samedi 29 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 4/4

Dans les années 1930, la Grèce se limite sur la scène diplomatique. Un pacte d’amitié est signé avec la Turquie pour tourner la page du passé et pouvoir se consacrer à la construction du pays. Les relations sont tendues avec la Bulgarie et la Yougoslavie. Le pacte signé avec l’Italie est remis en cause avec l’avancée des troupes italiennes le long de l’Adriatique.

Occupation, résistance et reconstruction (1940 – 1967)
En octobre 1940, les Italiens attaquent la Grèce, suite à leur refus de se rendre. Les Grecs parviennent à repousser leurs ennemis jusqu’en Albanie. En février 1941, les Allemands viennent au secours des Italiens. Le pays est conquis en deux mois, puis démembré. La Bulgarie s’empare de la Thrace, de Thassos et de Samothrace et mène une politique de bulgarisation de la population. L’Italie annexe les îles ioniennes. Le reste du pays est administré par les Allemands et les Italiens, qui persécutent la population et pillent le pays. Le roi et son administration se réfugient au Caire et gèrent une armée libre de 40.000 hommes se battant aux côtés des Britanniques en Afrique du Nord.
La résistance s’organise vite autour de trois mouvements l’EDES, l’EKKA et l’EAM. Ce dernier, regroupant les communistes, jouit d’un grand prestige depuis qu’il combat la restauration monarchique. Ces trois mouvements s’affrontent et d’autant plus à partir de 1943, lorsque l’Italie quitte le pays. En avril 1941, l’EAM écrase militairement l’EKKA et cantonne l’EDES à la région de l’Epire. En 1944, l’EAM forme un gouvernement provisoire et conteste la légitimité de la couronne. Les Britanniques négocient avec eux pour que la Grèce ne bascule pas du côté des Soviétiques. De 1946 à 1949, le pays sombre dans une guerre civile opposant les communistes et les libéraux. Ces derniers reviennent au pouvoir et réinstaurent une monarchie parlementaire.
Au début des années 1950, le pays est dévasté. La Grèce jouit du plan Marshall et entre dans l’OTAN en 1951. La réorganisation agricole permet au pays de devenir auto suffisant en 1958. L’Etat investit dans les industries, reconstruit une marine marchande et développe le tourisme. La région d’Athènes draine les populations. Au début des années 1960, la transition urbaine est réalisée. De 1960 à 1967, la droite (ERE) dirigée par Constantin Caramanlis dirige le pays au détriment du centre mené par Georges Papandréou et la gauche socialiste.

Le régime des colonels (1967 – 1974)
Le 21 avril 1967, des militaires effectuent un coup d’État. Georges Papadhópoulos dirige le pays, tout en gardant le roi dans ses fonctions. Les colonels éliminent toute forme d'opposition et de contestation. Des gouvernements se succèdent, afin de laisser croire que le pouvoir n'est pas détenu par les seuls colonels dont Papadhópoulos. En 1968, le colonel Aléxandros Panagoúlis tenta d'assassiner Papadhópoulos. Condamné à mort, une très forte mobilisation de l'opinion publique internationale permet d'éviter son exécution.
Le régime autoritaire est contesté dans le pays et sur la scène internationale. Les États-Unis ferment les yeux pour garder un allié dans la région face à l’Union soviétique. Les exilés politiques organisent des manifestations contre la dictature. Le 17 novembre 1973, des étudiants se soulèvent et occupent l'École Polytechnique à Exarcheia. Le régime envoie les chars pour les déloger. La population soutient le mouvement et défile dans les rues. Le roi tente un coup d’État qui échoue. Il est destitué et s’exile à Rome. La République est proclamée, mais le pouvoir reste aux mains des militaires. Le 15 juillet 1974, une organisation paramilitaire chypriote grecque, soutenue par le général Dimitrios Ioannidis, tente d'instaurer une dictature à Chypre. En réponse à cette action, les troupes turques envahissent le Nord de l'île, ce qui conduit à la partition de l’île en deux États. La tentative de coup d'État à Chypre échouée entraîne la chute de la dictature. Un gouvernement d'union nationale, dirigé Konstantinos Karamanlis se met en place.

