dimanche 26 mars 2017

L'athlète dans la Grèce antique


Sur l'île de Thasos au nord de la mer Egée, Isidoros traverse les rues de sa cité pour se rendre au gymnase. Durant le trajet le conduisant à son lieu de travail, lui qui a embrassé la carrière d’athlète sportif, rêve en écoutant les épinicies chantées par les poètes ou en lisant les inscriptions relatant les succès des athlètes dans leur cité d’origine ou sur le lieu de leurs exploits. Il s’émerveille devant la statue du héros local renommé dans toute la Grèce. Il s’agit du célèbre Théagène vainqueur olympique au pugilat en -480 et -476 et vainqueur olympique au pancrace également -476. En 22 ans de carrière, il a remporté 1300 victoires. Théagène constitue vraiment une fierté pour l’île de Thasos. Cependant, son palmarès n’égale pas celui de Milon de Crotone, septuple vainqueur olympique de lutte entre -536 et -512. Il est loué dans toute la Grèce pour sa force exceptionnelle. Posséder sa statue dans l’espace public n’est qu’un des nombreux privilèges accordés aux athlètes victorieux. En échange du prestige qui rejaillit sur la cité, celle-ci les nourrit, les couvre d’honneurs ou leur verse des primes en argent. Gloire, renommée, argent motivent le jeune Isidoros. A quelques mètres derrière la statue de Théagène, deux hommes perturbent son regard. Ceux-ci observent le jeune homme d’un œil méprisant et en chuchotant à voix basse. Nul doute que ces philosophes le critiquent. Ils ne comprennent pas que de telles brutes sans cervelle jouissent autant de faveurs, alors que les athlètes n’apportent rien ni à leur cité, ni à leurs congénères. Pourtant, cette vision est partiellement fausse. L'entrainement qu'il subit sculpte sa musculature et développe toutes les qualités pour être un bon hoplite. Les philosophes seront bien contents d'avoir cette grosse brute pour les défendre en cas de conflit, pense-t-il.

En arrivant au gymnase, Isidoros salue d'autres athlètes. Rien qu'en regardant leur physique, il est capable de déterminer si ceux-ci pratique un sport "léger" (course) ou "lourd" (combat). Seuls des hommes libres fréquentent ce lieu, car le sport est interdit aux femmes et aux esclaves. A l'époque archaïque, les espaces liés au sport se développent.
Des gymnases et des stades se construisent. Dans les vestiaires, il se déshabille. Toutes les disciplines sportives se pratiquent nu. Le sport se veut comme un moyen d'atteindre le physique masculin idéal. La société grecque valorise la force et l'énergie. Ces thématiques transparaissent dans les représentations artistiques des athlètes. L'entrainement d'Isidoros se compose d'une multitude d'exercices physiques divers, qui visent à produire un corps musclé capable de terrasser l'adversaire dans une confrontation de lutte. Parallèlement, il suit un régime alimentaire riche en viande et limite les relations sexuelles. En effet, garder la semence à l'intérieur du corps augmente la férocité de l'athlète.

Grâce à cet entrainement rigoureux, Isidoros espère être prêt pour les prochains jeux d'Olympie, qui inaugurent la période des jeux panhélleniques. Il a déjà remporté des jeux locaux, mais cette fois, il se lance dans les grandes compétitions regroupant des athlètes venus de toutes les cités grecques. Le cycle des jeux dure quatre années et voit se succéder par année : les jeux Olympiques à Olympie, les jeux isthmiques à Corinthe, les jeux néméens près d'Argos et les jeux pythiques à Delphes. A partir du -VIe siècle, des compétitions sportives régulières fondées sur un calendrier récurrent, encadrées par des magistrats et codifiées se mettent en place. Le sport est devenu un facteur d'unité au même titre que la religion, la langue ou la culture dans un monde grec divisé politiquement. Avec l'apparition du sport à l'époque archaïque, une nouvelle figure, dont Isidoros est un représentant, entre dans la cité et la vie publique : l'athlète.

Sources
Texte : Jean-Michel ROUBINEAU : "La naissance de l'athlète", L'Histoire, n°424, juin 2016, pp64-69.
Image : hérodote.net (réprésentation de deux lutteurs de pancrace)

A consulter sur le Site de l'histoire : les Jeux d'Olympie.

