samedi 29 avril 2017

Les explorateurs des mers


Bien que n'ayant pas laissé de noms, les plus anciens explorateurs des mers sont des Polynésiens. Dès - 6000, ils longent les côtes du sud-est asiatique, de l'Australie et de la Nouvelle-Guinée. Vers -1000, ils naviguent déjà en haute mer et dépassent les Vanuatu, le Tonga, les Samoa, des îles séparées de plusieurs milliers de kilomètres pour atteindre l'Amérique du Sud. Ils y découvrent la pomme de terre qu'ils intègrent dans leur nourriture. Cet aliment demeure dans la cuisine traditionnelle. Les Polynésiens possèdent des pirogues très performantes et une excellente maitrise des vivres et de l'eau. Les bananes taro et les ignames sont fermentés, séchés et conservés dans des feuilles. L'eau est stockée dans des bambous ou des calebasses. Les Polynésiens savent se repérer par leur environnement : physique de l'île, vents, courant, houle, couleur de l'eau, étoiles. Ils possèdent un savoir encyclopédique se transmettant de manière orale sous forme de chants et de poèmes, afin d'en faciliter la mémorisation.
Le grec Pythéas, parti de Marseille, a effectué le tour de la Grande-Bretagne, longé les côtes islandaises, avant de rejoindre le Jutland. Outre la découverte de nouvelles terres, Pythéas cherche des gisements d'étain. Portés par le désir de conquérir de nouvelles ressources et de commercer, Grecs et Phéniciens quadrillent toute la Méditerranée, avant de naviguer dans l'Atlantique, la Mer rouge et l'Océan indien. Les connaissances scientifiques enrichissent la navigation. Les mathématiciens divisent le globe en méridiens et parallèle.

Les Arabes ne sont pas un peuple de marins. Bien que disposant de surfaces maritimes importantes, ils ne disposent pas au départ des ressources en bois nécessaires pour construire des flottes. Grâce à l'expansion de leur territoire, les Arabes s'ouvrent à la mer. Leurs conquêtes, dont celle du Liban, résolvent les problèmes d'approvisionnement en matières premières. Les Arabes parcourent l'Océan indien jusqu'en Chine et les côtes africaines jusqu'à Madagascar pour commercer. En revanche, les nations chrétiennes les bloquent en Méditerranée. Néanmoins, les Arabes demeurent attachés à la terre. La mer reste un endroit rempli de danger.
Les Vikings constituent la puissance maritime occidentale au début du Moyen Age. Dotés de différents navires spécialisés, les peuples scandinaves parcourent les mers et fondent des comptoirs aux confins de l'Europe (Islande, Groenland, Russie, Ukraine). Ils atteignent même le Canada. Erik le Rouge demeure le plus célèbre d'entre eux.
Au XIVe siècle, Zheng He traverse la Mer de Chine, le Golfe du Bengale, l'Océan indien et longe les côtes africaines. La Chine aurait pu devenir un empire maritime. En effet, l'Empire du milieu possède trois avantages : la boussole, la jonque et un Etat centralisé. La boussole permet de s'émanciper de l'observation des étoiles, grâce à des cristaux de magnétite indiquant le Nord. Les jonques, ces grands navires à la coque élargie et surélevée, ont pour structure un assemblage de modules étanches, qui leur évite de sombrer en cas de voie d'eau. Enfin, l'Etat chinois est capable d'entretenir une flotte, des chantiers navals, de former des marins et des architectes, d'exploiter les ressources nécessaires. Cependant, les successeurs de l'empereur Yongle mettent un terme aux expéditions navales qui coûtent cher. Par ailleurs, la culture chinoise est basée sur la stabilité et la constance. L'Empire du Milieu se referme sur son pré carré qu'est la Mer de Chine.