La République et l’Europe (1974 – 2008)
Par référendum, le peuple rejette la monarchie. Une nouvelle constitution fait de la Grèce une démocratie parlementaire présidentielle fondée sur la volonté du peuple. Konstantinos Karamanlis forme un nouveau parti appelé la Nouvelle Démocratie, qui remporte les élections de 1974. De 1975 à 1981, la droite libérale de Karamanlis dirige le pays.
Karamanlis présente à la commission européenne des chiffres truqués pour obtenir l'adhésion de son pays à la CEE. Il reçoit le soutien de la France pour qui l'entrée de la Grèce de la CEE permettait d'ancrer le pays dans le camp occidental, d'affermir le jeune régime démocratique et de maintenir le statu quo avec la Turquie. Ainsi, la Grèce adhère à la CEE en 1981 et adopte le traité de Maastricht en 1992.
En 1980, Karamanlis est élu président, mais les élections législatives amènent au pouvoir le socialiste (PASOK) Andréas Papandréou. Le nouveau premier ministre mène une politique pro européenne et pro atlantiste contrairement aux lignes du parti. Malgré cela, il conserve la majorité aux élections de 1985. Il mène une politique d'austérité qui touche durement la population. Son deuxième mandat est marqué par d'importants problèmes économiques ainsi que par un certain nombre de scandales, notamment sa liaison avec une jeune hôtesse de l'air. Malgré tout, le PASOK obtient encore 39 % des voix lors des élections législatives grecques en 1989. Une commission d'enquête parlementaire se penche alors sur les accusations de corruption et d'écoutes téléphoniques illégales portées contre Andréas Papandréou, qui est acquitté en 1992. Dans un souci de transparence le procès est entièrement retransmis à la télévision grecque. En 1996, le socialiste Kóstas Simítis est élu Premier ministre en remplacement d'Andréas Papandréou qui démissionne pour raisons de santé. Il reste au pouvoir jusqu'en 2004. La droite libérale de Kostas Karamanlis remporte les élections législatives.
Arrivé au pouvoir Karamanlis termine les préparatifs pour les Jeux olympiques  Son gouvernement suit ensuite une politique largement libérale. Sur le plan économique le premier ministre Kostas Karamanlis peut s'appuyer sur de bons résultats économiques (croissance du PIB, diminution du taux de déficit public). Cependant son gouvernement n'a pas engagé toutes les réformes demandées par l’Union européenne, sur les retraites ou la privatisation. Il a dû faire face également à quelques scandales politico-financiers ayant touché son gouvernement. En 2007, des scandales politico-financiers entachent l'image de son gouvernement. En 6 décembre 2008, des émeutes durent plusieurs jours et nuits, doublées d'une grève générale pour protester contre la cherté de la vie, le chômage et la réforme des retraites. Aux élections de 2009, le PASOK, avec Géorgios Papandréou,  revient au pouvoir.

Le défi de la crise économique (2008 – 2015)
En 2008, la crise économique mondiale touche de plein fouet le pays. Son endettement atteint les 120% du PIB, son déficit atteint les 13% du PIB. Cette situation est le résultat d’un manque de transparence dans la gestion de l’économie grecque et ses difficultés à prélever l’impôt. Les financiers craignent que la Grèce ne puisse pas rembourser sa dette publique avec les intérêts de cette dette. Depuis mai 2010, la Grèce recourt à l’aide du FMI et de l’UE. La crise grecque engendre des débats houleux au sein de l’UE. La France est disposée à aider de nouveau la Grèce, tandis que l’Allemagne désire que les banques et les financiers, ayant prêté sans prendre en compte la situation du pays, soient également mis à contribution. En contrepartie, la Grèce doit mener des politiques de réduction des déficits publics et des dépenses sociales.

Sources
Texte : CONTOGEORGIS Georges, Histoire de la Grèce, Hatier, Turin 1992, 468p
Image : blogs.afp.com

vendredi 21 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 3/4

La période ottomane (1453 - 1797)
La domination byzantine se réduit graduellement après la prise de Constantinople. En 1458, les Turcs s’emparent du duché d’Athènes, en 1460 de la Béotie, en 1462 de Lesbos, en 1470 de l’Eubée, en 1475 de Samos, en 1520 de Rhodes. Les Cyclades et Chypre demeurent sous contrôle vénitien jusqu’à la fin du XVIe siècle.
Dans la nouvelle administration, tout appartient au sultan, qui délègue selon ses faveurs les charges, les privilèges et les domaines. Ainsi les paysans louent la terre et sont libres de la cultiver. Le pouvoir ottoman étant décentralisé, les communes conservent une certaine autonomie. Le sultan reconnaît l’Église orthodoxe et laisse au patriarche de Constantinople toutes ses fonctions et privilèges. En échange, celui-ci doit payer une taxe et reconnaître le pouvoir temporel du sultan. L’Église se retrouve bornée à la sphère religieuse. La bourgeoisie des villes élit les notables et participe à la gestion des affaires financières, économiques et sociales de la ville. Les notables sont issus du clergé avant d’être supplantés par les laïcs au cours du XVIIe siècle. Les phanariotes sont de grands notables grecs proches du patriarcat orthodoxe et présents à la cour du Sultan. Ils possèdent de hautes charges et orientent parfois la politique. Les hauts dignitaires de l'Église sont tous grecs. Les non musulmans payent un impôt spécial : la capitation. Tant que les Grecs s’acquittent de leurs taxes et ne créent aucun trouble, ils sont laissés en paix. Les non-musulmans ne servent pas dans l’armée du sultan. Le fardeau de la conscription ne pèse pas sur les paysans, à l’exception de la « razzia des enfants ». Chaque famille chrétienne doit offrir un fils sur cinq au Sultan, qui forme ensuite le corps des Janissaires.
Les Turcs ouvrent leurs portes aux commerçants étrangers par l’octroi de capitulation. Les Grecs restent les marchands de la Mer noire et de la Méditerranée orientale surtout après le départ des Vénitiens. Smyrne et Thessalonique deviennent les plaques tournantes de la Mer Égée. Le développement du commerce, notamment du textile, entraîne une hausse de la production et le développement de centres urbains et ruraux. Les Grecs s’implantent en Europe centrale et en Russie. La Crimée compte une importante communauté grecque. Les Turcs considèrent le commerce comme une occupation moins digne que la profession des armes et est laissé aux Grecs.
Du XVe au XVIIIe siècle, l’école crétoise est la référence en peinture, avec des artistes comme Théophanis et le Greco. Les monastères du Mont Athos et des Météores imposent leur style dans la peinture religieuse. Les peintres diffusent les canons en établissant des ateliers dans les Balkans et en Russie. L’influence gréco-byzantine est forte dans l’architecture ottomane. Les monuments religieux turcs s’inspirent de la basilique Sainte Sophie.
En Occident, la Renaissance puis les Lumières prennent la culture antique grecque comme modèle. Dans la peinture, l'architecture et la sculpture, l'Europe recherche chez les anciens la perfection. Les Lumières s'inspirent des systèmes d'idées, des notions de libertés individuelles, sociales et des systèmes politiques de la Grèce antique.
En Grèce, le courant des Lumières ne vise pas seulement à l’éducation de l’Homme, mais aussi à un changement radical des conditions de vie en adoptant le modèle de la société bourgeoise. L’Église orthodoxe apporte son soutien au pouvoir ottoman qui l’a préservée. De fait, elle se retrouve en contradiction avec les volontés des intellectuels sur la question de l’identité nationale. L’Église aurait pu servir de ciment à la Grèce face aux Turcs musulmans. Après la Révolution française, l'Église orthodoxe condamne la moindre révolte. La défense du gouvernement ottoman est mal acceptée par les classes populaires qui la contestent.
La notion d'identité grecque se ravive au XVIIIe siècle, car elle est portée par les milieux intellectuels et la bourgeoisie. Ces derniers exercent une influence grandissante dans les affaires de l'empire et engrangent de l'expérience. La Grèce voulue est identique à celle de l'Antiquité, regroupant une partie des Balkans et de l'Asie mineure. Le peuple y voit la résurgence de l'empire byzantin. S'inspirant des principes de la Révolution française, la Grèce indépendante instaurera une égalité totale des citoyens. Les phanariotes optent pour un royaume chrétien dirigé par un despote éclairé comme en Russie. Ces mouvements sont mal perçus en Europe centrale et dans les Balkans. Ils ne voient pas d'un bon œil la création d'un État qui viendrait sans nul doute les concurrencer économiquement et culturellement. La question se pose sur la manière de faire : soit succéder à l'Empire ottoman en s'accaparant les affaires politiques comme l'ont fait les Romains en leur temps, soit prendre le pouvoir par une révolution. Les élites optent pour le premier choix étant donné qu'elles sont présentes dans les institutions. De plus, les Grecs constituent la force économique et culturelle de l'empire. La bourgeoisie et le peuple préfèrent une révolution. Les premiers espèrent faire sauter les carcans économiques. Les Turcs ne favorisent pas le développement des manufactures et du commerce. Les bourgeois assimile les aristocrates, aux yeux du peuple, à des agents de l'État.
En 1769, des révoltes éclatent dans le Péloponnèse. Lors des guerres qui l'opposent à la Turquie, (1761-1774 / 1788 - 1792) la Russie favorise les mouvements révolutionnaires en Grèce, afin de déstabiliser les Ottomans et s'emparer du commerce en Mer Noire. En 1798, Lambros Katsonis, ayant servi dans l'armée russe, appuie les mouvements révolutionnaires. Le chef d'un mouvement clandestin Rhigas Feraios est arrêté à Vienne et livré par la police autrichienne aux autorités turques, qui le condamnent à mort en 1798.