Isidoros est un personnage fictif.


vendredi 17 mars 2017

Thomas Evans : le dentiste de Napoléon III au service de la cause nordiste



Au mois de juin 1864, la défaite de l'Union à Cold Harbor fait craindre la prise de Washington par les troupes de Lee. Si cela arrivait la France se déclarerait favorable à la Confédération. Connaissant les hésitations de Napoléon III, son dentiste Thomas Evans lui dit : "Si vous contribuez au démembrement de notre grande union, les Etats du Nord ne l'oublieront pas et maudiront votre nom à tout jamais. Je vais partir par le premier bateau pour me rendre compte par moi même de la situation et vous rapporter l'exacte vérité. Je supplie Votre Majesté de ne pas agir d'ici là." Peu pressé de prendre une décision sur le sujet, l’empereur accepte. Voici que le dentiste sert de relai entre le président américain et l'empereur des Français.
et détaille toute la progression du Nord à l'empereur.
Le 23 août 1864, Thomas Evans débarque à New York. Il se rend chez William Seward, secrétaire d'Etat à la Guerre. Ce dernier l'introduit auprès du président Lincoln. Evans collectionne les récits des témoins, les coupures de presse, les cartes, les rapports. Il passe cinq jours sur le front et s'entretient longuement avec le général Ulysse Grant. Evans est convaincu de la victoire du Nord et communique sa conviction à l'empereur qui finalement reste neutre.

Thomas Evans nait le 23 décembre 1823 à Philadelphie. A 14 ans, il est apprenti chez un orfèvre fondeur qui fabrique aussi des instruments dentaires. En 1841, il est apprenti chez le Dr. John de Haven et obtient un certificat de chirurgie. Il se fait connaitre pour sa maitrise de l'or dans les obturations dentaires. En 1847, il reçoit un prix pour ses travaux. Le Dr John Clark le convainc de venir s'installer avec lui à Paris.
Evans ouvre un cabinet rue de la Paix avec Christopher Brewster qui compte le tout Paris dans sa clientèle. En 1850, il ouvre son propre cabinet. Evans est l'un des premiers dentistes à utiliser l'anesthésie générale et le caoutchouc pour les prothèses dentaires. La pratique de l’anesthésie convient bien à Napoléon III qui est très douillet lorsqu’il s’agit de soins dentaires. Ses nombreux contacts avec l'aristocratie (il compte comme patient Balzac, Mérimée, Delacroix), lui font gagner les faveurs du couple impérial. Evans est un mondain et un homme d'affaires avisé. Il s'enrichit par des opérations immobilières lors des travaux d'Haussmann. Il fait construire un hôtel particulier dans le 16e arrondissement.
A la fin de sa vie, il devient membre du comité international de la Croix Rouge. Il forme Arthur Hugenschmidt, fils illégitime de Napoléon III auquel il lègue son cabinet. Il finance la constitution d'une école de chirurgie dentaire au sein de l'université de Philadelphie. Avant de s’éteindre à Paris le 14 novembre 1897.

Sources :
Texte :
- Olivier TOSSER : "Thomas Evans : le bon docteur du couple impérial", Historia, n°326, octobre 2015, p56-60.
- Henri LAMENDIN : Thomas W. Evans (1823 – 1897) le dentiste de Napoléon III, L’Harmattan, Paris, 2012 166p.