Au XVIe siècle, les Portugais et les Espagnols se lancent sur de nouvelles routes maritimes. Bartolomeo Dias atteint le Cap de Bonne-Espérance, contourne l'Afrique et rejoint l'Inde. Les Portugais et les Arabes s'affrontent pour le contrôle de l'Océan indien. Christophe Colomb file plein Ouest et découvre les Antilles, les Caraïbes et l’Amérique centrale. En 1522, l'expédition Magellan boucle le premier tour du monde en trois ans. Ferdinand Magellan meurt aux Philippines abattu par des indigènes. Des facteurs économiques, religieux et scientifiques expliquent cet engouement. La bourgeoisie marchande en plein essor cherche de nouveaux débouchés. La puissance ottomane bloque la route de la soie. Par conséquent, les Européens cherchent à la contourner. De plus, l’Europe est en pleine effervescence intellectuelle et religieuse. Elle redécouvre les traités scientifiques antiques et souhaite propager la parole du Christ à travers le monde. Sur le plan technique, les navires sont désormais capables d'affronter le grand large. Les caravelles remplacent les galères. Les instruments de navigation se perfectionnent. Les cartes et les portulans consignent de nombreuses indications.
Au XVIIe siècle, seul le vaste Océan pacifique résiste encore aux Européen. Néanmoins, les navires ne sont pas adaptés. Ils sont trop petits pour embarquer les vivres nécessaires pour parcourir d'aussi longues distances. Les navires plus importants ne possèdent pas la maniabilité nécessaire. Par ailleurs, les navigateurs ignorent où ils se dirigent. Le calcul de longitude nécessite des instruments trop fragiles pour être embarqués sur des navires. Les choses s'améliorent au milieu du XVIIIe siècle. Le mouvement des Lumières engendre des sociétés de savants qui forment les marins aux sciences. Les gouvernements britannique et français financent des expéditions. Cook, Bougainville, Lapérousse, Byron, Wallis sillonnent l'Océan pacifique.
La recherche de voies navigables au Nord remonte au XVIe siècle. A l'époque, il était question de trouver un chemin plus court pour rejoindre les Amériques sans passer par les comptoirs espagnols. Cependant, la température et les glaces ont causé l'échec de toutes les expéditions. En 1728, le Danois Virtus Béring prouve que la Sibérie et l'Amérique sont séparés par un détroit. En 1879, le Finlandais Nordenskröld longe les côtes de la Russie. Le 13 août 1905, un modeste bateau norvégien entre dans la légende : le Gjoa. Son capitaine Roald Amundsen réussit, après deux ans, à se faufiler entre les icebergs de l'Arctique et à relier le Pacifique et l'Atlantique en restant au Nord. Aujourd’hui toutes les océans sont connus et parcourus. Pour vivre de nouvelles aventures et découvrir d’autres éléments, les explorateurs devront s’intéresser aux fonds sous-marins.


Source
Texte : "La conquête des mers et l'invention du monde", Les Cahiers de Science et Vie, n°167, février 2017, pp 28 à 86.

Image : http://www.australiaforeveryone.com.au/images/golden-hind.jpg

dimanche 2 avril 2017

La bataille d'Antietam


Le 4 septembre 1862, Robert Lee franchit le Potomac et progresse dans le Maryland. Les Sudistes s'emparent de la ville de Frederick. Les habitants leur réservent un accueil glacial. Lee espérait que les Nordistes auraient évacué la vallée de la Shenandoah pour défendre Washington. Néanmoins, l'armée du Potomac campe sur des positions défensives et notamment à Harper's Ferry. La ville constitue un obstacle sur sa route, mais en plus, elle renferme de nombreux dépôts d'équipements et de munitions. Thomas Jackson se voit confier la mission de prendre Harper's Ferry. La garnison de Harper's Ferry dispose de 14.000 hommes, un nombre suffisant pour supporter un siège. Néanmoins, le commandant Dixon Miles ne prend pas les mesures qui s'imposent. Il se contente de fortifier la ville sans se préoccuper des collines environnantes. Miles est un officier mal noté, déjà blâmé par la cour martiale pour alcoolisme et qui avait été affecté à Harper's Ferry dans le but de l'éloigner des postes stratégiques. Arrivés sur place le 13 septembre, les Sudistes installent librement leur artillerie sur les collines. Ils donnent l'assaut le 15. Encerclés et bombardés de toutes parts, les Nordistes comprennent qu'ils seront vite écrasés. Miles ordonne de hisser le drapeau blanc. Jackson investit les lieux, s'empare du matériel et des munitions et libère les prisonniers sur parole, ne pouvant pas s'en occuper. De son côté, McClellan s'est enfin décidé à se mettre en route et délivre Frederick, sous les ovations des habitants. Le même jour, vers 10 heures du matin, un détachement nordiste découvre un campement ennemi évacué quelques heures plus tôt. En fouillant, le caporal Barton Mitchell déniche trois cigares enroulés dans une feuille de papier. Le papier indique les routes et les objectifs des différentes parties de l'armée confédérée.

