mardi 21 juillet 2015

Lilith, la première femme de la Bible et d'Adam


Avez-vous déjà lu la Bible? En entier? Peu l'on fait! Au moins la Genèse alors! La Genèse? Mais si, le début, l'intro' ! Lorsque Dieu crée le ciel, la terre, les êtres vivants et enfin l'homme Adam! Enfin, Adam et Ève... Vous connaissez cette histoire et souvent peu le reste. Lorsque je discute de la Bible avec des amis ou des élèves - pas toujours ignorants du fait religieux - je remarque souvent un abîme d'ignorance de l'histoire biblique comme si on passait directement d'Adam à Jésus. Ah si: les gens connaissent aussi Abraham et Moïse.

J'ai toujours aimé le début des histoires. La Bible ne fait pas exception. Je ne sais pas combien de fois j'ai pu lire et relire la Genèse. Et puis un jour, un passage m'a turlupiné. Le sixième jour, Dieu décida de remplir la terre d'animaux, d'oiseaux et de bestioles. Puis, il est écrit:

Chapitre 1:

26 Dieu dit : « Faisons lhomme à notre image, selon notre ressemblance. Quil soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. »
27 Dieu créa lhomme à son image, à limage de Dieu il le créa, il les créa homme et femme.
28 Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »
29 Dieu dit encore : « Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence : telle sera votre nourriture.
30 À tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui va et vient sur la terre et qui a souffle de vie, je donne comme nourriture toute herbe verte. » Et ce fut ainsi.
31 Et Dieu vit tout ce quil avait fait ; et voici : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.

Bon, jusque là, rien de nouveau. On aura compris que Dieu venait de créer Adam et Ève à l'aube du septième jour qui verrait le seigneur se reposer. Par contre, point d'histoire d'Adam seul dans le jardin et surtout point de côte retirée. Il est écrit clairement que le sixième jour Dieu " les créa homme et femme" ensemble, en même temps, le même jour. Alors pourquoi dans le chapitre 2 de la Genèse, Adam se retrouve-t-il seul, sans la femme, pourtant précédemment créée au chapitre 1. Cette dernière est "de nouveau créée" pendant une opération chirurgicale où Dieu prend une des côtes d'Adam et modèle Ève à partir de celle-ci. Il faut savoir qu'une partie de l'asservissement intellectuel de la femme promu par le monothéisme vient de cet instant clé. Ève sera la chair de la chair de l'homme ou traduisez plus simplement: elle est de lui, elle lui appartient! 

Je restais néanmoins désappointé par cette répétition de la création féminine. Mes études en histoire ancienne m'ont appris que le texte Biblique est plus une compilation ainsi qu'une réinterprétation de textes plus anciens et de cultures bien différentes. En effet, il est impossible de ne pas voir une corrélation évidente entre la création du premier homme sumérien nommé Adamu et le Adam Biblique! Je ne parle pas non plus du passage très connu du mythe du Déluge que l'on retrouve dans l'épopée de Gilgamesh et raconté deux millénaires avant la Bible. Celle-ci a été écrite, compilée et modifiée sur une longue période par plusieurs auteurs différents. Les Juifs ont d'ailleurs plusieurs interprétations de la Bible (Torah) dont certaines remontent si loin dans le temps quelles approcheraient au fondement même de sa création. Ainsi, en retournant aux sources, on toucherait du doigt la véritable écriture et peut-être la vérité sur la Genèse et sur cette double création de la femme.

Il faut chercher dans la Kabbale la réponse à ce mystère. La Kabbale est en effet la plus ancienne tradition théologique, ésotérique - je rajouterai historique - et philosophique de la Bible. En effet, de tradition orale, elle ne se transmet que d'initié en initié. Par cette définition même, le premier initié aux mystères de Dieu n'est autre que ... Adam! Les Kabbalistes racontent ainsi une toute  autre version de la Genèse et de la création humaine. Ou plus exactement, ils racontent la version la plus complète.

