dimanche 29 janvier 2017

Un air de déjà vu sur le front : la seconde bataille de Bull Run



A l'été 1862, Robert Lee souhaite profiter des changements dans le haut commandement nordiste pour attaquer. En effet suite à l'échec de la campagne de la Péninsule, George McClellan est remplacé par Henry Halleck au poste de général en chef des armées de l'Union. Une partie des ses hommes est affectée à l'armée de Virginie commandée par John Pope. Lee cherche une ouverture pour isoler et attaquer Pope. Ce dernier tient ses positions en attendant le retour de l'armée du Potomac de la Péninsule. L'armée fédérale doit s'emparer du nœud ferroviaire de Gordonsville, tout en protégeant Washington et la vallée de la Shenandoah. Par conséquent, les troupes de l'Union sont éparpillées.

Le 27 juillet, il envoie l'armée de Thomas Jackson et d'Ambrose Hill. Le 9 août 1862, les Sudistes remportent la bataille de Cedar Mountain contre la cavalerie de Nathaniel Banks. Pendant ce temps, Lee et James Longstreet rejoignent Gordonsville le 15 août. Lee souhaite contourner l'armée ennemie pour l'attaquer par derrière. Les Confédérés devront remonter le Rappahanock en direction du Nord en empruntant l'étroite vallée séparant la chaîne du Blue Ridge et les monts du Bull Run. Une sérié d'escarmouches servent à détourner l'attention des Nordistes durant les manœuvres. Se déplaçant avec la même rapidité que dans la vallée de la Shenandoah, Jackson brouille les informations sur sa position et se retrouve sur les arrières de Pope. Ce dernier souhaite écraser Jackson tant qu'il est isolé. Le 28 août, il échoue à le déloger d'une colline nommée Stony Ridge. La position confédérée est assez solide pour leur permettre de résister jusqu'à l'arrivée des renforts. Pope se retrouve contraint de combattre sur les rives du Bull Run, un an après le premier affrontement.

Ne connaissant pas encore la position exacte et la force réelle des Confédérés, Pope se montre prudent. Les premiers combats débutent le 29 août à 7 heures. Les officiers engagent leurs régiments les uns après les autres sans réelle coordination. Ils attaquent différents points de la ligne sudiste. Les Rebelles ne présentent pas une défense statique et contre-attaquent dès qu'ils le peuvent. Ainsi, les combats prennent l'apparence d'incessants allers-retours. A 15 heures, les Nordistes lancent un nouvel assaut. Ils réussissent à franchir le talus de la voie ferrée et à mettre en fuite les Sudistes. Derrière la brigade Pender les stoppe puis les repousse jusqu'à leur point de départ. A 17 heures, les Fédéraux lancent une nouvelle attaque d'envergure. Les Sudistes font ce qu'ils peuvent, mais ils sont confrontés à la supériorité numérique adverse et au manque de munitions. Les troupes de Jackson sont dépêchées pour leur porter secours. Après une lutte acharnée, les Nordistes sont à nouveau refoulés. Les combats cessent vers 21 heures. Aucun des deux camps n'est parvenu à prendre l'avantage. Durant la nuit, les troupes de Longstreet rejoignent le théâtre des opérations. L'armée confédérée semble prête à broyer son adversaire telle une mâchoire. Néanmoins sur les avis de son état-major, Lee tarde à actionner la machine. Côté nordiste, McCellan tarde à se porter au secours de Pope. McClellan, qui bien que n'étant plus le général en chef des troupes de l'Union, demeure le commandant de l'armée du Potomac. Les deux hommes ne s'apprécient pas autant par divergences militaires, politiques, l'un est démocrate et l'autre républicain, que par égo surdimensionnés.
Les combats reprennent le 30 août. Vers 7 heures, le manque d'engagement des Confédérés et les fausses informations livrées par Lee confortent Pope dans l'idée que l'ennemi se prépare à battre en retraite. Pope charge Porter et Irwin McDowell de leur donner le coup de grâce. L'avant-garde comprend rapidement que la réalité est tout autre. Les Sudistes ne reculent pas. Ils sont présents et prêts à se battre. Mis en difficulté, McDowell demande des renforts. Les combats s'éternisent et se brutalisent. Les soldats se retrouvent à court de munitions. La légende raconte que certains confédérés ramassent de pierres du talus de la voie ferrée pour les jeter sur leurs adversaires qui leur renvoient. Longstreet lance l'assaut. Les Sudistes réussissent à prendre l'avantage. S'ils poursuivent sur leur lancée, ils parviendront à encercler les Nordistes. Pope se résigne à la retraite tant qu'il lui reste une voie de sortie. Un par un les régiments franchissent le pont de pierre enjambant le Bull Run. Une fois l'armée évacuée le pont est détruit. Dans la soirée, les Fédéraux se regroupent à Centreville.