L'indépendance de la Grèce (1797 - 1832)
En 1797, les Français s'attribuent au détriment des Vénitiens les îles de la Mer ionienne. En 1801, la France reconnait l'autonomie de la République des Sept-îles placée sous protectorat franco-russe, puis britannique après la chute de Napoléon Ier. Parallèlement, l'île de Samos constitue une principauté autonome de 1829 à 1913, date de son rattachement à la Grèce.
Sur le continent, la Société amicale d'Odessa devient le mouvement indépendantiste le plus influent. Il est fondé en 1814 par Nikolaos Scoufas, Athanase Tsakalof et Emmanuel Xanthos. La direction est confiée à Alexandre Ypsilanti, général russe et aide de camp du tsar. En février 1821, il mène des actions révolutionnaires dans les Balkans. Les Ottomans concentrent leurs forces dans la région et matent la révolte. Cependant, le champ est libre en Grèce qui se soulève à son tour. De 1821 à 1824, les Grecs luttent pour leur indépendance. Le Sultan demande l'aide de l'Égypte. La lutte est farouche, mais les généraux grecs Colocotronis, Miaoulis et Sachtouris tiennent le coup. La montée en puissance des militaires ne plait pas à la bourgeoisie. Elle craint que la Grèce devienne un État autoritaire. De par ses valeurs culturelles et religieuses, la Grèce jouit en Europe d'appuis. Français et Britanniques font pression sur le sultan pour qu'il accorde l'autonomie à la péninsule. En 1828, les Russes battent l'armée ottomane. Par le traité d'Andrinople du 14 septembre 1829, la Turquie reconnait l'autonomie de la Grèce. Londres décide, avec le soutien de Paris, la création d'un royaume grec indépendant qui devient effectif en 1832.

