samedi 30 août 2014

Histoire abrégée du Portugal (2/2)

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Une indépendance politique mais pas économique
Les Français soutiennent les nobles dans leur révoltes contre l'Espagne. Le 1er décembre 1640, les Portugais envahissent le palais du gouverneur et proclament roi le duc de Bragance sous le nom de Jean IV. L'Espagne est prise dans la Guerre de Trente ans et subit des révoltes en Catalogne. Sa contre attaque en 1644 se solde par un échec. Plusieurs guerres se déroulent. Les Portugais reçoivent l'appui de la France et de l'Angleterre. Le 23 juin 1661, l'Angleterre et le Portugal signent un traité. En échange d'une autorisation pour les Anglais de commercer librement dans les possessions portugaises, ces derniers s'engagent à défendre militairement le Portugal et ses colonies. Ce traité est la première pierre de la dépendance portugaise via à vis de l'Angleterre. En 1668, le traité de Lisbonne reconnait l'indépendance du Portugal et le tracé des frontières. Ces conflits ont ruiné l'empire colonial. Les Portugais conservent le Brésil et quelques comptoirs en Asie du sud-est.
Le pays s'efforce de restaurer son prestige. Le roi tente de créer des manufactures, mais la découverte d'or au Brésil ruine le projet. Le Portugal privilégie à nouveau les importations de produits manufacturés anglais. Le pays accroit son retard industriel et sa dépendance vis à vis de l'Angleterre. Le 27 décembre 1703, les Anglais obtiennent l'autorisation de fonder au Portugal des maisons de négoce et la baisse des taxes d'exportation sur le vin de Porto. L'aristocratie freine toute modernisation du pays. Elle vit dans le luxe et le gaspillage. Ce mode de vie se ressent sur l'architecture et la statuaire. Le pays s'appuie exclusivement sur le Brésil à l'heure où l'Asie lui échappe au profit des Anglais, Français, Hollandais. Le Brésil est une source de métaux précieux et un moyen pour le peuple de trouver un travail que la métropole ne peut lui offrir. La diminution des réserves d'or affaiblit le pays et la monarchie.

Le ministère de Pombal
Le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 permet au marquis de Pombal, premier ministre de Joseph Ier de prendre le pouvoir. La famille royale a fui la capitale. Ce désastre permet d'attaquer la puissance des Jésuites. Jouant sur l'effet de punition divine et accusés de complot envers l'État, ils sont expulsés du pays et de ses colonies en 1759.
Pombal reconstruit Lisbonne dans l'esprit des Lumières dans un style néoclassique prônant la simplicité et la fonctionnalité. Il encourage le développement des manufactures. Sa politique économique permet de rétablir la balance commerciale. Il réforme l'enseignement scolaire en excluant les jésuites et les universités. Il met en place les fonctionnaires d'État. Le Portugal se modernise. La justice seigneuriale est abolie. L'administration est uniformisée sur tout le territoire. Les idées des Lumières pénètrent au Portugal avec la création de l'Académie des sciences et le développement de la presse. Parallèlement, Pombal instaure les théories de la monarchie absolue, de la centralisation et censure et lutte contre toutes les oppositions au régime. En 1777, il est écarté du pouvoir après la mort du roi.


Époque Contemporaine
Les guerres napoléoniennes
En 1793, sous la pression anglaise, le Portugal rejoint la coalition anti-française. Arrivé au pouvoir, Napoléon Bonaparte encourage les Espagnols à annexer le Portugal. Après la défaite de Trafalgar, le Portugal est sommé d'interdire l'accès de ses ports aux navires anglais. Deux choix s'offrent à Jean VI : accepter en s'attirant les foudres des Anglais ou refuser et se voir envahir par la France. Le roi essaye de gagner du temps, mais le 20 novembre 1807, l'armée française pénètre dans le pays. La famille royale s'enfuit au Brésil avant que Lisbonne ne soit prise. La résistance s'organise, ce qui facilite le débarquement anglais dans la péninsule. Le général Beresford chasse les Français.
Le Portugal est ruiné et dévasté. Jean VI hésite à rester à Rio de Janeiro. Durant cet exil (1808-1822), le Brésil se modernise et se dote d'une structure politique et administrative. En 1810, le pays n'est plus considéré comme une colonie et donne toujours des richesses au Portugal.

