samedi 28 juin 2014

La dernière cartouche de Bazeilles

En 1870, la France de Napoléon III et la Confédération germanique de Bismarck sont en guerre. En août, les Allemands occupent l'Est de la France. Les Français sont encerclés dans Metz. Le général Mac-Mahon constitue une armée de 70.0000 hommes pour les secourir. Après six jours de marche forcée, il atteint Sedan. Il veut faire reposer son armée et la ravitailler. Mac-Mahon ignore la supériorité des Allemands et que ces derniers sont en train d’encercler les troupes françaises. Il pense avoir le temps de laisser ses hommes se reposer.

Les hommes du général Vassoigne doivent prendre position sur la route de Sedan à Mouzon. Il ne dispose pas de carte des Ardennes, vu que l’Etat-major français avait prévu de se battre en Allemagne. Sans carte et de nuit, les soldats français éprouvent de grandes difficultés à gagner leur position. Heureusement, un adolescent du coin les guide. Au matin du 31 août 1870, les soldats traversent Bazeilles une petite ville de 2.000 habitants, au sud-est de Sedan. Quelques kilomètres plus loin, ils essuient les tirs de l’artillerie ennemie. Vassoigne se rend compte que les Allemands les ont contournés et se sont emparés de Bazeilles. Les Français font demi-tour et après d’âpres combats reprennent la ville. A la fin de la journée, ils installent leurs défenses.
A Bazeilles, le commandant Lambert déploie des francs-tireurs postés le long de la Meuse, afin d’empêcher les incursions ennemies. Des rumeurs circulent dans la ville. « L’ennemi est en train de nous encercler », se murmure-t-il. Une patrouille est envoyée, mais l’obscurité de la nuit empêche toute reconnaissance. Le général Vassoigne souhaite détruire le pont, mais il ne le peut pas faute de poudre en quantité suffisante. De plus, l’ouvrier du génie refuse d’installer des charges sous les balles ennemies. Du coup, le général ordonne de dresser des barricades, transformant Bazeilles en forteresse.
Le 1er septembre 1870, à 4 heures du matin, les troupes allemandes, dirigées par von den Thann attaquent la ville. Les Français les laissent pénétrer afin de jouir de leurs positions défensives et les chasser. Une seconde vague est repoussée une heure plus tard. A 7 heures, l’artillerie allemande ouvre le feu. L’infanterie incendie les bâtiments. M. Herbulot, l’aubergiste, aide le médecin. Son établissement est transformé en infirmerie. Il est abattu par des Allemands ayant trouvé refuge chez lui. A 8h30, le général Vassoigne reçoit l’ordre du général Ducrot, le remplaçant de Mac-Mahon blessé quelques jours avant la bataille, d’abandonner Bazeilles et de rassembler ses troupes pour éviter le contournement et faire en sorte que la route de Mézières ne soit coupée. La ville est évacuée, mais à 9 heures, un nouvel ordre arrive stipulant qu’il faut tenir la ville. C’est qu’entre temps, le général Wimpffen a remplacé Ducrot sur ordre du Ministère. Les Français parviennent à reprendre la partie nord de la ville. Cependant, étant inférieurs en nombre, ils ne tiennent plus le coup et évacuent Bazeilles vers 14h, pour se replier sur Sedan. Les hommes du commandant Lambert prennent position dans l’auberge Bourgerie, à cinquante mètres à la sortie de la ville, pour couvrir la retraite de leurs camarades. A 16h, ils sont encerclés par l’ennemi. Ceux qui ne sont pas morts sont faits prisonniers. Bazeilles est occupée par les Allemands.

La bataille a fait 43 morts civils, plus de 2600 morts côté français pour 5000 côté allemand. Grâce à cette victoire, les Allemands parviennent à encercler l’armée française sur Sedan. La prochaine grande bataille signera la défaite de la France et la chute de Napoléon III. L’auberge Bourgerie renommée « La maison de la dernière cartouche » abrite aujourd’hui un musée. Le cimetière militaire de Bazeilles regroupe des Français et des Allemands.

