jeudi 31 mars 2016

La mort de Staline




Le 5 mars 1953, Satline meurt d’une hémorragie cérébrale. Trois témoins racontent la fin du dirigeant de l’URSS : sa fille Svetlana Allilouïeva, Nikita Khrouchtchev, et Alexandre Rybine le garde du corps. Les témoignages diffèrent sur la chronologie des évènements. Seules certitudes : le dictateur a fait un malaise et le personnel a mis du temps à intervenir, car personne ne peut entrer dans les appartements privés sans y être convié. Ses proches collaborateurs montrent peu d’empressement à lui porter secours. Il est plausible que certains d’entre eux se réjouissent de la mort d’un homme tyrannique, paranoïaque et imprévisible qui les soupçonne de plus en plus. Ils en ont assez de vivre dans la peur et aspirent à exercer le pouvoir tranquillement.

L’annonce de la mort de Staline semble causer un grand désarroi dans le peuple. Depuis 1945, ce dernier jouit du prestige de la victoire de Stalingrad et de la prise de Berlin. Malgré les difficultés de la reconstruction, la misère des campagnes et la surveillance de la police politique, le dirigeant de l’URSS peut se targuer d’une cote de popularité favorable auprès du peuple. Les Russes, conformes à leur ancienne tradition impérialiste, écrivent au dirigeant suprême pour lui demander de l’aide ou la réparation d’une injustice.
Des rumeurs prétendent que des médecins juifs l’ont empoisonné. Deux mois auparavant, le complot des blouses blanches éclate, dans lequel, des médecins juifs sont accusés d’empoisonner les dirigeants soviétiques. Avec la mort de Staline, l’intégrité du pays parait menacée. Le peuple redoute une nouvelle guerre civile, risquant de déboucher sur la dislocation de l’URSS et la supériorité des Etats-Unis.

Dès le 5 mars, les membres du Comité central du parti et les membres du gouvernement se réunissent. Malenkov reçoit la présidence du Conseil des ministres et la direction du secrétariat du Comité central. Beria reçoit le ministère de l’Intérieur, Molotov les Affaires étrangères, tandis que Khrouchtchev doit se contenter de la seconde place au secrétariat du Comité central. Cette répartition est très vite contestée. Malenkov laisse à Khrouchtchev le secrétariat du Comité central. Beria mène de grandes réformes en très peu de temps. De son côté, Khrouchtchev persuade le Praesidium (l’autorité suprême de l’URSS) que Beria veut démembrer l’Union Soviétique et instaurer le capitalisme. Beria est arrêté le 26 juin. Le 10 juillet, le Comité central instruit un dossier pour espionnage au profit d’une puissance étrangère et complot contre l’Etat. Jugé, il est condamné à la peine de mort et exécuté, laissant le champ libre à Khrouchtchev.
Dès 1953, les dirigeants impulsent la déstalinisation de l’URSS. Le nom de Staline est de moins en moins cité par la presse. A l’occasion de la célébration de la victoire de mai 1945, il est interdit d’afficher le portrait des dirigeants pendant les manifestations publiques. Un grand nombre de prisonniers politiques sont relâchés. Les médecins de l’affaire des blouses blanches sont relaxés. Le 29 juin 1953, le comité central du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS), répudie solennellement le culte de la personnalité.
En février 1956, le XXe Congrès du PCUS s’ouvre sur le discours du Mikoïan. Cet ancien fidèle de Staline critique la politique de l’ancien dirigeant. Ensuite, arrive le rapport Khrouchtchev qui dénonce la tyrannie criminelle, la répression massive, les arrestations, les déportations, les exécutions et les procès truqués. Les statues à l'effigie de Staline sont démontées. La ville de Stalingrad est rebaptisée Volgograd. En 1961, le corps de l’ancien dirigeant est retiré du mausolée sur la place rouge pour être enterré près du Kremlin.


En France, l’opinion publique est partagée, à l’image de la presse. Le Monde parle du fascisme rouge et du fossoyeur des libertés humaines. De son côté, l’Humanité ne tarit pas d’éloges sur l’artisan de la victoire, du socialisme et de la paix. Les Français sont impressionnés par la puissance soviétique et l’efficacité de son économie planifiée. Cette dernière est tronquée par une méconnaissance du pays et des statistiques officielles faussées. Néanmoins, l’opinion publique n’apprécie pas l’intervention soviétique en Indochine contre les forces françaises et en Corée. De plus, la France fait partie de l’OTAN sous l’égide des Etats-Unis.
Le Président Vincent Auriol envoie un simple message de sympathie au Praesidium eu égard au rôle de l’armée rouge dans la victoire sur l’Allemagne. Le président de l’Assemblée nationale, Edouard Herriot, prononce un éloge funèbre avant que les députés respectent une minute de silence. Le Sénat ne fait rien, malgré la demande des sénateurs communistes.

