaume se retrouve à terre. Ses hommes le croient mort. Il retire son casque pour leur montrer qu’il est toujours vivant. Il s’empare d’un autre cheval et poursuit la charge. A 15 heures, les Anglais se sont ressaisis et ont repris leurs positions. Cependant, leur effectif a diminué. Les lanciers et les frondeurs commencent à manquer de munitions. Guillaume peut faire approcher ses archers, qui peuvent enfin tirer à leur convenance. Une flèche tue Harold. A 18 heures, les Anglais, privés de chef, se replient. La bataille d’Hasting a fait 3.000 morts côté anglais et 2.000 côté normand. Guillaume érige une abbaye pour remercier Dieu de lui avoir accordé la victoire.

Guillaume se dirige vers Londres. Sur le chemin, il autorise les pillages et les massacres dans le but de terroriser la population et soumettre la noblesse. Après un terrible siège, il s’empare de la capitale. Le 24 décembre 1066, il est couronné roi d’Angleterre dans l’abbaye de Westminster. Les gardes assurant la sécurité sont tendus. Ils craignent un attentat contre le nouveau roi. Ils incendient des faubourgs prenant les cris de la cérémonie pour une attaque. En 1068, son épouse le rejoint pour se faire couronner reine. Elle donne naissance à leur fils Henri en Angleterre. Guillaume transite sans cesse entre les deux rives de la Manche.
Guillaume construit une forteresse sur un pan de la muraille, l’actuelle Tour de Londres, afin de surveiller les Londoniens et les mouvements sur la Tamise. Pendant trois ans, il réprime dans le sang les moindres révoltes anglaises et les tentatives d’invasion écossaise et galloise. En 1072, le royaume est pacifié, après de nombreuses révoltes et guerres. Guillaume procède à l’inventaire de toutes les richesses de chacun des sujets d’Angleterre, dans le but de prélever l’impôt. Les résultats sont consignés dans un immense registre surnommé le livre du jugement dernier.

Guillaume meurt 9 septembre 1087 à Rouen des suites d’une blessure causée par une chute de cheval. Il désigne son second fils Guillaume pour lui succéder. Henri se sent lésé par cette décision et engendrera des révoltes contre son frère en Normandie.


Sources
Texte : Guillaume le Conquérant, documentaire réalisé par Frédéric Compain, France, 2013, 86min.

Image : extrait de la tapisserie de Bayeux, www.larousse.fr

dimanche 11 mai 2014

L'obélisque de Paris

L’obélisque dressé sur la place de la Concorde est le plus vieux monument de Paris. Mesurant 23 mètres pour 230 tonnes, il s’agit d’un cadeau de Méhémet Ali, sultan d’Egypte, à la France fait en 1830. Erigé, sous le règne de Ramsès II au temple de Louxor, il est ramené à Paris en 1836.

Le temple de Louxor, situé au sud de Thèbes sur la rive est du Nil près du temple de Karnak, est dédié au dieu Amon et construit par Amenhotep III au –XIXe siècle. Un siècle plus tard, Ramsès II ajoute à l’entrée deux obélisques. Ils sont gravés sur toutes les faces d’hommages et de dédicaces du pharaon aux dieux. Ils symbolisent le contact entre le monde des humains et celui des dieux. Ils sont taillés dans les carrières d’Assouan. Les tailleurs creusent autour avant de le détacher du sol. Ensuite, ils le polissent, puis gravent les symboles sur trois faces. Pour le transport, les Egyptiens fabriquent des glissières en bois recouvertes de boue et le font glisser couché jusqu’au site. Une fois arrivé sur place, ils l’érigent à l’aide de cordes. La quatrième face est gravée après cette opération.