Image : wikipédia

samedi 11 mars 2017

Les mystères d'Osiris



Dans le nord de l’Egypte du Moyen-Empire (-2600 / -1765), Ankhtyfy se rafraîchit à une fontaine. L’un des prêtres du grand temple d’Héracleion a eu un matinée occupée. Il a rendu les rites quotidiens en l’honneur d’Osiris en veillant à la bonne santé de la divinité. Au travers d’une statue dissimulée dans le sanctuaire du temple à l’abri du regard des fidèles, il lui a offert de la nourriture, purifié en le lavant, changé ses vêtements et renouvelé les protections magiques. Comme les autres dieux, Osiris est un être vivant ayant des besoins identiques à ceux des humains. Le temple n'est pas qu'un lieu de prière. C'est la maison du dieu, le réceptacle de sa force. Comme ses collègues, Ankhtyfy assure au nom de pharaon la pratique journalière du culte. Pour ce faire, ses prédécesseurs lui ont transmis oralement les connaissances nécessaires.
A l’instar de ses congénères, Ankhtyfy connaît parfaitement l’histoire d’Osiris. Fils de Geb (terre) et de Nout (le ciel), époux d'Isis et père d'Horus, Osiris incarne les puissances végétales de la nature. Il a enseigné aux Hommes l'agriculture et les arts. Son frère Seth l'a assassiné, découpé, puis dispersé ses morceaux. Isis les a retrouvés. Elle a momifié le corps de son époux, avant de le ramener à la vie. Il devient ainsi le dieu des morts. En revanche, Ankhtyfy a été initié aux savoirs cachés, ceux qui touchent à l’essence même de la divinité et qui permettent à Osiris d’accomplir son œuvre.

L’après-midi, Ankhtyfy s’attèle à la fabrication d’une des statues qui va servir à la procession annuelle en l’honneur d’Osiris. Des cérémonies se déroulent tous les ans au quatrième mois de l’inondation (soit de la mi-octobre à la mi-novembre dans notre calendrier) pendant une vingtaine de jours. Mélangeant festivités publiques et rituels cachés, elles célèbrent les fonctions originelles d'Osiris, le dieu de la terre et des forces végétales, qui assure le cycle de la vie. Elles commémorent également la mort et la renaissance d'Osiris, par une reconstitution de l'intégrité physique du dieu. Cette année, Ankhtyfy gère la fabrication de l’Osiris minéral. Les jours précédents, il l’a façonné avec du limon, de la résine, des onguents et des pierres précieuses, puis fragmentée en quatorze parties réparties dans des vases, comme le fut Osiris après les méfaits de Seth. Aujourd’hui, il fait fondre les récipients ensemble. Ensuite, il modèle la pâte constituée pour lui donner une forme d’œuf. Enfin, il le place sur les genoux d’une statue de Nout, où il va se solidifier pendant sept jours, par référence aux sept mois de gestation de la mère d'Osiris. Son collègue façonne la statue de l’Osiris végétal à partir de grain et de limon.
Après avoir achevé son travail, Ankhtyfy se rend près des canaux du temple, transformé en fourmilière. Un grand nombre de prêtres et d’artisans s’affairent autour des 33 barques, qui serviront à transporter les deux statues d’Osiris et les divinités ayant accepté de l’accompagner. En effet, les célébrations s'achèvent par une procession nautique autour du temple et de la cité. 365 lampes, symbolisant les jours de l’année, éclaireront le cortège divin.
Le jour J, Ankhtyfy se positionnera le long du parcours. Il récitera des louanges en l’honneur d’Osiris, tandis que les pèlerins déposeront leurs offrandes. Les deux statues remplaceront celles de l’année précédentes. Ces dernières seront transportées en barque jusqu’au temple de Canope distant de 3.5 kilomètres. Elles seront détruites, puis ensevelies ou jetées dans l’eau.

Le soir, Ankhtyfy se couche en pensant avec fierté qu’il contribue à l’abondance du pays, à la stabilité du pouvoir dynastique et au maintien de l’ordre cosmique. Il est l’un des rouages des mystères (du grec « muein » signifiant « se fermer ») d’Osiris composés d’enseignements secrets, de rituels sacrés et de cette grande cérémonie annuelle renouvelant la légende d’Osiris. Ceux-ci traversent les âges et se perpétuent jusqu’à l'époque romaine, jusqu’à cette année 391, où sur ordre de l’évêque Théophile, le temple de Canope est démoli, afin que les pierres servent à la construction du monastère de la Metanoia.