La révolution libérale de 1820
Vivant dans la nostalgie de leur glorieux passé, la bourgeoisie espère d'importants changements. Elle est réceptive aux théories libérales.  En revanche dans les milieux populaires, le libéralisme est associé aux ingérences étrangères.
Le 24 août 1820, la Junte provisoire du gouvernement suprême du royaume assure l'intérim et convoque une assemblée pour rédiger une constitution. Les nobles veulent un retour de la monarchie, tandis que les bourgeois souhaitent une monarchie libérale. Tandis que Jean VI regagne le Portugal, l'Assemblée approuve une constitution très progressiste. Les pouvoirs sont séparés. Le roi a une simple fonction symbolique. Le législatif revient à un parlement élu au suffrage direct. Les privilèges sont supprimés et la liberté de la presse garantie. Le nouveau régime trop progressiste et anticlérical ne rencontre pas le soutien populaire.
Le 7 septembre 1822, le Prince Pierre, resté au Brésil, refuse de rentrer au Portugal. Son refus marque l'indépendance du Brésil. En 1824, Jean VI mate une révolte absolutiste avec l'aide des Anglais. Profitant de ce mouvement, il juge le régime trop libéral et le réforme. Il est soutenu par le peuple.

Le retour de l'absolutisme
Michel Ier gouverne de façon très autoritaire. De nombreuses révoltes éclatent opposants les libéraux et les absolutistes. En 1834, Marie monte sur le trône et met en place un gouvernement conservateur. La situation économique se dégrade. De nombreux paysans quittent leur terre. Des citadins les rachètent à bas prix sans pour autant les exploiter. En septembre 1836, l'armée et les classes moyennes se révoltent.
En 1842, Costa Cabral arrivé au pouvoir dirige le gouvernement d'une main de fer et met en place de nombreuses réformes. L'opposition profite d'une loi interdisant les enterrements dans les églises pour monter un soulèvement populaire. Le peuple supporte déjà mal la pression fiscale et le service militaire. La monarchie menacée demande l'intervention des Anglais. La rébellion est matée.

La régénération et le rotativisme
Le 1er mai 1851, Costa Cabral est renversé et remplacé par Saldanha qui voit le retour des idées libérales. Le gouvernement développe l'agriculture, l'industrie et le commerce. Les politiques de grands travaux (voies ferrées, télégraphe) permettent de désenclaver certaines régions. La classe moyenne grandit. Le tourisme se développe. Cependant si la consommation augmente, elle se fait au profit de produits étrangers. Les industries nationales ne trouvent des débouchés que localement.
Les étudiants de l'université de Coimbra remettent en cause l'ordre bourgeois, les institutions politiques et le poids de l'Église. Ils cherchent à ouvrir le pays à de nouveaux courants de pensées (socialisme, communisme...) lors des conférences du Casino. Cherchant à rénover leur pays, ils débattent des problèmes du pays et des solutions à y apporter.
L'échiquier politique se compose de deux partis le Parti régénérateur et le Parti historique qui alternent tour à tour l'exercice du pouvoir, d'où le terme employé par les historiens de rotativisme. De nouveaux partis voient le jour : le Parti républicain en 1876 et le Parti socialiste en 1873.

La domination britannique
Avec la perte du Brésil, le Portugal se tourne à nouveau vers l'Afrique. Le Portugal espère reconstituer un nouvel empire, mais se heurte aux autres puissances colonisatrices. En 1890, les Britanniques exigent que les Portugais retirent leurs troupes entre le Mozambique et l'Angola. Le gouvernement est obligé de céder. Un sentiment antibritannique nait. Les produits venant de l'empire britannique sont boycottés. Le roi est critiqué car il a humilié ses sujets. Le pays marque son attachement à son empire colonial.