La seconde bataille de Bull Run est bien plus violente et meurtrière que la première, 3.000 hommes y ont trouvé la mort, et s'achève une nouvelle fois par une victoire de la Confédération. Néanmoins, celle-ci est incomplète. La disposition de ses forces aurait dû lui assurer une victoire totale par encerclement, mais l'armée nordiste s'est échappée. Cette situation n'empêche pas le prestige de Lee de s’accroître. Le général a réussi à déplacer la ligne des combats des portes de Richmond à celles de Washington. La peur de l'invasion gagne une nouvelle fois les habitants de la capitale fédérale, même si la ville est trop bien défendue pour être prise dans l'immédiat. Les soldats sont épuisés par les combats et le ravitaillement suit avec difficulté. Du côté de l'Union, McCellan se réjouit de la défaite de Pope, car elle éclipse la sienne. Il peut même se targuer de revenir en sauveur. Jouissant d'une bonne réputation parmi les soldats, sa seule présence suffit à regonfler le moral des troupes. De plus, il jouit de soutiens au sein de l'Administration. Il est maintenu à son commandement et récupère la défense de la capitale. Pope est assigné au contrôle des tribus indiennes dans le Minnesota, tandis que McDowell est muté en Californie.

Sources
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- Eginhard, « Retour sur le Bull Run », www.histoire-pour-tous.fr, octobre 2012
- DOOMS Logan , La campagne de Virginie du Nord, publié le 3 janvier 2014 sur http://laguerredesecession.wordpress.com/
Image : http://cdn.history.com/

lundi 23 janvier 2017

Ioane Ier : le roi français de l’île de Pâques (1869 - 1876)


Jean-Baptiste Dutrou-Bornier est le fils d'un notaire de Montmorillon dans la Vienne. A l'âge de 14 ans, il refuse de suivre la même voie que son père et quitte la maison familiale. Aventurier dans l'âme, il rejoint Le Havre et débute une carrière dans la marine. Il devient pilotin, c'est-à-dire chargé de guider les navires dans l'embouchure de la Seine. En 1860, il obtient son diplôme de capitaine. Il épouse Valentine Foulon, une professeur de musique, avec laquelle il a un fils.

En 1865, le propriétaire d'un trois mâts lui propose une association pour transporter une cargaison jusqu'à Tahiti. L'île de Pâques est une étape obligatoire pour se réapprovisionner avant d'entamer les 4000 km restant jusqu'à Tahiti. Dutrou-Bornier tombe amoureux de l'île. Il assure quelques temps des liaisons commerciales dans le Pacifique sud.
En 1867, il revend son navire et achète un lopin de terre sur l'île pour s'y installer. Il adopte les coutumes et les croyances pascuanes et noue de bonnes relations avec les missionnaires présents sur l'île. Il épouse Ahurenga Pua Moo Atare, qui se prétend être la descendante des anciens rois. La royauté indigène avait été anéantie en 1862 lors de la catastrophe démographique provoquée par les esclavagistes péruviens. L'île ne compte plus que 200 habitants. Cette prétention suffit à Dutrou-Bornier pour se sentir à son tour roi.
Le 3 septembre 1868, les missionnaires créent un conseil permanent. Seul laïc européen et capitaine, Dutrou-Bornier en assure la présidence. Il s'accapare progressivement toutes les terres. En 1869, il possède 80% de l'île. Tous ces terrains sont achetés pour une bouchée de pain à des locaux qui n'ont guère de notion de propriété et de valeur foncière. Les autres sont obtenus par la force. De plus, il s'associe avec John Barder, qu'il a rencontré à Tahiti, pour monter un élevage intensif de moutons. En 1884, l'île comptera plus de 10.000 bêtes et exportera 30 tonnes de laine. Dutrou-Bornier se proclame roi et prend le nom de Ioanne Ier. Les Pascuans le surnomment Pitopito (les boutons) à cause de son uniforme. Les relations avec les missionnaires se dégradent rapidement. En 1871, Ioanne Ier s'arroge les services de guerriers qui lancent des raids contre les possessions des missionnaires. Poussés à bout, ces derniers quittent l'île, laissant le champ libre au roi autoproclamé.
Ioanne Ier accueille tous les commandants de navires qui viennent se réapprovisionner. Ces derniers le remercient en se pliant au cérémonial de cour. Ioanne Ier formule plusieurs demandes officielles pour que l'île de Pâques devienne un protectorat français. Paris ne répond pas. Entre la chute du Second empire, la Commune et l'instauration de la IIIe République, la métropole a plein d'autres sujets à gérer qu'une petite île du Pacifique.