En 1829, Méhémet Ali offre à la France deux obélisques en remerciement du travail des ingénieurs français dans la modernisation du pays. Champollion préfère ceux de Louxor qui sont mieux conservés, mais ils sont déjà promis aux Britanniques. Il convainc le sultan de donner aux Britanniques l’obélisque de Karnak beaucoup plus grand. Méhémet Ali ne voit pas d’inconvénient. Il soumet la proposition aux Britanniques qui l’acceptent. Néanmoins vu sa taille, ce dernier ne peut être déplacé. Les Britanniques se voient offrir l'un des obélisques d'Alexandrie et le ramèneront à Londres au milieu du XIXe siècle. L'autre sera offert aux États-Unis en 1869 et est érigé à Central Park en 1881.
Charles X débloque 300.000 francs pour l’acheminer en France. Le débat est vif pour savoir où dresser l’obélisque : le Louvre, les Invalides, le Pont-neuf, la Concorde, le Panthéon, la Madeleine ? Finalement, Louis-Philippe tranche en choisissant la place de la Concorde, afin de ne plus associer ce lieu aux exécutions de la période révolutionnaire.

En 1830, le navire Louxor est construit spécialement pour cette opération selon les plans des ingénieurs Apollinaire Lebas et Jean Tupinier. Il s’agit d’un navire à fond plat, doté de trois mâts démontables et capable de naviguer aussi bien en mer que sur les fleuves. Sa longueur est importante. Le poids est réparti sur une plus grande surface, ce qui évite qu’il s’enfonce trop.
En avril 1831, il quitte Toulon avec 121 personnes, hommes d’équipages et ouvriers compris. Raymond de Verninac Saint Maur est le capitaine du navire. Le Louxor arrive en juin à Alexandrie. Il remonte le Nil par halage et atteint Louxor le 14 août. Une équipe est déjà présente à Louxor et a désensablé l’obélisque et creusé une tranchée de halage longue de 400 mètres. Le 11 octobre, 200 hommes s’affairent sur les cordes et les poulies pour coucher l’obélisque. L’opération se passe mal. Des cordes cèdent. L’obélisque s’enfonce lourdement dans le sable et pointe dans la mauvaise direction. Heureusement, il est intact. Plusieurs semaines sont nécessaires pour le remettre sur la glissière et l’acheminer jusqu’au navire. Le 19 décembre 1831, le Louxor est prêt à repartir, mais le niveau du Nil est trop bas pour naviguer. La crue a lieu en été. Il faut attendre huit mois. Durant ce temps, l’équipage visite la Haute Egypte. En juin, celui-ci est victime d’une épidémie de dysenterie. Le 25 août, le niveau du fleuve est suffisant et le départ est effectué. Le 2 octobre, le Louxor arrive à Rosette après un parcours de 750km durant lequel l’expédition a connu quelques menus déboires. Une nouvelle fois, le niveau du Nil et la dysenterie l'empêchent de continuer. Finalement, le Louxor arrive à Alexandrie le 2 janvier 1833. L’expédition doit attendre que les tempêtes hivernales cessent avant de prendre la mer. Le 1er avril 1833, le Louxor quitte l’Egypte en compagnie du Sphinx, un remorqueur. Après plusieurs étapes en Grèce et en Italie pour ravitailler le Sphinx en charbon, l’expédition arrive à Toulon le 10 mai.
Après une période de quarantaine, le convoi repart le 21 juin. De son côté, Lebas regagne Paris par la voie terrestre, afin de préparer le site d’arrivée. En août, le Louxor et le Sphinx atteignent Cherbourg. Le 2 septembre, le roi Louis Philippe visite les navires. Le 12 septembre, l’expédition se met en route pour le Havre. Deux jours plus tard, ils arrivent à Rouen. Il faut encore attendre la crue de la Seine pour remonter le fleuve. Le 13 décembre 1833, le Louxor quitte Rouen. Un petit remorqueur et une trentaine de chevaux le tirent. Le convoi parvient à Paris le 23 et s’arrime au port de la Concorde. L’obélisque est entreposé plusieurs mois avant de pouvoir être érigé.
Le piédestal original est en mauvais état et n’a pas été ramené. Pour le remplacer, le gouvernement passe commande, en 1836, auprès de l’entrepreneur Guillastrennec pour réaliser le projet de l’architecte Jacques Hittorff. Il s’agit d’un bloc de granit vert du Finistère pesant 240 tonnes. Le Louxor est chargé de le ramener à Paris. L’achat et le transport ont couté 200.000 francs.