La République
Les républicains jouent sur le mécontentement populaire pour progresser. Le 3 octobre 1910, le républicain Miguel Bombarda est assassiné. Une révolte éclate. Les insurgés, soutenus par la population, prennent d'assaut le palais. La république est proclamée.
Un nouveau drapeau et un nouvel hymne sont créés. L'État est réorganisé en optant pour la décentralisation et l'autonomie des colonies. Le pays se dote d'une nouvelle monnaie l'escudo. La formation des enseignants est améliorée. La scolarité rendue obligatoire jusqu'à 10 ans. Les universités de Lisbonne et de Porto sont créées. L'assistance publique et la protection de l'enfance se développent. Le droit de grève est reconnu. Le jour de repos hebdomadaire est instauré.
Cependant, la laïcisation est mal acceptée par la population profondément catholique. L'enseignement religieux est interdit, les congrégations expulsées, les biens de l'Église nationalisés, le mariage civil et le divorce instaurés.

La première guerre mondiale
Le Portugal entre en guerre du côté de l'Entente pour protéger son empire colonial et se démarquer de l'Espagne alliée de l'Allemagne. Pourtant les monarchistes et les cléricaux éprouvent plus de sympathie pour ces pays plutôt que pour une Grande-Bretagne libérale et laïque lorgnant sur ses colonies. A la demande de la Grande-Bretagne, le Portugal s'empare des navires allemands mouillant dans ses eaux déclarant de fait la guerre à l'Allemagne en mars 1916. La victoire de l'Entente permet aux Portugal de conserver ses colonies.
L'effort de guerre aggrave la crise économique. Le désordre régnant à cause de la crise et de l'épidémie de grippe espagnole, favorise les mouvements autoritaires. Le 5 décembre 1917, Sidonio Pais arrive au pouvoir par un coup d'État. Il dissout l'assemblée, renforce les pouvoirs du président et la presse est censurée. Il instaure un régime fort et catholique. Pais est assassiné en 1918.
Des juntes militaires se disputent le pouvoir et luttent contre le retour de la République et prônent le retour de la monarchie. Le 19 octobre 1921, lors de la nuit sanglante, plusieurs personnalités républicaines sont assassinées. L'armée et les officiers jouissent du prestige de la guerre. Le 28 mai 1926, le général Gomes da Costa s'empare du pouvoir et instaure un régime fort sur le modèle fasciste italien. Il reçoit l'appui de la population, considérant que seul un régime fort peut mettre un terme aux crises économiques et politiques du pays.

L'ordre nouveau de Salazar
Antonio de Oliveira Salazar, nommé ministre des finances du nouveau gouvernement, met en place un plan économique. Ayant le contrôle sur toutes les décisions budgétaires, il accroit son pouvoir. Le Portugal apporte son soutien à Franco et renoue ses liens avec le Vatican. Durant la seconde guerre mondiale, bien que favorable à l'Axe, le Portugal reste neutre. La fin de la guerre n'amène pas de mouvements démocratiques de masse. Les États-Unis apportent leur soutien au régime dans la lutte contre l'expansion communiste. Le Portugal intègre l'OTAN en 1949 et l'ONU en 1955.
Le massacre de colons portugais en Angola en 1961 marque le début des guerres d'indépendance. Les pressions internationales poussent Salazar vers une décolonisation pacifique. Ce dernier suit l'opinion publique toujours fortement attachée à l'empire. Il fait taire les critiques en autorisant les investissements étrangers et en développant l'éducation dans les colonies.

La révolution des Œillets
Impliqués en Afrique, les militaires se rendent compte qu'il est absurde de vouloir garder à tout prix l'empire colonial. Le 25 avril 1974, le général Antonio de Spinola renverse le pouvoir. Les divergences politiques sur les suites à donner sont à l'origine d'une période de deux ans appelée le processus révolutionnaire en cours marqué par des attentats. Les partis d'extrême gauche prennent de plus en plus d'importance, tandis qu'un triumvirat de militaires prend en charge les affaires courantes.
La constitution de 1976 fait du Portugal une démocratie sociale. Une révision en 1982 limite le rôle des militaires et le pouvoir du Président. Le pays est touché par une série d'attentats organisés par l'extrême gauche.