La monarchie bavaroise (1832 - 1862)
La Grèce indépendante comprend les Cyclades, le Péloponnèse et le centre. Elle compte 700.000 habitants, dont 5.000 à Athènes. A l'échelle de l'Europe, la capitale fait figure de gros bourg rural. Ioannis Capodistrias, ancien ministre des affaires étrangères russe, est appelé par l'assemblée pour organiser la nouvelle administration. Les Grecs sortent appauvris de la révolution. Le pays a souffert économiquement. Elle se retrouve sous la dépendance du Royaume-Uni qui lui octroie des crédits avec intérêt.
Le 9 octobre 1831, des aristocrates assassinent Capodistrias et favorisent l'instauration d'une monarchie de droit divin. Avec le soutien des Britanniques, le prince de Bavière accède au trône sous le nom d'Othon Ier. La mise en place d'un État centralisé est différent de ce qu'a connu la Grèce depuis l'Antiquité, c'est à dire un État décentralisé et polycentrique. Seuls les Bavarois accèdent aux hautes charges militaires et administratives. C'est le règne de la Xénocratie. Le gouvernement d'Othon réorganise et améliore la justice et l'éducation. En 1837, l'université d'Athènes ouvre ses portes. Néanmoins, il ne parvient pas à développer l'économie. 80% des agriculteurs restent sans terre et préfèrent quitter le pays. Othon soutient le sultan d'Égypte dans sa guerre contre les Ottomans. Les dépenses militaires ruinent le pays. Une révolution éclate en 1843.
Othon Ier reste au pouvoir, mais il est obligé d'adopter une constitution libérale. Cependant dans les faits, le nouveau régime ne fonctionne pas de façon parlementaire. Le roi, soutenu par Ioannis Kolettis, son Premier Ministre, gouverne contre la majorité élue à la chambre. Durant la guerre de Crimée (1854-1855), la situation économique du pays s'aggrave à nouveau. Les Britanniques mettent en place un blocus maritime et les Français occupent le Pirée. Une révolution éclate à nouveau en 1862. Le couple royal quitte le pays. Le peuple appelle au pouvoir Alfred, le fils de la reine Victoria. Cependant, la France et la Russie ne veulent pas voir un Britannique à la tête de la Grèce. Les trois puissances se mettent d'accord pour nommer le prince danois du Schleswig-Holstein, qui monte sur le trône sous le nom de Georges Ier.

La monarchie constitutionnelle (1862 - 1924)
L'avènement de Georges Ier s'accompagne d'une nouvelle constitution. Celle-ci étend les libertés et laisse au roi de larges prérogatives. Le nouveau roi s'hellénise, fait en sorte d'être proche de ses sujets et favorise l'intégration des îles ioniennes à la Grèce en 1864. En 1875, il nomme au poste de premier ministre Charilaos Trikoupis, ayant obtenu la majorité au parlement.
Trikoupis mène une politique libérale qui permet un démarrage économique. Les capitaux et les hommes reviennent au pays. L'industrie se développe et profite des progrès de la Révolution industrielle et de la mise en place du réseau de transport. L'isthme de Corinthe est percé en 1893. Ce développement forme la classe ouvrière et les premiers syndicats apparaissent dans les années 1880. L'État se modernise et emploie un grand nombre de fonctionnaires. Au milieu du XIXe siècle, l'Empire ottoman s'ouvre au commerce international. Les Grecs sont présents dans le commerce, la marine et la banque. La Russie combat la présence grecque dans ces domaines qui la concurrence sur les rives de la Mer noire. Elle tente de s'imposer dans les Balkans en mettant l'accent sur l'origine slaves de ces peuples.
La politique libérale s'essouffle à la fin du XIXe siècle. Les grands propriétaires fonciers s'accaparent les terres agricoles. Les travaux d'aménagement creusent le déficit. La Grèce doit emprunter à des États étrangers. En 1893, les libéraux perdent la majorité à la chambre au profit des conservateurs. Trikoupis est remercié.
En 1897, la Grèce déclare la guerre à l'Empire ottoman pour soutenir les mouvements révolutionnaires en Crète qui réclament le rattachement de l'île à la Grèce. La guerre dure trente jours et se solde par une cuisante défaite. L'intervention franco-britannique permet de limiter les dégâts. La Grèce est contrainte à des concessions territoriales très limitées et au versement d'une rente. Georges Ier est nommé vice-roi de Crète et devient le vassal du Sultan, ce qui permet de calmer les insurrections en Crète. Les chefs militaires ne digèrent pas l'humiliation infligée. Ils exhortent le roi à redresser le pays de toute urgence. Le 15 août 1909, après avoir réuni l'armée dans les casernes de Goudi dans la banlieue d'Athènes, l'État-major proclame l'insurrection. Georges Ier fait appel à Eleftherios Venizélos.
Venizélos combine les aspirations des militaires et celles de la bourgeoisie qui ne supportaient plus la politique mise en place par les conservateurs. Arrivé à la tête des affaires, il mène des réformes agraires, sur la propriété, l'administration, l'emploi, les finances, le droit du travail. Convaincu que les institutions ne sont pas responsables de la crise, mais les fonctionnaires, il n’altère pas la nature du régime.
En 1912, la Grèce s'allie à la Russie, à la Macédoine et à la Bulgarie pour affronter l'Empire ottoman. La Première guerre balkanique débouche sur une victoire et le rattachement au pays de la Crète, de l’Épire et des îles orientales de la mer Égée. Dès la fin de la guerre, les anciens alliés se disputent les frontières. La Bulgarie perd la guerre et voit la Grèce s'attribuer la région de la Macédoine. Durant la Première guerre mondiale, la Grèce combat du côté de l'Entente. Par le traité de Neuilly du 27 novembre 1919, elle obtient la Thrace et le reste des îles égéennes. De son côté, l’Empire ottoman est démantelé. Il ne reste plus que l'actuelle Turquie. Les deux pays demeurent en guerre sur la question du littoral de l'Asie mineure et du Bosphore. En 1922, les troupes grecques pénètrent trop rapidement en Asie mineure. Elles finissent par être coupées de leurs routes approvisionnement. Dans le pays, les coûts de la campagne militaire engendrent des tensions sociales favorisant le retour au pouvoir du parti conservateur soutien du roi Constantin. Celui-ci est plutôt favorable aux Allemands alliés des Turcs. Cette nouvelle politique n'est pas du goût des Britanniques et des Français. Leur soutien s'amenuise. Pendant ce temps, l'armée turque contre attaque et repousse l'armée grecque hors d'Asie. Le traité de Lausanne du 24 juillet 1923 fixe les frontières entre la Grèce et la Turquie. Tous les Grecs sont expulsées d'Asie mineure par les autorités turques et se réfugient fans la péninsule. La population atteint désormais les six millions d'habitants. Les officiers cherchent les coupables de la déroute en Turquie. Un tribunal militaire condamne à mort le premier ministre conservateur Dimitrios Gounaris qui est exécuté le 15 novembre 1922. Fort de l'appui des Britanniques et profitant du désaveu des conservateurs, Venizélos force le roi Alexandre à abdiquer. La république est instaurée le 25 mars 1924.