Staline est l’homme politique qui a le plus pesé sur le XXe siècle. Il a participé au pouvoir de 1917 à 1953. Il a imposé au monde communiste un régime qui lui a survécu plus de quarante ans. Il a hissé l’Union Soviétique au rang de superpuissance mondiale et de modèle idéologique et politique. Son système politique se fonde sur l’abolition de la propriété privé, sur une économie administrée, sur la terreur, la propagande, les déportations et les exécutions.
Avec la mort de Staline, l’URSS passe d’un régime totalitaire autour de la figure d’un guide à un régime autocratique centré sur le parti et les institutions qui durent au-delà des personnalités.


Sources
Texte : « Staline : les derniers jours du tyran », Historia, n°273, février 2003, pp31-50.
Image : lecourrierderussie.com

vendredi 18 mars 2016

L'Atlantide entre récit politique et légende



La création du mythe
Au -IVe siècle dans le Critias et dans le Timée, Platon décrit l’Atlantide, une fédération de cité-Etats, située sur une gigantesque île dans l’Océan Atlantique au-delà des colonnes d’Hercule (Détroit de Gibraltar). L’île est sous la protection de Poséidon, dont le fils Atlas est couronné roi. Le sous-sol contient tous les métaux. La nature environnante offre une nourriture abondante. Les cultures sont irriguées par un système de canaux concentriques formant plusieurs îlots. L’île du centre abrite l’Acropole et le temple de Poséidon recouvert d’or, d’argent et d’ivoire.
Pour créer son mythe, Platon a puisé dans de nombreux récits. Pour donner plus de crédibilité à son récit, il utilise des passages des œuvres historiques d’Hérodote et de Thucydide. La guerre entre Athènes et l’Atlantide fait penser aux Guerres médiques. La description de la ville ressemble à celle de Babylone avec ses immenses murailles et portes. Platon a également exploité les évènements naturels qui se sont déroulés. La disparition de l’Atlantide fait songer à l’explosion du volcan ayant englouti une partie de l’île de Santorin vers -1450. Néanmoins, c’est sans doute plus le tremblement de terre à Hélice en -373, contemporain de Platon, qui l’a inspiré. La cité, située sur le golfe de Corinthe, disparait sous les eaux en une nuit. Enfin, il puise dans la mythologie, comme les luttes entre Poséidon et Athéna et la théorie des âges d’Hésiode.

Le miroir d’Athènes
Platon met en garde ses concitoyens sur leur avenir, à savoir la chute inéluctable d’une cité démocratique et belliciste. Dans son récit, Athènes est en guerre contre l’Atlantide, cette superpuissance maritime pervertie par la richesse, le commerce et le goût du pouvoir. La fin tragique de l’Atlantide peut se reproduire si les Athéniens continuent d’offusquer les dieux en poursuivant leur politique impérialiste. Au –IVe siècle, Athènes possède la flotte la plus puissante du monde égéen. Elle fédère autour d’elle les cités grecques dans la ligue athénienne.
Platon est un aristocrate qui condamne la démocratie. Ce système repose sur un mensonge en prétendant que n’importe quel citoyen peut s’occuper des affaires publiques. La démocratie engendre démagogie, impiété et désunion. Seuls les aristocrates peuvent gouverner, car ils possèdent en eux le savoir. Or ce savoir n’est pas inné, il s’acquiert par une solide éducation prodiguée par les philosophes.
Platon est hostile au parti démocratique favorable à la politique d’enrichissement et de contrôle de la mer. Le philosophe rejette ce qui vient de la mer. Pour lui, les ports sont des lieux où se croisent des gens de toutes origines et de mœurs mercantiles. C’est un lieu de corruption morale. Au départ, Athènes est une cité sans port, tournée vers l’agriculture et donc régie par des lois morales et rigoureuses.