L'Union européenne
En 1986, le Portugal entre dans la Communauté européenne. Cette adhésion impose au pays de profonds ajustements pour rattraper son retard économique. Le Portugal bénéficie des fonds européens pour se moderniser. Le gouvernement d'Anibal Cavaco Silva mène une politique de libéralisation et privatise les entreprises. L'entrée dans l'euro impose la poursuite de la rigueur économique.
L'exposition universelle de Lisbonne en 1998 est un moment de communion nationale. Les Portugais retrouvent leur fierté, malgré la rétrocession de Macao à la Chine en 1999. En 2004, le pays organise la coupe d'Europe de football.
Les élections de 2009 confirment les socialistes au pouvoir. La crise de 2011 impose au premier ministre José Socrates un nouveau plan d'austérité. Son plan est rejeté et il doit démissionner. Le Portugal demande l'aide de l'UE en échange d'un plan d'austérité drastique (privatisations, baisse des salaires de la fonction publique, plafonnement des aides sociales, augmentations des taxes).

Source
Texte :
OLIVEIRA, Marins Joaquim Pedro de, Histoire du Portugal, La Différence, 2994, 460p.
BLOCH-PUJO  Nathalie, Portugal avec Madère et Açores, Hachette, Paris, 2011, 480p


dimanche 24 août 2014

Histoire abrégée du Portugal (1/2)

L'Antiquité
Diverses influences culturelles
Des peuples nomades, vivant de la cueillette, occupent le Portugal dès -500.000. Au Néolithique entre-4000 et -2000 une culture différente du reste de la péninsule se développe. Les mégalithes témoignent d'une fonction religieuse et funéraire et de la pratique de l'inhumation collective. Les peuplades vivent en noyaux isolés sur des hauteurs. Les maisons rondes sont défendues par des enceintes. Les guerriers constituent l'élite sociale. Les métaux permettent de perfectionner les outils et d'accroître les rendements agricoles et donc la population.
Durant l'âge du bronze, les peuples du Portugal entretiennent des contacts commerciaux avec les îles britanniques, les Grecs et les Phéniciens. Ils vendent des métaux. Les Phéniciens établissent des comptoirs commerciaux sur le littoral. Ils auraient ainsi fondé la ville de Lisbonne. Ils introduisent au Portugal la viticulture et l'oléiculture. Vers -1200, des Celtes s'installent dans l'intérieur des terres. Une différence culturelle s'installe déjà entre le littoral gréco-phénicien et l'intérieur des terres celte. Au -IIIe siècle, les Carthaginois s'installent dans le sud du Portugal. Les métaux et les richesses agricoles les attirent. De plus, les Lusitaniens, qui jouissent d'une bonne réputation guerrière, sont enrôlés dans l'armée carthaginoise pour lutter contre Rome.

Une province romaine
Au cours de la seconde guerre punique (-218/-201), les Romains envahissent le Portugal et en chassent les Carthaginois. Le pays est occupé militairement et rattaché en grande partie à la province d'Hispanie ultérieure. La résistance s'organise. En -147, Viriatus mène une guérilla contre les légions romaines. En -133, Rome force les Lusitaniens à quitter les villages fortifiés des montagnes pour s'installer dans les plaines, ainsi est fondée la ville de Braga. La région se pacifie peu à peu. La Galaïco-portugais, dérivée du latin devient la langue commune à tous les Lusitaniens. Les Romains introduisent l'écriture, les écoles, imposent un découpage administratif et une organisation sociale héréditaire et développent la céréaliculture, la viticulture, la pêche et la production de sel.

Le Moyen-âge
Le royaume wisigoth
Au Ve siècle, le Portugal est occupé par deux peuples saxons : les Suèves et les Wisigoths. En 409, les Suèves fondent le royaume de Galice ayant Braga pour capitale. Ils prêtent allégeance à Rome et se convertissent au christianisme, à l'inverse des Wisigoths qui demeurent ariens. Ces derniers conquièrent la Galice en 585 et prennent Tolède pour capitale avant de se convertir à leur tour au christianisme. Les seigneuries wisigothiques se calquent sur les découpages administratifs romains. Les seigneurs s'affrontent entre eux fragilisant le pouvoir.