Reprenons là où il semble y avoir une coupure. Dieu créa l'homme et la femme. Le premier nous le connaissons déjà. La seconde est une femme rousse aux yeux noirs, à la peau bronzée et d'une beauté parfaite.  Elle se nomme Lilith. Adam est conquis et fou amoureux. Malheureusement pour lui, Adam est machiste et veut instaurer un patriarcat dans leur relation. En outre, il veut imposer des relations sexuelles où il dominerait la femme, une allégorie de la célèbre position du missionnaire! Mais Lilith refuse. Après-tout, elle n'a pas à être inférieure à l'homme. Et oui! Elle provient de la même volonté de Dieu et surtout a été créée en même temps qu'Adam. Alors: pourquoi pas un matriarcat? Elle refuse l'offre et Adam s'obstine tout autant. La situation est inextricable et Lilith décide de fuir. Elle prononce le nom de l'imprononçable (le prénom de Dieu?), des ailes lui poussent dans le dos et elle s'envole en dehors du jardin, pour aller errer sur terre.

Adam reste seul et triste. Il se larmoie et implore Dieu de lui rendre ce qu'il considère être sa femme. D'autant que Lilith est très obstinée. Elle ne reviendra même pas sur sa décision - ah les féministes! - lorsque des anges viennent la raisonner et lui rapporter les ordres de Dieu qui veut qu'elle se soumette aux désidératas de l'homme. Les anges lui annoncent, qu'en cas de refus, elle enfanterait une nombreuse progéniture et une centaine d'entre-eux mourrait tous les jours. Le comportement divin est ici assez étonnant. Si on se rapporte au texte plus haut, vous remarquerez pourtant qu'il s'adresse à l'homme et à la femme sur un pied d'égalité, en leur donnant - à eux deux - l'ensemble du jardin. Dieu n'a jamais expressément dit que Lilith devait obéissance à Adam! Pourquoi doit-elle à présent se soumettre ? Pourquoi un tel revirement ?

Désespérée, Lilith pense mettre fin à ses jours en se jetant dans la Mer Rouge. Emus jadore quand les retournements bibliques n'ont aucun sens - les anges lui accordent le droit de vie ou de mort sur tous les nouveaux nés sur terre jusqu'à leur circoncision ! Pourquoi? Les voies du Seigneur sont parfois impénétrables !

C'est là que reprend l'histoire bien connue (Genèse, chapitre 2). Dans le jardin d'Eden, Adam, seul, après avoir nommé chaque animal chaque arbre et chaque plante, est au bord de la dépression. Dieu constatant son échec, décide d'endormir l'homme et de lui prélever une côte. Ainsi, la femme qu'il modèlera sera issue de l'homme et par là-même son obligée! Ève qui vient de naître - et par extension la "nouvelle" femme - n'est donc pas l'égale de l'homme. Elle est plutôt blonde à la peau blanche et pure. Peut-être un petit peu candide aussi, la suite nous le prouvera!

Et Lilith dans tout ça! Et bien elle est jalouse et se sent trahie! Contrairement à ce que l'on pense elle aimait aussi Adam... mais pas au point d'être dominée! Elle hait Ève et son innocence. Non seulement elle lui prend son homme mais en plus elle rabaisse la condition féminine. Elle cherche donc à se venger. La tradition n'est pas toujours claire sur la suite. Elle rencontre Samaël (Satan) qui venait de perdre sa bataille contre Dieu (Samaël était le bras droit de Dieu mais s'est fait jeter du paradis pour avoir demander l'égalité entre les anges et Dieu). Elle l'épouse et devient par ce fait même une démone. On ne sait si c'est elle ou bien Samaël qui séduit Ève, mais elle est à l'origine de la chute des hommes du Paradis (Michel-Ange représente Lilith en serpent sur la très célèbre fresque de La Chapelle Sixtine). Plus tard, elle sera également à l'origine du meurtre d'Abel par Caïn en excitant la jalousie de ce dernier contre son frère. Elle provoquera aussi une très longue abstinence sexuelle d'Adam qui privera Ève d'amour charnelle (expliquant pourquoi Seth, le dernier fils d'Adam et Ève soit né bien plus tard que ses deux frères).