Sources
Texte : COGNIET Jean, Bazeilles, Impress 3000, Paris, 1953, 91p
Image : Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville -Les dernières cartouches (1873), wikipédia.fr


dimanche 8 juin 2014

L'expédition La Pérouse

En montant sur l’échafaud, Louis XVI demande à son bourreau : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ? » Cette phrase légendaire est fausse, mais a le mérite de montrer le vif intérêt du roi pour les découvertes et la navigation, ainsi que la situation tragique du navigateur français. L’Astrolabe et la Boussole, les deux navires de l’expédition, ont été aperçus pour la dernière fois en 1788 à Botany Bay en Australie. Depuis, il n’y a plus de nouvelle. En 1791, Louis XVI dépêche deux frégates pour mener des recherches. L’expédition ne retrouve aucune trace et rentre bredouille.

Jean-François de La Pérouse nait le 23 août 1741 au château du Gô près d’Albi dans le Tarn. Son oncle est officier de marine. Suivant ses traces, il s’engage à l’âge de quinze ans comme second du chevalier d’Arsac de Ternay. Il combat les Britanniques au Canada, en Bretagne, dans les Caraïbes et aux Etats-Unis, durant la Guerre de sept ans, puis lors de la Guerre d’Indépendance américaine. Au fil des ans, il navigue dans l’Océan indien et atlantique et gravit les échelons de la hiérarchie militaire.
Dans la lignée des grandes expéditions maritimes du XVIIIe siècle, telle celle de James Cook, Louis XVI organise une mission de découverte de l’Océan pacifique. Le marquis de Castries, ministre de la Marine, nomme La Pérouse au poste de commandant de l’expédition, en raison de sa grande expérience et de ses qualités humaines. Lors de cette expédition, l’équipe de La Pérouse doit effectuer des relevés des côtes, cartographier avec précision les différentes découvertes et étudier les populations, la faune et la flore. Cette expédition mêle des intérêts scientifiques et économiques. La Pérouse doit répertorier les richesses exploitables et déterminer les endroits propices à l’implantation de comptoirs commerciaux. L’expédition comprend dix savants, deux ingénieurs, un jardinier, un horloger, un interprète, deux aumôniers et 220 hommes d’équipage.

L’expédition composée des frégates l’Astrolabe et la Boussole, quitte Brest le 1er août 1785. Les navires descendent l’Océan atlantique, longent le Cap Vert et le Brésil pour passer le Cap Horn au mois de janvier 1786. Le 23 février 1786, les deux navires mouillent au port de la Concepción sur la côte chilienne pour une escale d’un mois. Le 9 avril, La Pérouse débarque sur l’île de Pâques. Son équipe y séjourne plusieurs jours pour effectuer des relevés topographiques et astronomiques et étudier la population et ses monuments. Le 29 mai, La Pérouse découvre l’île Maui dans l’archipel d’Hawaï.
A la fin du mois de juin 1786, ils arrivent au mont Saint-Elie en Alaska. Les savants de l’expédition se livrent à une étude anthropologique des indigènes. Durant leur séjour, deux chaloupes transportant 21 hommes décèdent dans les courants violents de la baie Lituya. Parmi ces hommes, se trouve Joseph de Raxi de Flassan commandant de l'Astrolabe. La Pérouse longe ensuite les côtes d’Amérique du Nord jusqu’à Monterey en Californie. Il observe les missions franciscaines et critique le traitement réservé aux Amérindiens de la région.
L’expédition traverse le Pacifique et entre dans le port de Macao, le 3 janvier 1787. Les fourrures achetées en Alaska son revendues. Le naturaliste Jean-Nicolas Dufresne quitte l’expédition pour rapporter en France le journal, des mémoires et divers documents. En avril, des réparations sont effectuées à Manille. L’expédition reprend la mer le 10 avril 1787 en direction du Japon et de la Tartarie. Cette zone demeure très méconnue des Européens. La Pérouse entre en contact avec les Tartares et les habitants d’Hokkaido. En septembre, il fait une halte d’un mois au Kamtchatka. Barthélémy de Lesseps quitte La Pérouse pour regagner Paris en traversant toute la Russie, ramenant dans ses bagages de nombreux documents.
Début octobre, l’expédition redescend le Pacifique. Aux iles Samoa, ses hommes sont attaqués par les indigènes. Naviguant entre les Tonga, il rejoint l’Australie le 26 janvier 1788. L’expédition est ravitaillée en bois et en eau. La Pérouse dépêche l’un de ses hommes pour ramener en France d’autres documents, puis reprend la mer en mars.
En juin 1787, l’expédition explore l’archipel de Santa Cruz. Pris dans un cyclone, les deux navires sombrent avec leur équipage près de l’île de Vanikoro appartenant à l’archipel des Vanuatu. C’est une île longue de 25km avec un volcan culminant à 800m, présentant un climat équatorial avec des pluies très abondantes. La chaleur et l’humidité favorisent la malaria. Elle est habitée par des indigènes.