Territoire musulman et reconquête chrétienne
Au VIIe siècle, les Maures venus du Maghreb envahissent le Portugal. En 711, Tariq ibn Ziyad bat Rodéric à Guadalete. Abd al Aziz ibn Musa bin Nusair épouse la veuve de Rodéric et se place dans la continuité du pouvoir wisigoth. La péninsule est intégrée au Califat des Omeyyades. En cinq siècles, les Musulmans imprègnent la langue, la toponymie, l'agriculture, le commerce et les mœurs. Ils conservent les divisions administratives existantes et nomment ce pays Gharb al-Andalus, littéralement à l'Ouest d'Al Andalus. Les mozarabes sont des chrétiens adoptant les mœurs musulmanes, tandis que les muladies se convertissent à l'Islam. En 759, le Portugal est rattaché à l'Émirat de Cordoue.
Des nobles wisigoths se réfugient dans les montagnes et s'unissent sous la bannière du royaume asturien incluant l'Asturie, le Léon, la Castille et la Galice. En 722, Pélage le Conquérant remporte la bataille de Covadonga et devient roi. En 737, il conquiert la Galice. Ses successeurs tentent de reprendre les territoires au Sud. A partir du XIe siècle, le sud de la Galice forme un comté indépendant prenant le nom de Terra portucalensis autour de Braga sa capitale et de Porto. La reconquête de certains territoires permet à des seigneurs chrétiens d'acquérir des terres et au comte d'éviter les risques de rébellion. Cette reconquête est favorisée par les dissensions internes des Musulmans, qui se divisent en taïfas des petits royaumes indépendants. En 1086, les taïfas font appel aux Almoravides d'Afrique du Nord qui repoussent les Castillans au nord du Tage.

Reconquista et naissance du royaume du Portugal
A la fin du XIe siècle, Alphonse VI de Castille unifie les royaumes chrétiens en annexant la Galice et le comté du Portugal. Marié à Constance de Bourgogne, il fait appel à sa belle famille pour conquérir le reste de la péninsule. Des nobles bourguignons et français, à la recherche de terres et de gloire, répondent à son appel. En remerciement, Alphonse VI marie ses filles à Raymond et Henri de Bourgogne et confie au premier le gouvernement de la Galice et au second les comtés de Braga et de Coimbra. Les deux hommes, bien que vassaux d'Alphonse VI jouissent d'une certaine autonomie.
A la mort d'Alphonse, Henri prend son indépendance. A la mort d'Henri, Alphonse VII, roi de Castille, espère récupérer ces terres. Il s'allie à la Galice ce qui provoque le mécontentement de la noblesse portugaise autour d'Alphonse-Henri. Après plusieurs batailles, ce dernier reste au pouvoir et jure fidélité à Alphonse VII par le traité de Tui de 1137.
Alphonse-Henri étend son territoire au Sud au détriment des Musulmans. Ses conquêtes lui permettent de s'attirer les faveurs du Pape. Alphonse VII doit reconnaître l'indépendance du Portugal et de son roi Alphonse Ier. Le roi continue ses conquêtes contre les Musulmans. Il s'empare de Lisbonne le 14 octobre 1147 avec l'aide des croisés. Les nouveaux territoires sont confiés à des aristocrates, ou à des confréries religieuses ou aux concelhos (communautés dont la seigneurie est exercée par les habitants). La division du royaume de Castille en trois entités (Castille, Léon, Galice) renforce le royaume du Portugal. L'archevêque de Braga concurrence celui de Tolède. Au XIIIe siècle, le Portugal et la France s'allient à la Castille pour combattre les Maures. Cordoue est prise en 1236. Désormais le territoire musulman se limite à Grenade qui tombera en 1492. En 1255, Alphonse III du Portugal transfère la capitale à Lisbonne.
La population mélange chrétiens, juifs et musulmans. Des tensions demeurent, qui se retrouvent dans l'architecture. La seconde moitié du XIIe siècle correspond à une période de développement économique et d'urbanisation. Le nord du pays demeure agricole aux mains de seigneurs laïcs, tandis que le Sud, dirigé par les concelhos, se tourne vers le commerce. Lisbonne, avec l'aide des Génois, s'ouvre au commerce international. Un traité commercial est passé avec l'Angleterre.