vendredi 14 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 2/4

L’époque hellénistique (- 340 / -146)
Le morcellement politique des cités États engendre des divisions. Le royaume de Macédoine se pose comme le seul État grec à pouvoir rassembler et défendre la péninsule. Depuis le règne d’Alexandre Ier au milieu du –Ve siècle, la Macédoine a développé son commerce et renforcé ses frontières. Philippe II modernise l’armée, composée de puissantes phalanges et d’une cavalerie légère dont les membres sont scythes. En -338 à la bataille de Chéronée, il conquiert les régions du Nord. Il prend la tête de la Ligue de Corinthe réunissant les cités du Sud. Afin d’asseoir sa domination, il unifie les Grecs contre les Perses, plan que son fils Alexandre le Grand accomplira.
En -334, Alexandre débarque avec son armée en Asie mineure. Il remporte de nombreuses victoires et soumet une à une les régions l’Empire : Phénicie, Palestine, Égypte, Babylonie. En -327, il est aux portes de l’Inde. L’Empire perse s’effondre sous son épée et seul le refus de ses hommes de continuer le force à rentrer en Grèce. Il laisse en place les élites locales en échange de leur reconnaissance comme suzerain. En revanche, les commandements militaires sont confiés aux Grecs. Il fonde de nombreuses villes formant un maillage économique et des centres de diffusion pour les mœurs et la culture grecques.
A la mort d’Alexandre en -323, ses généraux, dont Ptolémée, Antigone le Borgne et Séleucos, se partagent l’empire qui reste unifié culturellement et économiquement. Après quarante ans de conflits, un équilibre précaire s'installe entre trois dynasties. La Macédoine et la Grèce sont gouvernées par les Antigonides, l’Égypte par les Lagides, et l’Asie Mineure, Syrie, Mésopotamie, Perse par les Séleucides. Des royaumes plus petits existent aux côtés de ces trois monarchies principales. Les Grecs n’apprécient pas d’être gouvernés par un monarque absolu comme en Orient. Les cités grecques se regroupent en confédérations qui s’opposent à la gouvernance macédonienne. Parallèlement, la Sicile tombe sous le giron romain. Les cités grecques de Gaule s’allient avec Rome pour se protéger des Carthaginois.

La période romaine (-146 / 476)
Après la conquête de la Sicile suite aux guerres puniques, Rome s’empare des territoires balkaniques pour contrôler et pacifier l’Adriatique. Se sentant menacé, Philippe V de Macédoine s’allie aux Carthaginois. Les Romains sortent vainqueurs des deux guerres macédoniennes. La victoire des légions à Cynocéphales en -196 consolide le rôle d’arbitre des Romains en Grèce au détriment de la Macédoine. Entre -192 et -188, les Romains affrontent les Séleucides, qui vaincus, se rétractent en Asie mineure et laissent la péninsule grecque libre. La Macédoine est une nouvelle fois vaincue, puis c’est au tour de la confédération achéenne d’être battue à Corinthe en -146. Au départ, les Romains sont motivés par la recherche de terres agricoles et de richesses minières. Ils adoptent l’économie de marché telle qu’elle a été mise en place par les Grecs.
Les auteurs louent les Romains d’avoir amené la paix dans la région. Les Romains empruntent aux Grecs leurs modèles littéraires, leurs courants philosophiques, leur architecture et une grande partie de leur mythologie. Ils diffusent tout ceci jusqu’aux confins de l’Occident. La stabilité de l’empire permet à la Grèce de développer une nouvelle période de faste. La Grèce est le centre culturel de l’empire.
Dès le milieu du –IIIe siècle, les élites juives parlent grec. A Alexandrie, l’Ancien testament est traduit en grec pour les juifs hellénophones. L’hellénisme pose au judaïsme le problème de l’ouverture aux autres nations et cultures, vide que le christianisme va combler. Les premières communautés chrétiennes apparaissent à Antioche au Ier siècle, avant de se multiplier dans toute la péninsule. Le Nouveau testament est rédigé en grec.
En 395, l’empereur Théodose partage l’Empire romain entre ses deux fils. La Grèce fait partie de l’Empire romain d’Orient, ayant Byzance pour capitale. Cette ville a déjà été choisie par l’empereur Constantin comme centre religieux et culturel. Théodose proclame le christianisme religion officielle de l’État, interdisant toutes manifestations de cultes païens. En 476, l’Empire romain d’Occident s’effondre sous les coups des barbares. Ces derniers achèvent un empire en pleine décadence. L’Empire d’Orient survit.

