mardi 31 mai 2016

Toutankhamon



 Toutankhaton accède au trône en -1327 à l'âge de sept ans. Pharaon de la XVIIIe dynastie, il est le fils   d'Akhenaton et de Néfertiti. Son nom signifie "l'image vivante d'Aton" A la mort de son père, sa sœur Merytaton exerce le pouvoir avec son époux, avant de disparaitre à leur tour. Trop jeune pour gouverner, le pays est entre les mains des hauts dignitaires dont Ay chef de l'administration. Le premier objectif est de faire table rase de la révolution religieuse d'Akhenaton pour se réconcilier avec le peuple et surtout avec le riche clergé d'Amon. Symbole de ce changement Toutankhaton devient Toutankhamon. Les dieux sont à nouveau honorés et les temples restaurés. la ville d' Akhenaton est abandonnée. Thèbes redevient la capitale. Le second objectif est la stabilisation politique à l'étranger. De nombreux vassaux sont tombés sous la coupe des Hittites ou se sont révoltés. La situation s'améliore grâce à des campagnes militaires aux quelles Toutankhamon n'a jamais pris part. Le général Horemheb réorganise l'armée, tandis qu'Ay gère les finances et l'administration du royaume.

 Toutankhamon meurt en -1318, à l'âge de 19 ans du paludisme. Son mariage avec son autre sœur Ânkhésenamon n'engendre pas de descendance. Il était également atteint de la maladie de Köhler. Il s'agit d'une affection détruisant les cellules osseuses. Suite à une fracture de la jambe gauche mal soignée, la gangrène gagna la jambe précipitant la mort.
Son règne a duré une dizaine d'années. Il repose dans la tombe KV62 de la Vallée des rois (KV pour King's Valley). Il s'agit de la tombe originale, ce qui est une chose rare compte-tenu des pillards et des déplacements volontaires de sarcophage. Avec sa petite taille, ses peintures mal réalisées; la KV62 ne ressemble pas à la tombe d'un roi. Toutankhamon n'a pas choisi sa dernière demeure. Il est probable que son décès précoce ait précipité les choses. Il a fallu se rabattre sur une autre tombe et l'aménager en toute hâte. Plusieurs éléments trahissent cet état. Les cartouches ont été modifiés pour écrire le nom de Toutankhamon. Des scanners ont permis la réapparition du nom originel de certains cartouches, à savoir Ankhkheperure. Il pourrait s'agir du nom de règne de Néfertiti ou de celui de Merytaton. Par ailleurs, les statuettes n'arborent pas les traits de Toutankhamon. Les formes du visage, de la poitrine, ainsi que les oreilles percées font davantage penser à une femme. Des statuettes prévues à l'origine pour des princesses ont été réemployées.

Ay lui succède durant quatre années, avant d'être remplacé par Horemheb. Ses successeurs s'empressent d'effacer les traces de son règne. Il n'apparait pas sur la liste officielle des pharaons dans le temple d'Abydos. N'ayant pas une ascendance royale, Horemheb cherche à asseoir sa légitimité en s'attirant les faveurs du clergé d'Amon. Pour ce faire, il prend ses distances avec le règne d'Akhenaton et de son fils. Il inscrit son cartouche dans celui de Toutankhamon et se pose en continuateur du règne du grand-père d'Amenhotep III.

Le jeune pharaon disparait ainsi de l'histoire durant 3300 ans. Le 4 novembre 1922, l'archéologue britannique Howard Carter fouille la vallée des rois. Il découvre une nécropole royale sous les ruines des bâtiments des ouvriers près de la tombe de Ramsès VI. Des escaliers s'enfoncent dans le sol jusqu'à une porte murée et scellée du sceau officiel de Toutankhamon. Dix années seront nécessaires à Carter pour prélever, nettoyer, décrire et ficher tout le mobilier funéraire de cette tombe intacte. N'en déplaise à ses successeurs et au risque d'étonner ses contemporains, le trésor intact de sa tombe et la légende de sa malédiction ont fait de Toutankhamon le pharaon le plus célèbre du monde.

Voir notre article sur la malédiction de Toutnakhamon

 Sources
Texte : « L’énigme Toutankhamon », Les Cahiers de Sciences et Vie, n°160, avril 2016, pp26-87
Image : http://i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2016/03/17/XVM7eb67c44-ec36-11e5-9b8d-784eec729756.jpg 





mercredi 25 mai 2016

La révolte des bonnets rouges



D'avril à septembre 1675, des émeutes secouent la Bretagne et plus particulièrement l'ouest de la province. Les émeutiers, la plupart paysans, portent des bonnets rouges ou bleus (en pays bigouden). Cette révolte est également connue sous le nom de Torreben (casse-tête en breton).