La crise du XIVe siècle
Le Portugal connait un siècle de crise. L'épidémie de peste décime un tiers de la population. La production agricole diminue. La surpopulation des villes engendre insécurité, insalubrité et pauvreté.
Le Portugal entre en guerre contre la Castille. Le roi Ferdinand Ier revendique le trône de par sa mère Constance de Castille. Henri II de Castille envahit le Portugal. Un accord de paix est signé en 1373 grâce au Pape. Le conflit reprend en 1381 et tourne une nouvelle fois au désastre pour les Portugais. Pour sceller la paix la fille du roi Béatrice épouse Jean Ier de Castille. En 1383, Ferdinand Ier meurt. Jean revendique le Portugal. Soutenu par une partie de la noblesse portugaise, il annexe le pays. La résistance s'organise autour de Nuno Alvares Pereira. Les Portugais battent à plusieurs reprises les Castillans et les chassent du royaume lors de la bataille d'Aljubarrota le 14 août 1385. La noblesse se réunit à Coimbra et élit le comte Jean d'Aviz, fils illégitime de Pierre Ier, comme nouveau roi sous le nom de Jean Ier. Ce dernier est soutenu par la bourgeoisie.

Jean Ier et le début des grandes explorations
Jean Ier commence par fragiliser ses rivaux. Ils augmentent leurs impôts et ordonnent des enquêtes sur leur patrimoine. Un parti contre le roi se forme mené par le duc Alphonse de Bragance.
D'un autre côté, Jean Ier favorise les intérêts de la bourgeoisie et développe le commerce maritime. Les Portugais sont la première nation européenne à lancer des expéditions maritimes. Les premières expéditions concernent l'Afrique du Nord. Sous un motif religieux, les Portugais s'emparent de terres agricoles et de ressources aurifères. Ces conquêtes permettent à la noblesse d'acquérir de nouvelles terres et offre à la population un moyen de faire fortune en quittant un territoire devenu trop étroit. Cette conquête débute en 1415 par la prise de Ceuta sur le détroit de Gibraltar plaque tournante du commerce d'esclaves, d'épices et d'or. La ville était un repaire de pirates marocains. Leur élimination sécurise la zone pour le commerce. Cependant, les terres conquises ne sont pas aussi rentables que prévu et leur défense coûte chère. Un débat naît entre la poursuite de la croisade marocaine et le début d'une expansion atlantique. La seconde option soutenue par la bourgeoisie et les marchands génois présents à Lisbonne, est choisie. Longer les côtes de l'Afrique vers le Sud permettrait de prendre à revers les Maures, d'ouvrir une nouvelle route vers les Indes celle par l'Asie est bloquée par les Ottomans, et de s'approprier les richesses de l'Afrique.
En 1419, Joao Gonçalves Zarco et Tristao Vaz Teixeira débarquent à Madère. En 1427, Diogo De Silves découvre les Açores. En 1441 sont découverts le Cap-Vert et le Cap Blanc. En 1445, Antao Gonçalves et Nuno Tristao atteignent le Sénégal et la Guinée, puis naviguent au large de la Mauritanie. Ils établissent un comptoir sur l'île d'Arguin, afin de capter les caravanes chargées d'or, d'ivoire et d'esclaves transitant par le Sahara. Ensuite, Diogo Gomes atteint la Guinée en 1450, puis remonte la Gambie. En 1460, Pedro de Sintra atteint la Sierra Leone. En 1472, Joao de Santrame parvient au Niger et à Sao Tomé. A chaque fois, les Portugais nouent des alliances commerciales avec les indigènes qu'ils rencontrent.
Ces découvertes ne sont pas du gout des Castillans qui entendent bien concurrencer les Portugais. Une nouvelle guerre éclate entre les deux royaumes en 1476. Le 25 janvier 1479, le traité d'Alcaçovas met un terme au conflit et attribue les Canaries à la Castille et Madère, les Açores, le Cap Vert au Portugal.
Jean II poursuit la politique maritime. Il se focalise sur la route des Indes. L'objectif est désormais de contourner l'Afrique. Les expéditions sont financées par l'exploitation des terres conquises : Madère fournit du vin et de la canne à sucre, le Golfe de Guinée des esclaves, les Açores du blé. Le Portugal passe une alliance avec le Congo qui rapporte de l'ivoire et des fruits tropicaux. En 1487, Bartholomé Diaz passe le cap de Bonne Espérance et atteint la Namibie.