Le 25 octobre 1836, 200.000 Parisiens se pressent pour assister à l’évènement autour de la rampe et de la glissière reliant la place au port. Le roi Louis Philippe assiste à la scène depuis le balcon de l’hôtel de marine. A 11h30, 350 ouvriers hissent l’obélisque sous la direction de Lebas. A 14h30, l’obélisque et son piédestal sont en place. Le drapeau national est hissé au sommet.
En 1838, un texte commémorant les principaux acteurs de l’expédition est gravé sur le piédestal. En 1937, l’obélisque est classé monument historique. En 1981, François Mitterrand rend à l’Egypte le second obélisque de Louxor. Aucun gouvernement n’a jamais songé à le ramener. En 1998, l’obélisque est coiffé d’un pyramidion doré, réalisé en électrum (mélange d’or et d’argent) pour lui redonner son éclat original.


Sources
Texte :
- SOLE. Robert, Le Grand Voyage de l'obélisque, Seuil, Paris, 2004, 283p.
- L’Odyssée de l’Obélisque, documentaire réalisé par Olivier Lemaitre, France, 2014, 52min

Image : Érection de l'obélisque de Louxor sur la place de la Concorde, le 25 octobre 1836, par François Dubois : wikipédia.fr

dimanche 4 mai 2014

Ivan IV le Terrible

Ivan IV nait le 25 août 1530. Il est le fils du Grand Prince de Moscou Vassili III et de Helena Glinska, une princesse serbe. Son père meurt lorsqu’Ivan a trois ans. A l’âge de huit ans, en 1538, sa mère décède probablement des suites d’un empoisonnement. Un conseil d’aristocrates nommés les boyards, assure la régence. L’enfant est victime d’humiliations et de mauvais traitements. Il vit en permanence dans la crainte d’être assassiné. Le patriarche de Moscou se charge de son éducation : lecture, écriture, calcul, histoire et étude de la Bible. Ivan prend conscience de l’héritage de ses ancêtres. La Bible lui apporte le soutien moral face aux brimades des boyards. Il se sent de plus en plus investi d’une mission divine. En 1543, le jeune Ivan IV se rebelle. Il lâche une meute de chiens sur le chef boyards qui le dépècent. La peur s’installe au sein de l’aristocratie.

Le 16 janvier 1547, Ivan est sacré Grand Prince de Moscou et tsar de toutes les Russies, montrant ainsi sa volonté de restaurer le pouvoir monarchique. En février, il épouse Anastasia Romanovia, une princesse boyard réputée pour sa beauté. Elle est fidèle à son époux et sait tempérer ses excès de violence.
Pour asseoir son autorité, Ivan IV a besoin d’un coup d’éclat. Il décide de s’attaquer au Khanat de Kazan situé au sud de Moscou, regroupant les Tartares, une population turco-mongole. Il assiège la cité de Kazan et bloque la cavalerie tartare entre les remparts de la ville et le fleuve Moskova. Les Tartares, privés de leur atout militaire, cèdent en octobre 1552. Ils deviennent les vassaux du tsar. Dans la culture populaire, Ivan devient un roi conquérant ayant réussi à faire plier les infidèles. En commémoration, il fait édifier la cathédrale de Basile le Bienheureux. Les Tartares se révoltent. Ils chassent les Russes de la province d’Astrakhan. En représailles, Ivan conquiert la Crimée et expulse les Tartares.

En 1555, il met en place une nouvelle administration et facilite l’accession aux charges pour les roturiers, créant ainsi une noblesse de robe, concurrençant les boyards et leur attribue des terres. Les nouveaux nobles sont plus fidèles car ils tiennent leur place des mains du prince et contribuent à attirer au tsar la sympathie du peuple. Il instaure un nouveau code de lois pour lutter contre la corruption. Il crée un parlement composé exclusivement de boyards pour le conseiller. Ivan châtie cruellement les personnes soupçonnées de trahison. Le tsar considère cet acte comme une agression contre Dieu, ce qui justifie la dureté des châtiments.