La première période byzantine (476 - 1204)
L’Empire byzantin cumule les richesses économiques de l’Orient et les richesses culturelles et religieuses de la Grèce. Fort de ses atouts, l’Empire est la première puissance européenne durant la première moitié du Moyen-âge. La société conserve ses aspects de la Grèce antique : État de droit basé sur le Code justinien, existence d'un Sénat secondant l'empereur, absence de servage, collectivités agricoles libres. Les villes arborent une architecture sophistiquée de type romane et jouissent d'un certain confort : eau courante, tout-à-l'égout, bains publics, éclairage. Les universités de Constantinople, de Mistra et de Trébizonde assurent la transmission des savoirs antiques, de la philosophie grecque classique et de la médecine hippocratique.
Les Byzantins ont une conception collégiale et représentative de l’organisation interne et dans ses rapports entre les cinq patriarches. Cette conception démocratique est issue de la Grèce antique. Rome a une conception verticale et centrale. Le patriarche de Constantinople conteste la supériorité du Pape et son intervention dans toutes les questions dogmatiques et administratives de l’Église. En 1054, la rupture est consommée entre Rome et Constantinople. Le grand schisme donne naissance à la religion orthodoxe, qui se veut fidèle aux dogmes et à l’organisation des premières communautés chrétiennes.
Entre le VIIe et le XIe siècle, les Byzantins perdent petit à petit leurs territoires orientaux et africains face aux musulmans. L’empire se limite aux Balkans, à la Grèce, à l’Asie Mineure et à quelques principautés en Italie. La perte de ses territoires entraîne une perte de richesse importante, ce qui affaiblit l’empire. En 1071, les Ottomans battent les Byzantins à Martzikert et s’implantent en Turquie. En Occident, les Normands conquièrent les possessions byzantines en Italie méridionale et en Sicile. Avec l’appui de la Papauté, ils fondent des royaumes et ravagent les provinces balkaniques. L’empereur est contraint de recourir aux navires vénitiens pour enrayer la menace normande dans l’Adriatique, contre d’importants avantages commerciaux.
Face à l’avancée des musulmans, de nombreux savants et intellectuels se réfugient en Occident en emportant avec eux les textes grecs. L’Occident redécouvre la philosophie d’Aristote et les traités scientifiques de l’Antiquité, qui fondent une première renaissance intellectuelle.
Au XIe siècle, l’empire s’est encore réduit. Il ne comprend plus que la péninsule grecque, la région du Bosphore et une partie de l’Asie mineure. Les villes marchandes italiennes (Venise, Gênes) aspirent à s’emparer des routes commerciales de l’Orient en éliminant l’intermédiaire byzantin. Rome entend toujours porter un coup fatal au pouvoir de Constantinople. En 1204, la Quatrième croisade est détournée de son but et les croisés pillent la ville.

La période franque (1204 - 1261)
Après le sac de Constantinople, un quart de l’Empire est divisé en plusieurs royaumes francs formant les États latins de Constantinople. La Macédoine constitue le royaume de Thessalonique. La Grèce centrale forme le duché d’Athènes et le Péloponnèse celui d’Achaïe. Les îles égéennes, formant le duché de Naxos, deviennent des comptoirs vénitiens. Les Francs introduisent le servage, contrairement à ce qui était répandu. L’empire byzantin survit à travers trois royaumes : l’Épire (partie ouest de la Grèce), Nicée et Trébizonde (tous deux en Asie mineure).
Les Grecs forgent l’idée de chasser les Francs et de reconstituer l’unité de l’empire en recherchant le soutien des royaumes byzantins. Après avoir réorganisé l’État, les deux premiers rois de Nicée repoussent les frontières jusqu’en Grèce. Le 25 juillet 1261, le général Alexios Stratigopoulos entre dans Constantinople. Le 15 août, Michel Paléologue est couronné empereur de Byzance dans la basilique Sainte Sophie. Les Francs sont chassés de Grèce. Les Vénitiens conservent les îles égéennes. L’attitude des croisés a détruit, chez les Grecs, l’idée de l’empire universel chrétien et renforcé l’idée de l’identité nationale forgée par la culture.

La seconde période byzantine (1261 – 1453)
Durant le XIVe siècle, l’artisanat et l’industrie se développent à nouveau. La bourgeoisie des villes se retrouve en concurrence économique avec les Italiens et en concurrence politique avec l’aristocratie terrienne. Byzance rayonne toujours par ses érudits. Photius est l’intellectuel le plus important de son temps. Il rédige des traités de grammaire, de théologie et de métaphysique.
Au XVe siècle, l’empire connaît une période de crise. De nombreux bourgeois et intellectuels grecs fuient l’avancée ottomane et trouvent refuge dans les Balkans et en Occident. L’éducation recule et n’est plus assurée que par les religieux. Le 29 mai 1453, les Ottomans prennent Constantinople, mettant un terme à l’Empire byzantin.


vendredi 7 novembre 2014

Histoire abrégée de la Grèce 1/4

La préhistoire
Les premières traces de peuplement dans la péninsule datent de 600.000 ans. L’agriculture arrive de Mésopotamie à partir de -7000. Les Grecs se spécialisent dans la culture de l’olivier et de la vigne. La poterie et le travail des métaux, notamment du cuivre, se développent vers -3000. Les villages fortifiés regroupent des maisons circulaires.