Les Temps Modernes
Le Portugal à la conquête du monde
L'Espagne, ayant achevé sa reconquête après la prise de Grenade en 1492, se lance dans les expéditions maritimes. Christophe Colomb traverse l'Océan atlantique et découvre de nouvelles terres. Le 7 juin 1494, le traité de Tordesillas répartit les terres entre les deux puissances selon la limite de 370 lieues à l'ouest du Cap-Vert, ce qui laisse l'Afrique et le Brésil aux Portugais et les Amériques à l'Espagne.
Le 20 mai 1498, Vasco de Gama arrive aux Indes. L'Océan indien est déjà parcouru par de nombreuses nations. Cette fois, les Portugais doivent employer la force pour s'imposer. Les comptoirs sont protégés par des forteresses et des marines de guerre. La charge de vice-roi des Indes est créée pour maintenir la sécurité. Les conflits sont permanents et les Portugais se livrent à de nombreux massacres. En 1513, Jorge Alvares arrive en Chine, puis en 1522 Cristovao de Mendonça mouille en Australie. Le 22 avril 1500, Cabral prend possession du Brésil. Les Portugais exploite le pau-brasil, un bois de teinture et de construction très recherché. Des manufactures sont installées et des esclaves importés d'Afrique. En l'espace d'un siècle, le Portugal s'est doté d'un vaste empire maritime.
Le Portugal connaît une période de croissance économique et démographique. Tout le pays est impliqué dans le colonialisme. Avec l'esclavage, le travail manuel devient une valeur dénigrée. Les jésuites portugais parcourent le monde pour évangéliser les indigènes. Ils sont présents au Brésil, en Inde, en Chine et au Japon. Ils ont souvent du respect pour les cultures locales dont ils apprennent la langue. Il s'agit également d'une période de développement culturel avec de grandes constructions de style renaissance et l'effervescence de l'université de Coimbra.

Les germes de la décadence
Les richesses engendrées sont utilisées pour des construction de prestige et non investies dans la modernisation des structures économiques. Le Portugal ne cesse d'importer des produits manufacturés d'Angleterre en échange de l'or et des diamants issus de ses colonies. Le Portugal devient dépendant de ses colonies. A la fin du XVIIe siècle, les minerais sont épuisés et le Portugal n'a pas développé son industrie.
Au XVIe siècle les Portugais subissent la concurrence des Français et des Hollandais. Ces derniers s'installent au Suriname, en Angola et en Afrique du Sud. Leur colonie du Cap leur ouvre la porte des Indes. La concurrence étant de plus en plus forte, le prix des produits importés baisse, tandis que les coûts de fonctionnement augmentent. Le Portugal peine à gérer son immense empire. En 1541, Jean III abandonne les possessions en Afrique du Nord.
En 1568, Sébastien Ier monte sur le trône. Il souhaite reconquérir les terre laissées par son prédécesseur. L'appel à l'aide d'un chef marocain contre les Ottomans sert de prétexte. Il organise une grande expédition regroupant plus de 16.000 hommes et la fine fleur de la noblesse. Le 4 aout 1578, les Ottomans massacrent les Portugais à la bataille d'Alcacer-Quibir. Le roi meurt sur le champ de bataille laissant le royaume sans héritier.

L'annexion espagnole
Philippe II d'Espagne, ayant épousé la fille de Jean III, apparaît comme le prétendant le plus sérieux au trône. Il reçoit l'appui de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie qui espère profiter du marché espagnol et de ses colonies. En revanche le peuple apporte son soutien à Antoine prieur de Crato. Le 25 août 1580, Philippe II bat les partisans d'Antoine à la bataille d'Alcantra. Les accords de Tomar permettent à Philippe II de réunir les deux couronnes tout en préservant une certaine autonomie du Portugal.
Au XVIIe siècle, Philippe IV remet en cause l'autonomie du Portugal et augmente les taxes. L'Espagne devient la cause de tous les maux. Le Portugal perd des possessions au profit des Français et des Hollandais. Des révoltes éclatent, renforçant l'unité nationale. Les opposants soutiennent le duc Jean de Bragance. (.....)

à suivre