samedi 30 janvier 2016

La bataille de Shiloh


Après la prise des forts Henry et Donelson par Grant, les portes du Tennessee s’ouvrent. L’objectif du général Halleck est la prise de la ville de Corinth, afin de contrôler les lignes ferroviaires et constituer une base arrière. Il attend que les troupes de Buell et Grant se rejoignent pour marcher sur Corinth avec 75.000 hommes.
L’Etat-major sudiste estime indispensable de défendre Corinth, zone des principaux axes ferroviaires dans la vallée du Mississippi. Cependant, Beauregard veut repousser les Yankees hors du Tennessee. Il apporte un renfort de 42.000 hommes à Johnston. Les deux généraux veulent frapper avant la jonction de Buell et Grant. Les troupes de Beauregard sont peu aguerries aux longues marches forcées. De plus, les chariots ralentissent le convoi. Les troupes arrivent sur place avec deux jours de retard. Beauregard craint que les Yankees aient opéré leur jonction. Johnston rétorque qu’il n’est plus temps de reculer. Le 5 avril 1862, il ordonne les préparatifs pour l’attaque d’un important camp avancé des Yankees, dressé dans une plaine entrecoupée de forêts et de cours d’eau, près de la petite église de Shiloh, mot hébreux signifiant « lieu de paix ». Son but est d'attaquer l'aile gauche de Grant pour séparer l'armée nordiste du soutien de ses canonnières et la repousser dans les marais où elle pourrait être détruite.
En effet, Buell et Grant se sont effectivement bien rejoints à Savannah à plusieurs kilomètres au nord de Shiloh. Cependant, ils n’ont pris aucune précaution particulière, ne s’attendant pas à trouver des Rebelles après les défaites récentes qu’ils ont subies. Aucune tranchée n’est creusée. Les postes de guet et les patrouilles sont insuffisants pour détecter des mouvements à plus de cent mètres. Les deux armées nordistes et sudistes sont de taille équivalente. Cependant les Confédérés ne disposent que de vieilles armes. De plus, ils ont peu d’expérience du combat, contrairement aux Nordistes qui ont combattu à Fort Donelson.

Le 6 avril 1862 à 6h du matin, les Sudistes s’approchent furtivement du camp avancé. Le jour n’est pas encore levé et la majorité des Nordistes dorment encore. Certains sont tués dans leur lit. La mêlée s’engage et devient rapidement confuse. L’officier nordiste préfère se rendre pour éviter un bain de sang. Cependant, l’attaque, mal coordonnée, se réduisit à une simple charge frontale menée par une formation linéaire manquant de profondeur et de réserves pour progresser et occuper de manière efficace le terrain.
A 9h, Grant aperçoit des fuyards qui l’informent de la situation. Sans plus tarder, il ordonne le branle-bas de combat. Au front, le général William Sherman galvanise les troupes et organise les lignes défensives. Sa division, bien que subissant de lourdes pertes, parvient à contenir les Sudistes sur l’aile droite. Grant ordonne à Lew Wallace, le futur auteur de Ben-Hur, de mener son unité pour soutenir Sherman. Wallace emprunte un chemin différent de celui prévu. Lorsqu'il arrive sur place, il découvre que Sherman non seulement n’est plus là, mais qu’il se trouve derrière les lignes confédérées. Il décide de rejoindre sa position initiale pour retourner sur la zone des combats.
Le terrain boisé se situe dans une zone de rivières empêchant les grandes manœuvres. Les combats se font au corps à corps dans des espaces restreints. La progression sudiste est lente. Vers 14h30, Johnston est touché à la jambe. Considérant la blessure comme insignifiante, il ordonne à son médecin personnel de retourner s’occuper des autres soldats blessés. Une heure plus tard, il perd connaissance. Il est rapatrié vers l’arrière et décède suite à une hémorragie.
Les Sudistes ont repoussé les flancs de l’armée nordiste de trois kilomètres. Au milieu, la division nordiste du général Benjamin Prentiss constitue un noyau de résistance. Il faut un feu nourri d’artillerie pour les pousser à se rendre vers 17h30. Ce temps a permis à Grant de réorganiser sa ligne de défense et de faire monter des renforts sur la zone des combats, notamment les troupes de Wallace qui arrivent enfin. La nuit tombe sur les 40.000 Nordistes et 25.000 Sudistes toujours vivants. Les fortes pluies et les râles des agonisants ne permettent pas aux combattants de récupérer.
Le 7 avril à l’aube sous une pluie battante, Grant ordonne l’attaque. Vers midi à la suite d’âpres combats, il reprend le terrain perdu la veille. Refoulés de partout, les Sudistes perdent confiance. Beauregard réalise que ses troupes sont à court de munitions et que les pertes sont déjà élevées. Elles s’élèvent à près de la moitié, morts, blessés et prisonniers compris. Vers 14h30, il se replie derrière l’église de Shiloh et ordonne la retraite pour éviter d’être anéantis. Ses troupes rejoignent Corinth. Les Nordistes sont trop harassés pour les poursuivre. Le lendemain, Grant envoie Sherman en éclaireur le long de la route de Corinth. A dix kilomètres au Sud, il découvre un camp de blessés sudistes protégés par la cavalerie de Nathan Forrest. Une brève, mais violente escarmouche se produit, dans laquelle Sherman manque d’être capturé et Forrest tué. Les Sudistes s’enfuient en laissant leurs blessés sur place.