En 1791, l’Assemblée constituante vote l’organisation d’une mission de recherche dirigée par l’amiral Antoine Bruny d’Entrecasteaux. L’Assemblée profite de cette expédition pour réaliser un voyage d’étude des côtes australiennes, néo-zélandaises et des îles du Pacifique sud. Les impératifs des savants ne sont pas toujours compatibles avec ceux de l’amiral. En mai 1793, d’Entrecasteaux meurt du scorbut durant l’expédition, qui ne parvient pas à retrouver des traces des survivants, même si elle est passée à proximité de Vanikoro. L’équipage est d’ailleurs attaqué par des indigènes dans l’archipel de Santa Cruz. L’expédition est davantage un succès sur le plan géographique et botanique.
L’affaire sombre dans l’oubli, jusqu’à la fin des années 1820. En 1826, une rumeur court en France, selon laquelle un baleinier américain aurait retrouvé des rescapés de l’expédition. Le capitaine de ce navire a aperçu sur l’île de Vanikoro une croix de Saint Louis et a trouvé des médailles françaises. Le 25 avril 1826, Jules Dumont d’Urville quitte le port de Toulon pour une mission d’exploration et d’étude. Il doit en profiter pour rechercher des traces de l’expédition de La Pérouse. A la même période, un capitaine marchand irlandais, Peter Dillon, prétend posséder l’épée de La Pérouse. Dillon connait bien l’histoire de ce dernier. Il a troqué avec des indigènes des objets français. Mandaté par la couronne britannique, il part de Calcutta le 22 janvier 1827. Après de nombreux déboires techniques et juridiques avec son équipage, il arrive sur l’île de Vanikoro en septembre avant Dumont d’Urville. Il recueille le témoignage des indigènes sur la vie des naufragés. Le dernier est décédé quelques temps avant son arrivée. Il retrouve l’épave de l’Astrolabe. Il ramène des preuves de sa découverte et publie ses récits de voyage en France. Dumont d’Urville débarque sur l’île de Vanikoro en 1828. Des indigènes lui montrent le lieu du naufrage de l’Astrolabe, dont il récupère les ancres. L’épave de la Boussole sur laquelle se trouvait La Pérouse demeure introuvable.

En 1962, les recherches sont relancées. Les études réalisées en plongée permettent de localiser une seconde épave et déterminer de manière certaine qu’il s’agit bien de La Boussole. En 1981, Alain Conan fonde l’association Salomon, afin de mener des expéditions dans le but de percer le mystère du naufrage et du sort des survivants. Plusieurs campagnes de fouilles sont menées avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Marine Nationale. En 1999, les chercheurs découvrent enfin les restes du camp des réfugiés sur Vanikoro.
En 2005, les études réalisées permettent de reconstituer le drame. La Boussole s’est fracassée contre les récifs. Tous les occupants y compris La Pérouse sont morts noyés sur le coup. L’Astrolabe s’est échouée dans une passe. Les marins ont eu le temps d’évacuer avec des vivres et du matériel et sont parvenus à rejoindre l’île de Vanikoro. Il est probable que l’épave de l’Astrolabe a été très largement démantelée pour construire le camp fortifié et un radeau. Les campagnes successives ont permis de mettre au jour plus de 2.000 objets et d’éclaircir le mystère de la disparition de l’un des plus célèbres marins français.

Sources
Texte : LE BRUN Dominique, La Malédiction Lapérouse 1785-2008, France Loisirs, Paris, 2012, 1118p
Image : Louis XVI donnant ses instruction à La Pérouse, de Nicolas-André Monsiau, herodote.net

dimanche 1 juin 2014

La France et les Français dans la Guerre de Sécession

Au début de la Guerre de Sécession, les Français sont 110.000 à vivre aux Etats-Unis. Ils constituent 2.6% de la population immigrée, formant ainsi la cinquième minorité du pays. Ils exaltent leurs différences culturelles et fournissent peu d’effort pour se fondre dans le melting pot américain. Ils participent peu à la vie politique, préférant se focaliser sur leur réussite matérielle. Il s’agit d’une population désunie, dispersée, sans influence. L’immigration est encore trop récente pour cultiver des liens communautaires.