L’Atlantide à travers les âges
Malgré les efforts de Platon pour faire paraitre son récit comme historique, peu de ses contemporains le prennent comme authentique. Les Romains le mentionnent sans s’attarder sur le sujet. Avec la chute de l’empire, l’Atlantide sombre réellement, mais dans l’oubli cette fois. Les intellectuels du Moyen Age n’en parlent pas.
En 1485, l’Italien Marcile Fircin traduit le Critias en latin et le fait publier. Avec la découverte de l’Amérique, les Européens pensent pouvoir retrouver ce continent perdu. Certains pensent que les Amérindiens sont les descendants des Atlantes, qui ont fui la disparition de l’île. Le conquistador Francisco Lopez remarque que le mot eau se dit « atl » en aztèque, les trois premières lettres d’Atlantide.
Au XVIIe siècle, il apparait évident que l’Amérique est trop vaste pour être l’Atlantide. Au  siècle suivant, les philosophes des Lumières ont d’autres préoccupations plus sérieuses. En 1779, Guiseppe Bartoli, professeur de grec, étudient les textes originaux de Platon. Sa conclusion est simple : l’Atlantide n’est rien d’autre qu’Athènes. Le mythe est balayé vers les milieux ésotériques et dans la fiction.
Au tournant des XIX et XXe siècles, les nouvelles connaissances en géologie et en paléontologie prouvent que la Terre est plus ancienne qu’on le pensait. Les continents ont bougé. Des terres ont disparu. Des civilisations ont peut-être disparu. Le géologue français Pierre Termier explore les Açores et conclut que l’Atlantide aurait pu être engloutie par une éruption volcanique. Après la Seconde Guerre mondiale, l’archéologue grec Spyridon Marinatos fouille les vestiges d’Akrotiri à Santorin. La cité de culture minoenne a été détruite par l’éruption d’un volcan. Seulement, les vestiges retrouvés ne correspondent pas aux descriptions de Platon, sans parler de la localisation. A la fin des années 1980, Zdenek Kikal dresse le bilan des recherches et conclut à l’absence de toutes traces de l’Atlantide.

Sources
Texte : « Le rêve de Platon, l’Atlantide : une quête sans fin », Les Cahiers de Sciences et vie, n°159, février 2016, pp26 à 75.

lundi 7 mars 2016

Le règne d'Henri VIII d'Angleterre



En 1508, Henri VIII, âgé de 17 ans, monte sur le trône d’Angleterre. C’est un jeune homme plein d’énergie, intelligent, grand amateur de sport et passionné par la musique et les sciences.

Les nobles constituent l’essentiel de la cour. Propriétaires terriens, ils sont les plus aptes à conseiller le souverain de par leur naissance. Ayant encore une vision féodale de la monarchie, ils considèrent le roi comme le premier parmi ses pairs. De son côté, le souverain se considère sans égal. Aussi, autant par égo que par volonté politique, il interdit que les membres de la cour l’appellent « Sire » et impose le mot « Majesté ».
Henri VIII insiste sur le fait qu’il est le roi, car la branche des Tudor n’est pas la seule à pouvoir revendiquer la couronne. En effet, les Tudor ont accédé au trône à l’issue de la guerre civile des deux roses. Henri VIII vit dans la peur constante d’un complot. Dès qu’il soupçonne une tentative visant à le renverser, il agit en conséquence sans attendre les preuves. Ainsi en 1521, il fait exécuter le duc de Buckingham. Cette méfiance vis-à-vis de l’aristocratie permet à la bourgeoisie de s’installer à la cour et d’être présente dans l’entourage du souverain.
Henri VIII n’aime pas administrer. C’est une tâche bien trop ennuyeuse pour un jeune homme. Il délègue tout au cardinal Thomas Wolsey et part à la chasse. Le cardinal est secondé par Thomas Cromwell, issu de la bourgeoisie. Le roi récompense très gracieusement ses bons serviteurs. Avec l’argent accumulé, le cardinal fait bâtir en 1521 le château d’Hampton Court, le plus luxueux d’Angleterre. La présence de Wolsey et de Cromwell à la cour ne plait pas à la noblesse, qui se voit enlever ses prérogatives.