Shiloh est l’une des batailles les plus violentes de la guerre. Elle mit hors d’état 24.000 hommes pour les deux côtés (3.400 morts, 16.000 blessés et 3.000 disparus). Etant la première, elle a traumatisé les hommes qui l’ont vécue, aussi bien les soldats que les officiers. A l’époque, personne ne pouvait songer qu’il y en aurait d’autres aussi sanglantes. L'église originale ayant été détruite lors de la bataille, le bâtiment actuel est une réplique érigée en 2003.
Pour la Confédération, la mort d’Albert Johnston est une tragédie. Jefferson Davis le considérait comme son meilleur général. Il est l’officier le plus gradé à mourir au combat durant la Guerre de Sécession. Beauregard se replie vers Corinth, mais il ne défend pas la ville préférant continuer de se retirer. La ville tombe le 10 juin 1862. Cette décision lui coûte son commandement de l'armée du Mississippi et est remplacé par Braxton Bragg.
Côté nordiste, Grant est rendu responsable du nombre élevé de morts à Shiloh. Son penchant pour l’alcool revient sur le devant de la scène. Les journaux rapportent que le général aurait été ivre durant la bataille. Ils encensent la bravoure de Sherman et Buell et demandent le renvoi de Grant. Lincoln balaie toutes les critiques en répondant : « Je ne peux me passer de cet homme. Il se bat lui. » Sans nul doute une référence au général McClellan refusant de mettre en marche l’armée du Potomac.

Sources
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013

mardi 19 janvier 2016

L’ouverture à l’Ouest : les batailles des forts Henry et Donelson


Les forces fédérales de l’Ouest sont divisées en trois : l’armée du Kansas commandée par David Hunter, l’armée du Missouri commandée par Henry Walleck et l’armée de l’Ohio commandée par Carlos Buell. Pour le Sud, le général Albert Johnston commande toute la ligne défensive Ouest. Cependant, ses forces son très étendues, afin de prévenir toute tentative d’invasion du Tennessee. Son flanc gauche se situe à Columbus avec Leonidas Polk et ses 12.000 hommes, tandis que son flanc droit se situe à Bowling Creek avec Simon Bruckner et ses 4.000 hommes. Tandis que Buell avance en direction de Nashville, Halleck approuve le plan d’attaque de son second Ulysse Grant d’agir rapidement avant l’arrivée des troupes de Beauregard. Le 2 février 1862, Grant quitte Cairo dans l’Illinois avec 17.000 hommes et une flottille de sept canonnières commandée par Andrew Foote.

En mai 1861, le général Daniel Donelson est chargé de fortifier les cours d’eau du Tennessee. Les sites les plus propices se trouvant dans le Kentucky, un Etat neutre, le général jette son dévolu sur la rive gauche du fleuve Cumberland. Il y fait bâtir un fort, qui portera son nom, verrouillant ainsi la route vers Nashville. Il est construit sur un promontoire d’une trentaine de mètres de hauteur, ce qui lui permet d’être à l’abri des inondations et d’effectuer des tirs plongeants sur les navires approchant. Des tranchées et des canons assurent la défense terrestre du fort. Le général John Floyd dirige le fort. Il est secondé par Simon Bruckner et Gideon Pillow.
A une vingtaine de kilomètres plus à l’Est, Donelson édifie un second fort parallèle au premier sur la rive droite du fleuve Tennessee. Ainsi, les deux garnisons peuvent s’aider mutuellement. Le fort Henry est conçu pour arrêter le trafic fluvial. En ce sens, les Confédérés installent des mines flottantes dans le chenal de navigation, une première dans l’histoire militaire. Le fort, en forme de pentagone, couvre quatre hectares. Il est construit sur des terres basses et marécageuses, dominées par des collines. Ses murs mesurent trois mètres de hauteur pour une épaisseur de six.