La civilisation cycladique (-3200 / -2000)
Les îles des Cyclades connaissent un essor grâce au développement du commerce maritime. Elles font la jonction entre la péninsule et le Moyen-Orient. La géographie insulaire favorise l’émergence de petites cités indépendantes plutôt qu’un État centralisé. Les Cyclades sont à l’origine du modèle social, basé sur la liberté et l’individualité, qui se développera dans toute la Grèce.
L'agriculture repose sur les céréales, la vigne et l'olivier. L'élevage se concentre sur les chèvres et les moutons et quelques porcs. Il y a très peu de bovins. La pêche complète les ressources alimentaires. Ces domaines demeurent quasi identiques de nos jours. Le bois, plus abondant qu'aujourd'hui, permet la construction des charpentes et des navires. Les îles de Naxos et Paros exploitent des carrières de marbre.

La civilisation minoenne (-2000 / -1450)
Vers -2000, la Crète supplante les Cyclades en termes de puissance. Les Crétois s’implantent sur les routes maritimes cycladiques et y greffent leurs contacts avec l’Égypte et la Sicile. De plus, l’île est à l’abri des invasions qui secouent l’Europe. L’essor du commerce crée une classe moyenne composée d’artisans et de marchands. Les palais sont le symbole de la concentration des pouvoirs voulue par les Crétois pour se protéger des puissances extérieures. Les relations entre les chefs locaux semblent pacifiques et fondées sur la collaboration. Un roi les fédère.
Entre -1500 et -1450, l’empire du roi Minos s’impose sur tout le bassin méditerranéen. L’île produit un art raffiné qui transparaît par ses palais et ses fresques. Les Crétois inventent leur propre écriture le linéaire A. Cette écriture se complexifie pour donner naissance au linéaire B, pouvant nommer des notions. Les peuples de la péninsule l’adoptent pour leur propre usage. La réalisation de grands travaux indique que les Minoens ont mis en place une division du travail et disposent d'une grande quantité d'ouvriers.
Vers -1450, la Crète perd son hégémonie. De nos jours, les historiens ont écarté la thèse d’une catastrophe naturelle. L’île doit faire face à Mycènes, la puissance montante de la péninsule, pour le contrôle des zones commerciales. Cette situation engendre des luttes armées et une déstabilisation des importations de matières premières. Des troubles éclatent en Crète qui causent la destruction des palais royaux.

La civilisation mycénienne (-1450 / -1200)
La civilisation mycénienne est un mélange des peuplades de la Grèce continentale. La société mycénienne, d’origine agricole, s’est formée au fil des conquêtes militaires. Ce passé forge une culture de la sécurité qui glorifie l’image du héros combattant. Les murailles, dites cyclopéennes du fait de leur grande taille, prouvent l’aspect sécuritaire. La société repose en partie sur le servage qui n’existe pas dans les îles. Elle copie et adopte le système palatial, l’écriture, l’architecture et l’art crétois. Le roi gouverne entouré des autres aristocrates. Le peuple ne prend pas part aux affaires politiques.
A partir de -1350, Mycènes établit des comptoirs commerciaux sur toutes les côtes de la Méditerranée. Des poteries à figure peintes ont été retrouvées. La culture mycénienne se diffuse dans le monde égéen, qui connaît pour la première fois une certaine unité culturelle.
La guerre de Troie se déroule dans ce contexte de contrôle des routes commerciales. Bien que victorieuse, Mycènes s’est affaiblie économiquement. Les tensions politiques sont exacerbées. Les Doriens, issus du Nord de la Grèce envahissent le territoire mycénien sans rencontrer une grande résistance. Les couches populaires rejettent le système palatial. La culture mycénienne se désagrège progressivement. Ses caractéristiques se perdent. Les cultures qui se développent après l'effondrement de la civilisation mycénienne sont moins ouvertes sur l'extérieur. Leurs élites sont moins riches et leur organisation socio-économique est moins complexe.

Les âges obscurs (-1200 / -875)
L’effondrement de la civilisation mycénienne débauche sur une période d’obscurantisme. La Grèce disparait de la scène internationale. La péninsule ne produit plus d’écrits. Les structures politiques et sociales se désagrègent. Une société agraire repliée sur elle-même subsiste. L’administration et la justice sont à la charge d’aristocrates formant des principautés indépendantes. Bien que morcelée politiquement, la Grèce conserve une unité culturelle au travers de la langue et de la religion.

L’époque archaïque (-875 / -510)
Au –VIIIe siècle, une nouvelle écriture phonétique supplante le linéaire B. Elle nait des échanges commerciaux avec les Phéniciens. Simplifiée, elle se répand plus facilement dans les couches sociales. Les Grecs recommencent à commercer et à rogner sur les routes phéniciennes. Ces derniers s’étaient engouffrés dans le vide laissé par les Grecs. La renaissance du commerce favorise le développement d’une bourgeoisie marchande et artisanale, qui favorise un nouvel essor urbain et monétaire. L’aristocratie participe également aux activités économiques. Les esclaves servent de main d’œuvre dans les mines.
Les Grecs sortent de leur péninsule. Les colonies méditerranéennes et de la Mer noire permettent de donner de nouvelles terres aux élites et aux paysans et ainsi d’éviter les guerres civiles. Ils s’installent dans le Sud de l’Italie (Syracuse), de la France (Marseille), de l’Espagne, en Afrique du Nord et en Asie mineure. Ils concurrencent les Phéniciens en Occident et les Assyriens en Orient. La péninsule et ses colonies constituent un vaste ensemble culturel et économique, qui se différencie des autres, des barbares. Ainsi pour la première fois, tous ses habitants se sentent grecs sans pour autant vivre dans le même État.
L’époque archaïque voit apparaître les cités états. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. Il y a tout d'abord le facteur démographique, puisque le –VIIe siècle connaît une explosion démographique. Les facteurs religieux suivent. Les cultes servent à marquer l'existence d'une communauté. Les cités décident de se choisir une divinité propre, mineure pour le reste du monde grec, mais qu'elles considèrent comme leur bienfaitrice. Enfin, la naissance de la cité grecque est parallèle à l'évolution des techniques militaires. Une nouvelle manière de combattre apparaît, qui vise à opposer deux régiments d'infanterie lourde. Ces régiments sont les phalanges hoplitiques. Le but de l'hoplite est de rester dans sa ligne et d'avancer avec les autres. Cette nouvelle formation interdit les comportements individuels et exige qu'un plus grand nombre d'hommes participe au combat. Tous les Grecs ne vivent pas en cité. Ceux du nord n'ont pas intégré immédiatement la notion de cité.