Le 1er août 1872, Ioane Ier meurt dans des circonstances mystérieuses. Officiellement, il a été victime d'une chute de cheval, mais d'autres hypothèses penchent pour un assassinat ou un massacre par la population. Au Havre, Valentine Foulon entend bien récupérer les biens de son défunt mari. Sauf qu'entretemps, John Brander a récupéré sa part, soit 14.000 moutons et plusieurs milliers d'hectares. De plus en 1888, le Chili annexe l'île. Après la mort de Valentine Foulon en 1903, l'Etat français hérite du dossier. Les Pascuans demandent le rattachement à la France comme pour Tahiti. Le gouvernement préfère enterrer le dossier pour ne pas froisser le Chili. Officiellement, l'affaire n'a jamais été tranchée. La France pourrait faire valoir des droits sur l'île de Pâques. Si elle obtenait gain de cause, elle augmenterait considérablement son domaine maritime.

Sources
Texte :
- Bruno FULIGNI, Royaumes d'aventure : ils ont fondé leur propre Etat, Paris, Les Arènes, 2016.
- C. et M. ORLIAC, Des dieux regardent les étoiles. Les derniers secrets de l'île de Pâques, Paris, Gallimard, 1988

Image : wikipédia

samedi 14 janvier 2017

La guerre dans le centre ou l'échec de la contre-attaque confédérée



Le Tennessee est une région cruciale pour les deux camps. C'est une région frontalière de l'Alabama, du Mississippi et de la Géorgie. De l'autre côté, l'Etat ouvre sur l'Ohio, l'Indiana et l'Illinois. l'est de l'Etat, très montagneux, constitue une poche unioniste au sein de la Confédération.

En juillet 1862, le général Henry Halleck établit son quartier général à Corinth dans le Mississippi, qu'il fortifie. Il assure la police et l'administration du territoire occupé et répare le réseau ferré. Il divise son armée en deux. Au Sud, Ulysse Grant poursuit sa descente le long du fleuve, tandis qu'à l'Est Carlos Buell progresse vers Chattanooga en Alabama. Halleck doit regagner Washington, car il a été nommé général en chef des armées en remplacement de George McClellan suite à l'échec du plan Urbana. Grant devient le général de l'armée de l'Ouest. Côté sudiste, Braxton Bragg prend en charge le commandement de l'armée du Mississippi suite au limogeage de Pierre-Gustave Beauregard.
Buell possède un comportement similaire à celui de McClellan. Il recherche davantage à disperser l'ennemi pour l'affaiblir qu'à mener de grandes batailles. Son avancée est très lente. La cavalerie de Nathan Forrest a le temps de couper les voies de communication et de ravitaillement en détruisant les ponts et les rails. Par conséquent, Buell perd encore plus de temps pour réparer les dégâts. Lincoln et Halleck sont furieux du manque d'énergie du général. En juillet 1862, Buell n'est plus qu'à trente kilomètres de Chattanooga. Il subit les raids de la cavalerie de John Morgan. Avec 2.500 hommes, Forrest et Morgan ont réussi à ralentir puis à immobiliser une armée de 40.000 hommes. Il faut dire que la population soutient les cavaliers sudistes. Disparaissant dans les collines, menant des actions de guérillas, ces derniers peuvent frapper où et quand ils le veulent. Les Fédérés ne peuvent pas protéger tous les ponts et tous les tunnels disséminés sur un territoire aussi vaste. Ils ne possèdent pas non plus de cavalerie capable de rivaliser.