Le 10 juin 1861, Napoléon III impose officiellement à ses sujets le devoir d’observer une stricte neutralité. En réalité, il s’agit d’une position de façade, car il soutient davantage le Sud pour des raisons géopolitiques et économiques.
En effet sur la scène internationale, le Sud joue sur le fait qu’il est le principal fournisseur de coton de l’Europe, matière vitale pour l’industrie textile moteur de la révolution industrielle, afin de demander une reconnaissance officielle. Dans un premier temps, la diminution des importations est plutôt une bonne chose, car elle permet d’écouler les stocks et de diminuer les dépenses. Ce n’est qu’en 1862 que les stocks commencent à diminuer fortement. Les entrepreneurs de Lyon parlent de fermer des usines suite à la baisse des importations de coton venant du Sud lié au blocus nordiste. La même année, l’armée française combat au Mexique pour renverser le régime libéral de Benito Suarez sous prétexte d’obtenir le remboursement des dettes contractées par le régime mexicain. En réalité, l’empereur souhaite recréer une colonie française aux Amériques. Suarez est soutenu par l’Union, qui compte tenu de la situation ne peut l’aider militairement pour l’instant. Au mois de juillet, John Slidell propose d’échanger du coton et une alliance militaire contre le Mexique en échange de la reconnaissance de la Confédération et d’une aide militaire navale pour forcer le blocus nordiste. Napoléon III, bien qu’intéressé par cette proposition, sait qu’il n’est pas en mesure de lutter contre la marine britannique qui soutient davantage le Nord. Il ne veut pas non plus dégrader les relations franco-britanniques qui sont houleuses depuis le règne de Napoléon Ier. Les officiers de marine et agents diplomatique faussent eux même les règles de la neutralité. A quelques exceptions près, ils soutiennent le Sud, exportateur de coton, importateur de produits manufacturés européens et favorable à l’intervention française au Mexique. Les consuls de France ne cachent pas leur sympathie envers la Confédération et ne sont sanctionnés que par de simples rappels à l’ordre. Citons par exemple le cas du comte Méjan ayant entreposé de l’argent confédéré à l’intérieur du consulat de France après la prise de la Nouvelle-Orléans par les troupes fédérales en avril 1862.
Durant l’année 1862, les Sudistes remportent de nombreuses victoires. Des deux côtés de la Manche, on doute que l’Union parviendra à reprendre tous les territoires sécessionnistes. Le Sud pousse les deux puissances à servir d’intermédiaire pour négocier un traité de paix. Néanmoins, la victoire nordiste d’Antietam en septembre, change la donne. Les Britanniques, et par extension les Français, préfèrent attendre et voir ce qu’il se passe. Napoléon III émet le projet d’un armistice et la levée du blocus pour une période de six mois dans le but de pouvoir négocier la paix dans des conditions sereines. La Russie, favorable à l’Union, s’oppose à ce projet. Après réflexions, les Britanniques aussi, car ils le jugent trop favorable au Sud.
En juin 1863, les Français prennent Mexico et renversent Suarez. L’archiduc Ferdinand Maximilien de Habsbourg est choisi pour être le nouvel empereur du Mexique. Napoléon III espère s’attirer les faveurs de l’Autriche et créer une zone d’influence territoriale pour contrebalancer la puissance britannique. Les Confédérés proposent au candidat leur soutien en échange d’une reconnaissance officielle. Cependant, en janvier 1864, Napoléon III renonce à ce projet. Lincoln, qui soutient Suarez, dispose maintenant de troupes au Texas. Les Fédérés pourraient intervenir militairement au Mexique. De plus, l’Autriche s’est alliée à la Prusse, qui vient de conquérir le Schleswig-Holstein au détriment du Danemark. Il apparait que l’Autriche préfère composer avec la Prusse plutôt qu’avec la France.
En 1864, Davis mandate Duncan Kenner à Paris pour demander à nouveau la reconnaissance officielle de la Confédération par la France en échange de l’abolition de l’esclavage dans le Sud. Napoléon III élude la demande en disant qu’il ne souhaite pas agir sans le soutien du Royaume-Uni.