Grant considère fort Henry comme un point faible à juste titre. Le fort n’est pas capable de repousser un véritable assaut d’infanterie. De plus, en février 1862, de fortes pluies ont fait monter le niveau du fleuve engloutissant une partie du fort et déplacent les mines flottantes.
Le 4 février 1862, Grant déploie ses divisions en deux points différents : la moitié sur la rive du Tennessee pour empêcher la garnison de s’échapper et l’autre à l’assaut du fortin Heiman sur l’autre rive, qui est pris sans difficulté. Le lendemain, le général Llyod Tilghman, conscient qu’il ne peut tenir le fort avec seulement 4.000 hommes, décide d’évacuer le gros de ses troupes vers le fort Donelson. La cavalerie nordiste les poursuit, mais l’état déplorable des routes empêche un résultat concluant. Le 7 février, la flottille de Foote bombarde le fort. La position basse du fort engendrée par les inondations, permet aux cuirassés d’être en partie à l’abri des tirs ennemis. Seul l’USS Essex est détruit causant la mort de 32 hommes. Au bout d’une heure d’affrontement, Tilghman se rend. Le site est à ce point inondé, que des barques nordistes viennent à l’intérieur du fort chercher les 94 prisonniers.
Grant télégraphie à Halleck : « Fort Henry est à nous. Je vais prendre fort Donelson et le détruire. ». Tilghman dira plus tard que fort Henry, avant l’assaut, « se trouvait dans une situation pitoyable sans équivalent dans l’histoire militaire. ». Pour preuve, le 8 février les eaux du Tennessee le recouvrent complètement. Ce détail n’empêche pas la presse nordiste de célébrer cette victoire importante.

Le 12 février, Grant se remet en route. Les Nordistes essuient quelques escarmouches contre les cavaliers du commandant Nathan Forrest. Celles-ci n’ont aucune incidence puisque le soir, Grant déploie ses unités de part et d’autres du fort et attend les canonnières de Foote, qui remontent le fleuve devant arriver le lendemain dans la journée. La météo s’aggrave et la neige se met à tomber.
Le 14 février, Grant ordonne l’assaut. Il emploie la même stratégie qu’au fort Henry. Foote commet l’erreur d’approcher trop près ses canonnières. Les tirs passent au-dessus du fort, tandis que les Sudistes causent d’importants dommages.
Le lendemain, les Sudistes tentent une sortie pour rejoindre Nashville. Dans la matinée, les Confédérés parviennent à bout de leurs ennemis fatigués par le revers de la veille et le manque de sommeil. Les Nordistes ont passé la nuit sous la neige sans réels abris. De plus, Grant discute avec Foote et a donné l’ordre à ses officiers de ne rien entreprendre. Ses hommes, laissés dans l’expectative, reculent de quelques kilomètres avant de stabiliser leurs lignes. A 13 heures, Grant ordonne la contre-attaque. Floyd considère qu’il est plus sage de regagner le fort, les pertes étant jugées trop importantes. Durant la nuit, Floyd et Pillow profitent de l’obscurité pour fuir avec 1.500 hommes. De son côté, Bruckner favorise la fuite de Nathan Forrest avec ses 700 cavaliers. Bruckner sait qu’il ne pourra pas résister à un nouvel assaut.
Le 16 février, Bruckner négocie un armistice. Grant ne l’entend pas de cette oreille, car il ne mène pas une guerre, mais mate une rébellion. Pour lui, seule une capitulation sans condition est acceptable. Sa réponse est sans appel : « Aucune condition autre qu'une capitulation sans condition et immédiate ne saurait être acceptée. Je me propose d'occuper immédiatement vos positions... ». Cette phrase lui vaut son surnom de « Unconditionnal Surrender » (capitulation sans condition), jeu de mot avec les initiales de ses prénoms, US.

Après la capitulation du fort Donelson, Lincoln promeut Grant au grade de général de division. Son nom est dans tous les journaux. Le Nord se rend maitre de la rive gauche du Tennessee permettant l’accès au reste de l’Etat, de l’Alabama et du Mississippi. Les Sudistes reculent. Ils ont perdu un tiers de leurs effectifs. De plus, ils se retrouvent séparés en deux parties distantes de 300 km avec l’armée de Grant au milieu. Buell marche vers Nashville et s’empare de la ville le 23 février. C’est une capitale d’un Etat confédéré et un centre industriel important qui tombe. Quelques jours plus tard, Pope prend Columbus délaissée par l’armée rebelle. Cette ville, surnommée le Gibraltar du Mississippi était le verrou protégeant Memphis. Le Kentucky et une partie du Tennessee passent dans le giron de l’Union, qui coupe en deux le territoire de la Confédération et s’empare de la navigation sur le Mississippi.