 Célèbre scène de la Genèse sur les plafonds de la chapelle Sixtine, par Miche-Ange

Voilà l'histoire de Lilith qui revêt une importance majeure dans l'histoire du monde. En effet, son récit explique l'histoire de la condition de la femme dans la société mais surtout le rapport de force qu'elle a eu avec son conjoint naturel. En effet, j'ai toujours eu comme théorie que la femme dominait l'homme aux temps préhistoriques mais que cette domination s'était inversée entre le Xe et le Ve millénaire avant notre ère (je reviendrai sur ce fait dans un prochain article). L'histoire de Lilith serait une allégorie, un souvenir diffus de ces périodes. Mais le plus extraordinaire, c'est la volonté manifeste des religions monothéistes à travestir l'histoire originelle et à toujours plus accentuer la domination de l'homme sur la femme. Les instances liturgiques juives ont coupé les passages où la femme avait de l'importance (l'histoire de Lilith en est la preuve). Le clergé chrétien aussi (Marie-Madeleine passe d'Apôtre à prostitué) quant au Coran, il ne nomme même pas Ève. Rendons grâce à leurs oublis et leurs maladresses littéraires qui nous permettent ainsi de reconstituer la véritable histoire. Et ne parlons pas du traitement général de la femme - dans son rapport à l'homme seulement - dans l'ensemble des religions!

Pour conclure, je m'adresserai aux femmes. On raconte encore deux choses sur Lilith. N'oubliez pas qu'elle a toujours un droit de vie ou de mort sur les nouveaux nés. On raconte d'ailleurs que si vous voyez votre enfant sourire dans le vide c'est qu'il joue avec Lilith! Dans ce cas, inquiétez-vous! Enfin, un dernier point. Lilith ne peut enfanter sans partenaire. Samaël-Satan n'a pas toujours le temps puisquil gouverne lEnfer. Sachez que Lilith vient voir les hommes la nuit et qu'elle les incite par le désir à se masturber. Les hommes, par ce geste, font donc l'amour avec la succube (femme démon séduisant les hommes dans les légendes) et l'enfanteront! Ses histoires ont perduré pendant tout le Moyen-Âge où, malgré la censure ecclésiastique, les gens craignaient celle qui fut la première femme créée par Dieu.

Il y aurait encore beaucoup à dire et si vous voulez poursuivre la discussion n'hésitez pas à minterpeler par mail - lesitedelhistoire@laposte.net - ou dans les commentaires.


Pour compléter votre étude:

Le jour où Yahvé a failli disparaître
Yahvé et Baal
Yahvé, le dieu importé
Esdras, l'inventeur de la Bible
La naissance de Dieu
Ashéra, l'épouse de Dieu
Atrahasis et Utanapishtim, les Noé Sumériens
La Tour de Babel, mythe ou réalité 2 3





          

samedi 18 juillet 2015

Livre: Révolution Française et Franc-Maçonnerie

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Qui n'a jamais aimé le complotisme? Il existe un nombre incroyable de récits complotistes dans l'Histoire qu'on ne saurait par lequel commencer. Vous qui lisez régulièrement le site de l'histoire vous savez qu'il nous arrive d'en aborder et cela devient souvent des articles polémiques puisque je reçois parfois des courriels bien savoureux. Un lecteur apparemment assidu du site vient de me contacter pour m'offrir par la même occasion son livre numérique qu'il vient de publier sur Amazon. Je ne suis pas totalement habitué au concept du numérique mais une fois qu'on s'y met... Ça marche!

