samedi 20 septembre 2014

Les catacombes de Paris


Les catacombes de Paris sont l’une des plus grandes nécropoles souterraines au monde avec ses ossements, correspondant environ à six millions de parisiens. Situées à vingt mètres sous terre, elles couvrent 1/800e des anciennes carrières parisiennes. Le 9 novembre 1785, Louis XVI ordonne la suppression du cimetière des Innocents situé dans l’actuel quartier des Halles. Ce cimetière, existant depuis le Moyen-Age, manque désormais de place. Sa saturation cause des incidents sanitaires. Pour le remplacer, les autorités décident de transférer les ossements dans les carrières au sud de la ville.

Il y a 45 millions d’années, la région parisienne était recouverte par une mer tropicale. Des sédiments se sont accumulés au fond, qui sont devenus des calcaires caractéristiques d’une période de l’histoire de la Terre appelée le lutétien. Les Gallo-romains exploitent le calcaire pour bâtir Lutèce. Au XIIIe siècle, les carrières ouvertes de la Bièvre deviennent souterraines, afin de fournir la quantité de pierre nécessaire aux constructions de Notre-Dame, du Louvre et des remparts.
Des masses de calcaires épargnées par le travail des carriers forment des piliers (pilier tourné) qui soutiennent le plafond (ciel de carrière). Ce plafond, situé entre les piliers, peut se fracturer sous l’effet de mouvements tectoniques et s’effondrer, formant ainsi des voûtes appelées cloche de fontis. L’effondrement peut remonter à la surface. Les consolidations par hagues et bourrages sont employées dès le XVe siècle. Les bourrages sont constitués de déchets d’exploitation. Les hagues sont des murets de pierre qui retiennent les bourrages.
Au XVIIIe siècle, certaines galeries s’effondrent engendrant des éboulements. Le 4 avril 1777, Louis XVI crée l’Inspection Générale des Carrières de Paris (IGC), administration qui existe toujours. Ses objectifs sont de prévenir les risques, de surveiller et de consolider les souterrains parisiens pour assurer la sécurité des biens et des personnes. Des galeries de reconnaissance sont percées. Certaines parties sont comblées, d’autres consolidées par des murs et des piliers épais. Sur ces confortations, les ingénieurs numérotent leurs interventions et inscrivent la date et leur initiale. Ces marques sont toujours visibles. En 1813, un décret met fin à l’exploitation des carrières parisiennes.

Un espace de 11.000 m2 est aménagé et consacré le 7 avril 1786. Des ossements provenant d’autres cimetières parisiens y sont également transférés en 1788 et entre 1842 et 1860. Parallèlement, de nouveaux cimetières sont créés aux limites de Paris (Passy, Montparnasse, Père Lachaise, Montmartre). Les ossements de personnalités célèbres, telles que Rabelais, La Fontaine, Claude Perrault ou Jules Hardouin-Mansart, sont très certainement présents dans les catacombes, mais rien ne permet de les identifier. A la Révolution, les gardes suisses défendant les Tuileries y sont ensevelis, ainsi que les premiers guillotinés : Mme Elisabeth (sœur de Louis XVI), Danton et Robespierre.
En 1809, Louis-Etienne-François Héricart de Thury, inspecteur général des carrières, réorganise les catacombes pour y accueillir des visiteurs. Il met en place un décor funéraire monumental composé de piliers doriques, d’autels, de fontaines et de plaques gravées. Les ossements sont rangés. Les tibias posés à l’horizontal alternent avec des rangées de crânes formants ainsi des murs derrière lesquels sont entassés le reste des ossements. Les salles sont décorées de séries de sentences, poèmes et de textes profanes ou religieux. Des pièces exposent des échantillons de roche pour expliquer la géologie du sous sol parisien. Dès l’ouverture au public, la foule se presse. Elles reçoivent parfois des visiteurs prestigieux tels François Ier d’Autriche en 1814 ou Napoléon III en 1860. De nos jours, le Catacombes de Paris sont toujours parcourues par une multitude de visiteurs de tous pays.


Source
Texte : Les catacombes de Paris, Musée de France - Mairie de Paris, 2014.
Image : wikipedia.org


Il y a un article sur Mme Elisabeth sur notre site.

samedi 13 septembre 2014

Les Celtes

Le mot celte vient du grec keltoï, latinisé en celtae. Il apparait dans les textes grecs du –VIe siècle pour désigner les peuples vivant aux marges de la Méditerranée. L’histoire des celtes s’étend sur deux périodes. La première, dite de Hallstatt du nom d’un village autrichien, correspond à la formation des peuples celtes du –VIIIe au Ve siècle. La seconde, dite de la Tène du nom d’un site près du lac de Neuchâtel, correspond à l’expansion des celtes en Europe. Les dernières recherches à partir de l’archéologie et de la linguistique montrent que le foyer originel se situe en Asie mineure. A partir du –VIIe millénaire, les Celtes migrent vers l’ouest et atteignent les rives du Rhin trois milles ans plus tard. Au -IIIe millénaire, ils maîtrisent le travail du bronze et domestiquent les chevaux. Il y a une grande hétérogénéité des peuples celtes, qui possèdent néanmoins en commun un grand nombre d’aspects culturels. A partir du IVe siècle, ils s’étendent sur toute l’Europe non méditerranéenne et empiètent sur les territoires grecs et romains. Ces mouvements migratoires sont motivés par des difficultés climatiques locales et la recherche de terres plus fertiles.