En France, l’opinion publique plutôt anti-esclavagiste ne s’intéresse à la guerre de Sécession qu’à cause du coton. La situation est différente pour les Français résidant aux Etats-Unis. Modifiant subitement leurs habitudes, les Français suivent avec un vif intérêt les événements des années 1850-1860. Des immigrants que l’on croit indifférents aux affaires politiques de leur pays d’accueil s’y intéressent et prennent parti pour l’un ou l’autre camp le plus souvent suivant leur lieu de résidence pour éviter de s’attirer les foudres de la population parmi laquelle ils vivent.

En avril 1861 lors de la déclaration de guerre, les Français sont nombreux à répondre à l’appel sous les drapeaux de l’Union et de la Confédération. Les motifs sont divers : pression populaire, cause idéologique ou moyen d’échapper à la misère. Ainsi, exilés en Angleterre, trois princes de la famille d’Orléans, le comte de Paris, le duc de Chartres et le prince de Joinville s’engagent du côté de l’Union. Camille de Polignac, le fils du ministre de Charles X, s’engage chez les Sudistes. Sur les trois millions de soldats de la Guerre de Sécession, entre 10.000 et 15.000 sont des Français, nettement moins que les Allemands (200.000) et que les Irlandais (175.000). Le mythe de La Fayette reprend vigueur. Comme au XVIIIe siècle, les Français accourent pour aider leurs compatriotes américains dans cette nouvelle guerre d’indépendance.
Les Français se regroupent d’abord dans des unités composées majoritairement de compatriotes pour imposer leur identité nationale et leurs traditions militaires. A New York, trois régiments d’infanterie sont fondés au début de la guerre : le 55e surnommé les « Gardes La Fayette », le 53e les « Zouaves d’Epineuil » et le bataillon des « Enfants perdus ». Les Confédérés en Louisiane comptent une brigade et une légion française. Toutes ces unités ont une existence très courte. A la longue, les Français ont eu tendance à se disperser en s’engageant isolément ou par petits groupes. Les divergences politiques, les querelles de personnes et les luttes d’influence expliquent ce phénomène. Ces divers corps ont dû intégrer des Américains pour atteindre des effectifs réglementaires. Certains Français parviennent à gravir les échelons de la hiérarchie militaire. Pour l’Union, Régis de Trobriand, journaliste breton, est d’abord élu colonel des Gardes la Fayette avant d’être nommé général de brigade après la bataille de Gettysburg. Pour la Confédération, Victor Girardey est lui aussi nommé général de brigade avant de trouver la mort lors du siège de Petersburg en 1864.
D’une manière générale, il y a un réel engouement des militaires américains pour les Français, qui s’arrachent leurs services et se bousculent pour combattre à leurs côtés ou sous leurs ordres. Les Français jouissent d’une réputation flatteuse grâce aux succès des armées impériales de Napoléon Ier, d’où leur surreprésentation dans le corps des officiers. Certains vétérans combattent durant la guerre de Sécession. Dans la réalité, peu de hauts faits d’armes sont à mettre au compte des Français. Citons néanmoins, le cas des milices françaises de La Nouvelle-Orléans, qui en avril 1862, sauvent la ville en réprimant durant une semaine les émeutes ayant éclaté entre l’évacuation des troupes rebelles et l’occupation des forces fédérales.

Malgré leur qualité de ressortissants d’un pays neutre, les Français ont connu le même sort que leurs voisins américains. Ils se plaignent des déprédations, des exactions, des abus de la conscription et de l’enrôlement forcé, sans jamais obtenir de concessions. Le gouvernement impérial est accusé d’abandon, incapable d’étendre une protection efficace, notamment pour les ressortissants du Sud. De plus, l’expédition du Mexique engendre un sentiment antifrançais dans le Nord.
Les procédés des belligérants ont mis à mal les illusions des migrants qui croyaient pouvoir rester en marge du conflit en invoquant leur neutralité. Comme les autres groupes d’immigrants, les Français résidant aux États-Unis ont été des témoins, des acteurs et des victimes. Par son caractère total, la guerre touche cette communauté cultivant jusqu’alors ses particularismes. Elle s’est retrouvée par la force des choses dans le grand bain de l’américanisation. Les Français tissent des liens nouveaux avec leur patrie d’adoption. Après la guerre, les Français ayant servi dans les armées de l’Union acquièrent la nationalité américaine et reçoivent une allocation du gouvernement fédéral.

Sources
Texte
- AMEUR Farid, « Les Français dans la Guerre de Sécession », Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin, 2011/1, n°33, p129-139.
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.

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