Dès sa prise de poste, Bragg entend bien profiter du désordre provoqué par la cavalerie pour contre-attaquer. A la tête de 40.000 hommes, il se dirige vers Chattanooga. Selon lui, Buell ne pourrait pas rester indifférent à cette menace et se lancerait à sa poursuite. De cette manière, il soumettrait son flanc à une attaque. De le cas où Grant viendrait lui prêter main-forte, les généraux Van Dorn et Price pourraient remonter eux aussi le Mississippi, prendre les Fédérés en tenaille et récupérer les territoires perdus. Bragg met au point un plan pour attaquer Grant à Corinth. Il donne l'assaut à Iuka, une ville fortifiée servant de dépôt d'armes et de munitions. Grant dépêche William Rosecrans pour défendre la place. Le 19 septembre 1862, les Confédérés échouent à prendre la ville.
Parallèlement, Bragg ordonne l'invasion du Kentucky dans le but de couper l'Union en deux, puis de pousser au Nord pour occuper Cincinnati et Chicago deux centres industriels importants. Le 14 août 1862, Kirby Smith se met en route avec 21.000 hommes. Il contourne les cols du Cumberland trop bien défendus. Le 30 août, il déferle sur Richmond dans le Kentucky à 120km au sud de Cincinnati, et remporte une écrasante victoire. Il s'empare ensuite des villes de Lexington et de Frankfort. Malgré ses succès militaires, les habitants du Kentucky ne rejoignent pas la cause du Sud. Bragg et Smith ont pu jouir de l'effet de surprise, mais ils ne disposent pas assez de ressources pour tenir le pays tout en se protégeant de la contre attaque nordiste à venir. En septembre, Bragg écrit à sa femme : " je suis cruellement déçu par la passivité de mes amis du Kentucky. Jusqu'à présent, je n'ai reçu aucune addition à mon armée. L'enthousiasme déborde, mais il se limite à un torrent de mots. Les gens d'ici sont trop cossus pour se battre".
Début octobre, Buell passe enfin à l'action dans le Kentucky. Les Fédérés possèdent l'avantage du nombre. La bataille de Perryville (7 et 8 octobre 1862) se révèle décevante pour les deux belligérants. Buell manque une occasion d'anéantir les Rebelles, tandis que Bragg échoue à remporter la victoire et à se rallier la population. Le général sudiste ordonne le repli de ses troupes sur Chattanooga à cause du manque de munitions et de l'état de ses hommes. Ses soldats sont malades, blessés ou fatigués. Buell n'en profite pas pour le poursuivre. Il préfère établir sa base à Nashville. Furieux, Lincoln le démet de ses fonctions et le remplace par Rosecrans.

Après la campagne, le Tennessee occidental est débarrassé de l'armée régulière sudiste et le nord du Mississipi est conquis. Le Tennessee oriental, bien que toujours intégré au sein de la Confédération, compte de nombreux sympathisants unionistes. La Confédération échoue dans sa tentative de retourner la situation. Cet échec limite les options stratégiques de Richmond, qui ne peut plus que défendre et tenter de créer des percées pour prendre Washington, ce à quoi va s'employer Robert Lee sur le front virginien.

Sources :
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- Eginhard, « La bataille de Perryville », www.histoire-pour-tous.fr, avril 2013
- Eginhard « La diversion de Iuka », www.histoire-pour-tous.fr, mars 2013
- Eginhard « L’invasion sudiste du Kentucky », www.histoire-pour-tous.fr, février 2013

Image : http://www.sonofthesouth.net/leefoundation/civil-war/1862/november/perryville-battle.jpg

vendredi 6 janvier 2017

La prostitution



L'archonte athénien Solon est le premier à réglementer la prostitution, dont le but est l'assouvissement du désir pour préserver la pureté du sang qui est à la base de la citoyenneté. La loi interdit aux citoyens de copuler avec des femmes et des enfants libres. Les ardeurs sexuelles sont assouvies dans des maisons spéciales, dont les directeurs payent un impôt spécial appelé le pornikon. Les prostituées sont des esclaves souvent achetées sur les marchés de Délos et de Rhodes. Les tarifs sont bas et les lieux discrets. En la matière, Rome est l'héritière du système grec. Les Romains reconnaissent le rôle de salubrité publique des prostituées. A Rome, il n'existe pas de maisons closes administrées par l'Etat, ni d'impôt spécial, ni de lieux spécifiquement dédiés dans la cité. Les lupanars (lupa signifie prostituée en latin) se situent généralement dans les quartiers pauvres. Cependant, les prostituées racolent dans toute la ville. Elles sont reconnaissables à leurs perruques blondes et à leurs tenues, bijoux, maquillages excentriques. Leur physique se dégrade rapidement à cause de la malnutrition, des maladies et des mauvais traitements. Elles appartiennent à un maître, qui les achète, les forme et collecte l'argent.
Les prostituées se différencient des courtisanes, qui habitent chez un riche maître. Elles se distinguent par leur beauté et leur savoir-faire dans un domaine artistique (danse, chant, poésie, musique). Elles possèdent leur propre demeure, leurs vêtements, leurs bijoux et leurs esclaves. A Rome, elles prennent souvent des pseudonymes grecs pour faire plus chic.