Le regroupement progressif de micro territoires donne naissance à de vastes principautés contrôlées par de puissantes familles. Celles-ci s’affrontent ponctuellement. Le prince celte est un propriétaire foncier et un chef militaire. Il réside dans une grande maison de bois surmontée d’une toiture végétale. Le luxe ne transparait pas dans l’architecture, mais dans le mobilier. La position sociale se lit au travers des vêtements. Le prince porte un chapeau conique en écorce de bouleau, des vêtements colorés et arbore une épée à sa ceinture. Les aristocrates raffolent des banquets, une pratique empruntée aux Etrusques. Les convives, assis par terre, consomment de la viande et de la bière. Ces festins prouvent la richesse du prince et assoit son pouvoir.
Les Celtes sont avant tout des paysans cultivant le sol et élevant du bétail. L’Europe celtique est découpée en parcelles cultivables, jonchée de fermes et quadrillée de sentier. Entre le –Ier siècle et le Ier siècle, la forêt recule en faveur des terres cultivables. La taille des domaines varie en fonction de la richesse. Les habitations sont toujours ceintes d’un fossé. Elles sont construites en bois recouvert de torchis avec un toit de chaume. Le foyer, dont la fumée s’évacue par une ouverture dans le toit, assure le chauffage et l’éclairage. Le mobilier est en bois et les objets en argile. La maison sert également de lieu de stockage. Les Celtes passent plus de temps à l’extérieur. La rotation des cultures permet le repos des sols. Les outils agricoles (faux araire, faucille) seront utilisés jusqu’au XXe siècle.
A partir du -IIe siècle, l’Europe celtique se couvre de villes fortifiées appelées des oppida. Un oppidum est un espace d’au moins dix hectares cerné d’un rempart de terre armé d’un poutrage en bois. Ils sont le résultat d’une forte croissance démographique à partir du maillage de fermes ouvertes. Ils affichent un objectif de défense et ne sont pas forcément occupé dans leur totalité, ni non plus tout le temps. La place laissée vide est utilisée pour des rassemblements politiques et religieux. Il existe certains quartiers spécialisés selon tel ou tel artisanat. Aucune tombe prestigieuse n’a été retrouvée dans l’enceinte des oppida, ce qui signifie que les aristocrates n’y résidaient pas. Les poussées germaniques et la déstabilisation des réseaux de commerce causent la disparition des oppida. La romanisation joue également un rôle important, car les critères de la ville romaine ne correspondent pas à ceux des oppida, des villes fortifiées perchées sur des promontoires rocheux et souvent à l’écart des routes.

Il n’existe aucun monument religieux en dur, ni d’écrits ou très peu de représentations des divinités. Les cultes originels seraient des cultes voués aux héros. Les rituels se déroulent dans une enceinte sacrée où des animaux sont sacrifiés aux dieux lors de banquets. Les sanctuaires rassemblent plusieurs villages. Les divinités gauloises ne sont connues que par les auteurs romains et des chroniqueurs irlandais du haut Moyen Age. Quatre d’entre elles se distinguent par leur importance : Taranis, Esis, Toutasis et Lug. Les druides détiennent le savoir religieux, tandis que les bardes transmettent les mythes.

Il existe cinq langues celtes : le gaulois, le pontique, le norique, le galates et le celtibère qui sont très proches les unes des autres. L’oralité est un choix de société dicté par les druides. L’écriture semble être proscrite pour confiner le savoir dans le cercle restreint de ces derniers et assoir leur pouvoir sur le reste de la population. Au milieu du Ier siècle, les langues celtes d’Europe occidentale ont succombé à la romanisation. Les Celtes se convertissent volontairement jugeant la culture latine supérieure à la leur. La culture celte survit en périphérie (Bretagne, Irlande, Ecosse, Pays de Galles).
La frontière entre l’empire romain et l’Ecosse a permis la sauvegarde de la langue. Par ailleurs, la christianisation de l’Irlande s’est opérée de manière progressive en intégrant des aspects des religions celtes. Les moines ont retranscrit les récits et légendes celtes en les adaptant néanmoins aux goûts et critères de l’époque. Au XVIIIe siècle, des érudits français et écossais s’intéressent aux Celtes en partant de l’étude des mégalithes des langues parlées en Irlande et en Ecosse. En 1740, Simon Pelloutier publie une Histoire des Celtes. Les Celtes deviennent les habitants de l’Europe avant les Romains. Le XIXe siècle, romantique, s’intéresse au Moyen Age et aux peuples germaniques et celtiques. Les chercheurs et les artistes se passionnent pour cette époque et ces peuples. En Irlande, la celtomanie nourrit la volonté d’indépendance de l’île vis-à-vis du Royaume-Uni.
De nos jours, les langues celtes sont revendiquées par plusieurs centaines de milliers de personnes au Pays de Galles, en Irlande, Ecosse et Bretagne. Bien que ces langues soient considérées comme celtes, les peuples des îles britanniques ne sont peut-être pas celtes. Les Romains parlent de Britons et non de Celtes. Certains noms de lieux ou de rivière n’ont rien de celtique. Seul l’irlandais semble être une langue celtique authentique.


Source
Texte :  "Les Celtes", Les Cahiers de science et vie, n°146, juillet 2014, 98p.

Image : Une des plaques du  chaudron de Gundestrup, ici une représentation de Cernunnos le dieu cornu, jfbradu.free.fr