L’époque classique (-510 / -340)
En -510, les Spartiates aident les Athéniens à renverser le tyran Hippias. Le roi de Sparte, place au pouvoir Isagoras. Clisthène, son rival, soutenu par la classe moyenne, parvient avec l'aide des démocrates à s’emparer du pouvoir. Il dote la cité d'institutions isonomiques (tous ont les mêmes droits) et instaure l'ostracisme. La démocratie s'exprime dans le dème qui devient l'élément civique de base. Les citoyens exercent le pouvoir par l'Assemblée (l'Ecclésia), encadrée par un conseil de 500 citoyens choisis au hasard, la boulè.
Au –VIe siècle, le roi perse Cyrus soumet les cités grecques d’Asie mineure. Dans un premier temps, celles-ci accueillent bien le nouvel envahisseur qui leur donne accès aux marchés du Moyen-Orient. De plus, elles conservent une certaine autonomie. Darius conquiert les détroits de l’Hellespont et du Bosphore pour protéger sa frontière avec les Scythes et au passage s’accaparer les routes commerciales au détriment des cités grecques. Par ailleurs, le roi perse favorise les Carthaginois dans le commerce africain. En -493, les cités grecques se révoltent contre l’alourdissement des taxes et l’évolution tyrannique du pouvoir perse. La révolte ionienne est matée. Darius envisage de conquérir les îles égéennes et de s’en servir comme zone tampon. La première guerre médique débute en -492. Les Grecs repoussent les Perses lors de la bataille de Marathon. Lors de la seconde guerre médique, le roi Xerxès affronte la ligue de Corinthe dirigée par Sparte. Les Perses forcent les défenses spartiates aux Thermopyles avant d’être battus à la bataille navale de Salamine en -480, non sans avoir détruit l'acropole d'Athènes. Périclès la reconstruira avec l'architecte et sculpteur Phidias. Grâce à cette victoire, le prestige d’Athènes et de sa politique maritime sont renforcés face à la politique terrestre de Sparte. En -479, les Grecs sont à nouveau victorieux lors de la troisième guerre médique. Ils s’emparent de Byzance, libèrent la Thessalie. En -449, le traité de Suse amène la paix. Les Guerres médiques constituent le premier moment d’union de la Grèce. Ses habitants s’unissent contre un ennemi commun pour défendre des valeurs communes.
Athènes et Sparte sont les deux plus puissantes cités de la péninsule. Sparte avec son système oligarchique domine le Péloponnèse. La région lui fournit les ressources nécessaires pour vivre. Athènes, avec son système démocratique, mise sur le commerce maritime en développant le port du Pirée. Elle aide les cités d’Asie mineure et les îles égéennes pour s’assurer des alliés et contrôler les routes commerciales. Athènes est une cité plus ouverte que Sparte. Ses alliés et elle se regroupent dans la Ligue de Délos, du nom d’une île des Cyclades. Dans les faits, Athènes exploite cette alliance pour servir ses intérêts.
En -433, Corinthe, alliée de Sparte, perd des territoires, dont Corfou, au profit des Athéniens. Cet évènement est le déclencheur de la guerre du Péloponnèse, qui se déroule de -431 à -404. La suprématie sur la Grèce est en jeu. Dans un premier temps, les deux armées s’affrontent directement. Athènes, forte de sa flotte, assure un blocus. L’expédition militaire en Sicile est un désastre. Sparte demande l’aide des Perses en échange des cités grecques d’Asie mineure. Les Perses détruisent la flotte athénienne, tandis que les Spartiates assiègent la cité, qui finit par se rendre. Périclès meurt de maladie durant le siège. Athènes connaît une période d’instabilité. La tyrannie remplace la démocratie quelques temps.
La cité de Thèbes agrandit son empire par la place laissée par Athènes. En -371, les Spartiates sont battus à Leuctres. La domination de Sparte est mise à mal. Athènes se méfie de la puissance thébaine. Elle noue une alliance avec ses anciens ennemis. A partir de -364, aucune cité n’a les moyens de s’imposer, alors qu’au Nord, la Macédoine prend davantage d’ampleur.
L’époque classique est d’une grande richesse intellectuelle et artistique. L’absence de roi chapeautant tous les domaines et d’un clergé imposant sa vision de l’univers explique ce bouillonnement intellectuel. Pythagore et Thalès élaborent des théorèmes encore enseignés de nos jours. Socrate, Platon et Aristote sont les pères de la philosophie. Hérodote et Thucydide font de l’histoire une étude des faits et des événements contemporains. Hippocrate prône l’analyse logique des symptômes. Archimède étudie les masses. Aristophane rédige des pièces de théâtre toujours étudiées au XXIe siècle.