samedi 20 décembre 2014

SIMCA l'hirondelle automobile

Au début du XXe siècle, le coureur cycliste français Ernest Loste prend sa retraite. Il ouvre à Paris un garage automobile. En 1907, il signe un partenariat avec la marque italienne Fiat et devient le distributeur exclusif des automobiles Fiat en France. Les affaires fleurissent à tel point que Fiat ne souhaite plus laisser un petit garage distribuer ses produits. En 1926, Fiat crée la SAFAF (Société Anonyme Française des Automobiles Fiat) qui gère la vente de voitures en France. Le groupe nomme Ernest Loste au poste de président. Cependant étant actionnaire minoritaire, il ne pèse pas dans les décisions, qui sont prises. C'est un jeune turinois Enrico Teodoro Pigozzi, qui dirige réellement l'entreprise.
Dans les années 1930, face à la crise économique mondiale, les Etats se replient sur eux-mêmes. Dans le cadre de mesures protectionnistes, les droits de douane augmentent. L’importation des voitures Fiat n’est plus rentable. Pigozzi réussit à convaincre le groupe de délocaliser toute la chaine de fabrication des voitures en France, du façonnement des pièces jusqu’à l’assemblage. Il francise son prénom en Henri Théodore pour contrer les sentiments xénophobes parcourant la société. En 1932, la SAFAF devient la Société Anonyme Française pour la fabrication en France des automobiles Fiat. Pigozzi met en place un réseau de sous-traitants qui produisent les pièces. Ses ateliers de Suresnes se chargent de les assembler. Les 6CV SAFAF, inspirées de la Fiat 508 Balilla, portent sur la calendre la mention « fabrication française ». Ce modèle connait un vif succès. Pour Fiat, il devient indispensable de disposer de véritables complexes industriels en France.

Le 2 novembre 1934, Fiat crée, par l’intermédiaire du comte Henri Amaury de Jacquelot du Boisrouvray, la Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile (SIMCA), qui remplace la SAFAF. Tous les actionnaires sont français. SIMCA rachète l’usine Donnet à Nanterre et des ingénieurs italiens la réaménagent. Roger Fighiéra est nommé président de SIMCA et Henri Pigozzi directeur général. Les premières voitures SIMCA-Fiat sortent des usines de Nanterre en juillet 1935. La gamme comprend deux modèles : la SIMCA-Fiat 6CV clone de la Fiat 508 Balila et la 11CV clone de la Fiat 518 Ardita. Puis en 1936, sort la Simca 5 clone de la Fiat 500 Topolino. Les voitures de la marque SIMCA-Fiat sont des copies des versions italiennes de Fiat, mais entièrement fabriquées en France. Grâce à ses techniques modernes de fabrication, de promotion et de gestion des produits, SIMCA devient le quatrième constructeur français. En 1938, la marque se dote d’un nouvel écusson. Il s’orne d’une hirondelle faisant référence au slogan de ses voitures : « un appétit d’oiseau ». Le nom de Fiat disparait pour ne pas porter préjudice à la marque. La xénophobie, notamment envers l’Italie fasciste, prend de l’ampleur en France.
Durant l’occupation, les Allemands obligent les entreprises à participer à l’effort de guerre. Les usines d’automobiles doivent fabriquer des véhicules militaires et se voient affecter un administrateur désigné par les Allemands. Du fait que l’Italie soit membre de l’Axe, SIMCA obtient que son administrateur soit un personnel Fiat. Sa production reste libre. Ce traitement de faveur s’estompe en 1943, lorsque l’armée allemande connait des revers. Désormais, l’usine SIMCA de Nanterre est affectée à la maintenance des véhicules militaires et à la fabrication de chenille de tanks.
A la libération, SIMCA intègre la Générale Française Automobile (GFA), un consortium dont le but est de rationaliser la fabrication automobile. En 1946, Pigozzi réussit à faire échouer le projet de la SIMCA-Grégoire prévu dans le plan gouvernemental et reprend la tête de l’entreprise. Il échappe à la nationalisation et aux contraintes du gouvernement. La marque sort la Simca 5 et la Simca 8. La première est améliorée en 1947 et devient la Simca 6. Néanmoins, ce modèle ne rencontre pas le succès escompté et souffre de la concurrence de la Renault 4CV. Cette dernière est vendue moins chère à cause du prix imposé par le gouvernement et présente l’avantage d’offrir quatre portes. Dans les années 1950, Fiat et SIMCA profitent de l’aide financière du Plan Marshall pour sortir la Fiat 1400 et sa sœur la SIMCA 9 Aronde, qui rencontre un vif succès.
En 1954, Pigozzi devient le PDG de SIMCA. L’entreprise, en pleine croissance, cherche un nouveau lieu pour s’implanter, car l’usine de Nanterre est devenue trop petite. Pigozzi lorgne du côté des usines Ford situées à Poissy. Le constructeur américain connait des difficultés. En effet, les modèles américains s’adaptent mal au marché français. Leur moteur consomme trop d’essence. Un accord est trouvé. SIMCA accroit grandement sa production grâce à ses nouvelles usines et hérite en plus des plans de la Ford Vedette. Piggozi se diversifie en acquérant en 1955 la société UNIC qui fabrique des camions et la création de la SOMEC pour la fabrication de matériel agricole. SIMCA devient le deuxième constructeur français derrière Renault. Au début des années 1960, Piggozi rachète le constructeur Talbot et ses usines de Suresnes. 200.000 voitures sont fabriquées chaque année. En 1961, Pigozzi sort des usines de Poissy la Simca 1000, qui rencontre un long succès jusqu’en 1978.