En 1560, son épouse meurt. Ivan perd la seule personne en qui il avait confiance. Fou de rage, il fait exécuter les nobles qu’il juge responsables du décès de la reine. Il est persuadé que sa femme a été empoisonnée. Des recherches archéologiques menées au XXe siècle, ont révélé la présence de mercure, de plomb et d’arsenic dans les ossement d’Anastasia Romanovia.
En 1563, Ivan abdique et quitte Moscou. Le peuple, choqué par cette décision brutale, le réclame. La Russie ne peut rester sans dirigeant. Les historiens avancent deux explications à cette décision soudaine. Il s’agit tout autant d’un moment d’abattement lié à la souffrance de la perte d’un être cher et à un sentiment de trahison, que d’une mise en scène pour réaffirmer et conforter son pouvoir suprême. Une délégation le rencontre pour lui demander de revenir au pouvoir. Ivan feint d’hésiter et pose deux conditions qui lui sont accordées : disposer du pouvoir absolu et que le parlement lui octroie des terres en propre.
A son retour, il forme une garde personnelle, les oprtchiniki, composée de 1.500 d’hommes triés sur le volet. Ils sèment la terreur sur l’ensemble du territoire pour réprimer toutes menaces de révolte.

En 1570, il assiège et incendie Novgorod accusée de complot contre le tsar. En réalité, Ivan jalouse cette cité de marchands riche et puissante, qui même si elle reconnait l’empereur de Russie, se gère elle-même. La ville ne se relèvera pas de cette attaque. L’économie russe pâtit de la perte de ce pôle marchand ouvert sur la mer Baltique et l’Europe.
Pour palier cette situation, Ivan exige que les chevaliers teutoniques possédant des domaines sur la mer Baltique lui versent un tribut. Lors de la guerre de Livonie, les Russes conquièrent les ports de Dorpat (actuelle Tartu) et de Narva. Des pamphlets allemands apparaissent en Estonie et Lettonie. Ils insistent sur la cruauté du tsar et contribuent à façonner l’image d’un tyran monstrueux. Les chevaliers teutoniques montent une coalition comprenant les Polonais, les Suédois et les Lituaniens, pour reprendre ces villes portuaires. La Russie est incapable de supporter cette guerre et demande la paix. Après la guerre, l’ordre des chevaliers teutoniques est dissous. Leurs domaines sont partagés entre la Suède, le Danemark et la Pologne. La seule route commerciale pour l’Europe passe par la mer Blanche, puis la mer du Nord. La mer Blanche est prise par les glaces durant tout l’hiver. La navigation y est impossible.

Ivan a des accès de démence. Il est victime de crise de violence. Le 15 novembre 1581, il s’en prend à sa belle fille, dont il juge la tenue indécente. Son fils, Ivan, s’interpose pour protéger son épouse. Les deux hommes en viennent aux mains. Dans la colère, Ivan frappe son fils avec un sceptre. Ce dernier décède quatre jours plus tard. Cet acte porte un coup au pouvoir impérial. Le peuple ne le soutient plus. Il meurt à Moscou le 18 mars 1584, d’une trop forte consommation de mercure.
Après sa mort, son fils Fédor Ier accède au trône. Souffrant d’un retard mental, il est incapable de régner. Les boyards se disputent le pouvoir. La Russie s’affaiblit jusqu’à l’avènement de Pierre le Grand en 1682.

Son surnom du « terrible » vient du XVIIIe siècle et signifie davantage redoutable. Staline réhabilite Ivan IV. Le président soviétique éprouve de la sympathie pour ce personnage qui n’hésite pas à exterminer ses ennemis pour le bien de l’Etat. En 1945, le prix Staline récompense le cinéaste Serguei Eisenstein pour son film Ivan IV. Le biopic est une commande de l’Etat. Il retrace la jeunesse du tsar et le montre combattant les intrigues de palais menées par les boyards voulant le renverser. Après la mort de Staline, Ivan redevient un tyran despotique. Le parallèle entre les deux dirigeants est toujours employé, mais cette-fois pour critiquer le régime stalinien.


Sources
Texte : Ivan le Terrible, documentaire réalisé par Peter Moers, Allemagne, 2013, 60min.

Image : answers.com