vendredi 29 mai 2015

Maurice de Vlaminck


Maurice de Vlaminck nait à Paris le 4 avril 1876. Ses parents, tous deux musiciens flamands, émigrent dans la région parisienne. Vlaminck passe son enfance au Vésinet et à Chatou dans les Yvelines. A partir de 1893, il gagne sa vie en tant que violoniste, coureur cycliste, boxeur et journaliste notamment pour le journal anarchiste Le Libertaire. En 1896, il épouse Suzanne Berly.

En 1900 suite à un accident ferroviaire, il se retrouve coincé dans une gare de banlieue. A cette occasion, il rencontre le peintre André Derain. Partageant la même passion créatrice, les deux hommes, devenus amis, louent un atelier à Chatou abritant aujourd’hui le CNEAI (Centre National Édition Art Image). Autodidacte et afin de ne pas perdre sa propre inspiration Vlaminck refuse de copier les autres œuvres pour se former. Il apprécie les toiles de Van Gogh, sa liberté de touche et sa palette exacerbée. Vlaminck peint les paysages des bords de Seine (Chatou, Bougival, Rueil, Nanterre, Carrières-sur-Seine, Argenteuil).
Il expose pour la première fois au Salon des Indépendants de 1905 aux côtés de Matisse, Derain, Manguin et Marquet. Les critiques sont surpris par les couleurs vives et exubérantes. « Dans la salle VII, c’est la cage au fauve ! », dira l’un d’eux. Le terme fauvisme est né. Ces peintres renoncent à un art imitatif. Ils construisent leurs toiles en posant arbitrairement les couleurs par aplats. Vlaminck est l’un des fauvistes les plus virulents. Il applique la peinture directement du tube à la toile. Sa pâte est riche, sa peinture gestuelle, ses compositions mouvementées et audacieuses. Ses traits tourbillonnent.
En 1906, le marchand d’art Ambroise Vollard achète toutes ses toiles et lui suggère de se lancer dans la céramique. De 1906 à 1910, Vlaminck recouvre plus de 300 céramiques de motifs floraux, animaliers et géométriques des faïenceries Méthey à Asnières dans les Hauts-de-Seine.

En 1909, la mode du fauvisme est passée. Vlaminck s’adapte aux nouvelles conceptions de la peinture issue des œuvres de Cézanne et Picasso. Il synthétise les formes géométriques, retient sa gestuelle et adopte les tons bleus-verts de Cézanne. Cependant, il ne pratique pas un cubisme extrême. En 1913, il signe avec le marchand d’art, Kahnweiler, un contrat d’exclusivité pour deux ans. Vlaminck n’est pas envoyé au front, car il est père de trois filles. Il effectue son service dans une usine de la région parisienne. A la fin du conflit, il se marie une seconde fois avec Berthe Combe, avec laquelle il a deux filles.
En 1925, il se retire à Rueil-la-Gadelière en Eure-et-Loir. Il retrouve une nature préservée synonyme de vérité du monde. Il adopte des formes classiques, des tons austères, des contrastes violents. Ses ciels tourmentés dramatisent les paysages nocturnes et enneigés. La critique parisienne lui reproche l’absence d’enjeu intellectuel. Ses amis apprécient la force lyrique et la sincérité de ses transcriptions de la nature.
Vlaminck meurt le 11 octobre 1958. Il est enterré dans le cimetière de Rueil-la-Gadelière. Un circuit de randonnée de 8km, à son nom, longe les paysages ayant inspiré ses œuvres.

Sources
Texte :
Exposition à l’atelier Grognard de Rueil-Malmaison du 30 janvier au 25 mai 2015
« Vlaminck : un fauve indompté », in HDS Mag, janvier-février 2015, n°39, pp41-43.
Image : http://www.hermitage.nl/

mercredi 20 mai 2015

La guerre dans le Missouri


Le Missouri est un Etat producteur de coton comptant un nombre important d’esclaves. Lorsque l’Etat demande à entrer dans l'Union, il se heurte à l'opposition des États du Nord, partisans de l'abolition de l'esclavage. Ces derniers refusent de voir rompre en leur défaveur l'équilibre entre États libres et États esclavagistes. Son admission est finalement acceptée grâce au Compromis du Missouri de 1820. L’Etat intègre l'Union en tant qu’État esclavagiste le 10 août 1821, mais ne peut introduire sur son territoire de nouveaux esclaves.
Avant la guerre, l’Etat connait des affrontements entre pro et anti-esclavagistes. Le gouverneur Claiborne Jackson est un démocrate esclavagiste modéré. Il adopte une position de neutralité tout en restant dans l’Union. Néanmoins, il estime que si l'Union menace l'esclavage dans le Missouri, l'Etat devra faire sécession.