Le livre de ce monsieur dénommé Eugène de Beaumont, traite d'un sujet tabou dans l'histoire de France: celle de la participation des sociétés secrètes - notamment la Franc-Maçonnerie - dans l'élaboration de la Révolution Française. Le sujet est tabou car, si vous vous souvenez de vos cours d'école, vous vous souviendrez probablement des récits héroïques des parisiens et des Français, rentrant désarmés dans la Bastille, ou encore des courageux intellectuels, pourchassés par un pouvoir corrompu et intolérant, qui tentaient, en cachette et sans aide, de faire passer quelques idées nouvelles et libertaires! Vous n'aurez jamais entendu parler de la Franc-Maçonnerie ou des Illuminés de Bavière. J'ai ma propre opinion sur le sujet, mais je dois respecter le programme que l'on m'impose en cours. En autre, et cela fait toujours plaisir, il cite quelques articles du site de lhistoire en complément de son exercice.

Ce livre intitulé très académiquement Introduction sur les origines de la Révolution Française par la Franc-Maçonnerie, est très facile à lire, rapide, concis et assez convaincant. Il réserve beaucoup de surprises, peu connus - sauf des initiés - et à l'immense avantage de ne pas se perdre dans des descriptions bourratives qui font perdre le sens de l'exposé.

Par exemple, saviez-vous que la plupart des "révolutionnaires parisiens" étaient en fait des Allemands payés quatre fois plus que l'armée régulière?

Cette thèse contient bon nombre de citations et de sources intéressantes, très souvent contemporaines des faits. Le livre termine en apothéose par une lettre d'un Franc-Maçon très connu du XIXe siècle qui révèle ce qui aurait été la plus grande supercherie et manipulation du XVIIIe siècle.

Voilà donc un ouvrage accessible, peu onéreux que je vous encourage à lire et qui m'a fait beaucoup réfléchir. En attendant, je suis en préparation de plusieurs articles dont un qui, je le pense, me vaudra encore pas mal de courriels fumants!

PS : Des lecteurs mon contacter pour mon livre Pour l'amour dAlexandre le Grand, pour savoir comment on pouvait le lire sans la tablette Kindle. La chose est fort simple. Il nest pas obligatoire den posséder une. Le téléchargement de lapplication sur Smartphone et tablette est gratuit. De plus, il existe une liseuse gratuite pour ordinateur disponible depuis le site Amazon.

mardi 7 juillet 2015

Le jugement de la merveilleuse Phryné


Le corps de la femme parle souvent pour elle. Il est un ambassadeur incontournable. Par sa prestance et son allure, la femme peut imposer bien plus de respect que si elle devait parler pendant des heures pour le faire. L’homme n’a parfois besoin que d’un regard pour jauger du pouvoir d’une femme. Je ne parle pas ici d’un regard pervers qui se poserait au hasard de ses fourberies sur le déhanché d’une gente demoiselle et qui s’aviserait de la siffler si il la trouvait à son goût. Nous parlons ici de la quintessence même de l’enveloppe charnelle du beau sexe.  Elles sont légions les ambassadrices de la beauté qui demeurent encore célèbres pour leurs attraits. D'Hellène de Troie jusqu’à Kate Middleton, les femmes ont souvent été louées dans l’Histoire et la Littérature parce qu’elles étaient avant tout belles ! J’entends déjà les féministes s’étouffer de rages ! Il est certain que Sappho, Hypatie ou Christine de Pizan doivent avant tout leur éternité pour leur savoir plutôt que pour leur physique ! Quoi que l’un n’empêche pas l’autre ! 

On ne m’objectera pas – malgré l’amour indéfectible que j’éprouve pour elles – que la plupart des femmes connues de leur temps le devaient pour leur physique. Cela n’est pas étonnant si on considère le monde d’alors comme étant dominé par l’intelligencia masculine.

Pour illustrer mes propos, laissez-moi vous conter l’anecdote de la vie de Phryné d’Athènes, belle, merveilleuse, extraordinaire et même divine représentante de ce que la nature a fait de plus beau sur cette terre. 