En avril 1675, la France est en guerre contre les Provinces-Unies (actuels Pays-Bas). La Bretagne est un théâtre d’opération militaire, car cette guerre est en grande partie navale. Pour la financer, la couronne mobilise des ressources financières. En avril 1674, tous les actes juridiques et notariaux doivent être rédigés sur papier timbré aux fleurs de lys, tarifié suivant le format et la nature de l’acte. Une telle mesure élève le prix de la juridiction au détriment des usagers et risque de diminuer le nombre d’affaires des officiers. En septembre 1674, un édit instaure une taxe de 20 sous sur chaque livre de tabac. Cette mesure mécontente les Bretons habitués à fumer la pipe et à chiquer. Dans le même temps, est instaurée une taxe d’un sol sur tous les objets en étain. Cette mesure touche plus particulièrement les classes populaires dont la vaisselle est en étain. Ces créations de taxes pèsent encore plus lourd, car la Bretagne connait une récession économique, qui se fait sentir sur le commerce et l’industrie. Cette situation se traduit par une baisse des prix et donc des revenus. Les seigneurs sont contraints d’exiger davantage de leurs droits en argent ou en nature.

Le 18 avril 1675, les bureaux de la distribution du tabac, de la marque d’étain, du papier timbré et du domaine de Rennes sont pillés. Le mouvement se répand dans les jours qui suivent à Saint-Malo et à Nantes. A Briec, dans le Finistère, 2000 paysans mettent le feu à une aile du château de La Boissière. Les bonnets rouges sèment la terreur dans toute la province. Sébastien Le Balp, un notaire de Carhaix, dirige des groupes d’émeutiers dans la région de Carhaix et de Pontivy. Le 23 juin, des paysans pillent le manoir de Cosquer, près de Pont-l’Abbé, et blessent mortellement le sieur Euzenou de Karsalaun. Le château de Douarnenez est attaqué et des gardes tués. Les paysans se soulèvent face aux mesures prises par les seigneurs pour compenser la baisse des prix, la diminution du commerce et la raréfaction de l’argent. Au mois de juin, un code paysan du pays d’Armorique est rédigé, afin d’établir un nouveau règlement dans les campagnes bretonnes concernant les charges, les droits, l’organisation religieuse et judiciaire. Les paysans revendiquent un allègement de leurs charges, notamment les corvées, les dîmes, les champarts. En revanche, ni le système de propriété, ni la légitimité de la noblesse, ni le pouvoir royal ne sont remis en question. Le manoir du duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne est pris à partie. Le duc réussit à apaiser les esprits. Dans une lettre adressée à Colbert, le duc de Chaulnes accuse le Parlement d’avoir laissé les émeutiers agir. Il est vrai que les membres du Parlement sont directement touchés par la taxe sur les actes juridiques.

Aucune revendication paysanne n’est suivie d’effet et le gouverneur est chargé de pacifier sa province. A ce titre, il reçoit d'importants contingents militaires. Pour le gouvernement, il est important que la Bretagne soit pacifiée rapidement, car il craint que les insurgés s’emparent d’un port et permettent un débarquement hollandais. La province fulmine, car normalement elle est exemptée de l’obligation de loger les soldats. Le duc de Chaulnes se met en route avec ses troupes et investit villes et villages. Il ordonne la destruction des clochers des églises qui ont servi de tocsin pour la révolte. Les émeutiers sont pendus ou envoyés aux galères. Le 3 septembre, Sébastien Le Balp est tué lors de l’attaque du château du marquis de Montgaillard à Thymeur. Sa mort est un coup rude pour les révoltés qui perdent leur leader. Le 12 octobre, 6.000 soldats pénètrent dans Rennes. Le Parlement est transféré à Vannes. La milice bourgeoise est démantelée et la ville doit payer une taxe pour l’entretien de la troupe. Les Etats de Bretagne réunis à Dinan en novembre, votent sans difficulté un don de trois millions de livres à la Couronne. Le 5 février 1676, le roi accorde une amnistie générale à la Province et les troupes s'en vont en mars.

La répression laisse de profondes séquelles. Les campagnes vouent une haine aux villes, incarnation de l'Etat. Pendant la révolution française, les régions soutenant la république coïncident avec celles de la révolte du papier timbré.

Sources
Texte : CORNETTE Joël, Histoire illustrée de la Bretagne et des Bretons, Seuil, Paris, 2015, pp191-201
Image : http://npa29.p.n.f.unblog.fr/files/2013/11/bonnets-rouges-f.jpg