Sources
Texte : "Les mystères d'Osiris révélés", Historia, sept 2015, n°825, pp 20-53.
Image : http://konsciouskloud.com/wp-content/uploads/2015/06/Osiris-2.jpg

Ankhtyfy est un personnage fictif.


dimanche 5 mars 2017

Al Capone : l'ennemi public n°1


Alphonse Capone nait le 17 janvier 1899 dans le quartier de Brooklyn à New York. Ses parents ont quitté Naples pour les Etats-Unis six ans plus tôt. Quatrième d'une famille de neuf enfants, Alphonse reçoit une éducation très sommaire. A 14 ans, il est renvoyé de son école pour avoir frappé une enseignante. Trainant dans les rues, il rencontre Johnny Torrio, le chef d'un gang de Brooklyn pour lequel il fait de petits boulots. Ensuite, il trouve un travail de videur dans un bar. Un jour il drague une femme d’une manière insistante en prononçant des paroles déplacées. Le frère de cette dernière vient la défendre. Capone ressort de la bagarre avec une balafre à la joue gauche, ce qui lui vaut le surnom de Scarface. En 1918, il épouse Mae Coughlin. Il en profite pour se ranger et trouver un emploi de comptable.

En 1921, Johnny Torrio reprend contact avec lui et l'invite à le rejoindre à Chicago. L'ancien chef de gang a profité de la prohibition pour faire fructifier ses affaires grâce à la vente illégale d'alcool. Capone se voit confier la gestion d'un restaurant le Four Deuces, qui sert de quartier général à Torrio. Devenu son bras droit, Capone intègre à l’équipe son frère Frank et un juif polonais du nom de Jack Guzik, qui demeurera son plus fidèle conseiller. Capone s'enrichit. Il se fait passer pour un marchand de meubles et achète une maison dans les beaux quartiers de la ville. Le nouveau maire de Chicago, William Dever, décide de lutter contre la corruption dans l'administration et la police. La bande déménage à Cicero dans la banlieue pour se faire oublier. Le 1er avril 1924, des policiers abattent Frank Capone. Les représailles du gang, qui terrorise la population, aboutissent à la démission du maire. La même année, Torrio et Capone sont en guerre contre le gang irlandais de North Side. Torrio échappe de peu à la mort. Il se réfugie en Italie confiant les rênes à Capone.

Devenu le maître, Capone s'empresse de conclure la paix avec les Irlandais et de corrompre la police en versant plusieurs millions de dollars par an. Il règne sur des maisons closes, des centres de paris, des distilleries, des bars, des commerces. Les activités légales servent à blanchir l'argent. Il élit domicile dans le luxueux hôtel Lexington qu'il transforme en forteresse. Son empire suscite des jalousies. Le 27 avril 1924, il est accusé d'avoir fait assassiner l'institut du procureur William McSwiggin. Il se met au vert plusieurs mois le temps que l'affaire se tasse. A son retour, il redore son blason. Il annonce publiquement qu'il se retire des affaires et finance les soupes populaires, ainsi que plusieurs œuvres de charité. Le souci de diversification pousse Al Capone vers le racket et la protection des commerçants et à agrandir son territoire notamment en éliminant le gang de North Side. Le 14 février 1929, le gang attend une livraison d’alcool. Les sbires de Capone surgissent et en les éliminant tous. Cette nuit demeure connue sous le nom de massacre de la Saint-Valentin.


A la fin de l’année 1929, des industriels soucieux de faire respecter l’ordre s’associent. Baptisés The Secret Six, ils financent le FBI et un groupe d’agents incorruptibles menés par Elliot Ness, ainsi qu’une brigade du fisc. Al Capone est attaqué sur plusieurs aspects : sur le terrain la police ferme ses installations et incarcère ses hommes par le biais de ses installations, tandis que le fisc enquête sur les revenus importants d’un homme censé être sans activité. Le 5 juin 1931, Al Capone est inculpé pour fraudes fiscales et d’infraction à la prohibition. Il est condamné à onze ans de prison. Incarcéré à Atlanta, il est transféré à Alcatraz en 1934. Il reçoit un coup de couteau dans la blanchisserie. Puis la syphilis contractée dans sa jeunesse arrive à son stade terminal. Le 16 novembre 1936, il est libéré pour raisons médicales. Il retourne vivre à Miami où il meurt le 25 janvier 1947.


"On obtient plus à demander poliment une arme à la main qu'à demander juste poliment."
Al Capone