En 1958, Chrysler rachète les parts du capital détenues par Ford et en acquière d’autres. Le constructeur américain devient actionnaire à 25% de SIMCA. En 1962, Fiat entend profiter de la création du marché commun européen pour créer sa propre filiale en France. Elle se sépare de SIMCA et revend ses parts à Chrysler, qui devient l’actionnaire majoritaire avec 62% des parts. Piggozi est démis de ses fonctions. Il meurt l’année d’après. Georges Héreil, ancien patron de Sud-Aviation, lui succède. Il doit lutter contre la direction américaine pour sortir la SIMCA 1100, car ces derniers préféraient commercialiser en France des voitures de la marque Chrysler et ne pas encombrer le marché. La SIMCA 1100 sort en 1967 et se vend à deux millions d’exemplaires jusqu’en 1981. En 1970, Chrysler rachète les parts encore détenues par Fiat. La société SIMCA est rebaptisée Chrysler France, mais la marque demeure. Le constructeur néglige les investissements dans l’évolution de ses mécaniques et se retrouve en difficulté sur les marchés européens. En août 1978, Chrysler revend l’ensemble de ses filiales en Europe. Peugeot PSA, avec le soutien du gouvernement, rachète Chrysler France. En 1979, le constructeur français décide de supprimer la marque SIMCA et de la remplacer par Talbot, qui disparaitra à son tour en 1985. En 2004, un musée dédié à SIMCA ouvre ses portes sur le centre technique PSA de Carrières-sous-Poissy. Il est entretenu par l’association l’Aventure Automobile à Poissy – CAAPY.

Sources
Texte : Visite du musée SIMCA, Carrières-sous-Poissy, CAAPY, septembre 2014.

Image : img.kazeo.com

samedi 13 décembre 2014

Les mythes grecs

Le terme « mythologie » est une invention du XVIIIe siècle pour distinguer les récits que l’Eglise considère comme fictifs. Elle place du côté de la légende, voire de l’erreur, toutes les histoires se rapportant à des religions polythéistes. Les récits mythologiques diffèrent de la révélation chrétienne. Les mythes sont un ensemble de traditions transmises de génération en génération. Ils conservent la mémoire collective d’un passé ancien. Il n’existe pas de corpus fixe comprenant des récits figés. Chaque auteur ajoute sa touche en fonction des goûts de l’époque, quitte parfois à être en contradiction avec les versions précédentes. Néanmoins, certains éléments des mythes ne peuvent pas être modifiés, par exemple, Zeus est toujours le roi des dieux, Hélène est toujours la cause de la guerre de Troie, Oreste tue toujours Clytemnestre. Les philosophes et les historiens ne remettent jamais en cause ces récits, mais seulement les exagérations faites par les poètes pour mieux captiver leur public.

Au –VIIe siècle, le poète Hésiode raconte la naissance, les combats et les amours des divinités. Les dieux grecs possèdent une histoire, voire plusieurs et elles ne sont pas nécessairement gouvernées par la justice. Leurs comportements et leurs sentiments sont identiques à ceux des humains. Les dieux couchent avec des déesses, mais aussi avec de nombreuses mortelles qui donnent naissance à des demi-dieux. Ces derniers ont forgé les tribus à l’origine des cités-Etats. Certains écrits d’Hésiode possèdent des similitudes avec des récits phéniciens du –IIe millénaire. Par exemple, la lutte de Zeus contre les Titans pour arriver au pouvoir rappelle la bataille livrée par Anou contre Alalou détrôné du sommet de la montagne par des éclairs.