Elle vécue au IVe siècle av. notre ère et est une contemporaine d’Alexandre le Grand. Très jeune, la belle Phryné se rend dans la cité d’Athènes pour y faire fortune. Celle qui a le teint jaunâtre sait ce qu’elle veut. Elle est décidée à demeurer libre et autonome. Or, rare sont les domaines où une femme peut exercer et vivre sans un mari. Consciente de ses attribues et de sa finesse d’esprit, elle se tourne vers le métier d’Hétaïre qui consiste à offrir aux hommes une compagnie plus ou moins longue dans le temps. Elle sait également charmer les sens de ses clients en dansant, chantant et jouant de la musique. Grâce à sa beauté, elle se fait vite remarquer par de riches hommes, mais c’est la forme parfaite de son corps qui la fera traverser le temps, l’espace et les cieux. En effet, les artistes les plus célèbres de l’époque, comme le fameux sculpteur Praxitèle ou le peintre Appelle, l’utilisent comme le modèle de référence pour représenter la déesse de l’amour Aphrodite.

Phryné devient célèbre et on se l’arrache. La belle fait fortune et commence à avoir la tête qui gonfle car rien ne semble lui résister ! Elle est l’incarnation physique de la plus belle des locataires de l’Olympe et veut réaliser des exploits telle une déesse. Originaire de Béotie, elle reste meurtrie par la destruction de Thèbes par Alexandre en 336. Cet acte  sanglant avait alors pacifié toute la Grèce révoltée contre le jeune roi macédonien. Elle offre de reconstruire à ses frais une partie de la cité si les bâtisseurs y gravent dans le marbre que Thèbes a été « Détruite par Alexandre, rebâtie par Phryné, l’hétaïre ». Le monde n’était pas encore prêt à une telle concession : le projet est annulé !

Mais Phryné a d’autres ambitions. Après la bâtisseuse vient le temps de la religieuse. À une époque où le syncrétisme religieux était courant (Amon l’Égyptien est assimilé à Zeus le Grec ou encore à Marduk le Babylonien), Phryné tente d’introduire de nouvelles divinités ainsi que leur culte dans le panthéon déjà bien rempli des Athéniens. Là, cela va trop loin ! Phryné essuie de nombreuses remontrances. Athènes n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut un siècle plus tôt avec Périclès. Elle a été vaincue par les Spartiates et les Macédoniens et vit depuis l’avènement de Philippe II sous la domination du royaume de Macédoine. Son fils Alexandre, pendant son odyssée orientale, tient en otage de nombreux Athéniens et les légions macédoniennes font planer une menace perpétuelle de destruction. Il faut donc de la stabilité dans la cité. Or, Phryné est bientôt accusée d’impiété ainsi que de vouloir corrompre la jeunesse.

L’anecdote veut que se soit un amant éconduit qui l’a dénonce. Comme Socrate en son temps, elle doit passer devant un collège de juges déjà convaincus par sa culpabilité. Elle est défendue par le grand orateur Hypéride qui, au demeurant, est son « compagnon » (hetairoi) du moment. Ce proche de Démosthène ne vient pourtant pas à bout de la résolution des juges. Ceux-ci n’en démordent pas : elle est coupable ! A court d’arguments et sentant bien l’impatience des bourreaux, Hypéride joue le tout pour le tout : d’un geste théâtral, il arrache la tunique de sa cliente pour livrer le corps de l’accusée à l’admiration des juges. Il s’exclame alors :

« Lequel d’entre vous oserait supprimer du monde celle qui a servi de modèle à l’immortelle Aphrodite de Cnide* ».


Un murmure monte. Tout ce petit monde est charmé : elle est finalement acquittée !   

Socrate était bien plus savant et intelligent… mais qu’il était laid ! Comme quoi la perfection corporelle vaut mieux – parfois - que mille discours !




* Statuaire demeurée célèbre car réalisée par Praxitèle et représentant Aphrodite à Cnide.  Elle est la première représentation connue de la nudité féminine dans la statuaire grecque

lundi 6 juillet 2015

Stanislas Leszczyński : Roi de Pologne, Duc de Lorraine et de Bar, beau-père de Louis XV


Stanislas est issu d’une importante famille de la noblesse polonaise. Il reçoit une éducation à la fois intellectuellement poussée prodiguée par les jésuites et physiquement rude. La noblesse polonaise souhaite endurcir le corps et l’esprit. A 21 ans, il épouse Catherine Opalinska, fille d’un grand aristocrate polonais. Le couple a deux filles Anne et Marie.