SOURCES
Textes :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013

mardi 12 janvier 2016

McClellan réorganise l’armée fédérale


La défaite de Bull Run sème la panique dans l’Union. Les habitants de Washington pensent que les rebelles envahiront bientôt leurs rues. En réalité, même si les Confédérés ont progressé vers le Nord, ils n’ont pas les moyens de poursuivre sur leur lancée. L’administration Lincoln n’a plus qu’un seul objectif : écarter toute menace d’invasion et porter la guerre sur le territoire de la Confédération.

Lincoln, avec l’accord du général Scott, le chef des armées de l’Union, demande au général George McClellan de venir à Washington. Ce dernier se trouve en Virginie-Occidentale. Bien que mineures, celui-ci a remporté les seules victoires du Nord. George McClellan est issu d’une famille bourgeoise de Philadelphie. Il intègre West Point en 1842. C’est un élève énergique, ambitieux et passionné de stratégie. A sa sortie, il rejoint le corps des ingénieurs, puis participe à la guerre du Mexique, à des travaux de forts et des explorations en Alaska. Lors de la guerre de Crimée, il rejoint l’armée française en tant qu’observateur. A son retour, il rédige un manuel de cavalerie qui fait autorité. En 1857, il quitte l’armée pour devenir ingénieur dans les chemins de fer, puis président d’une compagnie ferroviaire. Parallèlement, il s’engage en politique du côté des démocrates. Au début de la guerre, il reçoit le grade de général et commande les troupes de l’Ohio. Il est envoyé sur le front de Virginie-Occidentale et remporte les premières batailles de l’Union.
McClellan voyage par train spécial jusqu’à Washington. A la gare, la foule se presse pour l’acclamer. Le 26 juillet 1861, Lincoln lui confie le commandement de l’armée du Potomac, la principale force militaire de l’Union, tirant son nom du fleuve passant à proximité de Washington. Elle est composée des unités de défense du District de Columbia et de plusieurs unités de Virginie venues avec McClellan. Le général devient l’homme providentiel, le héros de toute une nation, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Il écrit à sa femme Ellen : « Je me retrouvais là dans une situation étrange et inédite : le Président, le Cabinet, le Général Scott et tous les autres me montraient de la déférence (…), on aurait dit que j'étais devenu le pouvoir du pays (...) J'en arrive presque à penser qu'avec une victoire de plus, j'aurais pu devenir dictateur (…) ».
McClellan refuse de partager les détails de ses troupes et de sa stratégie. Il craint que les informations fuitent dans la presse et que l’ennemi en ait connaissance. De plus, à cause de ses sympathies pour le camp démocrate, il n’a confiance en personne dans l'administration et surtout pas dans le général Scott, avec lequel il est en désaccord sur la stratégie à conduire pour remporter la victoire. Le 10 août 1861, il écrit à sa femme : « Le général Scott est le grand obstacle. (…) C’est soit un incompétent soit un traitre ». Le 1er novembre, Lincoln accepte la démission de Scott qui, trop vieux pour remplir cette fonction, ne supporte plus le caractère et l’attitude de McClellan. Celui-ci surnommé le jeune Napoléon devient le général en chef des forces de l’Union en plus du commandant en chef de l’armée du Potomac.

La tâche de McClellan est de doter le Nord d’une armée digne de ses ambitions. En effet, l'armée fédérale est minuscule, car les Etats préfèrent créer leurs propres milices composées de volontaires. L'infanterie compte 17 régiments (un régiment regroupe environ 2500 hommes). La cavalerie totalise 5 régiments. L’artillerie compte 2280 canons, dont la plupart se trouve dans les forts. Seules 300 pièces sont mobilisables dans l’instant. L’Etat-major du Nord est réduit. Les officiers sont envoyés chez les volontaires pour améliorer la formation des recrues au détriment de l’encadrement des réguliers. De plus, de nombreux officiers se sont rangés du côté de la Confédération, car la plupart des écoles militaires se situent dans le Sud. Au début du conflit, Lincoln appelle 75.000 miliciens pour une durée de trois mois. Ajoutés aux troupes régulières, l'armée fédérale aligne 90.000 hommes. Le président retarde la mobilisation, afin de ne pas passer pour l’agresseur. Néanmoins dès le mois de mai 1861, il demande 42.000 volontaires supplémentaires et 18.000 marins et autorise la mobilisation d'un million d'hommes. Ainsi, l'armée du Potomac passe de 50.000 à 168.000 hommes et devient la plus importante unité militaire de son temps. De son côté, McClellan fait construire 48 forts autour de Washington pour en assurer la défense.
Après la défaite de Bull Run, les troupes sont dans un état de délabrement complet. Le moral est au plus bas. L’organisation est inexistante et les hommes sont juste des civils équipés de fusils. McClellan améliore l’entraînement des hommes pour en faire de véritables soldats. Il est très souvent sur le terrain au contact de ses hommes, ce qui contribue à améliorer le moral des troupes et à susciter l’admiration. Ses hommes le surnomment affectueusement « Little Mac ». Sa popularité auprès des soldats ne se ternira jamais durant toute la durée du conflit. Son nom est indissociable de celui de l’armée du Potomac.