En 1529, Henri VIII tombe amoureux d’Anne Boleyn. La jeune femme est belle, intelligente et ne manque pas d’ambition. Elle ose se refuser au roi. S’il la veut, il n’a qu’à la faire reine. Anne Boleyn avance les bons arguments pour faire mouche. L’épouse d’Henri VIII, Catherine d’Aragon, ne lui a pas donné d’héritier et elle ne sera bientôt plus en âge de procréer. Anne promet au roi de lui donner le fils qu’il attend pour consolider son pouvoir. Seulement, si Anne doit devenir reine, Henri doit l’épouser et pour ce faire, il doit divorcer. Or seul le Pape peut proclamer un divorce. Le roi envoie Wolsey à Rome pour négocier. Clément VII n’accède pas à la requête du roi d’Angleterre. Anne est furieuse. Elle persuade le roi que Wosley a fait échouer le projet. Aidée par la noblesse, elle le décrédibilise aux yeux du roi. Le cardinal tente de recouvrer les bonnes grâces d’Henri VIII en lui donnant son château. Rien n’y fait. Il est arrêté pour trahison et meurt en prison des suites d’une maladie.
Henri VIII utilise les mouvements de réformes religieuses pour contester l’autorité du Pape. La Réforme lui permettrait de devenir le chef de l’Eglise et de s’accorder le divorce. Néanmoins, il ne peut agir sans risquer de déclencher une guerre civile dans un pays catholique. Il s’appuie sur Cromwell, qui pense que la Réforme permettra d’abolir les barrières sociales et de favoriser l’ascension de la bourgeoisie. Ce dernier rappelle à la chambre des communes que le roi a toujours eu la prérogative en matière spirituelle sur le royaume, mais que cette coutume a sombré dans l’oubli. Par d’habiles manœuvres politiques, il rallie la chambre à sa cause. Maintenant, Henri VIII a le soutien de son peuple et peut agir. Il rompt avec Rome et fonde l’église anglicane dont il est le chef. Le voilà schismatique et il n’hésite pas à faire taire dans le sang tout mouvement de contestation. Le roi s’approprie les biens des monastères pour renflouer les caisses de l’Etat en revendant les domaines à des bourgeois. La noblesse fulmine de voir les bourgeois acquérir les mêmes caractéristiques qu’elle.  
Après trois années de mariage, Anne Boleyn tombe en disgrâce. Elle n’a donné au roi qu’une fille, la future Elizabeth Ière. Henri VIII se demande s’il n’a pas fait une grave erreur en rompant avec Rome. Les troubles du royaume, ses maladies et l’absence d’héritier mâle ne sont-ils pas les preuves de la colère divine ? Cromwell profite de la faiblesse d’Anne Boleyn pour se débarrasser de la femme qui a contribué à la chute de son ami Wolsey. Il fait arrêter des courtisans accusés d’être les amants de la reine. Cette affaire de mœurs salit la réputation de la reine. Elle est arrêtée puis exécutée pour trahison le 14 mai 1536. Henri VIII ne veut plus entendre parler de cette hérétique qui a conduit le royaume à sa perte.


Quelques semaines plus tard, Henri VIII épouse Jane Seymour une ancienne dame d’honneur d’Anne Boleyn. Le roi grossit de plus en plus. Il mange toujours autant, mais n’a plus guère d’activités physiques, notamment à cause d’un problème aux jambes. En 1537, Jane Seymour meurt en accouchant d’un fils, le futur Edouard VI.
Cromwell suggère au roi d’épouser Anne de Clèves, une princesse allemande protestante. Le mariage est célébré sans que les époux ne se soient vus. Lorsque le roi rencontre sa nouvelle femme pour la première fois, le courant ne passe absolument pas. Il la trouve laide et inintéressante. Il est furieux contre son conseiller et annule ce mariage non consommé. Le duc de Norfolk sent que le moment est bien choisi pour se débarrasser de Cromwell. Il pousse dans les bras du roi sa nièce Catherine Howard. Le 10 juin 1540, Cromwell est arrêté pour trahison et exécuté le 28 juillet. Le même jour, Henri VIII épouse Catherine et le duc de Norfolk succède à Cromwell. L’aristocratie retrouve enfin la place qui lui incombe. En 1541, le roi découvre que sa femme entretient une liaison extra conjugale. Les deux amants sont exécutés. Malgré cette affaire, le duc de Norfolk conserve sa place. Le roi, en pleine guerre contre la France, a besoin d’un militaire expérimenté pour le conseiller. La guerre ne tourne pas à l’avantage de l’Angleterre et ruine le royaume. Cet échec militaire irrite le roi. Il se sent humilié. Une nouvelle fois, Dieu le punit. Henri VIII renoue avec le catholicisme. Seulement la situation a changé. La cour est divisée. Des nobles se sont convertis à la Réforme et la nouvelle reine Catherine Parre est protestante. Le peuple s’est également converti pour satisfaire son roi. La répression du Pèlerinage de Grâces est encore présente dans les mémoires. La Bible a été traduite en anglais. La conversion d’Henri VIII au catholicisme entraîne une nouvelle guerre civile.
En 1546, il tombe gravement malade. Il a beaucoup de fièvre et fait des crises de paranoïa. Il meurt le 28 janvier 1547. Son fils Edouard VI lui succède et Edouard Seymour, le frère de l’ancienne reine, assure la régence durant la minorité. 

Bien que répondant à des motivations personnelles, à savoir la légitimation de son titre, les actions d’Henri VIII ont bouleversé la société anglaise. Pour avoir un héritier, il a fondé l’Eglise anglicane, dont les souverains britanniques sont depuis ce jour les chefs. Pour tenir à l’écart la noblesse, il a favorisé la bourgeoisie et le rôle du Parlement. La bourgeoisie a pu, grâce à son travail et son mérite, gravir les échelons. De plus, certains bourgeois sont devenus propriétaire terriens. Ces deux aspects contribuent à l’émergence de la robe.
Sources
- Texte : Peter Chinn, Henri VIII : complots à la cour, Royaume-Uni, 2015, 56min.