Après la prise du fort Sumter, Jackson rejette la demande de Lincoln de lever des troupes pour l’armée fédérale. Des milices sécessionnistes prennent le contrôle de l’arsenal de Kansas City le 20 avril 1861. Le capitaine Nathaniel Lyon dirige l’arsenal de Saint Louis. Unioniste convaincu, il craint une nouvelle attaque des milices sécessionnistes. Il décide de faire transférer les fusils dans l’Illinois. Le 25 avril, Lyon dupe la foule en envoyant quelques caisses de vieux fusils sur un vapeur bien visible, tandis que le reste des armes s’éloignent par un autre navire. Le 10 mai, Lyon met hors d’état de nuire la milice sécessionniste stationnée à Camp Jackson. Des émeutes éclatent lorsque ses troupes traversent la ville avec les prisonniers.
Le 11 juin 1861, le général William Harney négocie un accord avec le chef des armées du Missouri Sterling Price et le gouverneur Jackson. Ces derniers s’engagent à démobiliser les milices sécessionnistes et interdire l’entrée de l’armée confédérée au Missouri. En échange, l’Union s’engage à ne pas envoyer de troupes fédérales dans l’Etat. Nathaniel Lyon et le sénateur Francis Blair Jr comprennent que cet accord revient à reconnaitre la neutralité du Missouri et risque à terme d’aboutir à la sécession. Avec l’accord de Lincoln, Lyon démet Price du commandement militaire et lui succède. Il reçoit à ce titre le grade de général. Lyon exige la liberté de mouvement des troupes fédérales dans l’Etat, ce que le gouverneur Clairbone Jackson refuse. Pour marquer sa désapprobation, il demande le soutien de l’armée confédérée. L’arrivée des rebelles sème la panique. Des milices abolitionnistes arrivent du Kansas. Lyon réunit une convention qui démet Jackson de ses fonctions, déclare le pouvoir vacant et déplace la capitale à Saint Louis. Lyon et Price mettent sur pied des contingents militaires.
Le 22 juillet, Francis Blair Jr constitue un gouvernement provisoire et déclare la vacance de tous les postes de la fonction publique et de la législature du Missouri. Des élections élisent un nouveau gouverneur et une nouvelle assemblée. De son côté le 3 novembre 1861, Jackson réunit à Naosho la législature pro-sudiste qui ratifie une ordonnance de sécession. Le Congrès confédéré accepte le Missouri au sein des Etats Confédérés d’Amérique. L’administration Jackson s’exile en Arkansas.

Le 10 août 1861, les deux armées se font face à Wilson’s Creek près de Springfield. Le terrain est accidenté. Il présente des collines avec de profondes ravines et la rivière encaissée. Le Nord aligne 6.200 hommes et le Sud 10.175. Seulement, les sécessionnistes possèdent un équipement de médiocre qualité. Lyon souhaite prendre les Confédérés en tenaille. De son côté, Price souhaite contourner les Fédérés.
Le colonel Franz Sigel, sous les ordres de Lyon, lance l’attaque au Nord, tandis qu’au Sud, Lyon affronte la cavalerie sudiste jusqu’à une colline, qui recevra après la bataille le surnom de colline sanglante. Au sommet, l’artillerie sudiste repousse les troupes de Lyon. Price peut réorganiser ses lignes de défense. Il y a urgence, car les troupes de Sigel se rapprochent de la colline. Pendant ce temps, Lyon ordonne au capitaine Joseph Plummer d’attaquer la batterie d’artillerie par le flanc. Les troupes sudistes de Benjamin McCulloch arrivent en renfort et repoussent les Nordistes. De son côté, Sigel confond les Confédérés avec des régiments alliés, car ils portent tous des vêtements grisés. Les soldats paniquent et s’enfuient. Lyon reste seul avec son régiment. Il meurt d’une balle dans la poitrine. Price consolide ses lignes et s’apprête à relancer l’assaut. Toutefois, la fumée des combats et des canons empêchent une contre-attaque efficace, laissant le temps aux Nordistes de se regrouper dans la ville de Springfield.
La bataille de Wilson’s Creek cause la mort de 223 nordistes et de 265 sudistes, auxquels s’ajoutent plus de 1500 blessés des deux bords. Sur le plan militaire, le Sud remporte la victoire, car Price est parvenu à conserver le terrain et à repousser l’ennemi. Néanmoins, cette victoire n’est pas assez franche pour faire pencher le Missouri du côté de la Confédération.

Le Missouri reste dans l’Union et la grande majorité des Missouriens s’engagent chez les Nordistes. Néanmoins, Richmond revendique cet Etat, puisqu’il existe un gouverneur du Missouri rattaché à la Confédération. Cette ambigüité se traduit sur le terrain par la présence de bandes de francs-tireurs. Ces hommes armés n’appartiennent à aucune armée officielle et ne respectent pas la distinction entre civils et militaires. Ils lancent des raids meurtriers sur les villes, tendant des embuscades sur les routes, incendiant les fermes, etc. Parmi ces derniers, nous pouvons citer des noms célèbres tels que Jesse et Frank James, Jim Younger et William Quantrill. Les francs-tireurs pro-sudistes demeurent plusieurs dizaines d’années après la victoire du Nord en 1865 devenant des criminels et non plus des rebelles.

Sources
Texte :
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- DOOMS Logan, Les opérations de prise de contrôle des Etats frontaliers : le Missouri, publié le 19 novembre 2012, https://laguerredesecession.wordpress.com
Image : La bataille de Wilson’s Creek par Kurz and Allison, wikipédia.