Cependant, l’armée du Potomac n’est jamais assez prête pour McClellan. Il trouve toujours une excuse plus ou moins fondée : supériorité numérique de l’ennemi, approvisionnements pas encore totalement distribués aux unités ou son état de santé. Il est toujours persuadé que les Confédérés possèdent un nombre d’hommes beaucoup plus élevé. Malgré les renseignements fournis par le détective Allan Pinkerton son chef des services secrets, il surestime systématiquement son adversaire. Par exemple à l’automne, les forces confédérées comptent entre 35 et 60.0000 hommes en Virginie contre 122.000 pour l’armée du Potomac. La crainte de l’échec est aussi grande que l’ego de McClellan. L’inaction de l’armée du Potomac énerve la population et le gouvernement, qui ne supporte plus la présence des Sudistes à proximité de Washington. La popularité de McClellan en prend un coup, surtout après l’incident du canon factice. A la fin du mois de septembre, les Sudistes évacuent un avant-poste d’artillerie établi sur Munson’s Hill, une hauteur surplombant le Potomac. McClellan n’a pas attaqué cette position craignant la puissance de feu de la pièce d’artillerie qui s’y trouvait. Dès que les Nordistes prennent position du poste laissé à l’abandon, ils découvrent que les canons sont en fait des troncs d’arbres taillés et peints.
McClellan décide finalement de mettre en mouvement son armée. Il ordonne au général Charles Stone de prendre le contrôle de Leesburg en Virginie sur les rives Potomac tenues par le général Nathan Evans. L’affrontement se déroule sur l’île de Ball’s Bluff le 21 octobre 1861. Il s’agit d’une défaite pour le Nord qui perd près de 1000 hommes (tués, blessés ou disparus). Parmi les morts se trouve le colonel Edward Baker, sénateur de Californie et ami proche de Lincoln. Cette défaite n’a aucun impact d’un point de vue militaire, mais elle a un grand retentissement politique. Certains accusent les démocrates, dont McClellan de comploter avec le Sud. Le Congrès instaure une Commission d’enquête chargée de comprendre les raisons des défaites de Bull Run et de Ball’s Bluff. Accusé de trahison, le général Stone est incarcéré au fort de Lafayette jusqu’en septembre 1862. Entretemps, les Nordistes remportent la bataille de Dranesville en Virginie le 20 décembre 1861. Il ne s’agit que d’un engagement mineur dû à des déplacements de troupes.

A la fin de l’année 1861, la situation sur le front virginien est bloquée. Les milieux politiques, ainsi que la population s’angoissent et s’énervent. L’armée fédérale ne fait rien pour détruire la rébellion. De plus, le temps semble jouer en faveur de la Confédération tant du point de vue militaire que diplomatique. Lincoln se fait l’écho de la frustration du Nord en déclarant : « Si le général McClellan ne compte pas se servir de l'armée, je souhaiterais la lui emprunter pour un temps ». En effet, George McClellan est un formidable organisateur, qui a mis sur pied la machine de guerre la plus impressionnante de l’histoire des Etats-Unis du XIXe siècle. Il faut maintenant trouver l’homme capable de l’utiliser.

Source
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- DOOM Logan, « McClellan prépare l’armée du Potomac », 21 avril 2013 : https://laguerredesecession.wordpress.com/2013/04/21/506/
Image : wikipédia
De gauche à droite : le général George W. Morell, le lieutenant-colonel A.V. Colburn, le général McClellan, lieutenant-colonnel N.B. Sweitzer, le Prince de Joinville, et le Comte de Paris.

Des rondins de bois peints en noir pour ressembler à des canons et ainsi tromper l'ennemi, dans les anciennes fortifications confédérées à Manassas Junction.