La religion chrétienne condamne l'adultère et le concubinage qui mettent en danger la sacralité du mariage. Les femmes ne doivent pas être sensuelles, mais des épouses. Les relations sexuelles n'ont pas pour finalité la jouissance et le plaisir, mais la reproduction. Les clercs sont conscients que l'homme possède des pulsions sexuelles qu'il contrôle difficilement. En ce sens, la prostitution joue un rôle de préservation du couple. Le mal reste limité si l'homme paie ce service et que l'acte reste dans un cadre réglementaire. Des prostituées sont présentes dans les campagnes militaires pour empêcher les relations sexuelles entre soldats.
Les municipalités autorisent l'ouverture de bordels. Les lieux de débauche sont limités à des bâtiments ou à des quartiers précis. Elles imposent un cahier des charges détaillant la nature des services, les horaires et les tarifs. Les prostituées sont enregistrées et le gérant du bordel est responsable devant les autorités. Les prostituées passent des visites médicales. En cas de maladies vénériennes, elles sont expulsées.

Au XVIIe siècle, la société change avec la réforme catholique qui répond au protestantisme. L'Eglise lutte contre la débauche. L'amour vénal devient un pêché mortel. Par ailleurs, les autorités luttent contre la vérole qui ravage la population. En 1667, Louis XIV instaure la lieutenance de police de Paris. Les prostituées sont arrêtées et emmenées à la Salpetrière, où elles sont soumises à un travail et au catéchisme. Un grand nombre deviennent religieuses pour échapper à ces conditions de détention. Certaines sont déportées en Amérique. La prostitution devient clandestine et se limite aux tavernes. Toute la société affiche sa piété en public, tandis que les courtisanes continuent de fréquenter les hôtels particuliers.

Au XIXe siècle, les autorités reviennent à l'idée d'une prostitution comme mal nécessaire. La prostitution est contenue dans des quartiers spécifiques, qui regroupent les maisons de tolérance dirigées par une tenancière garantissant la discipline. Ces dernières s'assurent que les pratiques ne sont pas trop vicieuses ou perverses. Nombre de prostituées viennent de familles pauvres de province. Elles sont nourries, vêtues et doivent se rendre au dispensaire. Elles doivent s'inscrire à la préfecture de police. La prostitution clandestine existe toujours. Les serveuses dans les bars et les cabarets font souvent plus que servir, danser ou chanter. Certaines ouvrières se prostituent pour arrondir les fins de mois.
Avec l'émergence de la bourgeoisie industrielle, les hommes veulent plus de raffinement et de séduction. L'offre évolue. Les maisons de rendez-vous sont des établissements avec un décor bourgeois où les filles sont bien habillées, discutent et boivent un verre avec le client. La barrière entre prostitution, galanterie et flirt se brouille. A Paris, ces établissements étalent un luxe inouï : marbre, dorures, velours, décors somptueux, dont nous avons en tête les images des tableaux de Toulouse-Lautrec, Manet et Degas.
Le 11 décembre 1945, Marthe Richard, ancienne prostituée et conseillère municipale de Paris, dépose un projet de fermeture des maisons closes, rappelant que les tenancières servaient d'indics à la Gestapo. Au niveau national, elle souhaite lutter contre la sordidité de cette profession. Elle obtient gain de cause et l'année suivante tous les établissements parisiens ferment. La loi de 1946 ferme les maisons closes, pénalise le proxénétisme et instaure le délit de racolage actif. Dans les faits, la prostitution reste tolérée à condition qu'elle ne n'occasionne pas une nuisance de l'ordre public. En 2003, la loi pénalise également les clients.

Sources
Texte :
- "Prostitution : l'histoire du plus vieux métier du monde", Historia thématique, n°102, juillet-août 2006, 74p.
- "Les prostituées : des lupanars de Rome à l'âge d'or des maisons closes", Les Cahiers de Sciences et Vie, octobre 2016, n°826, pp20-53.