Les cités possèdent leurs dieux tutélaires (le poliade), même si tous les dieux du Panthéon sont honorés. Le poliade joue un rôle dans la représentation que la cité et les citoyens se font d’eux-mêmes. La cité possède à la fois une identité politique (un territoire, une monnaie, des institutions, des valeurs) et une identité religieuse et mythique qui raconte sa naissance et son histoire. Le mythe rapporte qu’Athéna et Poséidon se disputent l’honneur d’être le poliade d’Athènes. Athéna offre au peuple athénien l’olivier pour apporter l’agriculture et par extension l’abondance. De son côté, Poséidon frappe le sol pour faire jaillir une source d’eau. Après délibérations, le jury choisit Athéna qui donne son nom à la cité. Le présent offert par la déesse se dresse toujours sur l’Acropole. Poséidon est honoré et possède un temple sur l’Acropole lorsqu’Athènes devient une puissance navale.
Athéna incarne l’identité d’Athènes. Ses symboles, la chouette et l’olivier, deviennent ceux de la cité. L’olivier est un arbre nourricier, qui possède également une symbolique guerrière. Il pousse dans les sols rocailleux, ne perd jamais ses feuilles et possède la faculté de renaître. Ainsi, les Athéniens montrent leur courage et leur résistance face à l’adversité. L’olivier est présent lors des grandes étapes de la vie des citoyens. Il est de coutume d’accrocher à la porte des maisons des nouveaux parents des rameaux d’olivier. Une couronne est remise au vainqueur des jeux et concours organisés pour les fêtes religieuses. La chouette apparait sur les pièces de monnaie. Avec la Ligue de Délos et l’hégémonie athénienne, la chouette athénienne devient la monnaie de référence et la plus répandue dans le monde grec.

Les mythes servent des objectifs politiques. Ils sont parfois réécrits en ce sens. Le cas de Thésée est significatif. Au –VIIe siècle, Thésée est un jeune héros, le sauveur des personnes offertes en sacrifice au Minotaure. En ce sens, il est le protecteur des jeunes guerriers. Au siècle suivant, il devient le civilisateur de l’Attique. En effet, ce dernier part da sa ville natale de Trézène pour rejoindre Egée, son père, à Athènes. En chemin, il terrasse tous les brigands et monstres terrorisant la région. Cet épisode du mythe de Thésée fait écho à la période où Athènes stabilise ses frontières en plaçant sous sa tutelle les régions qui l’entourent. Au –Ve siècle, Athènes domine la Grèce grâce à sa marine. Thésée devient le fils de Poséidon. Arthra, sa mère, après avoir couché avec Egée, trouve refuge sur une île. Durant son sommeil, le dieu de la mer couche avec elle. La défaite du roi crétois Minos face à un Athénien est une allégorie signifiant qu’Athènes est désormais la première puissance maritime au même titre que les Minoens plusieurs siècles auparavant.

Certains mythes sont construits de toutes pièces, tel l’Atlantide, une puissance civilisation ayant existé il y a 11.000 ans se développant sur une île aussi large que l’Afrique et l’Asie réunies au-delà du Détroit de Gibraltar. Les Athéniens ont vaincu les Atlantes qui désiraient les asservir avant qu’un cataclysme plonge l’île dans l’Océan. C’est une invention de Platon au –IVe siècle. Celui-ci construit un faux récit historique donnant une date, une localisation et une caution scientifique puisqu’il cite les travaux de l’historien Solon ayant voyagé en Egypte. Le mythe de l’Atlantide est construit à des fins politiques. Platon souhaite transmettre son message aux citoyens athéniens. Cependant afin de ne pas les heurter, il les invite à réfléchir sur une civilisation ayant supposé existé. Platon les met en garde contre l’impérialisme. Après la défaite contre Sparte, Athènes est en guerre contre ses alliés. L’Atlantide véhicule un message intemporel s’adressant à tous les Etats.

Les Pères de l’Eglise combattent les mythes en y puisant des éléments montrant les comportements immoraux des dieux grecs. Certains mythes sont transformés et intégrés à la Bible : les juges des Enfers lors du jugement dernier, Noé avec Deucalion le fils de Prométhée qui échappe au déluge créé par Zeus pour punir les Hommes qui ont reçu le feu. Les premiers chrétiens vivent dans la culture gréco-latine. Ils fréquentent les mêmes écoles que les païens. Ils disent que les Grecs n’étaient pas loin de la Révélation. Au XIIe siècle, les mythes servent pour l’enseignement du latin dans les écoles. Les intellectuels les considèrent aussi comme des objets de beauté en ce qui concerne les poètes antiques. Au Moyen âge, les moines jouent un grand rôle dans la sauvegarde des mythes grecs. Ils trient les écrits des Anciens. Au XVIIe siècle, l’opéra et la tragédie mettent en scène des mythes grecs. En Italie, les Princes commandent ce type de sujet, car ils apprécient de voir les dieux et les héros auxquels ils s’identifient par les vertus et les valeurs de leur groupe social. Au XIXe siècle, les psychanalystes, dont Freud, s’emparent des mythes grecs. De nos jours, ces histoires vivent toujours au travers de la littérature, du cinéma, de la bande dessinée et des jeux vidéo.

Sources
Texte : "Grèce : des dieux et des Hommes : à quoi servent les mythes", L'Histoire, n°389, juillet-août 2013, 112p.

Image :  intellego.fr

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