Un roi exilé
Au début du XVIIIe siècle, la Pologne d’Auguste II et la Russie de Pierre Ier sont en guerre contre la Suède de Charles XII. Les Suédois repoussent les Russes et envahissent la Pologne. Suite à la défaite de Fraustadt en 1706, Auguste II est obligé d’abdiquer. La diète se réunit et élit Stanislas au trône de Pologne. Stanislas Ier et Charles XII se connaissent et s’apprécient. En effet, Stanislas était l’ambassadeur de la Pologne auprès du roi suédois pour les négociations de paix. En 1709, l’armée suédoise est défaite à Poltava. Stanislas est chassé de son trône par Auguste II. Contraint à l’exil, il trouve refuge à la cour du sultan ottoman Ahmet III, également en guerre contre les Russes. Seulement, la guerre ne dure qu’un temps et la paix est signée. Stanislas ne se sent plus en sécurité à Istanbul. Il craint que le Sultan le livre aux Russes. Il quitte le pays.
En 1714, Charles XII donne à Stanislas le duché de Deux-Ponts en Allemagne. Loin des tumultes de la guerre et de la diplomatie, il s’adonne aux disciplines intellectuelles (sciences, littérature, musique, arts). Inspiré par l’architecture ottomane, il construit un palais baroque aux allures orientales. Il la baptise Tschifflick, ce qui signifie maison de plaisance en Turc. Sa fille Anne meurt. En 1718, son protecteur suédois décède à son tour. Les Leszczyński se réfugient chez le duc de Lorraine Léopold Ier, puis chez le baron de Wissembourg en Alsace, sur les terres du roi de France. Ils vivent en dessous de leur rang entourés de quelques fidèles. Stanislas s’ennuie et sa femme Catherine se languit des fastes de la cour de Pologne.

Mariage royal
A Versailles, il est prévu de marier le jeune roi Louis XV à une infante d’Espagne. Seulement, le mariage ne peut avoir lieu dans l’immédiat compte tenu de l’âge précoce de la future épouse. Elle n’a que six ans. L’inquiétude grandit, car le roi est de santé fragile et on craint qu’il meure sans descendance. Le conseil du 31 mars 1725 décide de renvoyer l’Infante à Madrid et de trouver une nouvelle épouse. Après d’âpres discussions, le conseil opte pour Marie Leszczynska. Elle présente l’avantage d’avoir 22 ans, d’être catholique et d’une haute lignée. De plus, ce choix ne fâchera aucune puissance européenne sur le plan diplomatique. La princesse polonaise s’empresse d’accepter la demande. Le mariage est célébré le 15 août 1725 dans la cathédrale de Strasbourg sans Louis XV. Ils se mettent en route pour Fontainebleau où le roi les rejoint enfin en octobre. Les relations de Stanislas avec son gendre sont cordiales, mais froides. Le roi de Pologne laisse donc sa fille à Versailles et s’installe au château de Chambord. Il chasse, façonne ses projets de bibliothèque et d’académie et s’adjuge les services du compositeur parisien Louis Homet.