mardi 17 mai 2016

Le Tour de France



Le 1er juillet 1903, soixante coureurs cyclistes s’élancent de Montgeron au sud de Paris pour effectuer le premier Tour de France.
Cette idée a germé dans l’esprit d’Henri Desgranges, dirigeant du magazine L’Auto et co-directeur du Parc des Princes. Devant la lenteur des inscriptions des coureurs, Desgranges réduit les frais d’inscription de vingt à dix francs, augmente les primes finales et instaure une prime journalière. 23 coureurs parviendront à rejoindre l’arrivée au Parc des Princes, dont Maurice Garin, vainqueur de Paris-Bordeaux, de Paris-Brest-Paris et Bordeaux-Paris. Le succès du Tour se ressent sur les ventes du journal L’Auto, qui passent de 30.000 exemplaires en 1902 à 100.000 exemplaires l’année du Tour. Cette forte hausse cause la perte de son concurrent direct Le Vélo.
Au-delà de l’aspect commercial, Desgranges souhaite montrer la France aux Français en rendant la patrie visible et vivante. Le Tour est un outil pédagogique visant à montrer aux Français le territoire dans lequel ils vivent et l’histoire commune qu’ils partagent. Dans l’esprit de Desgranges, le Tour correspond à une régénération morale et physique de la nation. Il conforte l’unité d’une nation à peine remise de l’affaire Dreyfus et toujours meurtrie par la défaite de 1870 d’où résulte la perte de l’Alsace et de la Lorraine. Ainsi entre 1905 et 1914, la plupart des villes étapes sont proches de la frontière, dessinant les contours du pays pour l’inscrire dans l’espace. Desgranges obtient même l’autorisation des autorités allemandes de passer par Metz. L’Auto exalte le sport, éducateur de la jeunesse. Le moment venu, celle-ci aura la force et la discipline nécessaire pour venger la patrie. En août 1914, Desgranges exhorte les Français à s’engager tout comme lui. Trois vainqueurs du Tour périssent au front : Lucien Petit-Breton (1907 et 1908), François Faber (1909) et Octave Lapize (1910).

Le Tour reprend en 1919 après avoir surmonté un grand nombre d’obstacles : manque de pneus, manque de carburant, manque de logement dans les villes, routes détruites ou en mauvaise état. Desgranges est ravi de voir les coureurs passer par Strasbourg, Belfort et Haguenau. Pour la première fois, le maillot jaune récompense le vainqueur. Le jaune est la couleur des pages du magazine L’Auto. En 1930, le Tour se fait l’écho des tensions politiques européennes teintées d’un nationalisme exacerbé. En effet, les équipes nationales remplacent les équipes des marques. 25 nations s’élancent de l’Arc de Triomphe. Les coureurs sont désormais précédés de la caravane publicitaire, qui apporte une manne financière importante. Vainqueur en 1930 et 1932, André Leducq, surnommé Gavroche, est considéré comme un héros national. En Italie, Mussolini célèbre la victoire de Gino Bartali en 1938. La Seconde Guerre mondiale et la mort de Desgranges en août 1940 marquent un coup d’arrêt pour le Tour. L’Auto disparaît à la Libération.

Le Tour redémarre en 1947, co-organisé par Jacques Goddet directeur du journal L’Equipe et le journal Le Parisien libéré, propriété du groupe Amaury.
Malgré les bouleversements économiques et sociaux que connaît le pays, le Tour reste ancré dans la France rurale et des terroirs. Se déroulant l’été durant les congés, il rassure les citadins qui retournent durant un temps dans leur région natale. Ce dualisme, France rurale contre France qui se modernise, se retrouve dans le duel opposant Jacques Anquetil et Raymond Poulidor. Le premier, perçu comme arrogant, distant et sans cesse pressé, symbolise la France industrielle. Le second, homme de la terre, Limousin humble et populaire, incarne les vertus de la ruralité. Avec l’arrivée de la télévision en 1952, le Tour devient un divertissement à l’heure des loisirs et du tourisme de masse. La caravane publicitaire devient le symbole de la société de consommation des années 1950 et 1960. Le retour des équipes de marques en 1962 renforce cet aspect.
Le Tour se fait l’écho des politiques de son époque. Il porte les contradictions des politiques d’aménagement du territoire, qui sont à la fois centralisées et soucieuses de prendre en compte la diversité de la province. En effet jusqu’en 1953, excepté en 1926, le départ et l’arrivée du Tour se déroulent en région parisienne. Parallèlement avant même le Traité de Rome et jusqu’au Traité de Maastricht, le Tour accompagne la construction européenne. Dès le milieu des années 1950, il dépasse les frontières en traversant l’Italie, l’Allemagne et le Benelux. En 1992, le départ s’effectue en Espagne et le Tour visite sept autres pays.

Les grands champions étrangers (Fausto Coppi, Gino Bartali, Eddy Merckx, Joaquim Agostinho, Luis Ocana) contribuent à conforter la notoriété du Tour en Europe. Ces derniers sont les porte-paroles des émigrés italiens, espagnols et portugais installés en France. A partir des années 1980, le Tour s’élargit aux autres continents. En 1986, Greg LeMond est le premier coureur non européen à remporter le Tour. Aujourd’hui, la Grande Boucle compte aussi des Russes, des Australiens, des Colombiens, des Japonais et des Erythréens.
Bien que concurrencé par d’autres tours (le Giro, la Vuelta), le Tour de France demeure la référence à l’échelle mondiale. De plus, il est une fierté nationale à l’heure où la France n’a plus une place prédominante sur la scène internationale. Même les affaires de dopage (Festina, Lance Armstrong) n’ont pas mis l’épreuve en péril.

Sources
Texte : Jean-Luc Bœuf et Yves Léonard « Les forçats du Tour de France », L’Histoire, n°277, juin 2003, pp66-69.
Image : sport.gentside.com