Lee investit la ville de Sharpsburg dans la matinée du 15 septembre. McClellan arrive à son tour dans l'après-midi. Le commandant sudiste ne songe pas à la retraite. Regagner la Virginie sans se battre reviendrait à perdre la face et à démoraliser ses compatriotes. Il a déjà réussi à battre les Fédéraux deux fois. Il pourrait le refaire. Bien que disposant de troupes supérieures en nombre, le général nordiste ne lance pas l'assaut immédiatement et préfère étudier le terrain. Ce répit permet à Jackson de rejoindre Lee. Ses unités entourent Sharpsburg et s’appuient sur la rivière Antietam, enjambée par trois ponts de pierre. Le terrain favorise la défense même si les collines ne sont pas très élevées. En effet, celui-ci se constitue de champs de maïs, de clôtures, de vergers, de bois, de fourrés et de ruisseaux. Les voies macadamisées, construites par des entrepreneurs privés et entretenues par les revenus des péages, sont fermées par des barrières. Néanmoins, la défense sudiste présente des faiblesses. Etant en infériorité numérique, Lee a dû laisser libre les collines situées au nord de sa position et n'a pas réussi à bien sécuriser le passage au sud de l'Antietam. De plus, il ne dispose que d'une seule voie de retraite : un gué permettant de franchir le Potomac. De son côté, McClellan prévoit d'engager la moitié de son armée contre la gauche sudiste. Au centre, sa cavalerie devra s’assurer le contrôle du pont. Au Nord, ses soldats feront diversion pour obliger Lee à dégarnir son flanc gauche. Les deux armées sont prêtes pour l'affrontement du lendemain. 30.000 Sudistes font faire face à l'attaque de 60.000 tuniques bleues.

Le 17 septembre à 5 heures 30, l’artillerie nordiste ouvre le feu pour appuyer le départ de l'infanterie. Rapidement, les Fédérés prennent le dessus et chassent les Confédérés des bois à l'Est. De sa position, Hooker aperçoit le reflet des baïonnettes des rebelles dépassant des maïs. Il ordonne à ses canonniers de viser ses cibles. Les boulets fabriquent une purée de maïs et de chair humaine. A 10h30, les tirs d'artillerie et les combats cessent. Chaque camp profite de ce répit pour se réorganiser. . McClellan mobilise ses réserves pour renforcer son aile droite qu’il croit menacée par une attaque imminente de l’ennemi. James Longstreet craint que la position avancée des Fédéraux au Nord leur permette d'ouvrir une brèche. Reconstituant une unité, il se porte à l'attaque dans ce secteur, avant de revenir consolider le centre. En début d'après-midi protégée par la cavalerie, l'artillerie de l'Union traverse le pont central. Au même moment, le général Ambrose Burnside traverse lui aussi le pont au Sud après d'âpres combats. Tout comme son supérieur, il préfère attendre l'arrivée des convois de munitions et prend le temps de se réorganiser. Ainsi avec des Confédérés sur la défensive et des Nordistes se réorganisant, le champ de bataille connait une accalmie pendant deux bonnes heures. Vers 15 heures, Burnside se met en marche. Vers 16 heures, les tuniques bleues atteignent Sharpsburg par le Sud. Les rues de la ville se transforment en champ de bataille. Au centre, les Nordistes ne parviennent pas à prendre l'avantage. McClellan se refuse à engager ses réserves pour percer au centre. De son côté, Lee n’a plus les moyens de mener une contre-attaque. La situation demeure là, tandis que le soleil se couche aux alentours de 17h30. . Lee comprend qu’il ne pourra pas remporter la victoire. Il ordonne la retraite. McClellan télégraphe à Washington pour signaler sa victoire. Il montre peu d’entrain à pourchasser l’ennemi. Son armée réoccupe Harper’s Ferry, mais ne va pas plus loin. Ulcéré, Lincoln lui retire le commandement au profit de Burnside. Certains aspects argumentent en faveur de la non poursuite de Lee. Les lignes de ravitaillement nordistes sont étirées d’une centaine de kilomètres. Le ravitaillement suit mal. Les munitions manquent autant pour les fusils que pour les canons. De plus, les hommes sont épuisés physiquement et psychologiquement.

La bataille d’Antietam est une victoire pour l’Union. L’armée de Lee quitte le Maryland. La menace pesant sur Washington disparaît. Néanmoins, les Fédérés n’ont pas réussi à écraser leurs adversaires. Cette bataille a coûté la vie à plus de 3.000 hommes en une seule journée auxquels s’ajoutent près de 17.000 blessés, sans compter les disparus. La nature du champ de bataille explique cette violence. Il s'agit d'un espace renfermé de 5 km2 situé entre deux rivières. De plus, les Nordistes se battent avec acharnement pour éviter une nouvelle défaite qui serait humiliante.
La bataille d’Antietam demeure à ce jour la bataille la plus sanglante de l’histoire américaine. Par ailleurs, elle constitue un tournant dans la guerre de Sécession du point de vue politique. En effet, Abraham Lincoln va profiter de la conjoncture pour émettre un document révolutionnaire.


Sources
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- Eginhard, « La bataille d’Antietam », www.histoire-pour-tous.fr, décembre 2012

Image : Bataille d'Antietam par Kurz et Allison, wikipédia.fr