Guerre de succession de Pologne
Le 1er février 1733, Auguste II meurt. La diète se divise entre les partisans d’Auguste, fils du défunt roi et ceux de Stanislas. La Russie et l’Empereur germanique soutiennent Auguste, tandis que la France soutient le beau-père du roi. Le cardinal de Fleury, Premier ministre de Louis XV, espère ainsi se débarrasser d’un hôte couteux pour les finances royales. Stanislas, peu enthousiaste à l’idée de devoir une nouvelle fois guerroyer pour son trône, accepte tout de même de se rendre à la diète. Craignant pour sa vie, il part secrètement de Brest par la mer, tandis qu’un sosie emprunte la route officielle à travers l’Empire germanique. Le 12 septembre, il est à nouveau élu roi de Pologne. Cependant, Auguste III et ses partisans contestent l’élection. Soutenus par l’armée russe, ils acculent Stanislas et ses Partisans dans Dantzig (Gdansk). Pour la forme, Louis XV se contente d’envoyer une petite flotte de 2.000 hommes pour secourir Stanislas. A peine a-t-il foulé des pieds la Pologne que le contingent est réduit à néant. Stanislas sait qu’il sera exécuté dès que la ville tombera. Le 27 juin, avec l’aide du chevalier de Béla, un espion français, il s’échappe déguisé en marchand et gagne le château de Königsberg où le roi de Prusse l’accueille. Sans adversaire, Auguste III se fait élire roi. Le 30 septembre 1737, Stanislas abdique officiellement.

Duc de Lorraine et de Bar
Tandis que Stanislas s’installe à Meudon, l’empereur Charles VI souhaite négocier la paix. La France lorgne sur les duchés de Lorraine et de Bar qui empêchent la jonction avec l’Alsace devenue française. Au final, ses duchés reviendront à la France à la mort du duc François III et en compensation son fils recevra le duché de Toscane.
Louis XV donne à Stanislas les duchés de Lorraine et de Bar, mais le contraint à signer une déclaration dans laquelle il s’engage à laisser l’administration des finances et des revenus au représentant du roi de France. De plus, l’intendant en charge de la police et de la justice devra recevoir l’approbation du roi. Ce dernier, Antoine-Martin Chaumont de la Galaizière, prend possession du duché au nom de Stanislas le 8 février 1737. L’accueil des Nancéiens est glacial et Stanislas préfère emménager à Lunéville. 
Le nouveau duc n’a pas beaucoup de pouvoir, mais jouit de revenus confortables. Aussi, il souhaite rayonner par la culture et l’architecture. Il réunit autour de lui de nombreux artistes et lettrés. Il fonde la Bibliothèque royale et l’Académie de Nancy, dont le but est de diffuser les connaissances et promouvoir la langue française. Il finance des écoles, des hôpitaux et des bibliothèques. Avec les conseils de Voltaire, il rédige plusieurs essais philosophiques et politiques tel que Le Combat de la volonté et de la raison et Entretien d’un Européen avec un insulaire du royaume de Dumocala. 

Stanislas embellit la ville de Nancy. En 1757, il inaugure la place Stanislas construite par l’architecte Emmanuel Héré. Elle réunit la vieille ville à la ville neuve. Des immeubles et des grilles dorées, œuvres de Jean Lamour, l’entourent. Une statue de Louis XV trône au centre jusqu’à la Révolution. En 1831, la ville installe à l’emplacement laissé vide une statue de Stanislas. Il finance également la construction de l’église Notre-Dame de Bonsecours, l’hôtel des Missions royales, les places d’Alliance et de la Carrière, la pépinière et les portes Saint-Stanislas et Sainte-Catherine.

Stanislas aménage plusieurs résidences royales, Commercy, La Malgrange, Jolivet, Einville, et surtout Lunéville. Emmanuel Héré et le duc ornent le château de kiosques aux architectures exotiques : un kiosque turc, le pavillon du Trèfle au toit en forme de chapeau chinois, des théâtres de verdures, des cascades et un rocher avec des automates. La renommée du château de Lunéville dépasse les frontières du duché. Il est surnommé le Versailles lorrain.

Le 5 février 1766, la robe de chambre du duc s’embrase au moment où il ravivait les braises de sa cheminée. Grièvement brûlé et déjà très malade, Stanislas meurt dans son château de Lunéville le 23 février à l’âge de 88 ans. Il est inhumé dans l’église Notre-Dame de Bonsecours à Nancy.


 Sources
Texte : ROSSINOT André, Stanislas : Le roi philosophe, La Flèche, Michel Lafon, 1999, 302p.
Image : http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0017/m502004_96de19414_p.jpg